Guillaume Bonnecarrère ou Bonne-Carrère, né à Muret le et mort le à Versailles, est un homme politique français.
Il joua un rôle de premier ordre dans l'histoire secrète de la Révolution française.
Jeunesse
Fils d'un notaire de ToulouseDépôt baptistaire chez Rouen, notaire à Paris, le 16 septembre 1793. et mort à Versailles le , issu d'une famille bourgeoise et non noble, ainsi qu'il l'indique lui-même dans une de ses justifications du temps de la RévolutionExposé de la conduite de Bonnecarrère depuis le commencement de la Révolution, Paris, Imprimerie des hommes libres, in 4° de 18 pages., il vit à Toulouse puis vient à Paris où il étudie le droit à l'université.
Une fois diplômé, il postule à une charge d'avocat au Parlement de Toulouse - qu'il ne put obtenir - et fait la connaissance de Barère de Vieuzac, Mailhe et Larrey avec lesquels il entre en maçonnerieJ. Gros, Les Loges maçonniques de Toulouse de 1740 à 1870, Révolution française, janvier 1901, vol. 40, 244..
De retour à Paris, il fréquente le Palais-Royal et il est un des habitués de la célèbre maison de jeu des Arcades appartenant à Goury de ChampgrandPère de la baronne de Bawr, ami et protégé du duc d'Orléans. Le journal les Révolutions de Paris évoque ces années :
Diplomatie secrète (1783-1789)
Guillaume Bonnecarrère entre dans la carrière des armes et il sert quelque temps comme sous-lieutenant dans un régiment d'infanterie. Puis, grâce aux relations du Palais-Royal, il obtient en 1783, sur la demande de Vergennes, alors ministre des Affaires étrangères, un congé de quatre ans qu'il met à profit pour diverses missions diplomatiques dans le monde. Il voyage aux frais du département, notamment en Afrique et aux Indes. À son retour en France, à la fin de 1786, Montmorin lui confia quelques « voyages d'observation » en Europe, missions de diplomatie secrète qui le conduisirent aux Pays-Bas et en Allemagne. C'est au cours de l'un de ces voyages qu'il connait successivement Mirabeau et Dumouriez eux-mêmes employés dans la diplomatie secrète, mais également Lebrun, le futur secrétaire girondin du département des affaires étrangères, qui exerçait alors les fonctions d'écrivain mercenaire, se mettant plus ou moins au service du meilleur offrant.
En 1788, il demande le gouvernement de Chandernagor et se flatte de l'obtenir lorsque la Révolution survient.
Le Jacobin (1789-1791)
Admis à la Société des amis de la constitution, il parvient à se faire nommer d’abord secrétaire de l’Assemblée générale des Jacobins, puis membre du Comité de correspondanceAvec Jean-Marie Collot d'Herbois, Bertrand Barère de Vieuzac, Barnave, Laclos, les Lameth, président du comité d’administrationAvec Mendouze, Févelat, Desfieux, etc., membre du Comité de présentation et de vérificationAvec Collot d’herbois, Desfieux, Févelat, Carra, Dufourny., secrétaire chargé des procès-verbaux, des lettres d’affiliation et des extraits de la correspondance. Comme tel, il n’est pas non plus sans rendre des services à Montmorin, ministre des Affaires étrangères sous la Constituante, monarchiste prononcé, .
Le comte de Mirabeau devenu un des plus influents personnages de la Constituante exerce sur Bonnecarrère une sorte de fascination, aussi le prend-il comme modèle : .
Elle ajoutait : Mémoires, tome I, 168 et 178..
Lorsque Mirabeau, en partie pour des raisons financières, décide de se ranger sous la bannière de la cour, secrètement s’entend, Bonnecarrère se met entièrement à la disposition du cabinet secret des Tuileries dont les agents divers (Sémonville, Rivarol, Mallet du Pan, etc.) étaient rémunérés sur les fonds de la liste civile. Il se fait une spécialité de débaucher les révolutionnaires les plus populaires et, aux Cordeliers, il approche entre autres François Desfieux, Jean-Marie Collot d'Herbois avec lequel il participe aux travaux de secrétariat aux Jacobins, et d’autres futurs meneurs de la Commune de Paris, avec lesquels il entretient des relations suivies.
