La guerre de Tecumseh ou rébellion de Tecumseh est un conflit entre les États-Unis et une confédération d'Amérindiens conduits par le chef shawnee Tecumseh dans le territoire de l'Indiana. Bien que l'on considère souvent que le conflit a atteint son point culminant avec la victoire de William Henry Harrison à la bataille de Tippecanoe en 1811, la guerre de Tecumseh a en fait continué pendant la guerre anglo-américaine de 1812 et est souvent considérée comme une partie de ce conflit plus important. Tecumseh fut tué par les Américains au cours de la bataille de la rivière Thames au Canada en 1813 et sa confédération se désagrégea. Les tribus restant sur le territoire des États-Unis signèrent des traités et furent contraintes de vendre leurs terres et de se déplacer à l'ouest dans les années 1830. Dans un contexte à long terme, les historiens situent la guerre de Tecumseh comme l'ultime conflit de la guerre de Soixante Ans, résultant en la conquête de la région des Grands Lacs par les Européens.
Contexte vignette|redresse|gauche|Tecumseh par Benson Lossing en 1848, basé sur un dessin de 1808. vignette|redresse|Le chef shawnee Catecahassa était un farouche opposant à la confédération de Tecumseh et un allié des États-Unis dans la guerre de 1812. Les deux principaux adversaires du conflit, Tecumseh et William Henry Harrison, ont tous deux été de jeunes participants à la bataille de Fallen Timbers à la fin de la guerre amérindienne du Nord-Ouest en 1794. Tecumseh ne fit pas partie des signataires du traité de Greenville qui mit fin à la guerre et céda aux États-Unis la plupart de l'Ohio actuel, longtemps habité par les Shawnees et d'autres Amérindiens. Malgré cela, beaucoup de chefs amérindiens de la région ont accepté les termes du traité de Greenville et au cours des dix années qui suivent, la résistance pan-tribale à l'hégémonie américaine faiblit.
Après le traité de Greenville, la plupart des Shawnees de l'Ohio s'installent au village shawnee de Wapakoneta sur la rivière Auglaize où ils sont dirigés par Catecahassa, un chef déjà âgé qui a signé le traité. Michikinikwa, un chef de guerre de la tribu des Miamis, qui a aussi participé à la guerre et signé le traité de Greenville, vit dans son village sur la . Tant Catecahassa que Michikinikwa préconisent instamment une assimilation culturelle et une accommodation avec les États-Unis.
Les tribus de la région prennent part à plusieurs traités dont le et le traité de Vincennes qui donne et reconnait la possession américaine de la plus grande partie du sud de l'Indiana. Les traités conduisent à une atténuation des tensions en autorisant les colons à s'installer dans l'Indiana et apaisent les Amérindiens en les remboursant pour les terres précédemment squattées par les colons.
Renouveau religieux
vignette|redresse|Tenskwatawa par Charles Bird King. En , le chef lénape Buckongahelas, l'un des chefs amérindiens les plus importants de la région, meurt de la variole ou de la grippe. Les tribus alentour pensent que sa mort a été causée par une forme de sorcellerie et une chasse aux sorcières s'ensuit, conduisant à la mort de plusieurs sorcières lénapes présumées. La chasse aux sorcières inspire un renouveau religieux conduit par le frère de Tecumseh, Tenskwatawa (« Le Prophète ») qui émerge en 1805 en tant que leader parmi les chasseurs de sorcière. Il constitue rapidement une menace à l'influence des chefs partisans de l'accommodation, dont Buckongahelas faisait partie.
Dans le cadre de ses enseignements religieux, Tenskwatawa exhorte les Amérindiens de rejeter le mode de vie euro-américain comme la consommation d'alcool, l'habillement à l'européenne et les armes à feu. Il appelle également les tribus à s'abstenir de toute cession de terres aux États-Unis. De nombreux Amérindiens qui étaient enclins à coopérer avec les États-Unis sont accusés de sorcellerie et certains sont exécutés par les partisans de Tenskwatawa. Catecahassa fut accusé lors de la chasse aux sorcières mais ne fut pas blessé. De son village à Greenville, Tenskwatawa compromet les relations amicales de Catecahassa avec les États-Unis, conduisant à une hausse des tensions avec les colons de la région. Catecahassa et d'autres chefs tribaux commencent à mettre la pression à Tenskwatawa et ses partisans pour qu'ils quittent la région afin d'éviter que la situation ne dégénère.
En 1808, les tensions entre les blancs et les Shawnees de Wapakoneta contraignent Tenskwatawa et Tecumseh à se retirer plus au nord-ouest et établissent le village de Prophetstown près de la confluence des rivières Wabash et Tippecanoe, sur des terres revendiquées par les Miamis. Michikinikwa annonce aux Shawnees qu'ils ne sont pas les bienvenus en ce lieu mais les avertissements sont ignorés. Les enseignements religieux de Tenskwatawa deviennent plus notoires à mesure qu'ils deviennent plus militants et il attire des adeptes amérindiens venant de beaucoup de nations différentes, dont les Shawnees, les Iroquois, les Chickamaugas, les Mesquakies, les Miamis, les Mingos, les Ojibwés, les Outaouais, les Kickapous, les Lenapes, les Mascoutins, les Potawatomis, les Sauks et les Hurons-Wendats.
En 1808, Tecumseh commence à être vu comme un leader par sa communauté. En 1808, les Britanniques présents au Canada l'approchent pour former une alliance mais il refuse. Ce n'est qu'en 1810 que les Américains prennent pour la première fois connaissance de lui. Tecumseh émerge finalement comme le leader de la confédération, mais elle est bâtie sur des fondements établis par l'appel religieux de son jeune frère.
