Larbaâ Nath Iraten (en kabyle : ), , est une commune de la wilaya de Tizi Ouzou, dans la région de Kabylie, en Algérie.
En 2008, sa population s'élevait à .
Toponymie Le nom de Larbaâ N'Aṭ Iraten peut signifier « mercredi de la tribu des Aṭ Iraten » en référence au jour du marché hebdomadaire de cette confédération qui draine un grand nombre de villageois. ; Larbaâ étant en arabe le mercredi.
Le nom peut aussi signifier la des fils d’Iraten (Larbaa pour 4 ou , N’At Iraten pour des fils d’Iraten, mot qui à l’origine signifiait lion).
Géographie Situation
La commune de Larbaâ Nath Irathen est située au centre-est de la wilaya, à environ au sud-est de Tizi Ouzou ( par la route) et à l'ouest de Béjaïa ( par la routeIndication Google.).
Communes limitrophes
Relief et hydrographie
La commune, dont l'altitude moyenne est de 937 mètres, se trouve dans une zone de montagne, sur le versant nord du massif du Djurdjura, qui culmine à 2308 mètres (mont Lalla Khedidja) et dont la ligne de crête, à une dizaine de kilomètres au sud, marque la limite de la wilaya de Tizi Ouzou (avec la wilaya de Bouira).
Au sud-ouest, la commune est délimitée par la rivièreDont le nom reste à préciser. puis le lac du barrage de TaksebtGoogle Maps (requête « Larbaâ Nath Irathen »), qui indique les limites communales., dont la source se trouve dans la commune d'Aït Boumahdi.
Plusieurs cours d'eau affluents de cette rivière arrosent la commune.
Voies de communication
La principale route est la N15 qui relie la N12 au nord (Tizi Ouzou-Bejaïa) à la N71 au sud.
La N30 (Tizi Ouzou-M'Chedallah), parallèle à la N15 à l'ouest du lac de Taksebt, longe la commune au sud-ouest (elle franchit ensuite le Djurdjura au col de Kouilal).
La commune est aussi desservie par les routes de wilaya W1 (qui s'embranche sur la N30) et W5.
Climat
Villages de la commune
La commune a un habitat dispersé : en dehors du bourg central éponyme, la population est répartie entre 24 villages d'importance variable.
Aboudid (Abudid) Adhouz (Aduz) Affensou (Afensu) Aguemoun (Agemun) Agoulmime (Agelmim) (Ikhlidjene) Agouni T'Gharmine (Agni Tɣermin) Aṭ Ali (Aṭ Ɛli) (Ikhelidjene) Aṭ Atelli (Aṭ Ɛtelli) Aṭ Frah (Aṭ Fraḥ) Azouza (Iɛezzuzen) Bouhague El Hammam (Lḥemmam) El Kantra (Lqenṭra) EL-Misser Icheriden (Icerriḍen) Isayaken (Iseyaken) Ighil Guefri (Iɣil n Yefri) Ighil Tazert (Iɣil Tazert) Imâainsrène (Imɛinsṛen) Imatoukène (Imaɛtuqen) (Ikhelidjene) Taguemount Boudfel (Tagemut n'Wedfel) Taourirt Mokrane (Tawrirt Meqran) Talouth Taourirt Lalla (Tawrirt Lalla) (Ikhelidjene) Taza Tighilt El Hadj Ali (Tiɣilt Lḥaǧ Ɛli) Thansaouth (Tansawt) Ighil Tiguemmounin Tasaft Guezra IFNAIEN
Histoire Antiquité
Epoque romains Au cœur des soubresauts qui ont ébranlé la région de kabylie depuis l'Antiquité, les Irathen s'opposèrent, déjà, dans le sillage de Tacfarinas et Firmus, aux légions romaines., dont les traces sont attestées par la présence de vestiges antiques, exhumés à Taqsebt, Aguemoun Oubekkar (situé entre Tala Amara et Ighil Guefri) et Akbou, près de Sidi Khlifa, à la suite de fouilles archéologiques effectuées au siècle dernier par le lieutenant Henri Aucapitaine.
