La guerre du Bush de Rhodésie du Sud (également appelée Deuxième Chimurenga ou encore guerre de libération du Zimbabwe) est un conflit interne qui se déroula globalement, entre 1964 et 1979, en Rhodésie puis au Zimbabwe-Rhodésie. Elle se termina par la signature entre les protagonistes des accords de paix de Lancaster House en , prélude à l'avènement du nouvel État indépendant du Zimbabwe en .
Le conflit opposa trois forces : le gouvernement de la minorité blanche de Rhodésie dirigé par le premier ministre Ian Smith (puis en 1979 le gouvernement zimbabwéen-rhodésien de l'évêque Abel Muzorewa) à la tête des forces de sécurité de la république de Rhodésie du Sud face d'une part aux guérillos de l'Armée nationale africaine de libération du Zimbabwe (ZANLA), la branche militaire de l'Union nationale africaine du Zimbabwe (ZANU) de Robert Mugabe et d'autre part face à l'Armée populaire révolutionnaire du Zimbabwe (ZIPRA) de l'Union du peuple africain du Zimbabwe (ZAPU) de Joshua Nkomo.
La fin de la guerre fut précédée d'un règlement interne, signé en 1978 par Smith et Muzorewa, qui amenèrent aux premières élections au suffrage universel en et à la fin du régime de la minorité blanche de Rhodésie, rebaptisée Zimbabwe-Rhodésie avec un gouvernement à majorité noire. Cependant, ce nouvel ordre politique n'obtint aucune reconnaissance internationale, faute notamment de participation de la ZANU et de la ZAPU. Aucune des parties n'ayant remporté de victoire militaire sur le terrain, des négociations entre le gouvernement du Zimbabwe-Rhodésie, le gouvernement du Royaume-Uni et le « Front patriotique » uni de Mugabe et Nkomo aboutirent aux accords de Lancaster House, à Londres, en . Le pays revint temporairement sous contrôle britannique sous le nom de Rhodésie du Sud et de nouvelles élections eurent lieu sous la supervision britannique et du Commonwealth en . La ZANU remporta les élections et Mugabe devint le premier Premier ministre du Zimbabwe le , lorsque le pays obtint une indépendance internationalement reconnue.
Le cadre La géographie physique est composée de hauts plateaux sans accès à la mer. Le lac Kariba et le fleuve Zambèze délimitent la majeure partie de la frontière avec la Zambie (au nord-ouest). Les paysages naturels sont la savane sèche ou arborée. Parmi les ressources naturelles se trouvent : le charbon, le chrome, l’amiante, l’or, le nickel, le cuivre, les minerais de fer, le vanadium, le lithium, l’étain, et les métaux du groupe du platine. La capitale était Salisbury et la langue officielle était l'anglais. La population d'ascendance européenne y formait une minorité dominante (possession de l'essentiel de la terre arable) et citadine.
Causes et action politique
L'origine de la guerre en Rhodésie peut remonter à la conquête du Matabeleland et du Mashonaland par la colonne des pionniers de la British South Africa Company (BSAC) à la fin du et à l'opposition des dirigeants ndébélés du roi Lobengula (première guerre ndébélé).
La colonisation de la Rhodésie du Sud par les Britanniques débuta dans les années 1890 (fondation de Salisbury, Fort Victoria, Umtali). En 1923, la tutelle de la BSAC prend fin et le territoire se voit accorder un gouvernement responsable, élu localement, mais pas le statut de dominion. Le territoire se développe comme colonie de peuplement sous la direction notable des premiers ministres Charles Coghlan et de Lord Malvern alors que la colonie d'exploitation de Rhodésie du Nord (les territoires au nord du fleuve Zambèze) reste sous le contrôle direct du colonial office.
Dans les années 1950, pour tenter de concurrencer l'Afrique du Sud, la Grande-Bretagne regroupe la Rhodésie du Sud, la Rhodésie du Nord et le Nyassaland dans une fédération de Rhodésie et du Nyassaland afin d’accélérer l'intégration et le développement économique de ces territoires.
