Le donjon de Courmenant est situé dans l'ouest du département de la Sarthe, sur le territoire de la commune de Rouez, à six kilomètres au sud de Sillé-le-Guillaume.

Situation

Il se dresse sur le versant ouest d’une côte ravinée au bas de laquelle roule la petite rivière de Vègre, qui arrose de vastes prairies, jadis occupées par un marais, dont la profondeur dépassait deux mètres, dans certaines parties.

Ce marais qui s’étendait au nord et au nord-ouest sur une assez grande longueur, entre les rochers, se rétrécissait brusquement vers le sud, au gué des Aubiers, où au moyen d’un barrage, on pouvait faire gonfler les eaux, suivant les circonstances, afin de rendre la forteresse inabordable de ce côté.

Sur les trois autres faces, le Donjon était entouré de fossés secs, de six à sept mètres de profondeur.

Six grands chemins couraient à une portée d’arc de ses fossés: celui de Rouez passait par le gué des Aubiers et Vègreville; celui de Parennes gagnait Marmicholiau; celui dit de l’Etang-Neuf, touchant les lieux de la Chapelle et de la Belonnière, conduisait aux fourches patibulaires du fief, qui se dressaient dans deux champs portant encore les noms de Grand et de Petit Gibet; celui de Rouessé-Vassé, se dirigeait sur Vassé, par la Binelière et les Maisons-Neuves; celui de Sillé suivait le précédent jusqu’à la Volerie, ou il s’en détachait; celui de Crissé passait à la Laudière et aux Croisettes; un autre s’en détachait à peu de distance du Donjon pour aller du côté de la butte St-Calais par le Baudray.

Cet état exceptionnel de viabilité atteste au moins l’importance du lieu qui, à part ses attributions militaires, était le siège d’une cour de justice comme l’indiquent son nom : (Curiam manens) de nombreux titres et la présence de ses fourches patibulaires.

Ses origines Les ruines du Donjon de Courmenant révèlent cinq époques, correspondant aux , , , , et s; nous les traiterons séparément.

thumb|right|220 px|Planche I-page 09-10 À la fin du , les NormandsLes Normands, ces forbans qui, après avoir écumé les mers, incendièrent une partie de la France au ! C'est an parlant d'eux que Charlemagne, au déclin de sa vie, disait avec une profonde tristesse: "Si de mon vivant ils viennent jusqu'aux portes de mon palais, jusqu'où iront-ils après ma mort ?" Ils allèrent jusqu'à Paris, et Rollon, leur chef, devint le gendre du roi de France en recevant la main de la tendre Giselle, fille de Charles-le-Simple.

La timide princesse parut s'accommoder du barbare, en commençant; mais, par des causes d'essence clytoristique, si copieusement traitées par Rabelais au chapitre XXXII de Gargantua, et se mit bientôt en mesure de minautoriser son ducal époux; c'était si naturel.

François aurait bien pu se dispenser de nous corner aux oreilles son éternel distique: "Souvent femme varie, fol est qui s'y fie"; et ce vieux Juvénal, presque aussi fourbu que Salomon, en fin de vie, eut bien fait de garder sa VIIe satyre. À quoi bon, puisque c'est toujours la même chose ?

Que devinrent ces forbans ? Des saints, et c'est à eux que l'on doit cette chaude prière: "Seigneur Dieu, je ne vous demande pas d'argent, je n'en accepterais pas; mais de grâce seigneur Dieu, placez moi dans le voisinage de ceux qui en ont beaucoup".

C'est peut-être à cause de cela que le Cénoman qui avait la prétention d'être normand et demi, n'étouffa jamais de tendresse pour son voisin. De là les colères et les injures d'Orderie Vital, qui était un homme instruit mais sans éducation. et BretonsQuant aux Bretons, si la tête de Jupiter avait eu la dureté de celle de ces quasi-insulaire, jamais Minerve n'eut vu le jour; les animaux autres que l'homme, en touchant leur sol y contractai l'entêtement; c'est ce qui arriva à la mule de Roland. menaçaient le pays du Maine. Dès cette époque, Roland (preux), neveu de Charlemagne, qui devait périr à la bataille de Roncevaux, était commis à la garde de la frontière ; il eut pour successeur son gendre Eginard Wido ou Guido.

