Gerardus van Velde, dit Geer van Velde« Gerardus van Velde, né le à sept heures et demie du matin, fils de Willem van Velde, ouvrier, et de Hendrika Catharina van der Voorst, sans profession. Acte dressé en présence de Jakob Cornelis Zanevelt, trente ans, fonctionnaire municipal, et d'Eduardus Jozephus Waltraven, trente-huit ans, garde-champêtre. » Acte de naissance de la mairie de Lisse. Reproduit dans Grand pavois, par Karl Schippers dans Geer van Velde, Éditions Cahiers d'Art, 1989 (Lisse, Pays-Bas, — Cachan, France, ), est un peintre néerlandais.

Biographie Années de jeunesse Né dans une petite ville des Pays-Bas, Lisse, près de Leyde, Geer van Velde est le second fils de Willem Adriaan van Velde, alors patron d'une petite affaire de transport fluvial de bois de chauffage et de charbon sur le Rhin et de Hendrika Catharina von der Voorst, fille illégitime d'un comte. La famille comptera quatre enfantsSource: Germain Viatte dans Geer van Velde, voir bibliographie. (NeeltjeLe registre de l'état civil mentionne comme premier enfant une fille, Neeltje, qui est aussi connue sous le prénom de Cornelia. Si, aux Pays-Bas, Corrie, Cor ou Neeltje sont des apocoristiques courants du prénom officiel Cornelia, par contre Neeltje est très rare comme prénom officiel, née ; Bram, né le Né Abraham Gerardus; Geer; Jacoba, qui sera écrivain née le ) et sera vite abandonnée par le père après la faillite de son commerce, laissant dans une grande misère les enfants et la mère qui « s'usera en lessives pour survivre ». Déménageant beaucoup, ils finissent par s'installer à La Haye en 1903. À l'âge de douze ans, en 1910, Geer devient apprenti décorateur dans la firme Schaijk & Kramers où Eduard H. Kramers l'encourage à développer son intérêt pour la peinture, comme il l'a déjà fait pour Bram. L'expérience chez Kramers est enrichissante. Travailler la texture comme apprenti décorateur, puis affronter le carnet à dessins ou les premières toiles permet le meilleur enseignement au rapport matière, couleur, surfaceGeer van Velde, 1898 - 1977, Shilderijen en tekeningen, par Kees Broos, catalogue de l'exposition au musée municipal de la Haye, décembre 1981. Geer fait son service militaire dans la Croix-Rouge, puis entreprend le tour des Flandres à pied en peignant des enseignes pour gagner sa vie et en profite pour peindre sur le motif. Ce sera là la seule école artistique de cet autodidacte.

Le pays qu'il traverse est alors une succession de plaines et de villages. Les Van de Velde du nous les ont fidèlement restitués et, en trois siècles, ils n'ont guère changé alors qu'aujourd'hui, ils ont complètement disparu sous l'essor de l'industrialisation. Geer a-t-il vu ces œuvres? Sans doute. Au Stedelijk Museum de Leyde, au musée municipal de La Haye et au musée Mesdag de La HayeJacoba se souvient l'avoir visité. Dans Geer van Velde, par Germain Viatte, op.cit.. Ces tableaux, et particulièrement ceux d'Hendrik Willem Mesdag (vers 1880) nous dévoilent des brassées de ciels, des horizons infinis et une palette de couleurs toute en nuances. Très novatrice pour un temps leur préférant encore les traditions de la peinture exotique ou celles de la mise en valeur des faits militaires, cette vision marque profondément GeerThe Panorama phenomenon, Mesdag panorama, catalogue de l'exposition de 1981 à la Haye. Et puis il y a Van Gogh, le prédécesseur; celui qui, le premier, a su saisir le chatoiement surgissant des dunes, ces ocres, ces gris, ces rouges émiettés qui transforment le morne et répétitif paysage en « espace fictif ». Les premiers dessins ou aquarelles de Geer van Velde où la structure d'une église ou d'une maison échappe à sa lourdeur par un savant travail mêlant le plein et le vide et noyant l'ensemble sous des harmonies d'un grand coloriste, contient cet héritage. Et même s'il le reniera un temps, Geer finira par lui rendre hommage et lorsque le peintre aura trouvé son propre chemin, il ne cessera de retourner vers ce pays âpre et douloureux—à son image.

