Dans le Coran, la Bible hébraïque est appelée de deux manières différentes : al-Kitâb (le Livre), at-TawrâEn arabe : توراة (la Torah). La Torah y désigne non seulement le Pentateuque, mais également le reste de la Bible hébraïque et des sources post-bibliques, comme le Talmud et le Midrash.
Si le reflet de la Bible hébraïque dans le Coran est assez partiel, celui-ci comporte néanmoins de nombreuses allusions et mentionne nombre d'histoires et de personnages bibliques. La Bible hébraïque est, en outre, importante pour l'islam car les exégètes coraniques (mufassirūn) interprètent plusieurs passages comme des annonces de la venue de Mahomet et, plus largement, de la victoire de l'islam. Par ailleurs, nombre de commentateurs musulmans contestent l'intégrité des textes - révélations qui ne devraient contenir que les paroles de Dieu (Allah) - dans leurs versions chrétiennes et juives qui auraient été falsifiées.
La Bible hébraïque dans le Coran
Le Tanakh revêt une importance particulière pour l'islam car son apport, surtout indirect, est décisif. En effet, l'islam le considère comme un des textes sacrés que Dieu (Allah) a révélés aux hommes, plus particulièrement aux juifs, avant le Coran (voir l'article « Livres sacrés de l'islam »), et, à ce titre, est souvent utilisé par les apologètes musulmans pour « prouver » la véracité revendiquée de leur dogme lors de débats interreligieux en se servant de passages qu'ils interprètent comme des annonces de la venue de MahometMeir Bar-Asher, article Ancien Testament in Dictionnaire du Coran, éd. Robert Laffont, 2007, p. 50.
Le Coran ne fait pratiquement jamais de citation littérale de verset biblique, mais en donne des versions remaniées ou commentées, ce qui montre qu'il s'intéresse à ce qu'il saisit de la Bible hébraïque et non à sa formulation. Le seul passage biblique cité tel quel par le Coran est le verset 29 du Psaume 37, qu'il reprend au verset 105 de sa sourate (Al-Anbiya). Les histoires bibliques sont présentées comme si le lecteur était censé les connaîtreFrançoise Mies, Jean Noël Aletti, Bible et sciences des religions: judaïsme, christianisme, islam, éd. Presses Universitaires de Namur, 2005, p 10. De nombreux éléments post-bibliques, dont plusieurs midrashim, sont mêlés aux récits bibliques comme s'ils faisaient partie de la Bible hébraïque, tandis que bon nombre d'éléments de cette dernière n'y figurent pas. Cette lacune sera comblée après coup grâce à la littérature exégétique, aux recueils de hadiths et surtout par l'intermédiaire des Histoires des prophètes qui donnent une image beaucoup plus riche de la Bible hébraïque.
Selon le Coran, Adam était « muslim », c'est-à-dire « soumis [à Dieu] »Le terme « musulman » (, muslim) ne doit pas être compris ici au sens confessionnel de « personne se réclamant de l’islam », mais dans son sens étymologique. Le mot dérive de la racine trilitère arabe S-L-M (س-ل-م), qui renvoie aux idées de remise ou de soumission.
Le participe actif muslim est formé sur la forme verbale aslama (), signifiant « se soumettre », « s'en remettre entièrement » ou « se livrer volontairement ». Ainsi, muslim désigne étymologiquement « celui qui se soumet » ou « celui qui s'en remet [à Dieu] »., tout comme Abraham (Ibrahim) - en particulier - ainsi que l'ensemble de tous les prophètes (petits et grands) et grandes figures vétérotestamentaires, de Moïse, le premier prophète juif, à Malachie, le dernier, en passant par Isaac, Saül, David, Salomon, Jérémie, Ézéchiel, Daniel, Jonas, Esdras, etc. En outre, un célèbre hadith rapporté, d'après la tradition musulmane, par Abu Huraira affirme que Rapporté par Boukhari dans son Sahih (n°1385)..
