L’ordre de Saint-Jean de Jérusalem, aussi appelé ordre des Hospitaliers ou encore La Religion (terme principalement utilisé dans la marine de l'Ordre) est un ordre religieux catholique hospitalier et militaire qui a été fondé initialement dans un but hospitalier vers 1080, quelques années avant la première croisade (1095-1099), et qui a existé jusqu’aux environs de l’année 1800. Il est généralement connu, dès le , sous le nom d’.
Historique L'origine de l'ordre de Saint-Jean de Jérusalem remonterait à la fin du dans l'établissement des marchands amalfitains à Jérusalem et la création d'hôpitaux, d'abord à Jérusalem, puis en Terre sainte, d'où son nom d'ordre des « Hospitaliers ». À la suite de la dévolution des biens de l'ordre du Temple, il va s'enrichir, posséder des établissements, prieurés et commanderies dans toute l'Europe catholique. À l'instar des Templiers, il assume rapidement une fonction militaire pour défendre les pèlerins qu'il accueille et soigne sur les chemins de Jérusalem, puis pour combattre les Sarrasins aux côtés des Francs de Terre sainteAu , le cistercien Isaac de l'Étoile écrit : , Xavier Hélary, Le Figaro Histoire, janvier 2020..
Après l'expulsion des Croisés de Terre sainte (1291), l'Ordre s'installe à Chypre. avant de conquérir l'île de Rhodes (1310) et de devenir une puissance maritime pour continuer à être le rempart de la chrétienté contre les Sarrasins. À la suite de la disparition de l'ordre du Temple en 1314, les Hospitaliers reçoivent les biens des Templiers, ce qui fait d'eux l'ordre le plus puissant de la chrétienté.
Expulsé de Rhodes en 1523 par la conquête turque, l'Ordre s'installe à Malte en 1530, dont il est considéré comme le souverain par décision de Charles Quint. Avec sa flotte maritime de guerre, l'Ordre se transforme en une puissance politique qui prend de plus en plus d'importance en Méditerranée centrale jusqu'à la bataille de Lépante (1571) et jusqu'aux premiers traités des royaumes d'Europe avec les Ottomans. Après quoi, il se consacre surtout à des opérations de guerre de course pratiquant des « razzias sans gloire »., l'esclavage et faisant des prisonniers dans la guerre de course pour négocier leur rachat, permettant un développement économique de l'île..... Il transforme Malte en magasins d'échanges du commerce méditerranéen avec une quarantaine reconnue dans tous les ports de Méditerranée.
En France, la Révolution va bouleverser un équilibre fragile : l'Ordre sert au commerce français et doit donc être préservé pour cela. Il est d'abord considéré comme une puissance étrangère au sens de l'article 17 du décret de confiscation des biens du clergé et des ordres religieux des 23 et .. Le , l'Assemblée nationale législative décréte l'urgence, l'avant-dernier jour de la session avant la Convention nationale et la veille de la bataille de Valmy, c'est le décret de Jean-César Vincens-Plauchut, qui décide de la mise sous séquestre et la vente de tous les biens de l'Ordre..
En 1798, le général Napoléon Bonaparte sur la route de l'Égypte, prend Malte et expulse le grand maître hospitalier et les Hospitaliers de l'archipel maltais au nom de la première République française... Le ., il y abolit également l'esclavage des musulmans, des Juifs et des chrétiens détenus principalement par les Hospitaliers, dont celui des bonnivagli (personnes mises en servitude pour dettes)... L'Ordre qui s'était placé sous la protection de Paul de Russie, voit une majorité de ses Hospitaliers s'exiler à Saint-Pétersbourg où ils élisent le tsar comme grand maître en 1798..
Mais avec l'abdication du grand-maître Ferdinand von Hompesch zu Bolheim en 1799 et la mort de Paul en 1801, s'ouvre pour l'Ordre une période noire qui ira jusqu'à sa chute., son éclatement. ou une survivance improbable. en ordres concurrents. En plus des ordres historiques issus de la scission protestante comme le très vénérable ordre de Saint-Jean, son principal successeur catholique est l'ordre souverain militaire et hospitalier de Saint-Jean de Jérusalem, de Rhodes et de Malte, fondé officiellement en 1961.
Historiographie À la différence des Bénédictins ou des ordres mendiants, les ordres militaires ne se sont intéressés qu'assez tard à leur histoire. À l'origine les textes historiques se limitent à l'obituaire, qui incorpore progressivement à partir du des détails sur la vie des membres de l'Ordre, mais aussi des développements légendaires. Il a été un temps où les Hospitaliers faisaient remonter leurs origines aux bibliques Maccabées.. Il ne faut pas oublier Guillaume de Tyr et ses continuateurs dont les textes publiés au milieu du sont traduits en italien en 1562. En relatant les croisades, ils peignent aussi une histoire des Hospitaliers..
Les premiers textes à caractère historique émanant des Hospitaliers sont l’œuvre de , commandeur de Chypre. Il est le premier à faire une recension des textes législatifs de l'OrdreManuscrit conservé aux Archives vaticanes, cote Vat. Lat. 4852 et vers 1303, il entreprend une compilation qui regroupe la règle et les statuts de l'Ordre, une chronologie des grands maîtres, un recueil des décisions disciplinaires, les Miracula et une étude critique sur les origines de l'Hôpital, l’Exordium Hospitalis..
Confronté à des critiques extérieures, ou plus simplement pour valoriser ses actions et encourager les donations, l'ordre de Saint-Jean de Jérusalem va susciter des annales. Au milieu du , Melchiore Bandini, chancelier de l'Hôpital, est l'auteur d'un ouvrage perdu depuis, mais dont, au , Giacomo Bosio (1544-1617) a encore la mémoire..
