La maison de Vignory est une famille noble titulaire d'une seigneurie issue du démembrement du comté de Bolenois et par la suite incorporée dans le comté de Champagne, lui-même inclus dans le royaume de France, durant le Moyen Âge central, et dont sont issus plusieurs seigneurs et abbés.

Issus d'un guerrier normand qui a probablement épousé une sœur de l'évêque Lambert de Bassigny, héritier des comtes de Bassigny et de Bolenois, les premiers membres de cette famille s'installent dans le Bolenois dans la première moitié du après le démembrement de ce comté à la mort de l'évêque. Le premier seigneur fait alors bâtir un château fort à Vignory, qui devient le chef-lieu de la seigneurie. Cette forteresse est agrandie par son fils qui élève également un prieuré bénédictin au pied du château qui prend rapidement de l'importance dans la région. Cette famille fonde également d'autres prieurés et maisons-Dieu et compte parmi les bienfaiteurs de l'abbaye de Montier-en-Der à qui elle donne deux abbés.

Tout d'abord vassaux des comtes de Bourgogne et des évêques de Langres, ils placent progressivement la mouvance de leur seigneurie sous les comtes de Champagne, à qui ils resteront fidèles en toutes circonstances. Seigneurs peu querelleurs, de nombreux membres de cette famille s'illustrent toutefois pendant les croisades en Terre sainte et plusieurs y trouvent la mort.

Ils acquièrent par mariage la seigneurie de Laferté-sur-Amance au début du , qui devient l'apanage d'une branche cadette. Quant à la branche aînée, elle s'éteint par les mâles à la fin du et transmet ses possessions à la maison de Chalon à la suite du mariage de sa dernière héritière.

Origines Étymologie Le nom du bourg de Vignory vient d'un petit ruisseau , le Vangion, qui y prend sa source et se jette dans la Marne deux kilomètres et demi plus loin. Le village est ainsi nommé dans un document du , qui s'est ensuite transformé en avant de donner la forme moderne de Vignory. Celle-ci est donc composée du nom de ce ruisseau suivi de la terminaison toponymique et hydronymique –riva ou –rupt.

L'ancien nom de ce ruisseau est oublié et celui-ci est aujourd’hui appelé le Rigolot.

Quant au nom de Vangion, il pourrait provenir d'un ancien peuple germain provenant des abords de l'actuelle ville de Worms, les Vangions, qui se serait installé dans la région lors des invasions barbares. Jules César mentionne ce peuple dans ses Commentaires sur la guerre des Gaules.

Une autre hypothèse indique que ce nom pourrait provenir de Wangion, un chef barbare à qui Charlemagne aurait donné la région, charge à lui d'y défricher des terrains boisés afin d'y établir une colonie agricole protégée par un camp fortifié.

Ces deux hypothèses ne sont pas incompatibles, car rien n'empêche d'imaginer que ce seigneur de guerre du nom de Wangion soit le chef de la tribu des Vangions.

Fondation vignette|redresse|droite|alt=Carte ancienne montrant un bourg entouré de forêt.|Le bourg de Vignory sur l'Atlas de Trudaine, réalisé au milieu du .

Aucune trace d'occupation gallo-romaine n'a jamais été découverte à Vignory, ce qui pourrait faire dater sa fondation au haut Moyen Âge. En effet, cette zone géographique est habitée dès le lors de la construction de la chapelle Saint-Hilaire, qui porte le titre de basilique dans une charte de 1050, afin d'évangéliser les habitants des environs, c'est-à-dire très probablement des villages voisins de Vignory, Soncourt et Vouécourt.

La première mention du bourg de Vignory date d'une charte de l'an 815 qui rappelle que Charlemagne avait donné son à l'abbaye de Luxeuil et par laquelle son fils Louis le Pieux confirme les donations paternelles. L'authenticité de ce document a été remise en cause par plusieurs historiens du , mais les faits qu'il décrit concordent en tous points avec ce qui est connu. Il s'agit très probablement d'un vidimus de la fin du dont l'original, alors conservé à Luxeuil, a été brûlé lors de la Révolution française.

