Le localisme (du latin locus, lieu) est une doctrine en place dans les années 1990 qui consiste à privilégier ce qui est local par rapport au schéma économique de production de biens établi sans toutefois se fixer de limites autres que le coût dans le monde globalisé. Cette théorie a comme but de favoriser la démocratie participative, la cohésion sociale et l'économie de proximité, donc l'emploi local et la préservation de l'environnement via une moindre empreinte écologique liée au transport de personnes et de marchandises. (Les localistes désignent depuis le les personnes qui privilégient ce qui est local pour la production ou l'achat de services, de travail).

Histoire

Apparu au , le concept de localisme s'est fortement inspiré des écrits de Leopold Kohr, Ernst Friedrich Schumacher, Wendell Berry et Kirkpatrick Sale, parmi d'autres. Le député britannique du parti travailliste Alan Milburn parlait ainsi de « responsabiliser des services locaux, en déléguant plus de pouvoir aux communautés locales et, du même coup, moderniser les relations entre l'état, les citoyens et les services ».

Au cours des années 1980, une tendance localiste s'est développée aux États-Unis visant à privilégier la consommation de produits locaux. Ce mouvement naissait avec l'essor de l'agriculture biologique et le mécontentement grandissant face au développement de l'agriculture intensive utilisant des produits chimiques et pénalisant les petits exploitants agricoles. L'argument principal était donc plus écologique que protectionniste : la pollution provoquée en transportant des marchandises à l'import/export devenait préoccupante dans une économie de plus en plus mondialisée, pollution qui pouvait donc être diminuée grâce à une consommation locale.

Parmi les formes historiques d'organisation localiste, on peut citer le kibboutz hébreu créé en 1907 ou le Mir russe apparu au Moyen Âge et qui disparut par les réformes agraires de Piotr Stolypine entre 1906 et 1911.

En France, le Conseil économique, social et environnemental votait en un projet d'avis intitulé « L’économie de proximité : une réponse aux défis majeurs de la société française »2010_17_pierre_martin.pdf.

Application opérationnelle Fondements Le localisme ouvert (ou « néo-localisme ») – cosmopolite et diversifié – consiste à réorienter l'organisation de vie communautaire humaine par une gestion économique, sociale et politique de proximité. Selon ses promoteurs, c'est toute la vie qui devrait être reterritorialisée (Serge Latouche, Vivre localement) et notamment les relations interpersonnelles. Il offre une autre solution que la globalisation à laquelle il attribue les conséquences suivantes : développement d'un consumérisme mondial dont l'environnement subit les conséquences, notamment en termes de consommation d'énergie fossile et de pollution liée au transport de marchandises ; tendance à la transformation des règles sociales au profit de la compétitivité ; dilution du vivre ensemble à travers des relations a-personnelles qui se développent au travers de médias planétaires et les formes de collectivités abstraites, etc.

Géopolitique La relocalisation de la vie est à la fois : économique : rapprocher l'outil de production du consommateur sociale015299ar.pdf : enrichir les relations humaines politique : mise en place d'une démocratie participative).

Elle passe notamment par une réorganisation du territoire en quartiers dits villages urbains (par exemple, l'intercommunalité) qui permettrait de satisfaire localement le maximum de besoins. Cette forme de localisme n'est cependant pas présentée comme une autarcie ou autosuffisance, car certaines décisions et productions se feraient à des niveaux plus larges sur la base des institutions régionales, nationales ou internationales existantes. Le localisme n'a pas de frontières géographiques mais le principe de rapprochement maximum est la règle : par exemple, passer de l'importation d'une région lointaine à la production dans une région voisine pourrait être une réponse localiste satisfaisante voire ultime pour certains biens.

Production/consommation D'un point de vue technique, le localisme peut par exemple s'appuyer sur une taxation variable selon l'origine des produits finis et matières premières utilisées. Moins coercitif : le principe d'étiquette carbone, étroitement lié à la notion anglo-saxonne de kilomètres alimentaires (ou food miles), peut orienter les consommateurs écoresponsables vers l'. En matière de commerce agroalimentaire, la vente directe du producteur au consommateur, telle que les AMAP en France, est perçue comme une démarche localiste. Le concept de ferme verticale apparaît également comme une solution à l'autosuffisance alimentaire urbaine. Le localisme peut aussi donner lieu à des investissements publics dans l'appareil productif local ou encore à une promotion de l'économie sociale. Le recours à la mobilité inter-entreprises sous la forme d'une bourse d'échange de postes pourrait également permettre de limiter les flux quotidiens de véhicules individuels entre plusieurs territoires urbains.

Pour arriver à des distances d'échanges suffisamment limitées, la doctrine localiste induit une réorganisation structurelle de l'appareil productif via l'implantation d'une multitude d'unités de production de taille adaptée à la communauté urbaine correspondante.

Système financier Selon ses promoteurs, le localisme devrait reposer sur des banques de gestion et d'investissement, en dehors de toute action spéculative qui détourne le principe de proximité au profit de la rentabilité. Ce qui favoriserait l'implication de la collectivité dans le système financier, via des banques publiques ou coopératives voire la microfinance, le mécénat ou l'épargne sociale de manière plus marginale. Dans une forme approfondie du localisme intervient la notion de localisme monétaire.

