Le Conformiste (titre original : ) est un film franco-ouest-germano-italien réalisé par Bernardo Bertolucci, sorti en 1970.

Le scénario de ce film politique est écrit par Bertolucci d'après le roman Le Conformiste () d'Alberto Moravia publié en 1951. Les rôles principaux du film sont tenus par Jean-Louis Trintignant, Dominique Sanda et Stefania Sandrelli.

Le film est l'analyse minutieuse d'une adhésion au fascisme motivée par des ressorts intimes et psychologiques : un viol subi et un meurtre commis par un enfant. Le personnage de Marcello Clerici ne cessera de vouloir effacer ces traumatismes en se fondant dans ce qu'il considère comme une normalité : en entrant au parti fasciste, en se mariant, en se conformant à ce qu'attendent la société italienne, l'Église et le régime de Mussolini. Bertolucci utilise le gigantisme glacé de l'architecture des bâtiments officiels, un Paris quasi désert dans une lumière bleutée, la solitude d'une forêt glacée de Savoie.

L'intrigue laisse certaines questions en suspens ; Bertolucci raconte cette histoire d'espionnage politique dans une chronologie décousue, sous la forme de souvenirs subjectifs du personnage principal, dans un ton lyrique et avec des éléments d'action. Avec son chef opérateur et ami Vittorio Storaro, il développe un style visuel prononcé, avec des décors grandioses et des emprunts au cinéma de divertissement des années 1930. L'éclairage va au-delà de la simple création d'ambiances, la lumière devient un moyen narratif porteur de sens, en particulier dans la mise en œuvre de l'allégorie de la caverne de Platon, la métaphore principale de l'œuvre.

Synopsis En 1917, un très jeune garçon, humilié et maltraité par des camarades, Marcello Clerici, est protégé, puis entraîné et sexuellement agressé par un jeune chauffeur de maître, appelé Lino.

Marcello lui prend son pistolet et le vise : il pense l'avoir tué et s'enfuit.

Tourmenté par un sentiment de culpabilité mais surtout d'anormalité, il éprouve le besoin d'être conforme à ce que la société attend d'un homme, à se fondre dans la masse. Cette envie est renforcée par la répugnance que lui inspirent sa vie familiale, désordonnée, dispendieuse, et ses parents : son père, fasciste de la première heure, a sombré dans la démence et est interné ; sa mère grande bourgeoise déchue est une toxicomane manipulée et abusée par son chauffeur.

Dans l'Italie fasciste, être normal c'est être fasciste, adhérer au parti et le servir : il entre ainsi dans la police secrète. Il veut aussi épouser une femme parfaitement conventionnelle, une petite bourgeoise pimpante et imperméable à toute pensée politique, Giulia, loin de l'image maternelle et de l'idéal de la grande bourgeoisie à laquelle il appartient. En 1938, les services secrets lui assignent la mission de profiter de son voyage de noces pour contacter son ancien professeur de philosophie, Luca Quadri, devenu l'un des principaux dirigeants antifascistes en exil à Paris. Marcello, au fond de lui, est réticent, mais il est sans cesse contrôlé, poussé, stimulé par un homme des services secrets, Manganiello.

Alors qu'il est en route vers Paris, Marcello reçoit l'ordre d'assassiner Quadri, il ne peut se dérober, Manganiello veille. Il est reçu, avec Giulia, au domicile du professeur, qui vit avec Anna, belle, séduisante, élégante, intelligente, anticonformiste, l’opposée de Giulia. Anna soupçonne les intentions hostiles de Marcello, le lui fait comprendre mais est en même temps attirée par Giulia ; quant à Quadri, il est d'abord méfiant puis séduit par cet ancien étudiant brillant. Marcello tombe amoureux d'Anna et la supplie de s'enfuir avec lui, elle se dérobe. Anna fait les magasins avec Giulia et lui confie que son mari part le lendemain seul dans leur chalet de Savoie ; elle le rejoindra plus tard et invite Marcello et Giulia à se joindre à elle pour une soirée que les deux couples passent ensemble : Marcello danse amoureusement avec Anna, et Giulia, éméchée, avec Quadri. Les ordres confirment que Quadri doit être assassiné sur son trajet pour la Savoie, dans un guet-apens. Marcello n'a pas le courage de reculer, même quand Manganiello lui annonce qu'Anna accompagnera son mari. Ils rejoignent la voiture du couple sur une route forestière de montagne. Quadri est assassiné de multiples coups de poignard par des sbires surgis de la forêt. De la voiture, Marcello observe le meurtre sans broncher, tétanisé, un revolver à la main. Anna jaillit paniquée de la voiture, frappe désespérément à la vitre de la voiture de Marcello, hurlant et suppliant, en vain. Elle fuit dans la forêt, où elle est abattue. Manganiello crie son dégoût devant la lâcheté de Marcello, qu'il associe « aux Juifs et aux pédérastes ».