Outre les nombreuses évocations de figures et récits vétérotestamentaires (Adam, Noé, Loth, Jacob/Israël...), le Coran reprend également plusieurs épisodes célèbres surtout présents dans des apocryphes, comme l'inhumation d'Abel par CaïnCoran 5:27, l'histoire d'Abraham brisant les idoles, rejeté par son père, Terah (appelé « Azar » dans le Coran) puis miraculeusement sauvé de la fournaise, ou encore le récit de Joseph résistant aux avances de la femme de son maître Putiphar (appelé « Al-Aziz » dans le Coran)Coran 12:30-32. Si certains de ces récits trouvent leur origine dans les textes bibliques canoniques, d'autres relèvent de traditions extra-bibliques, notamment apocryphes, d'inspiration talmudique ou midrashique. À l'instar de la Bible hébraïque, le Coran est le texte au sein duquel la figure de Moïse est la plus mentionnée (765 fois pour le Tanakh, entre 130 et 140 fois pour le Coran).
Enfin, plusieurs notions d'origine biblique occupent également une place de choix aussi dans le texte coranique, telles que la Géhenne, le jardin d'Éden, la Résurrection, le Jugement dernierSourates 21:52-70, 37:91-98, la messianité, la fin des temps, la prophétie, la Révélation...
D'un point de vue normatif, le Coran reprend ostensiblement les données du Décalogue et, plus globalement, de la loi mosaïque, tout en usant de plus de largesse sur certains points.
Outre les termes al-Kitāb (« le Livre ») et al-Tawrāt (« la Torah »), le texte coranique emploie également l'expression az-zabūr () pour désigner les Psaumes, présentés comme le livre révélé à David (Daoud). Il évoque aussi, de manière beaucoup plus allusive, les « feuillets d'Abraham et de Moïse »En (romanisation : ṣuḥuf Ibrāhīm wa-Mūsā). Ils sont mentionnés en Q. 53:36-37 et en Q. 87:18-19., ainsi que les « premiers écrits »En (romanisation : al-ṣuḥuf al-ūlā). L'expression apparaît en Q. 87:18 et en Q. 20:133. ou « anciennes révélations », sans toutefois préciser la nature ou le contenu de ces textes. Par ailleurs, le Coran utilise l'expression ahl al-Kitāb (en ), expression se référant à la Bible, couramment traduite par « Gens du Livre » ou « Gens de l'Écriture », qui désigne principalement les juifs et les chrétiens, reconnus comme détenteurs d'Écritures révélées antérieures à l'islam.
Mahomet et le Messie dans la Bible hébraïque
D'après l'apologétique musulmane, la venue de Mahomet et la « victoire » de l'islam sont prophétisées par de nombreux versets de la Bible hébraïque. Ainsi, par exemple, plusieurs passages de la Bible où les exégètes juifs ou chrétiens voient l'évocation de la venue du Messie, comme cela est le cas dans un verset du livre d'Isaïe mentionnant un enfant né (...) dont la souveraineté repose sur son épaule, les érudits musulmans y lisent le sceau de la prophétie qui, selon la croyance musulmane, figure précisément sur l'épaule de Mahomet.
En islam, le terme de Masîh (Messie) est exclusivement attribué à Îsâ (Jésus de Nazareth) - ainsi qu'à un personnage diabolique annonciateur de la fin des temps sous la forme de al-Masîh ad-Dajjal, l'Antéchrist islamiqueDajjal pour Trompeur, Imposteur, Menteur; cité par Khashayar Azmoudeh, article eschatologie, in Mohammed Ali Amir-Moezzi (dir.), Dictionnaire du Coran, éd. Robert Laffont, 2007, p. 270 - mais ne porte pas la notion de sauveur que l'on trouvait précédemment chez les chrétiens arabes, comme en araméen ou en syriaqueGeneviève Gobillot, article Messie, in Mohammed Ali Amir-Moezzi (dir.), Dictionnaire du Coran, éd. Robert Laffont, 2007, pp. 551-552. Pour Tabari, al-Masîh 'Issa (littéralement le « Messie Îsâ ») est « celui qui est purifié des fautes et des faiblesses humaines ». Abû `Abdillah al-Qurtubî cite 23 avis concernant l'étymologie du mot Masih dans son ouvrage al-Tadhkira et l'auteur d'al-Qâmûs les fait parvenir à cinquante avis dans son Targhîb al-QâmûsDocteur YÛsuf al-Wâbil ; Les Signes de la FIN des Temps, éditions Al-Hadith 2006. Dépôt légal : D/2006/9820/10 p.289Maurice Gloton explique le mot Masih en arabe, dans son livre intitulé Une approche du Coran par la grammaire et le lexique. édition Albouraq (2002) p. 689 : l'oint, frotté d'un onguent ou d'huile..