Les incursions des Barbares prenant un caractère alarmant, Charlemagne, par une rescrit de 810Carolus verocivitates trans sequanas ab incolis firmare jussit. Cenomanis scilicet et Turonis at praesidio contra Normana populis esse possint. (An.Bertinail annam 869) - Rex Carolus prudens, timens informationem munitiones in Cenomanensis pago fecit; viceos quosdam in oppoda munitisima convertit, et diversis optimatibus diversa castella distribuit. (Liber de Dominis Ambasix; Spicelege de d'Achery, page 551) - En ce temps là, commanda li Roi Kalles, aux Mansiaux et aux Toriniens qu'ils formassent des cités et feissent forteresse, contre les assauts des Normands: (Vieille Chronique de Saint-Denis, M.SS de Kolbert, n°6218.), notait les points où les pirates pouvaient le plus facilement pénétrer à l’intérieur du pays, et par suite, plusieurs forteresses furent établies sur la rive gauche de la Mayenne.

Charles le Chauve renouvela les prescriptions de Charlemagne et c’est sans doute lors de son séjour au Mans, vers 867, qu’il ordonna la construction du donjon de Courmenant qui, par sa situation, au milieu d’un groupe de chemins et sur le bord d’un marais formant obstacle du côté de l’ouest, répondait aux conditions de programme.

Son origine carolingienne est d’ailleurs bien accusée par le caractère des maçonneries qui en restent et surtout par l’absence des contreforts aux murs extérieurs, signes distinctifs des châteaux militaires antérieurs au , époque à laquelle ils apparaissent pour la première fois.

Par les termes du rescrit de Charlemagne et par les circonstances qui le motivèrent, on doit admettre que le donjon de Courmenant, comme tous ceux de la même époque, dut être un ouvrage de défense exécuté avec les fonds publics de la province, et que, dès lors, ce fut un édifice public constituant plutôt une forteresse qu’une habitation proprement dite.

Dans sa première forme, il représente un quadrilatère de de long sur de largeur composé de murs de à deux mètres d’épaisseur, s’élevant à environ de hauteur, couronnés par un chemin de ronde, avec garde-fou de chaque côté, sans merlons ni machicoulis ;

la planche I en donne le plan.

À part la cuisine C, dans la cour contre la muraille au sud, le gîte de l’habitation se réduisait à un corps de bâtiment d’un rez-de-chaussée et d’un étage, adossée à la muraille du nord. Chaque section horizontale comportait une salle de de longueur ; ces salles communiquaient entre elles par un escalier pratiqué dans l’épaisseur de la muraille.

Ces bâtiments intérieurs qui devaient être construits en bois, étaient éclairés sur la cour. La seule ouverture qui régnât dans les murailles extérieures était la porte d’entrée, dont il reste encore un et un bout de linteau en granite, à six mètres au-dessus du fond des fossés.

À cette ouverture, on ne pouvait accéder du dehors qu’au moyen d’un appareil élévatoire. On descendait dans la cour par un escalier en bois dont on croit reconnaître les scellements.

Seule la cuisine avait une cheminée dont on voit une partie du tuyau dans la muraille d’enceinte du midi.

Les autres pièces devaient être chauffées au moyen de poêles, usités durant l’époque carolingienne, comme l’attestent différents rapports des missi dominici, ayant trait aux édifices de la couronne, sous Charlemagne.

Le donjon resta en cet état jusqu’au milieu du . À cette époque, les Normands sont fixés sur le sol de la Neustrie, appelée plus tard la Normandie qui avait été constituée en duché par Charles le Simple, en 912, au profit de Rollon, son gendre.

Les comtes du Maine, d’abord amovibles et électifs au , sont depuis la fin du devenus héréditaires ; c’est le commencement de la féodalité.

