L'héroïne, diamorphine ou plus exactement diacétylmorphine, est une substance psychotrope utilisée pour ses très puissants effets analgésique et euphorisant. C'est aussi l'une des plus toxico-dépendantes, accoutumantes, dangereuses — par les risques fréquents de surdosage — et destructrices de toutes les drogues. Découverte par Charles Romley Alder Wright en 1874, c'est un opioïde obtenu par acétylation de la morphine, le principal alcaloïde issu du latex du pavot à opium.
Sa consommation est extrêmement addictive et peut entraîner une très forte dépendance aussi bien physique que psychique. Elle peut être utilisée à des fins médicales comme analgésique. Elle agit la même façon, a les mêmes effets et présente les mêmes dangers que des opioïdes sur prescription, tels que l'oxycodone. Elle est surtout utilisée de manière illégale dans des cadres d'utilisations récréatives.
L'héroïne est une substance contrôlée au niveau international. Elle figure sur les tableaux et de la Convention unique sur les stupéfiantshttp://www.incb.org/pdf/forms/yellow_list/48thedYL_Dec_08F.pdf; Liste Jaune : Liste des stupéfiants placés sous contrôle international, « Organe international de contrôle des stupéfiants ». Elle est classée comme stupéfiant dangereux. Sa vente est à ce titre interdite et elle donne lieu à un important trafic illégal.
Historique gauche|vignette|240x240px|Extraction du latex du pavot à opium, source des opioïdes tels que la morphine et l'héroïne. Elle est synthétisée pour la première fois à partir de la morphine, issue elle-même de l'opium, en 1874 par Charles Romley Alder Wright travaillant au St Mary's Hospital de Londres, mais son potentiel n'est pas reconnu. Elle est de nouveau synthétisée en 1898 par Heinrich Dreser (ou par Felix Hoffmann. qui travaille pour Dreser), un chimiste allemand de l'entreprise pharmaceutique Bayer qui l’exploitera comme médicament pour différentes affections respiratoires dont la tuberculose. thumb|left|upright|Bouteille d'« Heroin » vendue par Bayer (vers 1895-1900) : disponible en pharmacie avant la prohibition de l'héroïne en 1924, elle contenait 5 % d'héroïne pure.Bayer dépose le nom « Heroin », du terme allemand (« héroïque ») parce qu’on pensait qu’elle permettrait de soigner l’addiction à la morphine sans induire d’accoutumance, très répandue à l’époque notamment depuis que l'usage s'en était produit chez les soldats de la guerre de Sécession ou lors de la guerre de 1870. Ironie du sort, car la morphine elle-même avait été préconisée comme substitut à l'opium : l’héroïne allait devenir l’un des fléaux du . En effet, elle était, avant 1914, vendue librement en pharmacie, entre autres sous la forme de pilule antitussive, contre l’asthme, la diarrhée et même comme somnifère pour enfants. À cette époque, la plupart des substances connues aujourd'hui comme addictives (opiacés, cocaïne) étaient alors en vente libre en pharmacieL’aspirine : propriétés générales, applications. La somatose. L’héroïne, plaquette publicitaire de l’entreprise Bayer du début des années 1900 vantant les mérites de l’héroïne..
L’héroïne, du fait de sa popularité et de son mode de diffusion, devient vite un problème de santé publique et dès 1918, la Société des Nations s’engage dans une campagne contre l’héroïne, avançant qu’un produit aussi dangereux doit être supprimé par une action internationale. En 1920, c’est le corps médical américain lui-même qui en demande la prohibition. En 1923, un premier texte international réglemente l’usage d’héroïne même si dès 1925 un sociologue américain, Lawrence Kolb, souligne que l’héroïne n’est pas criminogène en elle-même mais que les milieux criminels étaient plus enclins à consommer des psychotropes.