Dans l'organisation territoriale carolingienne, Vignory fait partie du pagus Boloniensis, dont le chef-lieu est la ville de Bologne, qui fait partie des pagi de la Bourgogne franque, et qui devient dans le courant du le comté de Bolenois.

La tige de la lignée Dans ses recherches pour la rédaction de son Histoire des ducs de Bourgogne de la race Capétienne, l'historien Ernest Petit cite une note découverte par Auguste Longnon à la bibliothèque de Troyes et qui fournit une courte généalogie du début de la maison de Vignory. Cette notice, qui pourrait dater de la fin du , indique :

Le premier membre connu de cette maison serait ainsi Raoul Barbeta, un Normand de la fin du , terme servant à cette époque à désigner les Vikings et leurs descendants. Si l'Histoire n'a pas gardé de trace de ses actions, il a très probablement épousé une sœur de Lambert de Bassigny, évêque de Langres et héritier des comtés de Bassigny et de Bolenois. Lors du démembrement de ces deux comtés au début du , celui-ci aurait alors partagé ses fiefs entre ses proches. Le comté de Bassigny aurait ainsi été fragmenté dans les seigneuries de Clefmont, Choiseul et Nogent tandis que celui de Bolenois aurait donné celles de Sexfontaines, Chaumont et Vignory..

Histoire Des premiers seigneurs très pieux vignette|gauche|alt=Photo d’une église de style préroman.|Église Saint-Étienne de Vignory, fondée par les sires de Vignory au début du ..

est le premier membre de la maison de Vignory à avoir laissé une trace dans l'Histoire. En effet, la Chronique de Saint-Bénigne rapporte que l'église Saint-Étienne a été édifiée par ce seigneur pour y placer des chanoines, mais que ceux-ci furent par la suite chassés par son fils Roger pour y installer à la place un prieuré bénédictin.

Aubry de Trois-Fontaines, moine et chroniqueur des , cite également et son fils Roger dans un court passage tout en prenant la peine de préciser qu'ils avaient beaucoup donné aux moines.

De même, une courte généalogie de cette famille, découverte à la bibliothèque de Troyes et datant probablement de la fin du , indiquant principalement les noms des premiers seigneurs qui en sont issus, précise comme unique détail que Roger donna aux moines des fours et des moulins.

Une mouvance partagée vignette|droite|alt=Carte postale ancienne en noir et blanc montrant une tour médiévale carrée en état de ruine.|Vue ancienne du donjon du château de Vignory avant sa restauration..

La charte de fondation du prieuré de Vignory, datée d'entre 1050 et 1052, donne des indications de la mouvance primitive de la seigneurie. Elle indique ainsi :

Outre le fait que le prieuré ait été donné à l'abbaye Saint-Bénigne de Dijon, ce document précise que les premiers seigneurs de Vignory n'étaient qu'avoués de leur château et qu'ils avaient deux principaux suzerains dont l'accord était nécessaire pour la fondation de ce prieuré. Tout d'abord l'évêque de Langres dont le diocèse comprend l'ensemble des terres de la seigneurie. Quant au comte Renaud, certains historiens ont pensé qu'il s'agissait d'un comte de Sexfontaines, héritier des comtes de Bologne dont avait été démembré la seigneurie de Vignory au début du ., mais les différents documents historiques ne montrent aucun lien de vassalité de Vignory envers Sexfontaines. Ce comte Renaud pourrait être plus probablement le comte de Bourgogne . En effet, une charte de l'an 815 indique que Charlemagne avait donné son à l'abbaye de Luxeuil, dont l'avoué est l'empereur du Saint-Empire germanique, qui a possiblement laissé la garde des terres de cette abbaye dans le Bolenois et le Bassigny à son vassal le comte de Bourgogne, qui en aurait progressivement usurpé la propriété.

Vers la fin du , les seigneurs de Vignory apparaissent également dans l'entourage des comtes de Champagne, dont ils deviennent progressivement des vassaux suite à l'expansion de la zone d'influence de ces comtes. Ainsi, dès 1097, apparaît comme témoin dans plusieurs chartes du comte , d'abord comte de Troyes avant de prendre définitivement le titre de comte de Champagne vers 1102. La mouvance du château de Vignory reste alors sous la suzeraineté des comtes de Bourgogne tandis que celle du bourg est placée sous celle des comtes de Champagne. De ce fait, les sires de Vignory se disent .

