Au-delà du fleuve et sous les arbres (en anglais ) est un roman d’Ernest Hemingway publié en 1950 dont le titre s'inspire des dernières paroles du Général Thomas Jonathan Jackson.

Résumé Juste après la Seconde Guerre mondiale, le colonel Richard Cantwell, officier de l’armée américaine en retraite, se retrouve cantonné en plein hiver à Trieste avec son chauffeur Jackson. Le cœur délabré, grièvement blessé — notamment à une main — dépressif et se sachant près de la mort, il décide de se rendre à Venise pour y rejoindre, l’espace d’une ultime journée de vie, Renata, une jeune contessa de dix-neuf ans dont il est amoureux. En la revoyant, il décide de retrouver le goût de la vie, dans son éclat comme dans son amertume. Entre l’hôtel Gritti, le Cipriani et le Harry's Bar, sur le Grand Canal ou sur les Zattere, dans une Venise hivernale au ciel de plomb et sous le regard d'un mystérieux Gran Maestro, tous deux vont repousser l’inéluctable et jouer aux jeux de la guerre et de l’amour dans le puzzle d’une ville-labyrinthe. Cantwell, tout entier plongé dans les années perdues, ne peut s’empêcher de raconter ses combats (en égratignant vivement l'armée française), de ressasser ce passé qui ne passe plus et s’accroche à Renata — ou à son image, un portrait — incarnation du futur, de l’insouciance et d’un certain danger. En étant physiquement incapableHemingway était devenu impuissant, ce qui est l’une des causes majeures de sa dépression et de son suicide. Lire, entre autres : Les Écrivains et l’alcool, de Michel Corvin, Éditions L’Harmattan, 2002 il ne possédera jamais charnellement Renata, sauf, peut-être, pendant quelques minutes, dans le coffre sans lumières d’une gondole fermée où sa « mauvaise main » explore le corps de la jeune fille.

Emporté dans la valse de la mémoire et des sentiments, Cantwell se brûle alors entier au contact de ce qu’il n’aura jamais.

Après avoir quitté Renata et Venise, Cantwell retrouve Jackson et tous deux repartent pour Trieste. Très affaibli, l’officier cite à son chauffeur les dernières paroles du général Thomas Jonathan Jackson : puis s’écroule alors à l’arrière de la voiture, emporté par une crise cardiaque.

Réception Dans les années 1945-1950, Hemingway éprouva des difficultés à se remettre à la fiction, marqué par son expérience de correspondant de guerre. De retour à Cuba, il commença un livre, Le Jardin d'Éden, publié après sa mort en 1986, puis s'en détourna pour écrire Îles à la dérive, publié également à titre posthume en 1970. Lors d'un bref séjour à Venise en 1949Le premier voyage d'Hemingway à Venise a eu lieu pendant l'hiver 1948., il entama la rédaction de Au-delà du fleuve et sous les arbres, influencé par ses souvenirs de la Première Guerre mondiale, à proximité de cette villeVoir L'Adieu aux armes..

Dans une interview avec la journaliste Lillian RossA Portrait of Hemingway, par Lillian Ross, The New Yorker, 13 mai 1950., Hemingway résuma sa première version : Peu de temps auparavant, il avait signé un contrat avec le magazine Life assurant la couverture de son prochain livre.

À sa publication, Au-delà du fleuve et sous les arbres reçut une critique majoritairement négativeHemingway and His Critics: an International Anthology, préface de Carlos Baker, Éditions Hill and Wang, New York, 1961.. Morton Zabel, du journal The Nation, qualifia le roman de Ernest Hemingway, par Jeffrey Meyers, collection The Critical Heritage, Éditions Routledge, 1997.. Alfred Kazin, pour The New Yorker, exprima Ernest Hemingway, par Jeffrey Meyers, op.cit.. Northrop Frye, dans le , compara le roman Mort à Venise de Thomas Mann et estima qu'Hemingway en ressortait perdant en raison de . L'écrivain Elwyn Brooks White, plus connu sous le nom de E.B. White publia également dans le New Yorker une parodie intitulée Across the Street and into the Grill (Au resto-gril d'en face)Hemingway fut l'objet d'innombrables parodies. En 1979, le Harry's Bar et American Grill à Century City, Californie, organisèrent la première d'un concours de parodies. Quarante-cinq d'entre elles furent publiées dans les deux livres Best of Bad Hemingway (anthologie), Éditions Harvest/HBJ Book, 1989 et 1991. Par ailleurs, ils décidèrent de délivrer un « trophée » aux parodistes contemporains d'Hemingway, parmi lesquels figurent Francis Scott Fitzgerald, Raymond Chandler et E.B White. dans laquelle un assistant comptable emmène une réceptionniste déjeuner chez ; très malade, il pense que ce sera peut-être son dernier repas, et ils s'installent sous une couverture en buvant des AlexanderPublié le 14 octobre 1950..

En raison de ces critiques et de la faible réception commerciale, Life confia la couverture de son prochain livre à James A. Michener, auteur de Colorado Saga et Chesapeake. Aujourd'hui, l'évaluation critique du roman est plus favorable qu'à l'époque de sa publicationMeyers, Jeffrey, , 1985, ..