C'est en 1931 que l’Europe estime à son tour que l’intérêt thérapeutique escompté du produit ne compense pas son coût social. En 1956, son usage médical est totalement interdit aux États-Unis ce qui ouvrira la voie à la Convention unique sur les stupéfiants de 1961. La Convention unique sur les stupéfiants de 1961 porte principalement sur la coca, l’opium, le cannabis et leurs dérivés. L’héroïne sera progressivement interdite dans la plupart des pays à mesure qu’ils adaptent leur législation propre et classée comme stupéfiant. Elle reste très exceptionnellement utilisée dans certains traitements de substitution aux opiacés, sous surveillance médicale stricte.
Durant la guerre du Viêt Nam, jusqu'à des soldats américains deviennent héroïnomanes.. Selon une étude américaine datant de 1976, soit seulement un an après la fin de la guerre, d'entre eux auraient arrêté définitivement d'en consommer à leur retour aux États-Unis. Les résultats d'une étude publiée en 2023 montrent que la prévalence de la consommation d'opioïdes et de sédatifs au cours de la vie, des troubles liés à la consommation de drogues et d'alcool et la consommation actuelle (en 2016) d'autres drogues est plus élevée chez les vétérans du Viêt Nam que chez les non-anciens combattants. gauche|vignette|200x200px|Matériel d'injection de l'héroïne. À partir des années 1970, l’héroïne se diffuse dans toutes les classes sociales en France, causant officiellement 40 000 décès entre 1970 et 2005. Les quartiers populaires sont particulièrement touchés, certains animateurs sociaux parlant même de pour les jeunes de quartiers populaires dans les années 1980-1990., dont beaucoup décèdent par overdoses ou SIDA. Avant 1991, la gestion étatique est uniquement répressive et les seringues en libre service sont interdites, augmentant la probabilité de contamination par le VIH via le partage des seringues. Dans certains quartiers populaires, sans soutien des municipalités, les habitants s'organisent contre les réseaux de drogues. vignette|Comprimé d'oxycodone, un opioïde sur prescription cousin de l'héroïne. Il est responsable de la majorité des overdoses liées à la crise des opioïdes du début du 21e siècle. À partir de la fin des années 1990, l'histoire se répète avec un autre opioïde, cousin de l'héroïne, l'oxycodone. Sous la pression du laboratoire pharmaceutique Purdue Pharma et de son réseau d'influence national et international (médecins proéminents, associations de patients etc), qui affirment que moins de 1% des patients développent une accoutumance et que le traitement des douleurs est une cause majeure aux États-Unis, cet analgésique opioïde n'est plus réservé au traitement des douleurs intenses (chirurgie lourde, douleurs cancéreuse). Il est largement prescrit pour le traitement des douleurs chroniques et modérées (mal de dents, douleurs lombaires etc), ce qui permet au laboratoire d'engranger en quelques années des milliards de dollars. S'ensuit une crise sanitaire majeure. Le nombre de morts par overdose explose, y compris parmi les patients qui le prennent tel que prescrit. Le médicament est par ailleurs largement détourné et vendu à des fins récréatives sur le marché noir. Lorsqu'il devient plus rare du fait des mesures mises en place pour éviter son détournement, nombre de consommateurs se tournent vers l'héroïne pour éviter les symptômes de manque. Il arrive que l'héroïne soit coupée avec du fentanyl, un autre opioïde sur prescription 50 fois plus puissant et extrêmement dangereux, augmentant encore le nombre de décès. En Amérique du Nord, le lien entre le médicament OxyContin et drogues dures est établi par plusieurs travaux de recherche. Un tiers des consommateurs d'OxyContin finissent par consommer des drogues illicites, de l'héroïne à 70 %, et quatre cinquièmes des consommateurs d'héroïne ont commencé par de l'OxyContin. En 2025, on estime que cette épidémie a causé plus de 800 000 décès prématurés. Cette crise dépasse les frontières américaines. En France, l'augmentation de la consommation et du nombre de décès liés aux analgésiques opioïdes sur prescription est préoccupante.
Chimie
« Héroïne » est son nom usuel, son nom scientifique étant diamorphine ou encore diacétylmorphine.
Composé hétérocyclique à cinq noyaux d'origine semi-synthétique, elle appartient à la sous-classe des morphinanes.
