vignette|droite|upright=1.6|Manifestation à Berlin, en 2007, dénonçant la pratique de prélèvements forcés d'organes en Chine
Des enquêtes et rapports attestent l'existence de prélèvements forcés d'organes en Chine. Cette pratique, encouragée par les autorités chinoises avec la complicité des hôpitaux militaires, des forces de sécurité et de la police militaire, concerne non seulement des condamnés à mort mais aussi des prisonniers politiques ou de conscience chinois, ouïghours, tibétains, chrétiens ou pratiquants de Falun Gong, ces derniers ayant particulièrement contribué à alerter la communauté internationale.
En 2010, le Congrès des États-Unis vote une résolution qui mentionne de telles pratiques dans la persécution du Falun Gong. Elle est suivie en 2013 d’une résolution spéciale du Parlement européen condamnant les prélèvements forcés d'organes cautionnés par l'État chinois, touchant en particulier les pratiquants de Falun Gong. En 2016, la Chambre des représentants des États-Unis adopte une résolution demandant au régime communiste chinois de cesser immédiatement les prélèvements forcés d'organes sur des pratiquants de Falun Gong et d'autres prisonniers de conscience.
Contexte Pour faire face à la pénurie d'organes, les hôpitaux chinois utilisent régulièrement des organes provenant des personnes exécutées..
En 2006, la Chine était le deuxième pays au monde comptant le plus grand nombre de greffes, derrière les États-Unis. Alors qu'entre 1994 et 1999 ne sont comptées que , soit une moyenne d’environ par an, ce chiffre culmine à plus de de rein en 2004 et près de de foie en 2005. Sur les seules greffes de rein, sont dénombrées presque en 2005.
En 2006, Huang Jiefu, alors vice-ministre chinois de la santé, estime que chaque année, en Chine, près de de personnes avaient besoin d'une transplantation tandis que seulement environ en bénéficiaient. Par comparaison, en 2009, aux États-Unis, il y a eu d'organes alors que attendaient une greffe. En raison du besoin de transplantations en Chine et dans d'autres pays, divers observateurs du monde médical et organismes tels que l'ONU, l'AMM, Amnesty International, DAFOH, TTS (The Transplantation Society) ont observé une situation « non-éthique » se développer en Chine, à savoir l'exécution de prisonniers pour leurs organes, et la mise en place d'un trafic très lucratif de ces derniers. De plus, les pratiquants de Falun Gong forment le groupe le plus important des camps de prisonniers chinois depuis le début de la persécution de leur pratique spirituelle en 1999, et c'est également depuis cette année-là que l'on observe une très forte augmentation du nombre de transplantations d'organes en Chine.
Situation en Chine En Chine, il existe au sein de la population une aversion envers le don d'organe. Cela proviendrait essentiellement des croyances traditionnelles suivies durant des siècles. Dans le Livre de la piété filiale, Confucius indiquait : , un enseignement qui s'inscrit dans la tradition chinoise décrivant le corps comme « un et indivisible ». Jiefu Huang, ancien vice-ministre chinois de la santé, soutient cette observation ; d'après lui, beaucoup de Chinois sont peu disposés à donner leurs organes en raison "des rites et croyances traditionnelles"; de plus, il n'y a ni sensibilisation publique concernant les dons, ni programme efficace de donations d'organes en Chine.
En 1960, les premières expériences de transplantations sont effectuées en Chine. Au cours des années 1970, sur une petite échelle, les premiers prélèvements d'organes sur des prisonniers politiques condamnés à mort sont effectués. Une réglementation de 1984 a rendu légal le prélèvement d’organes sur les criminels exécutés, avec le consentement préalable du condamné à mort, l’autorisation écrite de sa famille ou lorsque le corps n'est pas réclamé par celle-ci. L'explication officielle rapportée par les autorités chinoises est que le criminel veut se racheter et donne ainsi son consentement.