Paris, Cagnes-sur-Mer

En 1925, Geer rejoint à Paris son frère aîné pour visiter l'Exposition des Arts Décoratifs et décide de se consacrer à la peinture. Jacoba le suivra peu après. En 1926, les deux frères élisent domicile au 2, sentier des Voisins à Bellevue. Ils font la connaissance de Tjerk Bottema, peintre satiriste néerlandais comme eux, qui s'illustrera plus tard dans la caricature anti-nazie. En 1933, il épouse Elisabeth Jokl qu'il avait rencontrée à Montparnasse et s'installe avec elle au 74, rue de la Glacière dans le arrondissement. Montparnasse a été le temps de la frivolité et de la bohème en dépit de la misère rampante. Les deux frères ont partagé là des chambres d'hôtel sans toujours pouvoir les payer et fréquenté des cafés où, se souvient Jacoba, « on raflait parfois les pourboires des clients aisés ». Entre 1929 et 1932, Geer visite le sud de la France, prépare une exposition personnelle qu'il ne peut assurer faute d'argent et fait un aller-retour La Haye-Paris. Il faut pourtant franchir le pas. Il faut s'offrir au regard des autres. Bram et Geer, qui n'ont pas encore tranché dans leur démarche artistique personnelle, exposent alors trois fois (1928, 1929 et 1930) au Salon des indépendants. Les critiques qui les remarquent sont à compter sur le doigt d'une main.

En 1937, Geer van Velde fait la connaissance de Samuel Beckett, de dix ans son cadet. L'écrivain irlandais est encore un inconnu, mais l'homme porte en lui ce pouvoir de cristallisation qui génère les œuvres fortes, en allant directement à l'essentiel, ce que Geer cherche également en lui-même, et tous deux partagent une interrogation sur l'homme et son temps. Ils seront amis, même si cette amitié passera par certains antagonismes. En 1938, grâce à BeckettUn siècle d'écrivains, par Bernard Rapp, FR3, octobre 1996, le peintre expose quarante-cinq toiles chez Guggenheim Jeune à Londres, alors sous la direction de Peggy Guggenheim. Certaines sont encore des Compositions issues de son cheminement aux côtés de Jacques Villon tandis que d'autres, comme Éclairs à l'horizon, L'imprévu, Silence ou, encore, Méditation se confrontent déjà au questionnement existentiel. Comment, en fait, s'emparer du réel sans s'y enfermer? Comment appréhender l'individu qui ne serait rien sans l'univers qui l'entoure? Ces interrogations demeurent pour le moment suspendues: l'exposition est un échec cuisantConfessions of an Art Addict, par Peggy Guggenheim, New York, The Macmillan Company, 1960 et Geer quitte Paris pour s'installer à Cagnes-sur-Mer où il demeurera jusqu'en 1944. Se liant d'amitié avec Pierre Bonnard, il fera là de nombreux dessins et peindra des figures féminines en dialogue avec les objets du quotidien: des rideaux, un guéridon, une plante... En 1942, il expose à Nice. Geer est heureux, et pourtant craint ce temps suspendu, sollicitation à la facilité. Mais en fait, le peintre vient d'opérer là une quasi-rupture avec son mode d’expression précédent.

Cachan

Dans les derniers mois de 1944, le peintre quitte le midi pour s'installer à Cachan, dans une petite maison construite pour Tjerk Bottema, mort en 1940. Ce sera son définitif point d'ancrage, l'Atelier d'où sortiront toutes les œuvres à venir. Il participe aux principaux salons et manifestations culturelles internationales, comme au Salon de Mai et au Salon des réalités nouvelles de Paris.

