Le Livre de Daniel, écrit en hébreu et en araméen, fait partie de la Bible hébraïque (Tanakh, plus précisément des Ketouvim) et de la Bible chrétienne (plus précisément des Prophètes de l'Ancien Testament). Le texte de certaines Bibles chrétiennes contient une partie supplémentaire appelée partie deutérocanonique écrite en grec.
Le livre décrit des événements se déroulant de la captivité du peuple juif à Babylone sous Nabuchodonosor II, le roi de Babylone entre 605 et 562 av. J.-C., jusqu'à l'époque séleucide sous Antiochos IV, entre 175 et Les six premiers chapitres racontent l'histoire de Daniel et sont mis en scène au cours des épisodes de Babylone et de la Perse. Les chapitres 7 à 12 présentent des visions allégoriques d'évènements historiques débutant entre le et le Les chapitres 13 et 14 ont été écrits en grec, ce qui témoigne d'une rédaction plus tardive.
Le Livre de Daniel est écrit, tout comme le Livre d'Hénoch et d'autres apocryphes bibliques trouvés à Qumrân, dans un style apocalyptique qui était populaire à l'époque des Maccabées. Pour certains spécialistes, sa composition finale (chapitres 13 et 14 notamment) date du règne d'Antiochos IV (175 à 163 av. J.-C.), un roi séleucide qui cherchait à éradiquer le judaïsme. Les douze chapitres précédents ont été rédigés dans une période allant jusqu'au ., ce qui en fait le livre le plus récent du canon hébraïqueThomas Römer, Jean-Daniel Macchi et Christophe Nihan, Introduction à l'Ancien Testament, Paris, Cerf .. D'autres, plus récents encore, sont ajoutés à la version grecque de l'Ancien Testament, comme le Siracide, ou la Sagesse de Salomon.
La précision des prophéties prononcées par Daniel sur la venue du Messie fait que les traditions catholique et orthodoxe le rangent parmi les quatre grands prophètes, avec Isaïe, Jérémie et Ézéchiel.
Le texte Langue de rédaction thumb|right|Maître du Couronnement de la Vierge, Suzanne et les vieillards, . Miniature extraite de la Bible historiale de Guyart des Moulins. Illustration d'un épisode deutérocanonique du Livre de Daniel.|alt=Un évêque et un homme habillé en rouge parlent à une femme en bleu devant une maison
La partie protocanonique du livre de Daniel, qui est celle de la Bible hébraïque, est rédigée dans deux langues différentes : Le livre commence en hébreu et ce jusqu’au chapitre 2, verset 4 () ; Il se poursuit en araméen jusqu’à la fin du chapitre 7 () ; Il revient à l’hébreu jusqu’au chapitre 12 ().
Cette division linguistique hébreu/araméen ne recouvre pas la division thématique du livre. En effet, Daniel comporte deux grands blocs assez distincts : D’une part, les chapitres 1-6 () qui racontent à la troisième personne diverses aventures arrivant à Daniel. Ces récits présentent Daniel comme un savant interprète des songes capable de conseiller les rois babyloniens et surpassant en sagesse les magiciens chaldéens ; D’autre part, les chapitres 7-12 () qui sont d’un tout autre genre. Ils sont rédigés en style autobiographique à partir du chapitre 8. Daniel n’est plus l’interprète des visions des autres ; il est le bénéficiaire de visions qu’il n'interprète qu'avec l’aide d’un ange.
Par sa langue de rédaction, le chapitre 7 se rattache donc au bloc 2-6 alors que son thème le lie au bloc 8-12. De nombreux travaux ont essayé de rendre compte de la division linguistique du Livre de Daniel. L’hypothèse selon laquelle le même auteur aurait rédigé en deux langues différentes n’a plus guère de partisans aujourd’hui. L’état actuel du Livre de Daniel semble résulter à la fois d’une entreprise de traduction et d’une histoire rédactionnelle mettant à contribution plusieurs auteurs. Ainsi, plusieurs hypothèses ressortent : une rédaction en araméen des chapitres 1-6 (), compilation d’histoires parfois peu liées les unes aux autres ; la rédaction en araméen du chapitre 7 () qui prolonge le livre dans sa langue d’origine, en lui donnant une tournure plus nettement apocalyptique ; l'adjonction en hébreu des chapitres 8-12 () qui amplifient le chapitre 7. À l’occasion de cet ajout, le début du livre est partiellement traduit en hébreu (jusqu’à 2,4).