Néanmoins, plusieurs traditions d'inspiration musulmane prêtent à Mahomet une certaine dimension messianique. Ainsi l'Évangile de Barnabé - un manuscrit composé au en italien par un musulman espagnolIl a été démontré par Jacques Jomier qu'il s'agit de l’œuvre d'un faussaire morisque ou moine converti à l'islam qui, suivant Henri Corbin, avait une grande connaissance des théologies judaïques, chrétiennes et islamiques. L'évangile de Barnabé, pourrait être le rappel de l'influence ébionite, développe le thème de la préexistence de Mahomet qui sera en vogue d'abord chez les mystiques soufis de tendance philosophico-gnostique avant de pénétrer les milieux les plus orthodoxes ; cf, Geneviève Gobillot, articles Évangiles et Pacte prééternel, in Mohammed Ali Amir-Moezzi (dir.), Dictionnaire du Coran, éd. Robert Laffont, 2007, pp. 290-291 et 628 - réserve le titre de Messie au seul MahometÉvangile de Barnabé, 97; cité par Geneviève Gobillot, article Messie, op. cit. et les morisques faisaient du prophète de l'islam le Messie Universel tandis que Îsâ n'était Messie que des enfants d'IsraëlGeneviève Gobillot, article Messie, op. cit.. De même, le courant de l'ahmadisme (perçu comme « secte » par les musulmans « orthodoxes ») considère Mirza Ghulam Ahmad, le fondateur de ce mouvement, comme Messie et Mahdi, mais il s'agit là d'une approche marginale dans le monde musulman.
Traductions en arabe Bien que certaines sources littéraires mentionnent l'existence de du Tanakh dès le , leur existence historique effective demeure incertaine (bien que probable). Ibn Qutayba (888) cite des passages de la Genèse en arabe. D'après Ibn al-Nadîm (995), l'historien Ahmad ben Abd Allaâh ben Salâm avait traduit l'intégralité de la Bible hébraïque de l'arabe mais rien n'en subsiste. Al-Fisal d'Ibn Hazm l'Andalou (1064) comporte également de nombreux extraits du texte.
On attribue des versions lacunaires au théologien nestorien Hunayn ibn Ishaq () et au savant karaïte Yaphet ben Ali (). Mais une traduction en arabe plus complète, accompagnée de commentaires, fut réalisée par un savant juif au , Saadia Gaon (942), mais sans que l'on sache si les musulmans avaient connaissance de ces traductionsMeir Bar-Asher, article Ancien Testament in Dictionnaire du Coran, éd. Robert Laffont, 2007, p. 49.
Intégrité des textes et tahrif
Le Coran est à envisager comme la rédaction écrite d'une révélation qui se résume en une affirmation : Dieu (appelé « Allah ») est unique ; il n'a ni compagnon, ni associé, ni concurrent, etc. Ainsi, dans cette optique rigoureusement monothéiste, le Coran est compris par les musulmans comme cette ultime révélation qui corrige les déformations juives et chrétiennes infligées à la révélation première faite à AdamChristian Duquoc, o.p., Défis de l'islam au christianisme, in Islam, christianisme et modernité, Journées romaine dominicaine, juillet 2005 et, bien qu'il emprunte de nombreuses références aux textes judaïques, l'islam conteste dès sa naissance l'intégrité de la Bible hébraïque. Le Coran articule contre les juifs d'importants reproches : ceux-ci auraient falsifié (tahrîf ; 5,13) leur livre et auraient modifié (tabdîl « substitution » ; 7:162) certains passages annonçant la venue du prophète de l'islamMarie-Thérèse Urvoy, article Falsification in M.A. Amir-Moezzi, Dictionnaire du Coran, éd. Robert Laffont, 2007, pp.333..