La bataille de Camaret est consécutive à un débarquement anglo-hollandais, en 1694, visant à attaquer Brest et à contrôler l'accès à sa rade.
Au début de 1694, Louis décide de déplacer le champ des opérations militaires de la guerre de la Ligue d'Augsbourg, vers la Méditerranée et l'Espagne afin de contraindre cette dernière à signer la paix. Pour ce faire, sous les ordres de Tourville, il envoie sa flotte à proximité de Barcelone. Brest, vidée de ses troupes, semble un objectif facile pour le Prince d'Orange. Une opération militaire est montée pour prendre la ville par voie de terre. Informé du projet, le roi charge Vauban, avec peu de moyens, d'organiser la défense du secteur.
Le , sous les ordres de l'amiral John Berkeley et du lieutenant-général Talmash, une importante flotte d'invasion se présente à Camaret pour y débarquer plusieurs milliers d'hommes. Vauban, lors de son seul commandement militaire indépendant., met en déroute les troupes débarquées et fait échouer le projet.
Contexte En ce début de 1694, Louis décide de porter son effort de guerre sur la Méditerranée et l'Espagne. Afin de soutenir le maréchal de Noailles pour la prise de Barcelone et de contraindre l'Espagne à signer la paix, Tourville quitte Brest le avec 71 vaisseaux et l'escadre de Châteaurenault le suit le .. Renseignés sur ces mouvements, les Anglais et les Hollandais projettent de s'emparer de Brest, pensant que l'absence de Tourville et de sa flotte rendrait aisé le débarquement d'une armée d'occupation forte de sept à huit mille hommes.
Après la victoire de Tourville à Lagos en 1693, le Prince d'Orange avait envoyé une expédition de représailles sur Saint-Malo et projetait de monter des opérations du même type sur d'autres ports du royaume de France. Ayant eu vent du projet par ses espions, Louis XIV nomme Vauban commandant militaire de Brest et des quatre évêchés bas-bretons, soit de Concarneau à Saint-Brieuc..
Préparatifs Préparatifs généraux thumb|left|Vauban, commandant la place de Brest. Bien avant le début de la guerre de la Ligue d'Augsbourg, Louis XIV charge dès 1685 Vauban d'inspecter le littoral de Dunkerque à Bayonne.. Une des priorités est la défense du port de Brest, depuis que Richelieu en a fait un port militaire et décidé d'y installer des arsenaux ainsi que la flotte du Ponant. Il est important pour cela de connaître les particularités géographiques du goulet de Brest, seule entrée possible par voie maritime pour lancer une attaque sur la ville. Cet étroit bras de mer remplit et vide à chaque renversement de marée la rade de Brest avec des courants pouvant atteindre une vitesse de 4 à 5 nœuds. Ainsi les escales naturelles pour les voiliers sont les anses de Camaret-sur-Mer et de Bertheaume, afin d'attendre un courant favorable pour y accéder. Lors de son premier séjour à Camaret, Vauban en prend note et consigne dans son mémoire du : thumb|Le fort de Bertheaume avec en arrière-plan la presqu'île de Roscanvel. La guerre à peine commencée et ayant déjà inspecté les lieux, il décide en premier d'installer une position de défense à Bertheaume et de construire une « tour de côte » à Camaret, unique en son genre. Les premiers dessins de Vauban prévoient la construction d'une tour ronde, mais une fois sur place, il la crée polygonale. Les travaux pour la tour de Camaret ont débuté en 1689. Prévenus par leurs espions, les Anglais, qui comprennent l'importance stratégique des travaux en cours, veulent détruire l'édifice. Mais, lorsqu'en 1691, seize bâtiments anglo-hollandais se présentent dans la baie de Camaret, cinq frégates françaises s'y trouvent et réussissent à repousser la flotte ennemie. En prévision de cette nouvelle attaque et en raison des faibles moyens mis à sa disposition pour la défense d'un espace couvrant plusieurs centaines de kilomètres de côtes, Vauban décide de monter, en divers lieux, des fortins tenus par la milice locale qui peut être rapidement renforcée par des troupes régulières stationnées dans l'arrière-pays..
