thumb|Le Diadumène de Polyclète : athlète ceignant sa tête du bandeau de la victoire, musée national archéologique d'Athènes La pratique du sport est l'une des caractéristiques de la civilisation grecque antique. Le premier livre des Macchabées appelle « usages des gentils » le fait de s'exercer au gymnase.Marrou, 177.. Le bâtiment apparaît partout où les Grecs s'installent : Dion Chrysostome le cite comme l'une des caractéristiques de la cité grecque, avec l'agora, le théâtre et la stoaDion Chrysostome, Discours, XLVIII, 9 ; voir aussi Philostrate, Vie des sophistes, II, 26.Forbes, 32.. Pour le philosophe d'origine scythe Anacharsis, « il y a dans chaque cité grecque un endroit où, chaque jour, la folie s'empare des Grecs — le gymnaseDion Chrysostome, Discours aux Alexandrins (XXXII), 44.. »

Éléments historiques

Les compétitions sportives (agônes) occupent une place importante pour les Grecs. Elles apparaissent dans leurs deux premiers textes littéraires, l’Iliade et l’Odyssée : ce sont les jeux funéraires organisés par Achille après la mort de Patrocle et les jeux organisés par le roi Alcinoos pour honorer Ulysse. Ces compétitions athlétiques données en l'honneur d'un mort comportait plusieurs épreuves, dont l'hoplomachie (combat en armes) qui serait à l'origine de la gladiature.

Les Jeux panhelléniques sont aussi étroitement liés à un culte religieux : les Jeux olympiques à Olympie et les Jeux néméens ont pour but d'honorer Zeus, les Jeux pythiques à Delphes célèbrent Apollon, les Jeux isthmiques à Corinthe honorent Poséidon. Malgré la pauvreté des sources écrites, épigraphiques et archéologiques, la tradition retient qu'ils apparaissent au , date incertaine tant l'histoire de ces Jeux et celle des dieux et héros de la mythologie grecque sont inextricablement liées. Des jeux sacrés similaires existent dès le en Crète, comme l'attestent les fouilles archéologiques : les combats contre les taureaux, les combats de boxe (pancrace) et la course à pied sont les jeux athlétiques le plus souvent représentés dans l' et mycénien. Les récits mythologiques se chargent d'établir une continuité entre ces Jeux en Crète et ceux en Grèce. Toujours est-il que les compétitions athlétiques dans les sanctuaires panhelléniques jouent un rôle important dans le développement de la religion grecque antique. Au fil des siècles, les équipements sportifs (stade, gymnase, palestre et hippodrome) et les compétitions s'éloignent de ces sanctuaires, gagnant ainsi leur autonomie. Ce phénomène peut être associé à une certaine laïcisation des Jeux panhelléniques.

Disciplines Les disciplines les plus pratiquées sont celles qui figurent au programme des concours sportifs, essentiellement les sports gymniques : course à pied, saut en longueur, lancer du disque, lancer du javelot, lutte, boxe et pancraceMarrou, 180.. Les sports hippiques (courses attelées et montées, sur plat) apparaissent relativement tôt dans les concours : la course montée est introduite aux Jeux olympiques en 680 av. J.-C., V, 8, 8.Laffaye, 747. et à Delphes en 586 av. J.-C.Corpus Inscriptionum Atticarum II, 978.. Cependant, ils sont l'apanage des plus fortunés, généralement des aristocrates.

Bien que la plupart des Grecs sachent nager — « il ne sait ni lire ni nager » est une expression traditionnelle pour désigner un idiot, 689d ; , III, M, 989., les sports nautiques sont assez peu développés. On ne connaît d'épreuve de natation (ou de plongeon, le terme grec / n'est pas clair) qu'aux jeux du temple de Dionysos Melanaigis à HermionePausanias, II, 35, 1.. Les régates sont moins rares ; on trouve des épreuves d'aviron aux PanathénéesGardner, 93., à CorcyreGardner, 94-97. et à Nicopolis, au moins à partir d'Auguste.

thumb|Joueurs de hockey, bas-relief athénien du , musée national archéologique d'Athènes