Elle est liposoluble.
Synthèse L’héroïne (diacétylmorphine) est un opioïde semi-synthétique obtenu à partir de la morphine, elle-même tirée du latex du pavot (Papaver somniferum). Elle est obtenue par acétylation de la morphine. L’équipement nécessaire à la production est sommaire même si un laboratoire et des compétences minimales sont requises pour obtenir un produit de qualité.
Nombre de laboratoires clandestins seraient en fait des campements temporaires installés dans les endroits reculés des zones de production ..
Les étapes de purification sont régulièrement omises. L'héroïne ainsi obtenue est alors de couleur beige à brun foncé. L'héroïne disponible en Europe provient principalement d'Afghanistan et celle-ci est de couleur beige à brune.
L'héroïne est-asiatique, principalement exportée aux États-Unis, est souvent blanche du fait d'un raffinage plus poussé nécessitant l'utilisation d'alcool, d'éther et d'acide chlorhydrique lors de l'étape finale. C'est ce que l'on nomme héroïne .
L'héroïne black-tar, provenant principalement du Mexique, doit sa consistance et son aspect à une méthode d'acétylation moins efficace, utilisant de l'acide acétique glacial et différents catalyseurs.. Cette variété d'héroïne contient bien souvent des concentrations élevées de 6-monoacétylmorphine, l'acide acétique n'étant pas à même d'acétyler pleinement la molécule de morphine. À noter que la 6MAM, contrairement à la 3-monoacétylmorphine, est psycho-active.
Héroïne en Cristaux Héroïne en Cristaux est une forme particulièrement pure d'héroïne, reconnaissable par son apparence cristalline. Cette forme est réputée pour être la version la plus pure de l'héroïne blanche, avec une pureté dépassant souvent 98 %, ce qui en fait un produit très recherché sur le marché.
Processus de Fabrication
Matériaux de Base : Morphine sulfate (extrait de la poudre de pavot) Anhydride acétique Acide chlorhydrique (HCl) Solvant pour recristallisation (comme l'éthanol ou l'éther diéthylique) Méthode : Extraction de la Morphine : La morphine est extraite de la poudre de pavot par des processus chimiques standard. Acétylation : L’acétylation de la morphine est réalisée en utilisant de l’anhydride acétique, transformant la morphine en héroïne. Cristallisation : L’héroïne brute est dissoute dans un solvant adéquat pour éliminer les impuretés. Addition d'Acide Chlorhydrique : L'ajout d'acide chlorhydrique (HCl) permet de former le chlorhydrate d’héroïne, une version plus stable et cristalline de l'héroïne. Recristallisation : La solution obtenue est soumise à une recristallisation rigoureuse pour isoler les cristaux d’héroïne HCl les plus purs. Ce processus est répété plusieurs fois pour maximiser la pureté. Voir recristallisation en français.
Caractéristiques
Pureté : L’héroïne en cristaux est connue pour sa pureté exceptionnelle, souvent supérieure à 98 %, ce qui permet aux utilisateurs de vérifier facilement la présence d’éventuelles impuretés grâce à son apparence transparente ou légèrement blanche. Disponibilité et Prix : Cette forme de l'héroïne est relativement rare de nos jours en raison de la complexité de sa fabrication. En conséquence, le prix du chlorhydrate d’héroïne en cristaux pur à plus de 98 % peut varier entre 50 et 100 EUR pour 100 mg, en fonction de la pureté et de la région de vente.
Pharmacologie vignette|Structure chimique de l’héroïne C’est un dépresseur du système nerveux central.. Elle a une action analgésique et sédative comme les opiacés ainsi qu’une puissante action anxiolytique et antidépressive.
Du fait de leur structure moléculaire relativement proche des endorphines produites par l’organisme, les métabolites de la substance vont se lier au récepteur opiacé-µ. Par ressemblance, les opiacés vont donc se substituer aux endorphines dans les récepteurs, entraînant une euphorie, une analgésie et des effets anxiolytiques.
Métabolisme