vignette|Exemple de transcription de ע par une apostrophe. La transcription de la langue hébraïque répond à la nature générale de toute transcription, quelle que soit la langue à transcrire. Elle se distingue de la translittération, fondamentalement, et les formes orthographiques qu’elle utilise se conforment à celles de la langue dans laquelle l’élocution hébraïque se transcrit. Ainsi, une transcription francophone diffère d’une transcription anglophone ou germanophone de l’hébreu. L’hébreu évolue, transmis au fil des générations durant quatre millénaires. Sa prononciation varie selon les communautés juives qui l’utilisent. L’hébreu est la langue sacrée des synagogues mais aussi une langue profane : le parler vernaculaire des Israéliens d’aujourd’hui est une variété reconstruite à partir du corpus de l’hébreu biblique. Une transcription soignée rend compte de ces différents états de la langue hébraïque.

En France et dans les pays francophones, les normes de translittération de la Revue des études juives font généralement autorité Normes de translittération, Revue des études juives..

Nature de la transcription Une transcription n’est pas la traduction d’un texte mentalement lisible, ni la translittération des lettres qui en compose chaque mot écrit. Les phénomènes que la transcription s’attache à noter sont de nature acoustique, et proviennent de la prononciation de l’hébreu, de l’écoute attentive des sons propres à cette langue, de la comparaison de ceux-ci avec les phonèmes de la langue du transcripteur, et de l’utilisation judicieuse de lettres appartenant à l’alphabet latin en fonction de leur emploi actuel dans la langue française dans le cas d’une transcription francophone de l’hébreuMaurice Grevisse, Le Bon Usage, grammaire française avec des remarques sur la langue française d'aujourd'hui, les pages 26 à 53 traitent de la phonétique et de la transcription de la langue française (voir bibliographie)..

Communication orale directe

Si, par exemple, Ariel est un locuteur natif d’hébreu et qu’il veut communiquer une information en hébreu à David, lui aussi fin connaisseur de la langue hébraïque, Ariel parle en hébreu, David l’écoute, il entend phonétiquement ce qui est énoncé, et il comprend aussitôt ce qui lui est ainsi transmis de vive voixRoberto Strauss aux éditions Reise Know-How Verlag Peter Rump GmbH à Bielefeld. Il inspira Shifra Svironi et son mari Roger Jacquet pour la rédaction de l’Hébreu de poche, petit guide de conversation élémentaire accompagné d’un disque compact (CD) qui permet d’exercer l’oreille francophone à l’écoute des sons de la langue hébraïque. Le texte du livret fournit une première approche de la transcription qui, pour des raisons didactiques, est fort teintée de translittération (voir bibliographie)..

Phonèmes consonantiques Il convient donc de se familiariser avec la prononciation des phonèmes hébreux avant de pouvoir les transcrire correctement au moyen de lettres empruntées à l’alphabet latinJacques Michel, chercheur associé au F.N.R.S., Grammaire de base du latin, Éditions de Sikkel, Anvers, et Librairie C. Klincksieck, Paris, 1964, à 12. utilisé pour écrire la langue française. Le tableau qui suit transcrit les différents phonèmes consonantiques de la langue hébraïque à l’aide de cinq systèmes de transcription : l’alphabet phonétique international (acronyme : API) ; l’alphabet hébreu biblique ; l’alphabet hébreu massorétique ; l’alphabet hébreu moderne ; l’alphabet latin utilisé par la langue française. Pour accéder à la description phonologique de chaque symbole phonétique, il convient de cliquer sur les caractères bleus. Les caractères de l’API qui transcrivent des sons hébreux inexistants en langue française sont suivis d’un astérisque (*).