En 1960 au Cap en Afrique du Sud, dans son célèbre discours intitulé « Vent de changement », le Premier ministre britannique Harold Macmillan mentionne que la politique britannique serait dorénavant d'accompagner ses colonies africaines vers l'indépendance avec l'application du suffrage majoritaire. De nombreux Rhodésiens blancs, minoritaires démographiquement, craignent alors qu'un tel changement immédiat ne provoque le chaos comme cela en avait résulté dans l'ancien Congo belge après son indépendance en 1960. Ainsi, les Blancs rhodésiens, et un certain nombre de Noirs de Rhodésie, craignent notamment que le principe d'un gouvernement majoritaire remette en cause leur mode de vie. Ayant déjà été témoins du précédent de la révolte des Mau Mau, les Rhodésiens refusent la règle majoritaire, par crainte d'expropriation et de confiscation de leurs biens par un gouvernement de la ZIPRA ou de la ZANLA.
La réticence de la Grande-Bretagne à faire des compromis sur le principe du suffrage universel et l'hostilité des nationalistes noirs aux revendications des rhodésiens mène à la dislocation de la fédération (1963) puis à la déclaration unilatérale d'indépendance (UDI) de la Rhodésie du Sud le par le gouvernement du premier ministre Ian Smith. Si la Rhodésie bénéficie alors du soutien non officiel de l'Afrique du Sud voisine et du Portugal, qui possède alors le Mozambique et de quelques autres États, elle n'obtiendra la reconnaissance diplomatique d'aucun pays
Si le vote en Rhodésie soit constitutionnellement ouvert à tous, quelle que soit leur race, ce n'est pas la suffrage universel car des exigences liées à la propriété empêchent de nombreux Africains noirs de pouvoir participer aux élections. En 1969, la nouvelle constitution accorde huit sièges aux « non-européens » et huit autres aux chefs de tribu sur les 66 sièges du parlement.
Le conflit est perçu par les groupes nationalistes et le gouvernement britannique de l’époque comme une guerre de libération nationale et raciale. Le gouvernement rhodésien considère le conflit comme une lutte entre une partie de la population du pays (les Blancs, démographiquement minoritaires) au nom de l'ensemble de la population (y compris la majorité noire) contre plusieurs partis financés de l'extérieur et composés de radicaux et de communistes. Le Front rhodésien (RF) – le parti au pouvoir – a adopté une position intransigeante contre l’idéologie communiste du ZIPRA et du ZANLA. Il s'agit pour lui non seulement de combattre les communistes mais aussi de préserver l'autonomie gouvernementale accordée en 1923 par les Britanniques, de défendre les valeurs occidentales, le christianisme et l'État de droit. Il n'est pas disposé, du moins dans un premier temps, à faire des compromis sur la plupart des inégalités politiques, économiques et sociales et estiment que les griefs des populations noires ne sont pas endogènes mais fomentés de l'extérieur par des agitateurs étrangers. Il considère également que la voix légitime des populations noires s'exprime via celle des chefs traditionnels. En 1978-1979, le gouvernement Smith effectue une ouverture vers les nationalistes modérés via un « règlement interne » qui met fin au régime minoritaire, change le nom du pays en Zimbabwe-Rhodésie et organise des élections multiraciales. Malgré la nomination d'un premier ministre noir, l'évêque Abel Muzorewa, le nouvel État ne reçoit aucune reconnaissance et le conflit perdure. Pour leur part, les nationalistes noirs considèrent que leur pays, qu'ils appellent le Zimbabwe, est occupé et dominé par une puissance étrangère, à savoir la Grande-Bretagne, depuis 1890.
Le conflit s'inscrit enfin dans le contexte de la guerre froide et de guerres régionales menées dans plusieurs pays voisins : guerre d'indépendance angolaise (1961-1975), guerre civile angolaise (1975-2002), guerre d'indépendance du Mozambique (1964-1974), guerre civile mozambicaine (1977-1992), guerre de la frontière sud-africaine (1966–1989), Première guerre du Shaba (1977) et Deuxième guerre du Shaba (1978). Pour obtenir le soutien des occidentaux, Ian Smith décrit le conflit comme étant essentiellement de nature anticommuniste.
