vignette|upright=1.5|La Table servie est la première nature morte fixée et une des premières photographies (physautotype), attribuée à Nicéphore Niépce, prise à une date non connue au début des années 1820 ou des années 1830. Lhistoire de la photographie retrace les étapes qui jalonnent l'évolution du procédé photographique depuis son invention jusqu'à nos jours. L'invention de la photographie nécessitait, d'une part la réalisation d'un dispositif optique permettant la création de l', et d'autre part de fixer cette image sur un support pérenne par un processus chimique irréversible. Les usages de cette technique ont évolué, et sa dimension artistique a notamment été reconnue.

Techniques précurseurs de la photographie

Les origines La photographie a profité de nombreuses innovations technologiques et techniques dans les domaines de l'optique, de la chimie, de la mécanique, de l'électricité, de l'électronique et de l'informatique. Les deux phénomènes nécessaires à l'obtention d'images photographiques (chambre noire et phénomènes de réflexion et de réfraction lumineuses) étaient pour certains connus depuis longtemps et exposés dans le Traité d'optique au ..

La chambre noire était déjà connue par Aristote (384-), par le savant perse Ibn Al-Haytham (965-1038) et par Léonard de Vinci (1452-1519) ; on peut la considérer comme l'ancêtre des appareils photographiques. Elle est constituée par une boîte fermée, étanche à la lumière, dont une des faces est percée d'un très petit trou, le sténopé. L'image inversée d'un objet éclairé placé à l'extérieur devant le trou se forme sur la paroi opposée. La chambre claire, vers 1800, témoigne d'un intérêt pour l'objet technique entre le sujet, l'œil et l'image.

D'autre part, les alchimistes savaient que la lumière noircissait le chlorure d'argent. Vers 1780, Jacques Charles, plus connu pour son invention de l'aérostat gonflé à l'hydrogène, parvint à figer, mais de façon fugitive, une silhouette obtenue par le procédé de la chambre noire sur du papier imbibé de chlorure d'argent. Thomas Wedgwood (1771-1805) fit des expériences analogues avec le nitrate d'argent ; il en publia un mémoire en 1802. De son côté John Herschel en 1819 décrit les propriétés de l'hyposulfite de sodium qui deviendra le fixateur.

La chambre noire thumb|left|upright=0.6|Camera obscura. thumb|upright|Giambattista della Porta.

Les réflexions d'Aristote et les travaux du père de l'optique moderne Ibn al-Haytham, ont permis de mettre la réalité en boîte ; il suffit de percer un « petit trou » (sténopé) dans une chambre noire (en latin : camera obscura) pour voir apparaître une image inversée dans le fond blanc de la boîte. À l'époque de la Renaissance, les peintres italiens commencent à découvrir les lois de la perspective. Pour simplifier le tracé de leurs paysages, ils utilisent des appareils optiques qui permettent de projeter sur une surface une image d'un paysage ou d'un objet : la chambre claire, la chambre noire, le perspectographe (le portillon d'Albrecht Dürer). Elle fut employée par de nombreux artistes, dont Giambattista della Porta, Vermeer, Guardi et Giovanni Antonio Canal, dit Canaletto, qui l'utilisa notamment pour mettre en perspective ses célèbres paysages des canaux de Venise.

Les visiteurs de l'érudit italien Giambattista della Porta (ca 1535 - 1615) auraient été effrayés en voyant sur le mur l'image des petits personnages se déplaçant la tête en bas (Magia naturalis livre XVII chap.6). Pris de panique, ils se seraient précipités hors de la pièce. Della Porta a été accusé de sorcellerie. Della Porta voulut divertir ses invités en leur faisant découvrir une c'est-à-dire la chambre noire en latin.