La Descriptio obsidionis Rhodie urbis de Guillaume Caoursin, est un texte au service de la propagande de l'Ordre ; il connaît un grand succès et les éditions et traductions se multiplient entre 1480 et 1483..
Un document intéressant pour l'histoire des ordres militaires est un texte écrit vers la fin du par un frère de l'ordre Teutonique, la Chronik der vier Orden von Jerusalem. Cette chronique met en lumière, dans sa première partie, l'origine hiérosolymitaine des ordres militaires ainsi que des chanoines du Saint-Sépulcre. Si l'origine des Teutoniques et des Chanoines est quelque peu anticipée, celle des Templiers et des Hospitaliers est relativement bien cernée..
(1522-1595) publie, à Bâle en 1581, une première histoire basée sur les archives de l'Ordre : Militaris ordinis Johannitorum, Rhodiorum aut Melitensium equitum rerum memorabilium […] pro republica christiana […] gestarum ad praesentem usque 1581 annum. Mais l’œuvre majeure de cette période est l’Istoria della sacra Religione et illustrissima militia de San Giovanni Gerosolimitano que Bosio publie en trois volumes à Rome entre 1594 et 1602. L’Istoria de Bosio est traduite en français et complétée par un frère de l'Ordre, Anne de Naberat, publiée en 1629 à la demande du grand maître Alof de Wignacourt. Bosio et Nabérat font un récit narratif et clairement réclamé comme hagiographique. Malgré cela, ce texte est d'une grande valeur historique, Bosio s'appuie sur des sources incontestables.
En 1726 parait l’œuvre de l'abbé René Aubert de Vertot. Il a, précédemment à l'écriture, fait la recension de toutes les sources alors disponibles. S'il doit à Giacomo Bosio, il utilise les sources regroupées par François Pithou (1544-1624), par Jacques Bongars, Jacques de Vitry, Marino Sanuto le Jeune, mais aussi Guillaume de Tyr, , Bosio et son continuateur .
Avec Joseph Delaville Le Roulx, l'histoire des Hospitaliers se veut plus scientifique. Il fait un énorme travail de documentation : il publie en quatre volumes entre 1894 et 1906 près de ayant trait aux deux premiers siècles de l'histoire de l'Ordre, Cartulaire général de l'ordre des Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem (1100-1310).. Ses deux volumes Les Hospitaliers en Terre sainte et à Chypre, publié en 1904, et Les Hospitaliers à Rhodes jusqu'à la mort de Philibert de Naillac, publié en 1913, se présentent comme un travail érudit et de qualité..
Le voit l'explosion d'une histoire parcellaire faite de monographies très spécialisées et/ou circonscrites localement ou temporellement. Il faut attendre le travail de synthèse de Jonathan Riley-Smith avec The Knights of St John in Jérusalem and Cyprius (1150-1310) publié en 1967 pour voir apparaître un nouveau travail historique sur les Hospitaliers : Riley-Smith avec Hospitalers, The History of the Order of St John en 1999 ou avec The Knights Hospitaller en 2001. En dépit des sources existantes à Malte, sources souvent inédites, restent quand même des lacunes pour la période rhodienne, malgré les nombreux articles définitifs d' regroupés en cinq volumes The Hospitallers in Cyprius, Rhodes, Greece and the West, 1291-1440 (1978), Latin Greece, the Hospitallers and the Crusades, 1291-1440 (1982), The Hopitallers of Rhodes and their Mediterranean World (1992), The Hospitaller State on Rhodes and in Western Provinces (1999) et Studies on the Hospitallers after 1306. Rhodes and the West (2007)., de l'activité religieuse ou politique de l'Ordre ou avec le recueil d'articles de Victor Mallia-Milanes dans Hospitaller Malta, 1530-1798 (1993). L'importance de l'esclavage dans le système économique hospitalier a longtemps été minimisée voire occultée par les historiens... De nombreux travaux récents, en particulier de chercheurs français, permettent de lui redonner toute son importance dans l'histoire de l'ordre de Saint-Jean de Jérusalem à Malte, notamment à travers les travaux d'Anne Brogini..
Au , s'ouvre avec le travail de The Hospitallers and the Holy Land. Financing the Latin East, 1187-1274 (2005) un champ d'études encore largement ignoré : les aspects économiques de l'Ordre qui « pratiquait la banque et l'usure », et qui devait financer ses activités sur « le front » par ses ressources financières et ses activités terriennes « à l'arrière » pour reprendre les expressions d'Alain Demurger.. Il est aussi possible de citer sur ce sujet l'étude d'Alain Blondy L'Ordre de Malte au , Des dernières splendeurs à la ruine (2002) où est introduit la notion d'éclatement de l'Ordre. D'autres champs d'études sont aussi abordés comme ceux de l'activité sociale des frères de l'Ordre avec Carmen Depasquale La vie intellectuelle et culturelles des chevaliers français à Malte au (2010) ou, plus généralement, Alain Blondy Parfum de Cour, gourmandise de rois. Le commerce des oranges entre Malte et la France au (2003), ou encore Thomas Freller Malta, The Order of St John (2010). Enfin, le travail d'un universitaire, Alain Demurger, qui s'était intéressé jusque là aux Templiers, et qui jette un regard moderne sur l'Ordre à son origine avec Les Hospitaliers. De Jérusalem à Rhodes. 1050-1317 (2013). Il cite dans sa préface ses trois inspirateurs, Joseph Delaville Le Roulx, Jonathan Riley-Smith et un auteur peu cité Alain Beltjens qui a pourtant produit une œuvre mais à compte d'auteur Aux origines de l'ordre de Malte. De la fondation de l'Hôpital de Jérusalem à sa transformation en ordre militaire. (1995).
Appellations de l'Ordre et nom de ses membres