Le donjon de Courmenant était-il encore aux mains des comtes à cette dernière époque ? On l'ignore.

En 1051, un comte du Maine, ou plutôt un prétendant, s’attire par un acte imprudent, la colère de Guillaume-le-Bâtard, duc de Normandie, qui par suite, fait une descente dans le Maine ; l’événement est mentionné par Wace dans son Roman de Rou, en ces termes :

« En Ogne (Orne) en enveis maint, ou il les embali. Puis print Domfront par force cinq meis (mois) l’assaillit. Treis chastels fist dehors, mult sentit ahennit Martel, le Queno (comte) d’Anjou, qui le chastel perdit : La contrée tenait oncques, puis n’en joï mult fut vaillans et près Guillaume dont je dis, Le Mans et li Maigne os Marce tot tolli. »

C’est probablement à cette circonstance calamiteuse que le Donjon dut sa ruine, à moins qu’elle n’ait eu lieu en 1064, lors de la seconde invasion des redoutables Normands ; mais nous penchons pour la première date de 1051, car le caractère architectural d’une partie de l’édifice est bien de nature à l’indiquer.

Les murailles de l’ouest et du nord furent à peu près complètement détruites ; celles du sud et une partie de celles de l’est, seules, restèrent en place, non sans être gravement endommagées.

Le donjon du était isolé, sans aucun autre ouvrage de défense. L’entrée du périmètre sur lequel il était construit, du côté du ravin, au nord-ouest, était au lieu qui a conservé le nom de Portal, près des bâtiments de la ferme, à proximité du chemin qui courait le long du marais. Ses fossés étaient entourés de palis scellés dans des massifs de maçonnerie brute dont on a retrouvé des vestiges. L’un d’eux, plus épais que les autres, au-devant de la porte d’entrée, devait recevoir le poteau des armes du comté.

thumb|right|220 px|Figure 1-page 17 thumb|right|220 px|Planche II-page 15-16 On ne tarda pas à se mettre en besogne pour le relèvement de ces ruines. Les murailles du quadrilatère qui venait d’être effondrés ou renversées furent rétablis ; mais cette fois on perça des baies de croisées dans les murs extérieurs, destinés à éclairer les appartements qu’on allait créer, car l’édifice, tout en conservant son caractère de forteresse, allait devenir une demeure seigneuriale d’une certaine importance.

L’ancien gîte intérieur fut remplacé par un bâtiment A et B de de profondeur qu’on adossa à la muraille septentrionale du quadrilatère, et l’escalier qui devait le desservir dut être rétabli dans la muraille à l’est. Ce bâtiment élevé d’un rez-de-chaussée et d’un étage sous sol, se composait de 2 salles à chaque section horizontale.

Son mur de face sur la cour aboutissait à la muraille de l’est, au droit de la porte d’entrée, qui fut conservée.

Au-devant de cette porte et sur une partie de l’épaisseur du dit mur, à son extrémité, on établit un palier faisant saillie dans la cour, duquel on descendait au rez-de-chaussée par un escalier adossé à la muraille.

Cette entrée militaire d’un genre particulier, fut la seule qui donna accès au donjon du . Pour y monter à l’extérieur, on continuera à se servir d’un système élévatoire mouvant à poulies comme au ; on voit encore le trou d’un des madriers qui servait à la manœuvre, il n’y eut donc point de pont-levis, proprement dit, au , pas plus qu’aux et .

Si on en juge par les nombreux morceaux de pierre de taille en granite qu’on trouve dans les démolitions et les fermes environnantes, toutes les baies des portes et des fenêtres de la façade intérieure durent être semblables à celles des croisées de l’ouest, c’est-à-dire d’architecture romane.

Une de ces pierres portant moulures qui a été employée au côté droit de l’entrée sous la voûte, et un autre morceau similaire, utilisé au pied droit de la grange des communs, ont dû former les jambages de la porte d’entrée, à la façade intérieure sur la cour.