Celle-ci peut produire un effet spectaculaire, bien que son principe de fonctionnement soit simple. Quand la lumière pénètre par un trou minuscule dans une boîte ou une pièce obscure, une image inversée et renversée de l'extérieur est projetée sur la paroi opposée. Ce que les invités de Della Porta avaient vu n'était rien de plus que les acteurs qui jouaient dans la pièce voisine. Ce qu'on appelle maintenant la chambre noire était l'ancêtre de l'appareil photo moderne. La chambre noire n'était pas une nouveauté à l'époque de Della Porta. Aristote (384-) avait observé le principe selon lequel elle fonctionnerait. Alhazen, un savant arabe du , en avait donné une description détaillée, et les carnets du célèbre Léonard de Vinci, au , en faisaient aussi mention.

L'objectif

Le principal inconvénient du sténopé est son manque de luminosité. En effet, la définition de l'image produite, c'est-à-dire la finesse des détails, est en fonction de la dimension du trou. Pour obtenir une image suffisamment détaillée, celui-ci doit être le plus petit possible ; mais alors il ne passe que très peu de lumière et l'image est peu visible.

Au , la netteté de l'image s'est améliorée avec l'introduction de la lentille. Une lentille de verre, qui peut focaliser les rayons lumineux, améliore les performances du sténopé : le diamètre de l'ouverture étant plus important, on admet davantage de lumière et l'image est plus claire. De nombreux artistes ont d'ailleurs utilisé cet accessoire de façon à rendre avec plus d'exactitude la perspective de l'échelle.

La chimie photographique

Le dispositif physique permettant de créer l'image étant inventé, il restait une étape importante à franchir : comment faire en sorte que la vision fugitive créée par la lumière dans la chambre noire se transforme en une image véritable, stable et durable comme un dessin ou une peinture ? Autrement dit, comment supprimer le travail du dessinateur ou du peintre, avec tout ce qu'il suppose d'interprétation personnelle, d'erreurs et d'imprécisions, et faire exécuter ce travail automatiquement par la lumière elle-même ?

Malgré de multiples tentatives, il a fallu attendre le pour obtenir une image permanente.

La découverte de l'action des rayons lumineux sur une surface sensible est attribuée aux alchimistes du Moyen Âge, qui connaissaient les propriétés du chlorure d'argent, sensible à la lumière. Elle fut suivie durant les par diverses recherches (Johann Heinrich Schulze, Giovanni Battista Beccaria, Thomas Wedgwood).

Premières images fixant la lumière thumb|upright|Joseph Nicéphore Niépce. thumb|left|Première expérience réussie de fixation permanente d'une image de la nature Point de vue du Gras : la cour du domaine du Gras, dans le village de Saint-Loup-de-Varennes (Nicéphore Niépce en 1827). Cette photographie représente une partie de la propriété de Niépce.|391x391px

Nicéphore Niépce

Joseph Nicéphore Niépce (1765-1833), un inventeur de Chalon-sur-Saône, associe ces trois procédés pour fixer des images (de qualité moyenne) sur des plaques d'étain recouvertes de bitume de Judée, sorte de goudron naturel qui possède la propriété de durcir à la lumière (1826 ou 1827). Niépce se consacrait à l'amélioration de la technique de la lithographie, très à la mode à cette époque-là. Parce qu'il avait peu de talent pour dessiner les épreuves qu'il voulait reproduire, il pensa à utiliser la lumière.. Dès 1812, il parvint à obtenir en lithographie des négatifs (grâce au nitrate d'argent) et des positifs (avec du bitume de Judée), mais ces images n'étaient pas stables. Il utilise pour cela du sel d'argent placé au fond d'une chambre noire, mais le sel d'argent continue de noircir après l'exposition et l'image finit par disparaître.. En 1819, John Herschel décrit les propriétés de l'hyposulfite de sodium qui deviendra le fixateur de Mijus.

Après un premier négatif non fixé en 1816, la première photographie conservée représente une aile de sa propriété à Saint-Loup-de-Varennes en Saône-et-Loire. Ce cliché de est visible à l'Université d'Austin au Texas depuis qu'Helmut Gernsheim en a fait don à cette institution, en 1963 The First Photograph - By Barbara Brown. Si on regarde bien cette image (ci-contre), on remarque son éclairage particulier. En effet, la pose a duré de nombreuses heures (on estimait la pose entre , réévaluée depuis à plusieurs jours) ; le Soleil a donc éclairé le mur de droite puis celui de gauche plus tard dans la journée.