+Transcriptionsphonétiquebibliquemassorétiquemodernefrancophone * א א אAlef marque un arrêt après une consonne (ne se retranscrit que s’il a une voyelle) ב בּ ב bet (b (appuyé)) * ב ב bet ou vet (b ou v) ג גּ גguimel (ou g (devant un a ou o)) * ג ג ġimel gh (comme le r français) ד ד דdalet d ה ה הhé (aspiré doux) ou ו ו ו vav ou waw ou ז ז ז zaïn * ח ח חḥet (h guttural léger) * ט ט ṭet t (emphatique) ou י י יyod כ כּ כkaf * כ כ כ khaf (comme la jota en espagnol) ל ל לlamed מ מ מ mem נ נ נ noun * ס ס samekh s (en début et fin de mot) et ss (en milieu) * ע ע ע ʿaïn diacritique ʿ (son guttural léger) פ פּ פpeh * פ פ פ feh * צ צ צṣadé s (emphatique) * ק קqof (k emphatique) ר ר ר rech (r français roulé) ש שׂ שׂ sīn ש שׁ שׁ šīn ת תּ ת taw ou tav t * ת ת th th

Transcription phonétique

Le premier alphabet phonétique international est l’œuvre de phonéticiens français et britanniques, réunis en 1888 par l’API, acronyme de l’Association phonétique internationale fondée par Paul Passy. La dernière révision de cet alphabet à visée universelle date de 2005. Il transcrit, à l’aide de cent dix huit caractères, les phonèmes utilisés par les langues du monde entier. De ces caractères, vingt-neuf permettent de transcrire chacune des consonnes de la langue hébraïque ancienne, et une note la consonne [v] entrée tardivement dans l’hébreu moderne.

Transcription hébraïque classique

Système phonétique de l'hébreu biblique +Pour accéder à une description détaillée de chaque phonème, il suffit de cliquer sur son symbole bleu א ב ג ד ה ו ז ח ט י כ ל מ נ ס ע פ צ ק ר ש ת

Pour respecter le caractère sacré de la langue hébraïque (), les premiers scribes évitent de transcrire la richesse orale de celle-ci. À l’aide de vingt-deux caractères empruntés à l’alphabet phénicien, ils notent les éléments fondamentaux les plus stables de la production sonore. La prononciation pouvant être déduite de règles grammaticales précises, que le lecteur est censé ne pas ignorer, le scribe évite de transcrire les éléments vocaliques et euphoniques qui permettent de prononcer les consonnes. De même, en poussant plus loin l’analyse, il dénude les phonèmes consonantiques des modalités du souffle qui permet l’expression de ces consonnes. Cette quête de l’essentiel aboutit à utiliser l’écriture pour symboliser le fondement imprononçable des consonnes, leur point d’articulation. L’écriture primitive, chorégraphie en quelque sorte des postures prises par les organes de la phonation, ne peut être assimilée à une transcription phonétique de l’oralité du langage. Ainsi, sur certains points d’articulation notés par un seul caractère hébreu (ב par exemple), la langue ancienne prononce deux phonèmes allophones, une occlusive [b] et une aspirée [β].

Sur les vingt-deux points d’articulation consonantiques notés par les caractères de l’alphabet hébreu repris dans le tableau ci-dessus, la linguistique phonétique contemporaine inventorie l’expression sonore de vingt-neuf phonèmes consonantiques différents, transcrits dans ce même tableau selon le système API.

Seize phonèmes communs à l'hébreu et au français +Des sons familiers de la langue française א ב ג ד ו ז ט י כ ל מ נ פ צ ר ש ש ת

La plupart des symboles de l’alphabet phonétique international utilisés pour noter les seize phonèmes répertoriés ci-dessus sont des lettres latines bien connues de la langue française, qui transcrivent des sons eux aussi très familiers. La lettre w n’est pas d’origine latine, mais provient des langues germaniquesMaurice Grevisse, .. Le phonème [ j ] correspond à l’initiale du mot « yole » et non à celle du mot « jolie ». Et le son [ ʃ ] se rencontre à l’initiale du mot « chavirer »Jean-Claude Chevalier, Claire Blanche-Benveniste, Michel Arrivé, et Jean Peytard, Grammaire Larousse du français contemporain, Librairie Larousse, Paris, 1964, et 26..