Les versions grecques comportent trois passages supplémentaires, qui constituent la partie appelée deutérocanonique : la prière d’Azariah et le cantique des trois enfants insérés dans le chapitre 3 après le verset 23 ; l’histoire de Suzanne et les Vieillards après le chapitre 12 ; et l’histoire de Bel et le serpent qui termine le livre – dans la vulgate, ces deux derniers passages sont respectivement numérotés chapitres 13 et 14.
Composition et date
Daniel, qui s'exprime en « je » tout au long des chapitres 7 à 12, est censé vivre à Babylone au Beaucoup — en dépit de l'opinion traditionnelle encore défendue notamment par des auteurs fondamentalistes américainsLa position fondamentaliste et conservatrice est disponible dans Introduction à l'Ancien Testament (Tremper Longman et Raymond Dillard , Éditions Excelsis, ) dans la section consacrée au Livre de Daniel. L'ouvrage se veut présenter la « position protestante et évangélique ». Les auteurs admettent que l'inexistence archéologique de Darius le Mède et de Balthazar en tant que roi posent problème, tout en concluant à l'authenticité car « Jésus Christ fait référence au prophète Daniel » et « le livre de l'Apocalypse le cite ». De plus, ils considèrent que « la position des biblistes qui refusent la rédaction au est inacceptable » car cela revient à « nier l'inspiration divine de la Bible ». — considèrent que le livre est beaucoup plus récent. En effet, s'y trouvent de nombreuses incohérences. Par exemple, Belshatsar (Balthazar) n'était pas le fils de Nabuchodonosor, comme l'ouvrage le présente, il est celui de Nabonide et n'a jamais eu le titre de roi. Les partisans d'une cohérence des textes l'expliquent par le fait que Belshatsar aurait été petit-fils supposé de Nabuchodonosor et co-régent avec son père Nabonide de -552 à -542 (dates approximatives), période où il aurait donc détenu le pouvoir royal à Babylone pendant que son père était au loin. Ce genre de confusion entre le règne et la corégence est fréquent dans la Bible dans les périodes des règnes des rois de Juda et d'Israël, par exemple.
Daniel annonce des événements à venir. Il devient de plus en plus exact au fur et à mesure que l'histoire avance, comme s'il connaissait mieux les événements de la première moitié du que ceux des siècles précédents. L'hébreu utilisé aux chapitres 1 et 8 à 12 est influencé par l'araméen ; cette langue est elle-même utilisée aux chapitres 2 à 7, avec des caractéristiques plus tardives que l'araméen du Livre d'Esdras et des papyri d'Eléphantine (). Ce qui converge vers une conclusion aujourd'hui largement acceptée : l'auteur de l'ouvrage dans sa forme finale utilise le procédé de pseudépigraphie : il n'écrit pas au , mais à l'époque des derniers évènements annoncés, c'est-à-dire au Jacques Vermeylen, « Daniel », dans Introduction à l'Ancien Testament, Labor et Fides, , ..
Daniel est inconnu par l'auteur du Siracide (vers 180 av. J.-C.) qui contient une longue section (chapitres 44-50) en l'honneur des « hommes illustres » qui ont compté dans l'histoire juive. Le livre est connu par l'auteur du Premier livre des Maccabées, entre 134 et 104 av. J.-C. (1 M 1,54 = et ), et sa première version grecque est même utilisée par le livre III des Oracles sibyllins. L'auteur connait la profanation du Temple, le 7 décembre 167 ()et la mise à mort des Juifs fidèles (), la révolte des Maccabées et les premiers succès de Judas (allusion de ) en 166 av. J.-C.. L'auteur ne connaît pas les circonstancesLivre de Daniel, 8, 25. de la mort du roi persécuteur en automne 164, ce qui indique une fin de composition d'ensemble du Livre de Daniel entre 167 et 164. Rien dans le reste du livre ne contredit ces dates« Introduction aux livres Prophétiques », dans la Bible de Jérusalem.
Voir aussi « Introduction au Livre de Daniel » [], Traduction œcuménique de la Bible (TOB) ; et Thierry Murcia, L'Apocalypse selon Daniel - La fin du monde est-elle pour demain ? Perspective historique et eschatologique du Livre de Daniel, 1990..