Philosophie La doctrine localiste est présentée comme une orientation humaniste, dans la mesure où l'activité locale serait un moyen pour l'homme de subvenir à ses besoins et de s'épanouir parmi les siens, et non une fin visant uniquement la prospérité de personnes physiques ou morales. Les échanges de proximité favorisent l'interaction sociale, et donc les relations humaines, tout en nécessitant l'implication de tous dans l'effort collectif de production, d'où l'importance accordée à la valeur travail. Pour le philosophe français Pascal Engel, « la philosophie d'aujourd'hui doit passer par le local avant d'atteindre le global ».

Positionnement politique Le localisme ne s'inscrit pas dans une vision "droite/gauche" de l'échiquier politique traditionnel. La doctrine localiste peut apparaître à la fois comme une autre voie et comme une synthèse des modèles politiques depuis l'ère industrielle, apportant un certain équilibre entre les bienfaits et les excès de ces modèles politiques. Notons que de par son mode qui favorise le commun, on trouve peu de localistes chez les libéraux.

En , avec la démondialisation comme thème principal de campagne, Arnaud Montebourg réalisait un score surprise de 17 % aux primaires socialistes pour l'élection présidentielle française de 2012. Au centre et à droite, d'autres personnalités françaises comme François Bayrou, Jean Lassalle, Nicolas Dupont-Aignan sont ouvertement favorables à une relocalisation de l'économie. En 2019, à l'occasion des élections européennes, le Rassemblement national présidé par Marine Le Pen a utilisé le concept de localisme comme orientation écologique de son programme. En 2020, deux représentants du RN, Andréa Kotarac et Hervé Juvin, lancent un « Parti localiste », motivé par un supposé « besoin d'horizontalité et de différenciation locale », estimant que c'est « parce qu'on est fier de la petite patrie qu'on peut défendre la grande patrie »..

Localisme et capitalisme La doctrine localiste ne serait pas en opposition avec le capitalisme dans le sens où elle n'entend pas limiter la création de richesses, . Cependant, le localisme n'est pas compatible avec une économie de marché globalisée et dérégulée.

Localisme et socialisme

Localisme et nationalisme/régionalisme Comme il n'y a pas de limites frontalières dans la notion de plus proche origine des produits consommés, le localisme ne s'arrête pas à un territoire administratif. Par exemple, ne pouvant raisonnablement pas créer un pôle aéronautique dans chaque communauté urbaine, le localisme s'inscrit plutôt à une échelle continentale. En revanche la production agro-alimentaire d'un département devrait pouvoir subvenir en grande partie aux besoins de sa population. Par ailleurs, le localisme ne repose aucunement sur l'affirmation d'identités particulières bien que la doctrine repose sur une organisation sociale de proximité consolidant de ce fait le patrimoine culturel.

Localisme et protectionnisme La doctrine localiste pourrait apparaître similaire à une forme extrême de protectionnisme dans le sens où elle donne toute priorité à l'économie locale pour limiter l'évasion commerciale liée aux achats de produits lointains. En même temps, il ne s'agit pas d'un protectionnisme d'état puisque le localisme n'a pas de frontières et définit une fiscalité progressive et non binaire (production interne/production externe). Par exemple, la TVA sociale, appliquée par certains pays européens notamment, peut ressembler à une mesure localiste mais il s'agit plutôt de protectionnisme visant à améliorer la compétitivité de la production d'un État sur son marché intérieur. Ensuite, le localisme ne concerne pas les services dématérialisés (Internet) ni les productions à très faible empreinte écologique (production hydro-électrique). Enfin, l'organisation par petites unités de productions démultipliées par autant de communautés urbaines aboutirait probablement à un marché globalisé de la propriété intellectuelle, c'est-à-dire à un commerce de licences entre sociétés du monde entier.

Localisme et écologie Le localisme vise à la préservation de l'écosystème dans la mesure où son objectif est de limiter au maximum l'empreinte écologique des échanges de biens, que ce soit en matière de consommation d'énergie fossile ou d'émission de qu'en matière d'usure des équipements de transport mobiles (voitures, train…) et statiques (routes, ponts…). De plus la doctrine localiste intègre l'autonomie énergétique via une politique volontariste en matière d'économies d'énergie (développement de l'habitat passif, rationalisation de l'éclairage public…) et de promotion des énergies renouvelables (panneaux solaires, éolien individuel…). L'écologiste français Nicolas Hulot déclarait ainsi à propos de la crise systémique survenue en 2008Marianne, du 15 au 21 novembre 2008 qu'il faudra « relocaliser une partie de nos économies vers des marchés régionaux, pour rationaliser les flux énergétiques et de transports de matières ».

Localisme et codéveloppement Selon ses promoteurs, pour passer harmonieusement d'un modèle globalisé à un modèle localiste en matière d'échanges de biens matériels, il serait nécessaire d'optimiser le codéveloppement en matière d'échanges – marchands ou non – de connaissances techniques, scientifiques, culturelles… Le codéveloppement réduit ainsi les flux de marchandises par une moindre dépendance aux importations lointaines, ouvrant à la recomposition progressive de l'espace productif de nouveaux marchés locaux par l'accroissement d'une activité redistributrice de richesses. Par ailleurs le localisme annihile le risque d'importations de produits contrefaits, permettant ainsi un développement du marché de la propriété intellectuelle industrielle.

Localisme et altermondialisme