Niépce se rend compte que l'important est d'interrompre l'action du produit après une période d'exposition à la lumière. Après avoir tenté des produits qui éclaircissent à la lumière au lieu de noircir avec toujours le même problème de stabilité, il s'intéresse à différents acides qui agiraient sur une plaque de métal ou de calcaire et seraient lavés ensuite. Mais l'acide ne réagit pas à la lumière. Il comprend grâce à cette expérience que l'action de la lumière n'a pas besoin d'être visible immédiatement, mais peut être révélée ensuite. Il tente d'utiliser la résine de gaïac, sensible aux ultra-violets qui perd sa solubilité dans l'alcool (dont le procédé peut donc être interrompu). Possible en plein soleil, l'opération est un échec en chambre noire, car les ultraviolets (inconnus de Niépce) sont filtrés.

L'expérience suivante, en 1822, utilise le contact et le bitume de Judée. Cette substance perd sa solubilité sous l'action du Soleil. Donc une plaque de métal enduite de ce bitume est exposée plusieurs heures, puis rincée au solvant, puis rongée par l'acide aux endroits où le bitume est dissous. Le résultat est concluant et permet en particulier de créer des supports métalliques pour l'imprimerie. Niépce constate néanmoins que les dégradés ne sont pas satisfaisants. Des hachures peuvent rendre ce dégradé en imprimerie, mais limite la source de l'image à des gravures, impossible d'avoir des sujets réels.thumb|Première gravure héliographique connue, obtenue par Niépce en 1825 avec le procédé de l'héliographie ; copie d'une gravure du montrant un homme menant un cheval.

Entre la fixation du négatif et la première photographie stable, de nombreux essais ont été nécessaires ; certains sont parvenus jusqu'à nous. En 1824, Nièpce explique sa découverte, qu'il appellera Héliographie, qui consistait à reproduire spontanément l'action de la lumière, avec la dégradation de teintes noires, sur les images reçues dans la Camera obscura. Ainsi cette image datée de 1825 est la plus ancienne gravure héliographique connueChroniques de la BnF, juin 2002, Rubrique ÉvénementCette héliogravure, ou héliographie de Nicéphore Niépce, datée de 1825, accompagnée de autographes, estimée entre et , a été préemptée à par l’État au profit de la Bibliothèque nationale de France lors de la vente de la collection Jammes en mars 2002 chez Sotheby's à Paris.. Elle est une reproduction par Niépce d’une gravure néerlandaise représentant un petit cheval. La vue de sa propriété de Saint-Loup-de-Varennes (Saône-et-Loire) est majoritairement reconnue comme la première photographie en raison de sa stabilité et parce qu'il s'agit de la première image connue prise d'après nature avec une chambre noire utilisée comme appareil photographiqueHans-Michael Koetzle, Photos Icons, Petite histoire de la photo, « Nicéphore Niépce : vue prise de la fenêtre du cabinet de travail », Taschen, 2005. ; elle date de 1827. Niépce plaça une plaque d'étain recouverte de bitume dans une chambre noire, face à une fenêtre de sa propriété. Il l'exposa ainsi pendant plusieurs jours. Cela forma une image floue – mais maintenant très connue – d'un bâtiment, d'un arbre et d'une grange.

Les dégradés et la précision que Niépce souhaite ne sont réellement satisfaisants qu'après un nouveau changement de support et d'activateur. En 1828, il utilise une plaque d'argent et de la vapeur d'iode, le résultat est enfin à la hauteur de ses espérances. Le temps d'exposition est toujours de plusieurs heures à plusieurs jours.

Louis Daguerre thumb|Timbre de 1939 commémorant le centenaire de l' annonce de la découverte de la photographie par Arago le 7 janvier 1839.