Cinq ans plus tard, en 1943, le régime de Mussolini s'effondre, ses statues déboulonnées sont traînées dans la rue. Marcello vit modestement avec sa fille et sa femme dans le petit appartement de cette dernière où ils ont dû accueillir des réfugiés de guerre. Pour la première fois, Giulia s'inquiète : le meurtre de Quadri, auquel elle avait compris que Marcello était mêlé, pourrait désormais le faire mettre en cause. Marcello, qui sort la nuit pour rencontrer son mentor aveugle Italo Mangannari, croise des militants antifascistes, passe par le château Saint-Ange et surprend par hasard la conversation d'un jeune prostitué avec un homme qui essaie de l'inviter pour la nuit. Dans ce dernier, à la voix, aux mots employés, Marcello croit reconnaître le chauffeur de maître, Lino, qu'il aurait seulement blessé dans sa jeunesse. Il se met à hurler que Lino est un fasciste, responsable de la mort de Quadri et d’Anna. Lino s'enfuit. Marcello dénonce ensuite à la foule Italo comme fasciste. Dans le dernier plan, seul, il se retourne vers le jeune prostitué dénudé, qui l'observe en retour.

Fiche technique

Titre français : Le Conformiste Titre original italien : Titre allemand : Réalisation : Bernardo Bertolucci Assistant réalisateur : Alain Bonnot et Aldo Lado Scénario : Bernardo Bertolucci, adapté du roman d'Alberto Moravia Photographie : Vittorio Storaro Montage : Franco Arcalli Musique : Georges Delerue Costumes : Gitt Magrini Décors : Production : Sociétés de production : Mars Film Produzione S.p.A (Rome), Marianne Productions (Paris), Maran Film G.M.B.H. (Munich) Sociétés de distribution : Minerva Pictures (Italie) ; Cinema International Corporation (France) Pays de production : , , Langue originale : italien avec de courts passages en français, latin ou mandarin Format : couleurs (Technicolor) - 1,66:1 - son mono - 35 mm Genre : drame, cinéma politique Durée : , métrage de Dates de sortie : Allemagne de l'Ouest : Il conformista - Release Date imdb.com (Berlinale) / (sortie nationale) Italie : France :

Distribution Jean-Louis Trintignant : Marcello Clerici, un professeur de philosophie Stefania Sandrelli : Giulia, une petite bourgeoise qu'il épouse par « conformisme » Gastone Moschin : Daniele Manganiello, l'agent fasciste collaborateur de Clerici Enzo Tarascio : le professeur Luca Quadri, un leader antifasciste exilé à Paris Fosco Giachetti : le colonel fasciste José Quaglio : Italo Montanari, le conférencier Dominique Sanda : Anna, la jeune épouse de Luca Quadri Pierre Clémenti : Pasqualino (Lino) Semirama, un chauffeur de maître Milly : la mère de Marcello Giuseppe Addobbati : le père de Marcello Yvonne Sanson : la mère de Giulia Alessandro Haber : Senigallia, l'aveugle ivre Benedetto Benedetti : le ministre fasciste Orso Maria Guerrini : un assassin : Franz : un étudiant Gino Vagni Luca : le secrétaire Marta Lado : la fille de Marcello Christian Aligny : Raoul, un agent fasciste de Vintimille Antonio Maestri : le prêtre

