Félicien Kabuga, né le (1935 selon le Tribunal pénal international pour le Rwanda) à Muniga dans la préfecture de Byumba (Ruanda-Urundi) et mort le 16 mai 2026 à La Haye (Pays-Bas), est un homme d'affaires rwandais.
Accusé de participation au génocide des Tutsi au Rwanda, il est surnommé « le financier du génocide », du fait de son rôle auprès de l'Akazu, et des financements qu'il a fourni à la Radio télévision libre des Mille Collines (une radio extrémiste anti-Tutsi qu'il préside à cette époque), au magazine extrémiste Kangura, et à l'armement des milices génocidaires Interahamwe.
Il a toujours nié ses accusations et dénonce une campagne de dénigrement à son encontre dirigée par le pouvoir dictatorial du Rwanda actuel qui a beaucoup à se reprocher dans le drame non seulement du Rwanda mais également de la sous-région des Grands Lacs.
Il est inculpé par le Tribunal pénal international pour le Rwanda pour sept chefs d'accusation en lien direct avec les crimes commis pendant le génocide des Tutsi au Rwanda.
Il est arrêté le en France par les gendarmes de l'Office central de lutte contre les crimes contre l'humanité, les génocides et les crimes de guerre : il vivait à Asnières-sur-Seine sous une fausse identité.
Déclaré inapte à être jugé en , il meurt trois ans plus tard sans avoir été auditionné.
Biographie
Fils de paysan, Félicien Kabuga fait fortune en exploitant de plantations de thé, ainsi qu'une minoterie qui produit de la farine de blé. Il possède aussi des maisons à Kigali, la capitale, et fait bâtir le premier centre commercial du pays (hôtel de 120 chambres, 80 bureaux et une galerie marchande) dans le quartier de Muhima, dans le nord du Rwanda. Il vit alors à Kigali, dans une maison luxueuse.
Génocide des Tutsi au Rwanda Membre de l'ancien parti unique au pouvoir , Félicien Kabuga est très lié au président rwandais Juvénal Habyarimana et au réseau extrémiste hutu Akazu, un groupe de hauts dirigeants organisant le financement des milices Interahamwe par des détournements de procédure pour acquérir du matériel militaire malgré les restrictions du FMI et celui de taxes sur les importations dans le pays. L'Akazu met en effet en place différents détournements financiers pour amasser de quoi équiper les milices génocidaires hutus.
Félicien Kabuga devient le président du comité d'initiative de la Radio télévision libre des Mille Collines (RTLM), l'un des principaux relais médiatiques des thèses du Hutu Power et du gouvernement génocidaire et finance le média lors de sa création en collaboration avec la Fondation Konrad-Adenauer, un think tank associé à la CDU, à la hauteur de de francs français, soit plus de . Il organise le financement de la RTLM avec l'appui du président, en se fondant sur les apports de grands donateurs extrémistes membres de l'Akazu. Il a également financé le magazine extrémiste Kangura.
Il est également soupçonné d'avoir armé les milices génocidaires Interahamwe en important de machettes chinoises en , puis encore unités supplémentaires quelques semaines avant le début des massacres.
Quand le génocide est lancé, il envoie par prudence sa famille à l'ambassade de France, son épouse étant tutsi. Sa famille est évacuée par l'armée française, avec d'autres hauts-dignitaires du régime, le , alors que les massacres sont en cours dans le pays.
Inculpation par le TPIR Depuis 1997, le Tribunal pénal international pour le Rwanda l'inculpe de sept chefs d’accusation de génocide, de complicité de génocide, d’incitation directe et publique à commettre le génocide, de tentative de génocide, de complot en vue de commettre le génocide, de persécution et d’extermination.