Cependant, bon nombre d'observateurs, médecins et organismes dans le monde s'inquiètent de possibles violations éthiques concernant un consentement obtenu sous la contrainte ou la corruption. Cela a conduit à une condamnation de ce type de procédure de la part des groupes médicaux, et organisations de défense des droits de l'homme. D'après Torsten Trey, docteur et directeur de l'organisme Doctors Against Forced Organ Harvesting (DAFOH), le consentement dont parle les autorités chinoises . Pour le docteur Arthur Caplan, . Selon lui, il est très probable que des exécutions de prisonniers soient programmées en fonction des besoins en organes car il n'y a aucune chance, dans le cas de touristes venus en Chine pour une transplantation, de pouvoir trouver par le seul hasard un organe de prisonnier correspondant à leur besoin de greffe durant le temps de leur séjour. Ainsi, cela suppose une sélection préalable de donneurs potentiels par les autorités carcérales ; puis ces donneurs sont exécutés pendant le séjour du touriste en Chine.
Persécution du Falun Gong
vignette|gauche|upright=1.5|Une pratiquante occidentale effectue un exercice du Falun Gong, à Toronto. Le Falun Gong est une discipline de qi gong popularisée en Chine dans les années 1990. Présentée comme une pratique issue des « traditions ancestrales millénaires de cultivation » combinant à la fois des séries d'exercices et un enseignement basé sur "Authenticité, Compassion, Tolérance", le Falun Gong est enseigné librement dans plus de 70 pays. En Chine, sa pratique connut un essor fulgurant, si bien qu'en 1999, plusieurs sources estimaient que près de de personnes le pratiquaient en Chine continentale. Peu à peu, des tensions régulières s'ensuivirent avec le gouvernement chinois, qui tentait de rendre la pratique payante et qui désirait renforcer son influence au sein de cette dernière. Progressivement, le Falun Gong s'est affirmé comme une école de qi gong autonome et indépendante du pouvoir. Jiang Zemin, le dirigeant du Parti communiste de l'époque, a alors interdit la pratique et lancé une campagne pour l'éradiquer en . Le Bureau 610 a été créé pour superviser et coordonner l’élimination du Falun Gong.
D'après Amnesty International, la sévère répression des autorités chinoises communistes correspond à une "campagne de propagande massive", accompagnée par l'arrestation et l'emprisonnement de dizaines de millions de pratiquants dans des centres de détentions et dans des camps de travaux forcés. Les autorités, sous ordre de Jiang Zemin, adoptent l'utilisation de la torture ainsi que d'autres mauvais traitements afin d'organiser une « rééducation » coercitive des pratiquants de Falun Gong, ce qui fait partie des méthodes de réforme de la pensée largement utilisées par le Parti communiste depuis les années 1950 . D'anciens détenus ont déclaré que, dans certains camps de travaux forcés, les pratiquants de Falun Gong étaient majoritaires, et étaient choisis pour être maltraités. Selon Amnesty International, en moyenne un tiers de la population des camps des travaux forcés étaient des pratiquants de Falun Gong et dans certains camps ils représentaient 100 % des détenus. D’autres sources estimaient qu’ils représentaient au moins la moitié des détenus de ces camps.
De nombreux pratiquants de Falun Gong sont morts dans les prisons, sous la torture. Jiang Zemin avait lancé l'ordre de "compter les morts comme suicides", et de nombreux pratiquants de Falun Gong cachaient leur identité aux autorités de peur des répressions sur leur famille. Ainsi, d'après David Kilgour, ces situations ont largement contribué à faire des pratiquants de Falun Gong une cible de choix pour les prélèvements forcés d'organes, leur mort demeurant secrète aux yeux de la société. Le docteur Torsten Trey constate pour sa part qu'un pratiquant de Falun Gong n'a "aucun droit" et que sa vie est "sans valeur" ; il ne peut s'attendre à aucune défense légale face à un juge libre de le condamner à mort ou aux travaux forcés. Dans ce contexte, du point de vue du régime chinois, il n'y a qu'un "petit pas à franchir" pour transformer des êtres vivants en "sources d'organes".