Production vignette|gauche|Paris en 1945, avec la tour Eiffel vue depuis le Trocadéro. La scène où Marcello fait monter Giulia dans le taxi est tournée un peu plus à gauche. À la fin des années 1960, la chaîne de télévision italienne Rai commence à financer des longs métrages. L'un des premiers projets est La Stratégie de l'araignée (1969) de Bertolucci. Il est immédiatement suivi par Le ConformisteFilm-Korrespondenz, mars 1973, p. 6–9, dont le budget aurait atteint américains. Bertolucci et Storaro se connaissent depuis Prima della rivoluzione (1964) de Bertolucci, où Storaro est assistant opérateur et a trouvé le réalisateur très talentueux et compétent, mais aussi arrogant. Il est chef opérateur sur La Stratégie de l'araignée, production qui marque le début de leur collaboration et de leur amitié, qui dureront plusieurs décennies. Le tournage de La Stratégie de l'araignée a lieu à l'automne 1969, mais le film n'est diffusé qu'après Le Conformiste, en . Peu après la fin du tournage, Bertolucci demande à son ami s'il veut se charger de la photographie pour son prochain projet, Le Conformiste, où le chef opérateur avait encore besoin d'un assistant. Storaro prend alors congé et quitte la pièce. Mais Bertolucci insiste et accepte finalement la proposition de Storaro de devenir chef opérateur et d'amener avec lui son assistant opérateur Enrico UmetelliVittorio Storaro dans Guiding Light, American Cinematographer, février 2001, p. 74 et 76..

Lors de l'écriture du scénario, Bertolucci pense d'abord à Brigitte Bardot pour le rôle d'Anna, puis envisage également Anne Wiazemsky, mais il a finalement choisi Sanda après l'avoir vue dans Une femme douce (1969) de Robert Bresson. Le tournage a lieu pendant l'hiver 1969/1970. Storaro n'étant pas disponible pour la préproduction, il a fallu parfois chercher des lieux de tournage appropriés pendant le tournageVittorio Storaro, American Cinematographer, février 2001, p. 84-93. Certaines scènes du début sont tournées au palais des Congrès dans le quartier de l'EUR à Rome, construit à l'époque fasciste, au Théâtre de Marcellus, au château Saint-Ange, ainsi qu'à la gare d'Orsay et à la tour Eiffel à Paris. La scène de la fête organisée par Italo avant le mariage de Marcello ne figurait pas dans la version originale et n'a été réintégrée que dans les années 1990Sight and Sound, 1994, p. 54.

Différences par rapport au roman original Le roman Le Conformiste (Il conformista) d'Alberto Moravia, publié en 1951, sert de base à l'intrigue du film. Le roman s'inspire du meurtre de Nello et de Carlo Rosselli, cousins de Moravia, commis en 1937. Carlo Rosselli avait fait partie de l'opposition en Italie, combattu pendant la guerre civile espagnole et publié un journal de la résistance à Paris. On soupçonnait les assassins, des fascistes français, d'avoir agi pour le compte des autorités italiennes. Moravia n'a pas centré son roman sur le meurtre, mais sur la question de savoir pourquoi des fonctionnaires instruits pouvaient être impliqués dans un assassinat. Le livre est considéré comme peu imaginatif et répétitif, la motivation de ses personnages comme peu crédible, et il a rencontré peu de succès à l'époque.

Le roman raconte une tragédie déterminée par le destin. Cependant, dans le scénario qu'il écrit seul, Bertolucci remplace le destin par l'inconscient de Marcello comme moteur des événements. Par conséquent, Marcello et sa femme ne meurent pas, ce qui apparaît dans le livre comme un acte de justice divineBernardo Bertolucci dans un entretien avec Sight and Sound, automne 1972., un deus ex machina. Dans le roman, Marcello apprend le meurtre de Quadri dans le journal, tandis que dans le film, il est présent lors du meurtre. De plus, dans le livre de Moravia, Marcello est témoin d'un rapport sexuel entre ses parents ; Bertolucci omet cet épisode, mais il s'est rendu compte plus tard que cette « scène primitive » se retrouve dans l'acte d'amour entre Anna et Giulia.

Intrigue fragmentée