L'influence des comtes de Bourgogne diminue par la suite progressivement au profit de ceux de Champagne, à qui ils resteront fidèles. Ainsi, le sire de Vignory fait partie des plus importants vassaux du comté et assiste à ce titre aux ordonnances de 1212 et de 1224 sur le règlement de la succession des fiefs et sur les duels. De plus, pendant la guerre de succession de Champagne qui oppose la comtesse régente Blanche de Navarre et son fils, le futur , aux prétentions d'Érard de Brienne et de son épouse Philippa de Champagne, reste fidèle à la famille comtale malgré sa proche parenté avec le prétendant briennois.

Toutefois, en 1226, Blanche de Champagne, la fille de , est fiancée au comte de Bourgogne et , de même que , Richard de Dampierre et Henri de Fouvent, sont cautions pour le comte de Bourgogne. Mais pour une raison inconnue, il semble que vers 1235 rompt les fiançailles et ne remplit pas ses engagements envers . De ce fait, abandonne sa légéité bourguignonne et place son château dans la mouvance champenoise.

Au service de l'Église vignette|gauche|alt=Photo montrant l'extérieur du cœur d'une église imposante de style gothique champenois.|Église abbatiale de Montier-en-Der dont deux membres de la maison de Vignory deviennent abbé.

Plusieurs membres de la maison de Vignory ont exercé des fonctions ecclésiastiques. Ainsi, Girard est prévôt, puis doyen et enfin archidiacre de Langres jusqu'à sa mort avant 1059.. Puis son neveu Roger devient chanoine, également à Langres, vers 1050. La génération suivante voit Lambert, archidiacre et trésorier de Langres vers 1120. Plus tard, on retrouve deux frères, Guillaume et Gérard, qui sont chanoines de Langres, le second devenant par la suite archidiacre en 1237.

D'autres membres de cette famille se sont quant à eux engagés dans le clergé régulier. Brunon, dont le prénom de naissance est Wandalger, devient moine à l'abbaye de Montier-en-Der avant d'en devenir abbé en 1049 jusqu'à sa mort en 1082. Tout au long de son abbatiat, il parvient à s'attirer l'amitié des grands de son époque que sont le comte , le roi ou encore le pape ..

Son neveu Roger suit la même voie et s'engage dans la vie monastique à Montier-en-Der, où il est élu abbé en 1097 et le demeure jusqu'à sa mort en 1125. Comme celui de son oncle, son abbatiat est marqué par son zèle et sa piété..

Par lignée cognatique, la famille de Vignory compte également un évêque de Châlons en la personne de Guy de Joinville ainsi que plusieurs abbesses d'Avenay avec Adelidis et Wilhelmine de Joinville et Hélisende de Roucy..

Le temps des croisades vignette|redresse|droite|alt=Tableau représentant une longue file de musulmans partant d'une ville fortifiée avec un rempart détruit sous les yeux de plusieurs chevaliers chrétiens, dont le roi Philippe-Auguste.|Représentation du de la reddition de Saint-Jean-d'Acre à Philippe II Auguste en 1191, par Merry-Joseph Blondel avant 1853.

À la fin du débute la période des croisades, et la maison de Vignory répond régulièrement à l'appel des papes. Dès la première croisade, en 1099, le cartulaire du prieuré de Vignory indique qu'un chevalier du nom de Milon d'Ambonville, fils d'un certain Ingelbert de Vignory, lui-même probable fils de , fait un don au prieuré Saint-Étienne en présence de la dame de Vignory avant de partir pour la Terre sainte.

Plus tard, en 1125, , alors qu'il n'est pas encore seigneur de Vignory, fait le pèlerinage à Jérusalem, où il participe à la défense du nouveau royaume de Jérusalem contre les Sarrasins. Il y retourne une seconde fois en 1147, en compagnie de fils aîné , à l'occasion de deuxième croisade où tous deux trouvent la mort.