Les adversaires Les forces gouvernementales thumb|escouade C du SAS rhodésien en 1963. thumb|Membres de la garde royale albanaise, fidèle au roi Leka résidant de Rhodésie, et auxiliaires de l'armée rhodésienne thumb|Soldats noirs des Rhodesian African Rifles en patrouille sur le lac Kariba en 1976 thumb|Démarcations militaires opérationnelles des forces de sécurité rhodésienne En dépit des sanctions économiques et diplomatiques, la Rhodésie a développé et maintenu une armée puissante et professionnelle . L'armée rhodésienne est relativement petite, avec seulement en 1970 avant d'atteindre le nombre de d'active soutenus par . Alors que l'armée régulière est composée essentiellement de soldats blancs (et que certaines unités, comme le Rhodesian SAS et la Rhodesian Light Infantry, soient entièrement blanches), le reste est majoritairement composé de soldats noirs comme les Rhodesian African Rifles. Toutefois, les réservistes de l’armée rhodésienne restent essentiellement blancs. Les unités de l'armée de terre comprennent de nombreuses unités dont les plus célèbres sont les Rhodesian African Rifles, la Rhodesian Light Infantry, les Selous Scouts, les Grey's Scouts, la 7e Compagnie indépendante (composée uniquement d'étrangers, en grande partie français), la Fire Force et les Rhodesian SAS.
L'armée régulière est soutenue par la British South Africa Police composée de , dont la majorité est noire, et de réservistes, dont la majorité est essentiellement blanche.
La Rhodésie dispose aussi d'une armée de l'air (Rhodesian Air Force) comprenant 150 pilotes et d'un service de renseignement (la Central Intelligence Organization).
En dépit de l'embargo sur les armes, l'armée rhodésienne est bien équipée même si elle est fortement dépendante des armes et équipements étrangers, notamment sud-africains et doit contourner les sanctions. Au début de la première guerre, une grande partie du matériel militaire de la Rhodésie est d'origine britannique et du Commonwealth, mais au cours du conflit, l'armée rhodésienne s'équipe de véhicules blindés Eland, achetés en Afrique du Sud, de plusieurs chars T-55 de fabrication polonaise destinés originairement à l'Ouganda. Les Rhodésiens produisent également une large gamme de véhicules blindés, utilisant souvent des composants de camions Mercedes Unimog, Land Rover et Bedford. L'arme d'infanterie standard de l'armée rhodésienne est le fusil belge FN FAL produit en Afrique du Sud et complété par le fusil HK G3 provenant des forces portugaises. Cependant, d'autres armes telles que la variante britannique L1A1 (« SLR ») du FAL et l'ancien fusil britannique Lee-Enfield sont utilisées par les réservistes et la BSAP. Parmi les autres armes figurent le fusil mitrailleur Bren LMG, le Sten SMG, l'Uzi, le pistolet Browning Hi-Power, le fusil M16, la mitrailleuse polyvalente FN MAG (FN MAG58), le Mortier L16 de 81mm et les mines M18A1 Claymore.
La flotte de la Rhodesian Air Force (RhAF) est de son côté principalement composée d'avions britanniques et d'avions en grande partie obsolètes, tels que les avions de transport de la Seconde Guerre mondiale Douglas Dakota et le de Havilland Vampire britannique. L'embargo sur les armes provoque surtout une pénurie de pièces de rechange obligeant la RhAF à trouver d'autres moyens pour maintenir ses avions en vol. Elle peut compter sur la force aérienne sud-africaine qui fournit notamment des avions et des équipages à l'appui des opérations de la RhAF à partir de 1966. Les Rhodésiens utilisent également des types d'avions plus modernes comme les bombardiers Hawker Hunter et Canberra, le Cessna Skymaster ainsi que les hélicoptères Aérospatiale Alouette III (SA316) et Bell 205.