Autour du roman Dédié À Marie, avec amour (à savoir : Mary Welsh Hemingway, qu’il a épousée en 1946), Au-delà du fleuve et sous les arbres s’ouvre sur un « avertissement » :

On sait que la meilleure défense est l’attaque. Et Hemingway, qui vint avec sa femme à Venise pendant l'automne 1949 et s’installa à la Locanda Cipriani, sur l’île de TorcelloGiuseppe Cipriani, alors patron du Harry's Bar et de la Locanda, raconte ses nombreux échanges avec Hemingway dans Harry's Bar, the Life and Times of the legendary Venice landmark, Arcade Publishing, 1996 où il commença d'écrire ce roman, s'efforce ainsi de faire oublier qu'il fit, au nord de l'Italie durant l'hiver 1948, la connaissance d'une jeune fille de la noblesse vénitienne âgée de dix-neuf ans, Adriana IvancicD'origine Dalmate, elle habitait la villa Mocenigo attribuée à l'architecte Baldassare Longhena., avec laquelle il entretint une romance platonique et qui lui inspira le personnage de RenataHemingway's Italy, par Rena Sanderson, Éditions LSU Press, 2006. À noter : pour la préserver, Hemingway interdira 10 années durant la publication de ce roman en Italie. Adriana lui fut présentée par son ami le Baron Raimundo Nanuk Franchetti qui lui offrit l'hospitalité dans une petite ville de la lagune, Caorle, où l’écrivain s’exilait lorsqu’il souhaitait chasser et pêcher en solitaire. Même si, selon Aaron Edward Hotchner, Hemingway songea à divorcer de Mary Welsh (un quatrième divorce)The Hemingway Women, par Bernice Kert, Éditions W.W Norton&Company, 1998, il n’en eut pas le courage, mais Adriana Ivancic fut loin d’être une simple passadeLettres d’Ernest Hemingway à Adriana Ivancic, rassemblées par Ann Doyle-Anderson, The Hemingway Review, 1985. À noter : Hemingway l’encouragea à écrire et à photographier en lui donnant sa vieille machine à écrire Royal ainsi que son Rolleiflex. In People Magazine, 1980, article de Olghina Di Robilant. C’est Adriana elle-même qui illustra la couverture de Au-delà du fleuve et sous les arbres, d’abord publié en plusieurs parties dans le magazine CosmopolitanStudent Companion to Ernest Hemingway, par Lisa Tyler, Greewood Publishing Group, 2001. Elle accompagna Hemingway durant plusieurs années, fit la connaissance de sa femme Mary, et joua sans doute un rôle majeur dans l’élaboration du chef-d’œuvre de l’écrivain Le vieil homme et la merHemingway's Cats, par Carlene Brennen et Hilary Hemingway, Éditions Pineapples Press, 2005. À noter : dans le numéro du magazine Time du 22 décembre 1980, Ivana Ivancic, devenue depuis 1962 Comtesse von Rex, publie The White Tower (un livre de mémoires relatif à sa « liaison » avec Hemingway). À ce sujet, elle écrit : . Ils se virent pour la dernière fois à Venise en 1955, sur la terrasse de l'hôtel Gritti. Selon Adriana, Hemingway pleura et lui dit : . In Time, 22 décembre 1980, op. cit.. En 1983 Adriana Ivancic, devenue Comtesse von Rex, mit fin à ses joursReading Hemingway Without Guilt, par Frederick Bush, The New York Times, publication du 12 janvier 1992.. De même, si Richard Cantwell est un reflet de l’auteur lui-même, il doit beaucoup au Major Général Charles « Buck » Langham. Celui-ci fut un ami personnel d’Hemingway, qui le décrivait comme . Ils s’étaient rencontrés lors des batailles de Normandie, et, selon Jacob E. Stein, Hemingway aurait rêvé être Lanham — ce qu’il parvint à faire en créant l’officier CantwellGeneral Buck Lanham, Ernest Hemingway, and That Woman in Venice, par Jacob A. Stein in Legal Spectator, 2003. Le premier manuscrit de Au-delà du fleuve et sous les arbres fut envoyé par Hemingway à Marlene Dietrich qu’il connaissait depuis 1943. Il lui écrit en : Lettres d’Hemingway à Marlene Dietrich données à la bibliothèque et musée JFK.. Pour retrouver la Venise d’Hemingway, demandez la Papa's table au Harry's Bar, séjournez à la Locanda Cipriani sur l’île de Torcello ou à l’hôtel Gritti et commandez le vin vénitien d’Amarone. En 1978, dans son film In girum imus nocte et consumimur igni, Guy Debord reprend les dernières paroles du général Thomas Jonathan Jackson citées dans le livre d'Hemingway : En 1984, cette œuvre d'Hemingway est défendue par Philippe Sollers dans Portrait du joueur et en 2010, elle inspire le roman Venise est une fête d'Alberto Garlini.

Notes

Liens externes Une interview d’Ernest Hemingway au Harry's Bar de Venise. MP3 ou RealMedia

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