Préparatifs en vue de l'attaque sur Brest
thumb|Le général Talmash, commandant les forces de débarquement. Début , ayant eu vent du départ de Tourville, Guillaume III, croyant à une conquête facile, décide de lancer l'attaque préparée contre Brest. D'après l'historien Prosper Levot cette attaque .
Le plan de Guillaume III consiste en deux actions parallèles. La majeure partie de la flotte anglo-hollandaise, sous les ordres de l'amiral Russell, fait route vers Barcelone, afin d'y combattre Tourville, alors que l'autre partie, sous les ordres de John Berkeley avec une imposante armée d'invasion, commandée par le lieutenant-général Talmash doit attaquer Brest ou bien débarquer sur la côte, afin de contrôler le goulet et la rade de Brest. Les Anglais, sachant que le sort de Brest dépend principalement du contrôle du Goulet, se rappelaient qu'un siècle plus tôt, en 1594, aux côtés du maréchal français d'Aumont, il leur fallut plus d'un mois lors du siège de Crozon pour qu'une armée de plus vienne à bout de 400 soldats espagnols..
Devant les menaces de plus en plus précises venant d'Angleterre, Louis XIV nomme Vauban « commandant suprême de toutes les forces françaises, terre et mer de la province de Bretagne ». Dans le passé d'autres tentatives de débarquement ont montré que les chefs des différentes armes agissaient souvent en contradiction. Vauban, lieutenant-général des armées depuis 1688, accepte à une condition : il ne serait « lieutenant-général de la Marine que pour l'honneur », c'est-à-dire sans solde. L'état des lieux des ingénieurs Traverse et Mollart datant du montre que seulement 265 canons et 17 mortiers étaient en place.. Lorsque début mai Vauban reçoit les directives du roi, Brest est défendue par environ et des renforts à hauteur de six bataillons, un régiment de cavalerie et un de dragons sont en route. En arrivant à Brest le , Vauban sait que le rapport de force est en sa défaveur.
Après les préparatifs effectués à Portsmouth, la flotte appareille le . Pendant ce temps, Vauban multiplie l'aménagement de positions fortes le long de la côte et renforce celles déjà existantes. À la mi-juin, lors d'une inspection de son dispositif défensif, il remarque que la baie de Douarnenez et surtout Camaret permettent le débarquement aisé d'une troupe nombreuse. Il en ordonne le renforcement.. Afin d'empêcher tout débarquement et ne bénéficiant pas de navires de guerre, il arme une vingtaine de chaloupes pour défendre le goulet de Brest. Il équipe les milices avec l'armement réquisitionné à la marine. Les régiments de cavalerie et de dragons sont positionnés à Landerneau et à Quimper. Pour faciliter la transmission de l'information et gagner du temps, il organise un code de communication sous forme de signaux..