Le , le ministre des affaires étrangères Montmorin, qui était partie prenante dans les affaires de débauchage, le nomme ambassadeur auprès du prince-évêque de Liège. Les Jacobins où il a toujours des fonctions de responsabilité, l’autorisent à accepter la place. Mais ces fonctions devaient cesser le .
Il demande à être prorogé mais, le 5 du même mois, il est exclu de la société à la suite d’une violente altercation avec Camille Desmoulins qui le dénonce comme étant agent soldé du cabinet secret des TuileriesRévolutions de France et de Brabant, n° 78, voir aussi le postillon de Michel Regnaud de Saint-Jean d'Angély pour avril 1791..
Les Révolutions de Paris ont résumé ce qu’on disait alors du personnage : Lors de la scission arrivée aux Jacobins pendant la révision de l’acte constitutionnel, M. Bonnecarrère passa aux Feuillants comme chef de file, et il y fut suivi de presque tous ses « amis ».
Là, il acquiert encore plus de consistance qu’il n’en avait eue aux JacobinsRévolutions de Paris, n° 153, 477, 9-16 juin 1792..
Entretemps, le prince évêque de Liège avait refusé les lettres de créance de Bonnecarrère. Demeuré à Paris, celui-ci rejoint, avec Bertrand Barère de Vieuzac et quelques-uns de ses amis, l’aristocratique club des Feuillants. Après la fuite du roi à Varennes et la fusillade du Champ-de-Mars du , il demande un congé de quelques mois à Montmorin tout en continuant de toucher ses appointements de livres par an. Il se rend à Toulouse et à Muret sa ville natale.
Revenu à Paris à la fin d’, il fait ses préparatifs de départ pour se rendre à Liège où on est enfin disposé à l’accueillir. .
Son ambassade à la principauté de Liège se termine avec la déclaration de guerre. Revenu à Paris, il se met à la disposition du comité secret des Tuileries - mis en œuvre par le comte de Montmorin, Maximilien Radix de Sainte-Foix, Talon et quelques autres - tout en affichant . Il veut se faire réintégrer au club des Jacobins mais ses amis François Desfieux, Collot d’Herbois et Taschereau de Fargues l’en dissuadent.
Bonnecarrère n’est guère aimé des Brissotins qui ont formé un groupe à l’influence décisive à l’Assemblée législative.
Madame Roland le compare à Jean-Marie Hérault de Séchelles : Mémoires, an VIII, II, 91..
La marque de Bonnecarrère est d’abord l’intelligence à laquelle se joint la culture générale, la souplesse et les relations étendues. Jacques-Pierre Brissot lui reconnait des qualités intellectuellesLettres de J.P. Brissot à M. Dumouriez (première lettre), 1792. mais lui reproche son faste et sa duplicité. Il est vrai que Bonnecarrère avait été à la fois aux ordres de Montmorin, puis de Claude Valdec de Lessart son successeur l’un et l’autre devant payer tragiquement leur dévouement à la monarchie, et membre influent des Jacobins puis des Cordeliers où, comme François Desfieux, Jean-Marie Collot d'Herbois, Bertrand Barère de Vieuzac et tant d’autres, il affiche un zèle patriotique exagéréGuillaume Bonnecarrère aux citoyens composant le comité révolutionnaire de la section de la Fontaine de Grenelle, le jeudi 5 septembre l’an (1793), 11..
Directeur général du département des Affaires étrangères
Malgré l'obstruction des Girondins et de Jacques-Pierre Brissot qui sait à qui il a affaire, le nouveau ministre des Affaires étrangères, Dumouriez - lui-même amené à cette place par l'influence de Radix de Sainte-Foix auprès de Louis XVI-, nomme Bonnecarrère directeur général du département des Affaires étrangères ().
Pour calmer les soupçons insistants que Camille Desmoulins, Roland et beaucoup d'autres font peser sur lui, il fait procéder, avec l'aval de Dumouriez, à des nominations de commis susceptibles de donner le change : .
Comme premier commis au premier bureau chargé des relations avec la Grande-Bretagne, les Pays-Bas, les États hanséatiques et les États-Unis, il installe l'ex-abbé Tondu dit Lebrun-Tondu qui devait par la suite succéder à Dumouriez à la tête du ministère.