La persécution du Falun Gong pourrait ainsi servir de prétexte efficace pour pratiquer le prélèvement d'organes forcé. Pour Torsten Trey, docteur et directeur de Doctors Against Forced Organ Harvesting (DAFOH), le respect de la vie humaine est essentiel à la pratique de la médecine. Or, ce dernier souligne dans Organes de l’État : Abus de transplantations en Chine Torsten Trey et David Matas, Organes de l’État: Abus de transplantations en Chine, p.32 , qu'en Chine, certains chefs d’État ont transformé leur haine contre le Falun Dafa en un crime contre l’humanité en utilisant la profession médicale comme outil de leur haine.
Origine des allégations upright|alt=David Matas|vignette|David Kilgour. Dès l'an 2000 un site de Falun Gong révèle qu'en République populaire de Chine des prélèvements d'organes sont opérés sur ses sympathisants, entraînant leur mortEvil policemen scheme to sell the organs of jailed Falun Gong practitioners, minghui.org, 28 décembre 2000.Autres sources sur le même site..
En , des représentants du Falun Gong affirment que des prélèvements forcés d’organes sont effectués sur ses pratiquants, envoyés dans des camps puis tués afin de récupérer et de vendre leurs organes. Ces allégations se focalisent sur la prétendue existence d’un camp à Sujiatun, un quartier de la ville de Shenyang dans la province de Liaoning.
Autres sources En 2006, à la suite des témoignages d'un chirurgien déclarant avoir effectué de nombreuses transplantations à partir d'organes prélevés de forces de pratiquants de Falun Gong, David Kilgour, ancien secrétaire d'État canadien et avocat de la couronne et David Matas, avocat international des droits de l'homme, mènent une enquête indépendante. Parallèlement, en , le vice-président du Parlement européen, Edward McMillan-Scott se rend en Chine et recueille un témoignage attestant l'existence d'une telle pratique. Malgré les démentis du gouvernement chinois , d'autres investigations indépendantes suivent et confirment ces dires. Différentes preuves ont également établi l'objectif de dissimulation des autorités chinoises sur ces pratiques Zhonghua Klaus Chen, “A public seminar on: Current Situation of Organ Donation and Transplantation in China – from Stigma to Stigmata” City University of Hong Kong, 6 décembre 2007..
Selon David Kilgour, la moitié des détenus des camps de rééducation par le travail sont des pratiquants de Falun Gong. Ceux-ci, durant leur incarcération, sont testés pour leur groupe sanguin, et leurs organes sont examinés. Ils font alors l'objet d'une sélection par les médecins et les autorités carcérales, puis les organes sont prélevés au cours d'une opération, entraînant le décès du pratiquant. Les deux auteurs de "Bloody Harvest" affirment également que depuis 1999, les pratiquants de Falun Gong constituent la source principale des organes prélevés en Chine, et que ces derniers sont vendus à des prix très élevés. Ils estiment qu'il y aurait eu d'organes non expliquées entre 2000 et 2005.
Dans son étude de la récolte d'organes en milieu carcéral chinois, Davis Ownby David Ownby, Falun Gong and the Future of China, Oxford University Press, 2008, pp. 223-226 (aperçu en ligne). analyse les sources, remarque qu'un vice-ministre de la santé du gouvernement chinois a reconnu en 2005 que la pratique de récolte d'organes existait « mais seulement un petit nombre de cas. » et qu'une enquête de la BBC en 2006 « a trouvé que le marché des organes récoltés sur des prisonniers chinois était florissant » ; cependant il conclut que s'il est crédible que des prisonniers pratiquant du Falun Gong « ont été ciblés pour la récolte d'organes [...] inévitablement Falun Gong a perdu en crédibilitéOp. cité, p. 226. » avec l'emploi d'expression comme camps de concentration et génocide, ainsi que par le grand nombre de cas évoqués.