Déroulement Soir du 17 juin 1694 thumb|Profil et plan de la tour de Camaret. Dans la soirée du , la flotte anglo-hollandaise, commandée par l'admiral John Berkeley, est signalée en mer d'Iroise. Elle se compose de trente-six vaisseaux de guerre, douze galiotes à bombes et 80 navires de transport portant environ de débarquement<ref>Les chiffres les plus probables sont présentés ici. Les différents auteurs avancent les nombres suivants : 41 navires de guerre, 14 brûlots, 12 galiotes à bombes, 80 vaisseaux de transport (G.-G. Toudouze, Camaret, Grand'Garde du littoral de l'Armorique) ; 36 vaisseaux de guerre, 12 galiotes à bombes, 80 petits bâtiments portant environ (P. Levot, Histoire de la ville et du port de Brest) ; 36 vaisseaux de guerre, 12 galiotes à bombes (Rapin-Thoyras, Histoire d'Angleterre) ; 29 sail of line, 27 fregates, bomb-ketcher, fire-ships and tenders (The United Service Journal) ; 36 ships of war, without reckoning the bomb-ketches and the infernal machines (The Monthly Review''') ; 36 vaisseaux de guerre, 12 galiotes à bombes et les transports qui portaient environ de troupe (Revue maritime et coloniale).</ref>. La flotte mouille à mi-distance entre Bertheaume et le Toulinguet. Le contre-amiral, le marquis de Carmarthen, s'approche des côtes afin d'inspecter les lieux et les positions françaises. À son retour, il . À cette date, du côté français, la moitié des renforts promis ne sont pas encore arrivés et Vauban écrit dans la lettre déjà citée précédemment :
Matinée du 18 juin 1694 vignette|center|600px|La plage de Trez-Rouz, lieu du débarquement anglo-hollandais. vignette|La bataille par Maurice Leloir, 1931. vignette|Plan anglais de la bataille de Camaret. Au matin du 18 juin, une épaisse brume s'abat sur cette partie de la Bretagne. Les attaquants manquant, comme les défenseurs, de visibilité, l'assaut est différé. Ce répit est apprécié par le côté français, . Ce n'est que vers 11 heures, quand le brouillard se dissipe, que le marquis de Carmarthen peut avancer avec sept navires pour attaquer la tour de Camaret et protéger les 200 chaloupes chargées de soldats qui se dirigent vers la plage de Trez-RouzTrez en breton désigne originellement le sable calcaire à débris coquilliers. Trez Rouz signifie littéralement « sable rouge ». La légende veut que le nom de cette plage fait référence à cette bataille, tout le sable de la plage ayant été imprégné du sang des combattants. En réalité, ce nom existe avant et fait probablement référence aux sédiments pléistocènes de couleur ocre qui constituent une plage perchée fossile.. La tour, appuyée par les batteries du Gouin et de Tremet, fait un feu soutenu. Un bâtiment est coulé par deux bombes, un autre, qui s'est trop approché de la côte, s'échoue et doit se rendre, et les cinq derniers sont mis en mauvais état. Malgré la surprise, les Anglais ripostent et plusieurs projectiles atteignent l'ouvrage défensif. C'est au cours de cette bataille que la flèche du clocher de Notre-Dame de Rocamadour est abattue. Entre-temps, le général Talmash à la tête de ses , dont des huguenots français, débarque sur la plage de Trez-Rouz. Les troupes anglaises sont accueillies par un feu nourri et après un moment de flottement, elles sont chargées par 100 hommes des compagnies franches et garde-côtes sous les ordres de Tanguy le Gentil de Quelern, capitaine de Crozon.
Macaulay écrit dans son Histoire d'Angleterre : .. Grièvement blessé, le général anglais est emporté vers l'escadre ; il mourra quelques jours plus tard. La contre-attaque française repousse les hommes débarqués à la mer. Ceux-ci ne peuvent plus battre en retraite car la marée descendante a laissé les chaloupes à sec. Seulement une dizaine d'entre elles rejoignent la flotte anglaise.
thumb|left|Impacts de boulets anglo-hollandais sur la tour Vauban.|317x317px Les pertes pour les Anglais sont considérables :
Depuis cette date, la plage du débarquement, dont on dit que le sang y a tellement coulé à flots que le sable de la plage en était rouge, porte le nom de Trez Rouz (sable rouge).. La proche falaise où Talmash débarqua porte encore aujourd'hui le nom de Maro ar saozon (la Mort Anglaise).. Les dunes voisines auraient servi de cimetière pour y enterrer les marins anglais et hollandais décédés lors des combats. vignette|377x377px|La Mort Anglaise (au premier plan) et la plage de Trez Rouz
Vauban se trouve, lors du déclenchement de la bataille au fort du Mengant et arrive sur les lieux de la bataille à la fin des combats.
Suites thumb|Bombardement de Dieppe en juillet 1694 à titre de représailles.