Pour le bureau, il nomme Jean-François Noël qui est chargé de la correspondance avec l'Allemagne. Le bureau est confié à et les trois derniers bureaux à, respectivement, Thomas Geoffroy, Colchen et Mendouze. Mis à part Lebrun qui rallie les Brissotins, ces individus étaient faiblement identifiables d'un point de vue politique.
Plus parlante est la nomination de De Ribes en remplacement du banquier de cour Joseph Duruey. Comme De Ribes venait d'accepter la nomination de receveur général des fonds de la Liste civile, les Girondins forcent Bonnecarrère à prendre Bidermann, un ami d'Étienne Clavière qui a la confiance de Brissot. Mais à la suite de nouvelles contestations, Joseph Duruey, qui n'était autre que l'un des banquiers de Louis XVI, est réintégré au ministère, le .
Le ministère Dumouriez ne laisse pas un souvenir impérissable. La guerre vient d'être déclarée et Bonnecarrère couvre de son autorité une diplomatie bicéphale, inspirée par les Tuileries.
Il fait envoyer en mission à l'étranger un certain nombre d'individus, comme le baron de Batz, les futurs ambassadeurs Maret et Sémonville et Pierre Benoit d'Angers - chargé d'affaires de Talon -, tous connus pour leur hostilité à l'établissement d'une république en France. Bonnecarrère, malgré les précautions qu'il prend en se posant dans les clubs comme patriote, est un muscadin. Il fréquente les salons et maisons de jeu du Palais-Royal notamment chez Aucane et Mme de Sainte-Amaranthe en compagnie de son ami le sans-culotte François Desfieux qui approvisionne l'établissement en vins fins et spiritueux.
On le voit aussi dans l'hôtel particulier de Griois où se trouve l'atelier de Adélaïde Labille-Guiard, l'appartement, au second étage, du baron de Batz, et celui de sa maîtresse la cantatrice Marie de Grandmaison et enfin, au premier étage, celui de Laurence Calenges, maîtresse de Bonnecarrère et sa future épouse.
Il est surtout mêlé à de sombres affaires d'argent avec les banquiers Walter Boyd et William Ker qui sont soupçonnés d'être des agents payeurs à Paris à la solde du gouvernement britannique. Il accuse réception du gouvernement britannique et confie aux soins de ces banquiers une grosse somme d'argent ( livres sterling ce qui représente à peu près la somme de livres de France), une situation qui occasionne par la suite avec Walter Boyd, un long procès qui durera jusqu'à l'époque du Consulat, Great Portland Street, n°68, signé Bonnecarrère le 16 juin 1792. Il ira à Londres en 1802 pour recouvrer sa créance. Sur cette affaire voir Jacques Peltier, l'Ambigu, vol.IV, p.108-114.
Lorsque Dumouriez est remplacé, Bonnecarrère, redoutant d'avoir à rendre des comptes, demande à être envoyé à PhiladelphieBeaumont-Vassy, Papiers curieux, 1875, 116 ; Voir aussi Gouverneur Morris, Mémorial, 1841, tome II, 164-167 et 239.. Brissot s'interpose et fait casser cette décision par décretGenêt, frère de Jeanne Campan, est envoyé à sa place., et après le , il est arrêté comme suspect de complicité avec la cour.
Contre toute attente, c'est Jean-Paul Marat, l'Ami du Peuple qui, à la veille des massacres de septembre 1792, le tire de sa geôle, lui épargnant une mort certaine. À cette époque, Marat est membre de la Commune de Paris, où le mouvement dit par la suite « hébertiste » est né.
Le , les scellés apposés à son domicile sont levés. Après l'invasion de la Belgique, il est envoyé par le gouvernement à Liège . Dans tous ses discours, il va désormais se montrer plus révolutionnaire que les révolutionnaires, prenant à cet égard exemple sur ses amis François Desfieux et autres exerçant une influence déterminante à la Commune de Paris.
Revenu à Paris le , il propose un plan d'invasion de la Zélande - qui n'aboutit pas - et se mêle activement des affaires politiques sans être élu.