vignette|L'ancien stade de Némée, dans lequel se déroulaient les Jeux néméens, mesurait de long (distance entre les extrémités les plus éloignées). Le stade est une unité de longueur utilisée dans la Grèce antique. On distingue principalement trois stades : le stade olympique (qui est une longueur de ), le stade égyptien (longueur de ), le stade de huit-au-mille (longueur de ). Ces différents types de stade ont été créés successivement : le premier apparaît au ; le deuxième au , après la conquête de l’Égypte par Alexandre le Grand ; le dernier au , après la conquête romaine de la Grèce.

Le stade olympique La construction d’un stade à Olympie, dans le Péloponnèse, en vue de l’organisation des Jeux olympiques, remonte à la plus haute Antiquité (). On estime que la longueur du stade (distance entre ses extrémités les plus éloignées, à ne pas confondre avec la circonférence du stade) faisait environ , sans pouvoir être plus précis du fait des remaniements successifs. Ce qui est certain, en revanche, est que le stade avait été construit en mesurant . Le pied grec faisait donc près de (soit une pointure de 47 et demi), taille inhabituelle de pied, surtout pour l’époque. Mais d’Anville nous en donne l’explication :

Le stade olympique est aussi l’unité de mesure qu’utilise Aristote (384-322 ) lorsqu’il évoque, dans son traité Du ciel, la circonférence de la Terre : « Les mathématiciens qui ont essayé de mesurer les dimensions de la circonférence [de la Terre] la portent à quarante fois dix mille stades. » Aristote, Du ciel (traduit en français pour la première fois par J. Barthélemy Saint-Hilaire), Paris, A. Durand éditeur, 1866, (livre II, ch. 14, § 13) . La circonférence de la Terre aurait donc été, selon Aristote, de l’ordre de , soit près du double de sa valeur réelle ().

Le stade égyptien Alexandre le Grand conquiert l’Égypte en 332 av. J.-C. et fonde la ville d’Alexandrie. Après sa mort, l’Égypte échoit finalement à l’un de ses généraux, Ptolémée Ier « Sôter (Sauveur) », fondateur de la dynastie lagide qui va durer trois siècles, jusqu’à la mort de Cléopâtre.

Arrivant dans une civilisation bien plus ancienne et tout aussi brillante que la leur, les Grecs n’imposent pas leur système de mesures ; en revanche, ils imposent leur langue. Le résultat en est que les unités de mesure égyptiennes conservent leur précédente valeur mais changent d’appellation. Les nouveaux maîtres attribuent le mot grec « pied » à l’unité de mesure égyptienne qui s’en rapproche le plus, à savoir la demi-coudée. Ainsi, se trouve naturellement créée une nouvelle unité, le « stade égyptien », qui vaut (égyptiens) ou . Et c’est ce stade égyptien qu’utiliseront notamment les géographes alexandrins Ératosthène (276-194 ) et Claude Ptolémée (100-168 ) : le premier évaluera la circonférence de la Terre à et le second à .

Quelle est la longueur en mètres de ce stade égyptien ? C’est un ingénieur des ponts et chaussées, Pierre-Simon Girard, qui apportera la réponse. Membre de l’expédition scientifique qui accompagne Bonaparte dans sa campagne d’Égypte (1798-1801), Girard exhume des décombres le nilomètre d'Éléphantine, sur la paroi duquel il découvre, gravées, plusieurs coudées égyptiennes. Sa mesure de pour une coudée donne pour les du stade égyptien.

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Le stade de huit-au-mille Lorsque Rome conquiert la Grèce, l’admiration des Romains pour la culture grecque est grande, et ils ne vont imposer ni leur langue, ni leur système de mesures. Ce sont eux, au contraire, qui vont emprunter le « stade » des Grecs. Leur choix se porte sur le « stade olympique ». Mais ils vont toutefois réduire légèrement sa longueur, de sorte que ce nouveau stade soit en rapport simple (de huit pour un) avec leur mille.

On connaît bien la valeur en mètres du mille romain du fait des nombreuses bornes milliaires placées de mille en mille sur les voies romaines et retrouvées par les archéologues. Le mille romain faisant , le « stade de huit-au-mille » mesure donc exactement ( divisé par 8), soit un peu moins que le « stade olympique ». Ce « stade de huit-au-mille » est aussi parfois appelé « stade italique » Gossellin attribue cette appellation à Censorin, un écrivain latin du dans son De die natali (, ). Voir Pascal François-Joseph Gossellin, Recherches sur le principe, les bases et l’évaluation des différents systèmes métriques linéaires de l’Antiquité, Paris, Imprimerie nationale, 1819, ..

Ce rapport de « huit stades pour un mille romain » est confirmé par l'historien Polybe (Historia, livre III, § 39) qui, « en décrivant la route suivie par Hannibal, depuis la Nouvelle-Carthage [Carthagène, près de Murcie en Espagne] jusqu’au Rhône, observe que cette route est bordée de pierres milliaires placées de huit stades en huit stades » Gossellin - Op. cit. pp. 19 et 20 https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k62255097/f27.item. De même, le géographe Strabon écrit dans sa Géographie (livre VII, chap. 7, § 4) :

Confusion entre stade égyptien et stade de huit-au-mille

Les deux stades — égyptien et de huit-au-mille — diffèrent sensiblement. Les confusions seront fréquentes. Une des plus marquantes sera celle de Joannes de Sacrobosco, au . Avec son Traité de la Sphère, Sacrobosco fait la synthèse des connaissances astronomiques des Grecs, connaissances qui, depuis les Romains (si l’on excepte bien sûr les Arabes, et notamment les savants du calife Al-Ma'mūn, au ), avaient été laissées largement en friche. Son traité sera repris tel quel, deux siècles plus tard, par le cardinal Pierre d'Ailly (1350-1420) dans son Imago mundi : « D’après l’auteur de la Sphère [Sacrobosco], le circuit de la Terre fait . Or, huit stades valent un mille. Ainsi le tour complet de la Terre renferme . »"Ymago mundi" Tome 2, page 531https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k97636643/f223.item.r=imago%20mundi%20pierre%20d'ailly

La confusion est manifeste : les pour le tour de la Terre font référence à la mesure effectuée par Érathostène. Il s’agit donc des stades égyptiens de . Par contre, le « huit stades valent un mille » fait référence au stade de huit-au-mille de . Du fait de cette confusion, Sacrobosco évalue la circonférence de la Terre à , c’est-à-dire (après multiplication par ), soit , 16 % de plus que la valeur réelle (alors qu’Érathostène l’avait approchée à moins de 1 %).

Quand on sait que l’Imago mundi de Pierre d’Ailly a été le livre de chevet de Christophe Colomb (il a annoté de 898 apostilles son exemplaire — aujourd’hui conservé à la bibliothèque Colombine, à Séville), on peut penser que cette confusion faite par Sacrobosco a été un des éléments de nature à créer le trouble dans l’esprit du navigateur génois sur la taille de la Terre.

Notes et références

Catégorie:Unité de longueur