Après-guerre, Geer van Velde fait plusieurs voyages en Hollande qui lui permettent de retrouver la lumineuse rigueur de son pays comme de se familiariser avec l'œuvre de Piet Mondrian, décédé en 1944, dont l'œuvre est pour la première fois présentée en rétrospective au Stedelijk Museum d'Amsterdam en 1946. La même année, il expose chez Aimé Maeght une quarantaine de toiles issues de son travail dans le midi. L'accueil de la critique est plus que réservé, mais cela ne déstabilise guère l'artiste qui continue son dialogue intérieur et collaborera deux fois encore avec la galerie (1948 et 1952). En 1947, quelques-unes de ses toiles sont exposées au Palais des Papes lors du premier Festival d'Avignon. En 1948, il expose avec son frère à la Kootz Gallery de New York. L'artiste se lie avec le critique d'art et écrivain Michel Seuphor, grand défenseur de Mondrian en FranceÀ noter: l'œuvre de Mondrian est alors encore pratiquement inconnue en France. Cette rencontre est fertile en réflexions sur l'abstraction. Par ailleurs, à l'époque où les articles sont encore rares, Seuphor rend compte du travail de Geer van Velde dans le catalogue de l'exposition De Matisse à Miró chez Pierre-André Benoit en 1948.

À l'occasion de la première Biennale de Menton, en 1951, Geer van Velde reçoit le Premier Prix de la ville en tant que peintre étranger. De 1952 à 1962, l'artiste va voyager et exposer à l'étranger, des Pays-Bas à la Suède en passant par la Suisse, l'Allemagne et l'Italie, le plus souvent dans des manifestations collectives autour de la Nouvelle École de Paris. En 1963, il est au Brésil pour deux expositions personnelles: à la Biennale de São Paulo et à Rio de Janeiro. Après un voyage en Irlande, il expose seul au Musée Galliéra de Paris puis à Cagnes-sur-Mer et Amsterdam. Ses voyages l'emmènent en Grèce, en Algérie et à Jérusalem, terres de soleil du sud. En 1973, la Biennale de Cachan s'ouvre sur un hommage à Geer et à Braque et, en 1976, il participe, au musée des arts décoratifs de Paris, à la rétrospective des activités des Pierlot au château de RatillyNorbert et Jeanne Pierlot, potiers, ont ouvert leurs portes dès les années 50 à de nombreuses expositions contemporaines, des concerts et stages durant la saison d’été au château de Ratilly..

Geer van Velde, solitaire peu bavard qui aimait animer le silence par la musique de Webern meurt à Cachan, le .

L'œuvre Influences

Inévitablement, les frères inséparables dans la vie vont se séparer dans l'art. Bram, écorché vif, part d'emblée à la conquête de la couleur, tord les formes, se dévoile instinctif, réactif et pulsionnel alors que Geer, qui ne regardera l'expressionnisme que de très loin, se montre plus réfléchi et plus analytique sans jamais être cérébral. L'expression de la couleur, chez lui, ne reflète pas un déchirement existentiel comme il en sera pour son frère. « Geer était armé et Bram désarmé », rappelle Jacoba. « Et Geer a toujours défendu Bram. » Mais cet apparent apaisement reflète un caractère anxieux même s'il sait le dompter. On peut lire, dans le London Gallery Bulletin de 1938, à la veille du grand chaos mondial, que « le monde de Geer van Velde, comme le nôtre, est de plusieurs degrés davantage in extrémis, plus désespéré, plus en guerre avec lui-même. (...) Le résultat est souvent alarmant dans son évocation de démons luttant pour surmonter leur humaine destinée. » Et ce critique de noter aussi que, chez Geer van Velde, « la source du désir est déjà morte parce que la vie a été vécue généreusement. À sa place, il n'y a qu'une éternelle nostalgie, une sorte d'harmonie diffuse et désincarnée plus proche de la philosophie chinoise que de celle de l'Occident. » Lumineuse lecture du travail d'un peintre qui aimait volontiers se définir à travers la pensée de Lao Tseu.