Les Grecs connaissent des jeux de balle et de ballon, dont Hérodote attribue l'origine aux Lydiens, I, 94.. Dans l’Odyssée, Nausicaa et ses suivantes jouent à la balle après avoir lavé le linge, VI, 99-100.. Ces jeux semblent être assez populaires : un dénommé Timocrate, I, 15c. et le médecin Galien leur consacrent un traité et Théophraste cite le / , pièce réservée à ces jeux, comme un élément relativement commun d'une riche demeure privéeCaractères, VII, 20.Hett, 27.. Au , Julius Pollux en énumère un grand nombre, mais la plupart du temps se contente d'en donner le nom sans en expliquer les règles ; Athénée fournit quelques descriptions. L’aporrhaxis consiste apparemment à dribbler le plus longtemps possiblePollux, IX, 105 ; Eustathe sur l’Odyssée, 1601, 34. ; l’ / se joue à la main contre un mur, un peu comme la pelote à la main nue ou le fives britanniquePollux, IX, 106.. L’ présente la particularité de se jouer par équipes ; la description qu'en laisse Pollux est incomplète, mais il semble s'agir d'un ancêtre du rugbyHett, 28.. Un bas-relief attique du montre également ce qui ressemble beaucoup au hockey moderne. Il s'agit cependant de jeux sportifs et non de véritables sports, qui n'atteignent pas la popularité d'un football à l'époque moderne ; on ne les trouve pas au programme des concours sportifs. La seule cité où ils prennent de l'importance est Sparte.

Course thumb|left|Participant à la course en armes en position de départ, amphore à col du Peintre de Berlin, vers 480-470 av. J.-C., musée du Louvre

Les Grecs ne connaissent que la course sur piste plate et rectiligne, par opposition à la course d'obstacles et au cross-countryMarrou, 181..

Le format le plus prestigieux est le / qui, comme son nom l'indique, est long d'un stade. Celui d'Olympie mesure , ceux de Némée et Delphes Miller (2001), 95. ; le plus long est celui de Pergame avec Marrou, 182.. C'est la course la plus courte du sport grec, qui ne connaît pas le 100 mètres moderne. Elle est l'épreuve reine des Jeux olympiques : le vainqueur donne son nom à l'olympiade. Selon Pausanias, les concurrents sont parfois si nombreux qu'il est nécessaire de procéder à deux courses éliminatoiresPausanias, VI, 13, 4.. Le / est une course longue de deux stades, également au programme des Jeux olympiquesMiller (2001), 96.. Il existe aussi une course plus rare de quatre stades ( / )Pausanias, VI, 16, 4 ; , 826 et , Solon, XXIII, 5.. Le / , une course de fond, se retrouve dans toutes les compétitions. À Olympie, elle est longue de , soit à Miller (2001), 94. ; ailleurs existent les formats de 7, 12 ou . Enfin, la course en armes ( / ) figure au programme d'à peu près tous les jeux. Sa longueur est la même que le diaulos, c'est-à-dire deux stadesPausanias, II, 11, 8 ; Pollux, III, 151 ; scholie aux vers 291-292 des Oiseaux d'Aristophane ; Souda à l'article .Miller (1980), 161, n. 15.. Les concurrents portent un casque, des cnémides et un bouclier au bras gauche ; le port des cnémides disparaît après 450 av. J.-C.. À Némée, les règles sont particulièrement strictes et imposent le port de l'armure hoplitique complètePhilostrate, De la Gymnastique , 8..

Au début de chaque course, l'un des juges, le starter, donne aux coureurs l'ordre de prendre position : (littéralement « pied par pied », c'est-à-dire « à vos marques ! »). La ligne de départ ( / ) est en pierre légèrement surélevée et creusée de deux sillons pour caler la pointe des piedsMiller (2001), 83.. Les athlètes ont les jambes légèrement fléchies, les bras tendus au-dessus du dispositif de départ ( / ) une sorte de barrière en cordeSur ce point, lire P. Valavanis, Hysplex: The Starting Mechanism in Ancient Stadia, University of California Press, 1999 .. Le starter crie ensuite (« prêt ! »), puis (« partez ! ») et abaisse la barrière. Les faux départs sont sanctionnésFinley et Pleket, 71..