Tippecanoe était la plus grande communauté amérindienne de la région des Grands Lacs et servit d'important centre culturel et religieux. Tippecanoe, connu sous le nom de Prophetstown par les blancs, était un bastion religieux intertribal pour trois mille Amérindiens le long de la Wabash, dans l'Indiana. Conduits initialement par Tenskwatawa et plus tard conjointement avec Tecumseh, des milliers d'Amérindiens de langue algonquine se rassemblent à Tippecanoe pour acquérir une force spirituelle.
Territoire de l'Indiana
vignette|400px|Guerre de Tecumseh, 1811
Dans le même temps, en 1800, William Henry Harrison devient gouverneur du Territoire de l'Indiana nouvellement créé et dont la capitale se trouve à Vincennes. Harrison cherche à obtenir des titres sur les terres amérindiennes pour permettre l'expansion américaine ; en particulier, il espère que le Territoire de l'Indiana pourra attirer suffisamment de colons pour pouvoir prétendre à la création d'un État. Harrison négocie de nombreux traités de cession de terres avec les Amérindiens.
En 1809, Harrison commence à faire ressentir le besoin d'un autre traité pour ouvrir davantage de terres pour les colons. Les Miamis, les Weas et les Kickapous sont vigoureusement opposés à la vente de nouvelles terres autour de la Wabash. Dans le but d'influencer ces groupes de vendre les terres, Harrison décide, contre la volonté du Président James Madison, de conclure en premier lieu un traité avec les tribus disposées à les vendre et de les utiliser pour l'aider à influencer ceux qui sont plus réticents. En , il invite les Potawatomis, les Lénapes, les Eel Rivers et les Miamis à une assemblée à Fort Wayne. Dans les négociations, Harrison promet de larges subventions et des paiements aux tribus si elles acceptent de céder les terres qu'il demande.
Seuls les Miamis s'opposent au traité ; ils présentent leur copie du traité de Greenville et lisent la section qui garantit leur possession des terres autour de la rivière Wabash. Ils expliquent ensuite l'histoire de la région et comment ils ont invité d'autres tribus à s'installer dans leur territoire en tant qu'amis. Les Miamis sont inquiets du fait que les chefs weas ne sont pas présents aux négociations, bien qu'ils soient les premiers habitants des terres en train d'être vendues. Les Miamis souhaitent également que les ventes de terres futures se fassent à l'acre et non par traité. Harrison accepte de rendre l'adoption du traité tributaire de l'approbation des Weas et autres tribus du territoire concerné, mais il refuse d'acquérir les terres à l'acre. Il répond à cela que c'est mieux pour les tribus de vendre leurs terres dans des traités afin d'éviter que les Américains n'achètent que les meilleurs terres à l'acre et ne leur laissent que les plus médiocres pour vivre.
Après deux semaines de négociations, les chefs potawatomis parviennent à convaincre les Miamis d'accepter le traité en réciprocité à des traités antérieurs moins avantageux pour les Potawatomis qui les avaient accepté à la demande des Miamis. Finalement, le traité de Fort Wayne est signé le , vendant plus de (environ ) aux États-Unis, principalement le long de la Wabash, au nord de Vincennes. Pendant les mois d'hiver, Harrison parvient à obtenir l'acceptation des Weas en leur offrant une large subvention. Les Kickapous sont de proches alliés des Shawnees à Prophetstown et Harrison craint qu'il ne soit difficile de les influencer. Il offre aux Weas une plus grosse subvention si les Kickapous acceptent aussi le traité, conduisant les Weas à faire pression sur les chefs kickapous pour qu'ils acceptent. Au printemps 1810, Harrison a terminé les négociations et le traité est finalisé.
Conflit
Tecumseh est outragé par le traité de Fort Wayne et s'impose par la suite comme leader politique de premier plan. Tecumseh ravive une idée avancée dans les années précédentes par le chef shawnee Blue Jacket et le chef mohawk Joseph Brant, qui dit que les terres amérindiennes sont la propriété commune de toutes les tribus, et qu'elles ne peuvent être vendues sans l'accord de l'ensemble de ces tribus. Tecumseh sait qu'un tel consensus aussi large est impossible, mais c'est pourquoi il soutient la position. Pas encore prêt à affronter les États-Unis directement, les principaux adversaires de Tecumseh sont initialement les chefs amérindiens qui ont signé le traité, et il menace de tous les tuer.
Tecumseh commence à s'étendre sur les enseignements de son frère qui appelle les tribus à revenir à leur mode de vie ancestral et commence à relier les enseignements avec l'idée d'une alliance pan-tribale. Tecumseh commence à beaucoup voyager, exhortant les guerriers à abandonner les chefs partisans de l'accommodation et de rejoindre la résistance à Prophetstown.
Harrison est impressionné par Tecumseh et se réfère à lui dans une lettre comme l'. Harrison pense que Tecumseh a le potentiel pour créer un empire puissant s'il n'est pas maîtrisé. Harrison le suspecte d'être derrière des tentatives de soulèvement et craint que, s'il parvient à obtenir une large fédération tribale, les Britanniques pourraient prendre l'avantage de la situation pour appuyer leurs revendications sur le Nord-Ouest.
Confrontation à Grouseland
vignette|gauche|À Vincennes en 1810, Tecumseh s'emporte lorsque William Henry Harrison refuse d'abroger le traité de Fort Wayne.