Dans un acte d’accusation en , le procureur adjoint du TPIR soutient que Félicien Kabuga en collaboration avec sept personnalité du Mouvement républicain national pour la démocratie et le développement a procédé à l’achat massif de machettes, de houes et d’autres outils agricoles dans le but de les utiliser comme armes pendant les massacres. À l'occasion de son arrestation l’accusation d’importation de machettes à des fins génocidaires est définitivement abandonnée, seules sont maintenus le transport et la distribution de machettes en certains endroits de la capitale, Kigali, et dans les préfectures de Gisenyi et Kibuye. Cet abandon de cette accusation initiale est justifié par Stephen Rapp, ancien chef des poursuites au TPIR en déclarant . De même, le sociologue français André Guichaoua note l'absence de preuves tangibles et qu'il.
Il a toujours nié avoir participé au génocide et clamé son innocence.
Cavale En , Félicien Kabuga fuit le Rwanda devant l'avancée du Front patriotique rwandais (FPR), d'abord pour la Suisse d'où il a été expulsé vers Kinshasa (RD Congo) avant de gagner le Kenya.
Il y aurait vécu en cavale malgré le mandat d'arrêt lancé contre lui par le Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR) et plusieurs tentatives d'arrestation qui furent des échecs.
En 2006, à l'occasion d'un discours à l'Université de Nairobi, Barack Obama, alors sénateur, accuse le gouvernement kényan de lui procurer asile en déclarant ce dont ce dernier se défend.
En 2019, toujours recherché, il fait l'objet par la justice internationale d'une prime de de dollars pour les renseignements qui conduiraient à son arrestation.
Arrestation en France et suites judiciaires Le , dans le cadre de l'opération 955 — portant le numéro de la résolution du Conseil de sécurité des Nations unies mettant en place le Tribunal pénal international pour le Rwanda —, Félicien Kabuga, alors âgé de 87 ans, est arrêté rue du Révérend-Père-Christian-Gilbert à Asnières-sur-Seine (dans le département des Hauts-de-Seine en France), où il vivait sous une fausse identité. Pendant sa cavale, il aurait utilisé 28 fausses identités.. Sa géolocalisation est détectée à partir des communications téléphoniques de ses enfants. Après une cavale de plus de 25 ans, il est mis à la disposition de la justice.. À l'annonce de l’arrestation de Kabuga, Pierre Nsanzimana, président d’Ibuka France, association de soutien aux victimes du génocide déclare . De même, François Graner, de l’association Survie, l’arrestation de Kabuga est mais elle .
Le , la justice française approuve son transfert vers le Mécanisme pour les tribunaux pénaux internationaux (MTPI) afin qu'il y soit jugé pour génocide et crimes contre l'humanité commis entre avril et .. Félicien Kabuga se pourvoit en cassation..
Le , la Cour de cassation française valide définitivement la remise de Félicien Kabuga au MTPI en considérant que la cour d'appel de Paris . Fin octobre, il est transféré temporairement à La Haye au sein d'une des divisions du mécanisme en vue d'un examen médical après une requête formulée par ses avocats. Deux années après son arrestation, aucune date de procès n'est fixé compte tenu de son âge avancée et de son état de santé.
Le , le tribunal de l'ONU déclare Félicien Kabuga à être jugé. Selon la juridiction, Félicien Kabuga , ajoutant qu'elle recherche une alternative , pour tout en atteignant les objectifs de la juridiction.
Documentaire La série , produite par Netflix, consacre l'un de ses épisodes à Félicien Kabuga.
Le documentaire L'enquête de ma vie : Le fugitif. Estelle Vaucher-Grondin, adjudant-chef de gendarmerie, a été chargée, en , de retrouver Félicien Kabuga, accusé d'être le financier du génocide rwandais.
Notes et références
Voir aussi Bibliographie
Liens externes
« Enquête sur le financement du génocide au Rwanda : Félicien Kabuga, le grand argentier des massacres », Le Monde, . André Guichaoua, Rwanda : les enjeux du procès de Félicien Kabuga, theconversation.com, Fiches d'information sur la vie de Kabuga et sur les procédures juridiques à son encontre, Trial-Watch.org
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