Les athlètes occupent un couloir sur deux pour le diaulosMiller (1980), 161-162.. Arrivés au bout de la piste, ils contournent un poteau individuel ( / ) et reviennent à leur point de départMiller (1980), 163-164.. Les couloirs sont tracés au sol par de la « terre blancheInscription relative aux travaux réalisés pour les Jeux pythiques : un dénommé Xénon a fourni 600 médimnes de terre blanche pour le stade ; ailleurs 270 médimnes sont fournis pour la piste d'entraînement couverte. Jean Pouilloux, « Travaux à Delphes à l'occasion des Pythia », BCH supplément 4, 1977, 119, n57.Miller (1980), 164-166. ». Pour le dolikhos, les coureurs font demi-tour autour d'un poteau uniqueMiller (1980), 160.. Aucune disposition n'est prise en faveur de ceux à qui le sort attribue un couloir plus éloigné de la borne, qui se retrouvent donc désavantagés. Les croche-pieds et les collisions intentionnelles sont interdits, mais ne sont apparemment pas raresFinley et Pleket, 72..

Lancer du disque thumb|upright=0.7|Discobole Lancelotti, copie romaine du Discobole de Myron (), palais Massimo alle Terme

Le lancer du disque fait partie des cinq épreuves du pentathlon. À l'origine, le / désigne, de manière très générale, un objet que l'on jette au loinGardiner (1907a), 5. ; ainsi Ulysse, à la cour d'Alcinoos, « saisit une pierre (diskos) plus grande, plus épaisse, plus lourde que celle dont les Phéaciens avaient coutume de se servir dans les jeux, et, l'ayant fait tourbillonner, il la jet[te] d'une main vigoureuse. » Rapidement, l'accessoire improvisé se transforme en disque spécialement taillé pour la compétition sportive, dont on trouve sans doute déjà trace chez HomèreOdyssée, IV, 626 et XVIII, 168 ; Iliade, II, 774.Gardiner (1907a), 6..

À l'époque classique, les disques, en bronze, n'ont pas de poids standard et varient de environ jusqu'à Marrou, 183.. Le plus lourd conservé pèse , mais il s'agit peut-être d'un disque votif, sans rapport avec ceux effectivement utilisés en compétition. On sait également que les enfants lançaient des disques plus légersPausanias, I, 35, 3.. En revanche, tous les athlètes utilisent des disques identiques lors d'une compétitionPausanias, VI, 19, 4.Miller (2001), 90..

La technique de lancer est difficile à déterminer avec exactitude : il faut la retrouver d'après les représentations sur vase et sculptées, notamment le Discobole de Myron, sachant que la fantaisie dont font souvent preuve les copistes complique la donneMarrou, 184..

Une chose est sûre : les textes antiques, tels l'Odyssée d'Homère, les Olympiques de Pindare, et les Images de Philostrate, parlent d'un mouvement tournant et circulaire qui passe par-dessus la tête. Le mouvement serait donc identique à celui pratiqué actuellement, mais la rotation du disque s'effectuerait à la verticale et sur place en déplaçant le pied gauche pour les droitiers, d’avant en arrière pour garder l'équilibre. Ce qui expliquerait le fait que les orteils du Discobole reposent sur le dessus, et non sur le dessous. Cette hypothèse, qui a pour elle les critères d'aisance d’exécution, de souplesse et de beauté, qui correspondent parfaitement à ce qui semble être le tempérament des Grecs de cette époque, a été émise par Georges Hébert, et est entièrement décrite dans le livre de sa méthode naturelle concernant le Lancer.

Saut en longueur thumb|left|upright=0.5|Athlète se préparant à sauter, lécythe du peintre de Bowdoin, 470-460 av. J.-C., musée archéologique régional de Palerme

Le saut en longueur (en grec ancien / ) est le seul type de saut connu des Grecs. Il fait partie des cinq épreuves du pentathlon.

Il présente deux différences avec la discipline actuelle. D'abord, le saut se fait au son de l'aulos, ou flûte double ; le musicien est le vainqueur de l'épreuve de flûte aux Jeux delphiques. Ensuite, l'athlète utilise des sortes de poids ( / , de / , « sauter ») en pierre ou en métal, qui ressemblent beaucoup aux haltères modernes. Chaque sauteur possède les siens ; leur poids varie de un à cinq kilogrammes. Ils ont pour objectif d'accroître la longueur du saut et de garantir une bonne réceptionPhilostrate, De la Gymnastique, 35.Finley et Pleket, 68..