Six paires de phonèmes allophones +Les begadkefat ב ג ד כ פ ת

Les sont six lettres hébraïques remarquables qui renvoient chacune à deux phonèmes allophones, une consonne aspirée et une occlusive appuyées toutes deux sur le même point d’articulation. Le contexte et les règles grammaticales du dikdoukRobert B., Dikdouk, le site francophone de grammaire de l’hébreu biblique, clic d’accès : (au paragraphe nuances et ressemblances qui suit le paragraphe les mères de lecture). déterminent le mode de prononciation des paires de consonnes liées à ces lettres, dont l’expression mnémonique nomme l’ensemble.

La traduction du verbe , construit sur la racine , est « il trompe » ; et le verbe , construit sur la racine , traduit « il lie »Nathaniel Philippe Sander et Isaac Léon Trenel, Dictionnaire hébreu-français (voir bibliographie). Les et 300 donnent les mots traduit par « tromper, trahir » et traduit par « lier, mettre aux fers ».. Chacune des six lettres « trompe » en effet le lecteur, car chacune « lie » une paire de phonèmes allophones sur un point d’articulation commun, au contraire des autres lettres de l’alphabet hébreu qui indiquent chacune un point d’articulation sur lequel prononcer un seul et unique phonème consonantique (par exemple : un seul phonème se prononce sur le point d’articulation indiqué par la lettre מ, transcrite m en français).

Quatre phonèmes gutturaux +Les gutturales hébraïques et arabes א ﺀ ה ﻩ ח ﺡ ע ﻉ

Quatre consonnes gutturales ( alef, he, ḥet, ʿaïn ), fortement prononcées en hébreu antique, jouent un rôle fondamental dans la construction lexicale, et influencent certaines règles de la grammaire hébraïque qui se réfère à elles sous le nom de .

Les communautés orientales de mizrahim et méditerranéennes de sépharades, par leur contact constant avec les cultures arabophones, utilisent avec aisance ces sons familiers à la langue arabe que sont le alif-hamza, le hāʾ, le ḥāʾ, et le ʿaïnBoutros Hallaq, Agrégé de l’Université, L’Arabe pour tous, Collection « Les langues pour tous », Presses Pocket, 1984, ..

Les communautés ashkénazes ne prononcent plus, ni glottale alef, ni laryngale ʿaïn, réduites à une diérèse marquant un hiatus entre deux consonnes successives ; elles prononcent par contre clairement he, très aspiré comme dans les langues germaniques, et articulent à l’allemande le ḥet (mais aussi le khaf aspiré pourtant bien différencié en hébreu classique) comme dans le mot allemand auch signifiant « aussi », dont la consonne terminale se note dans le système API, caractère inspiré de la lettre grecque χ khi de prononciation identiqueRoersch-Thomas-Hombert, Éléments de grammaire grecque, Éditions « Cultura », Wetteren, 1964, ..

La transcription francophone de ces gutturales est délicate, car ces phonèmes sont très exotiques pour l’oreille française.

Trois phonèmes emphatiques +Les consonnes emphatiques de l’arabe… ﺺ ṣād ﻀ ḍād ﻂ ṭāʾ ﻆ ẓāʾ ﻖ qāf

À l’instar de l’arabe, la langue hébraïque ancienne connaissait des sons emphatiques qui, glottalisés à l’origineAndré Martinet, Évolution des langues et reconstruction, article Palatalisation de “g” en arabe, Presses universitaires de France, collection « Sup », section « Le linguiste », Paris, 1975., évoluèrent ensuite vers une prononciation complexe.

La prononciation des consonnes emphatiques arabes s’accompagnent d’un recul de la racine de la langue, d’une pharyngalisation et d’une vélarisation. Celles de l'hébreu finissent simplement par un prolongement de la voyelle suivante.

+… et de l’hébreu ט צ ק

En hébreu ancien, la prononciation complexe des sons [ṭ], [ṣ] et [q] permet de les opposer aux phonèmes simples [t] [s] [k]. Cette opposition joue un rôle phonémique important car elle permet de distinguer, dans le lexique hébreu, des paires minimales à valeur sémantique bien différenciée. Dire en hébreu « film » () « étroit » () donne un bon exemple de paire minimale de mots dont la distinction lexicale est induite par une distinction phonétique (ici entre ס samekh et צ ṣade, entre ת et ט pour « mort » () « lit » ().

Deux phonèmes différents pour une graphie ש unique +chin, sin ש