Manuscrits de la mer Morte Huit manuscrits incomplets du Livre de Daniel ont été trouvés dans les grottes près de Qumrân. Quatre manuscrits (1Q71, 1Q72, 4Q113, 6Q7) dateraient d'entre 50 et la prise du site par les Romains lors de grande révolte juive (66-74), deux manuscrits (4Q112, 4Q115) dateraient de 50 av. J.-C. environ, et les deux plus anciens manuscrits (4Q114 et 4Q116) remonteraient à 150-100 av. J.-C.John Collins et Peter W. Flint, The Book of Daniel, vol. II, .
D'autres manuscrits trouvés à Qumrân comportent de nombreuses similitudes avec le récit de Daniel. Ceux-ci ont amené les chercheurs à émettre l'hypothèse d'un « cycle de Daniel », qui comporterait de nombreuses histoires en plus de celles qui ont survécu dans les Bibles. Ces histoires auraient servi de matériau au compilateur final. Ainsi, le manuscrit 4Q242, dit « Prière de Nabonide », comporte des correspondances nombreuses et significatives avec le chapitre 4 du Livre de Daniel. Ces similitudes ont convaincu la plupart des spécialistes que l'histoire relatée par le manuscrit est, d'une façon ou d'une autre, liée à l'épisode biblique. Si cette théorie est juste, cela signifierait qu'avec ce rouleau a été découverte une source jusque-là inconnue de la Bible. L'histoire du Livre de Daniel commencerait alors avant l'an 200 avant l'ère chrétienne, et pourrait même être d'un ou deux siècles plus ancienneMichael Wise, in Michael Wise, Martin Abegg jr., Edward Cook, Les Manuscrits de la mer Morte pp. 324-325 lire en ligne.. D'autres manuscrits, comme « Vision de Daniel » (4Q243, 4Q244, 4Q245) et la « Vision des quatre arbres » (4Q552, 4Q553), présentent des récits semblables au texte reçuEdward Cook, in Michael Wise, Martin Abegg jr., Edward Cook, Les Manuscrits de la mer Morte p. 326 et 574-576..
Résumé Les chapitres 1 à 6 présentent des récits concernant le jeune Daniel et ses trois compagnons déportés à Babylone, écrits sous forme didactique (aggada). Ces chapitres constituent un ouvrage pédagogique délivrant une leçon théologique et morale. Le héros du récit, par son comportement et par ses épreuves, est présenté de telle façon que le lecteur en tire un message de réconfort, de foi, en rapport avec les besoins spirituels de l'époque.
Les chapitres 7 à 12 présentent les visions de Daniel. Ces visions ont pour but d'interpréter l'histoire de manière théologique, couronnée à son terme par une annonce de la Fin, sous la plume d'un prophète du passé afin de prendre du recul par rapport au temps des écrivains. La révélation se présente comme une sagesse venue d'en haut donnée aux croyantsTraduction Œcuménique de la Bible (TOB), Paris, Cerf. « Introduction à Daniel », ..
Histoire de Daniel Les six premiers chapitres comprennent une série de récits à la cour sur Daniel et ses trois compagnons. Le premier chapitre est écrit en hébreu. C'est ensuite l'araméen qui est utilisé à partir du verset 4 du chapitre 2 jusqu'au chapitre 7. L'hébreu réapparaît du chapitre 8 au chapitre 12.
Après avoir été fait captifs et emmenés à Babylone, les membres de la noblesse d'Israël sont pris au service du roi Nabuchodonosor. Parmi eux, Daniel et ses trois amis Ananias, Azarias et Misaël refusent de manger et de boire à la table du roi, car ils semblent être végétariens et refusent le vin et les viandes dont une partie était sacrifiée à des idoles. À la fin d'une courte période d'essai de dix jours, ils apparaissent en meilleure santé que ceux qui ont accepté la nourriture royale et peuvent donc continuer leur régime alimentaire, constitué uniquement de légumes et d'eau. Les quatre Hébreux sont finalement instruits par Dieu, ce qui leur permet d'être remarqués par le roi qui les trouve « dix fois supérieurs à tous les magiciens et devins de son royaume tout entier ».