Epoque ottoman
Mohammed Ed-Debbah () Mohammed Ed-Debbah, bey du Titteri à partir de 1750, voulut réussir là où les autres conquérants avaient échoué en tentant de soumettre coûte que coûte et par la force cette montagne. Pour ce faire, il décida de commencer sa campagne à la tête de son armée par les Ath Irathen qu'il croyait bien connaître pour avoir été élève dans l'une de leurs zaouias ; l'école coranique du village d'Adeni qu'il fréquenta dès son jeune âge.
À peine s'était-il engouffré dans les escarpements du village d'Adeni, qu'il fut abattu par un commando audacieux qui l'attendait près de Tala n Semdha et ses troupes chassées au-delà des rives du Sébaou. Sa mort fut gardée secrète pendant quelques jours pour permettre à ses soldats, à qui on invoqua un malaise de leur chef, de se retirer dans la discipline. Mohammed Ed-Debbah (l'égorgeur) fut inhumé sur la route d'Alger, près de l'ex-Rébeval (Baghlia). La maison abritant la sépulture de ce dignitaire ottoman est de nos jours en ruines.
Ali Khodja (1817-1818) Le caïd turc Ali Ben Ahmed, dit Ali Khodja, dey d'Alger en 1817-1818, soutenu par des fractions tribales supplétives de la plaine des Amraoua, était parvenu à « apprivoiser » un tant soit peu les Kabyles. Il bâtit des bordjs (fortins) avancés, qu'il égrena à des distances à peu près égales les unes des autres dans la plaine afin, de contrôler les Kabyles ou les emprisonner et y collecter les impôts ; ce qui n'était pas pour plaire aux habitants de la région : nous citons Bordj-Boghni, Bordj-Sébaou, Bordj Menaïel et Bordj-Bouira sur les contreforts méridionaux du Djurdjura.
Puis, pour concurrencer l'économie des belliqueux montagnards, il créa le marché du samedi, appelé Sebt-El-Khodja, dans la ville de Tizi-Ouzou.
Période coloniale française Période de la conquête La seule puissance qui réussit à dominer les Ath Irathen, mettant fin à l'indépendance du Djurdjura est la France.
Plusieurs expéditions et incursions furent organisées et tentées en Kabylie. Seules les tribus de la plaine furent vaincues et encore ; à chaque fois, sous l'impulsion et les encouragements des montagnards, elles se déclaraient aussitôt insoumises.
Expédition de Randon (1854) L'année 1854 vit Jacques Louis Randon, gouverneur général de l'Algérie, conduire une armée vers le cœur du Djurdjura, passant par Boubhir, à la poursuite du résistant Boubaghla (l'homme à la mule) réfugié chez les Ath Irathen. Cette expédition échoua et les contingents montagnards, sous l'impulsion de Lalla Fatma N'Soummer, pourchassèrent l'ennemi jusqu'aux limites de Tizi-Ouzou.
Après avoir doté le centre colonial de Tizi-Ouzou d'une garnison en 1855, le maréchal Randon reçut l'accord de l'empereur Napoléon III pour effectuer une expédition d'envergure sur le Djurdjura. Il réunit, pour cela tout, un arsenal.
, écrivait le Capitaine Eugène Clerc dans son récit de la campagne de 1857. , notait pour sa part Emile Carrey, dans son Récit de la campagne de 1857. C'est donc par les Ath Irathen que l'affrontement militaire devait commencer.
Forte d'une infanterie de trente cinq mille hommes, sans compter les auxiliaires goums, et de matériel de guerre lourd, l'armée française réunit en , trois divisions avec, à leur tête, des chefs expérimentés. En face, les Ath Irathen peuvent aligner quatre mille fusils. L'attaque se déroule le à l'aube, jour de l'Aïd tamezyant (fête de rupture du jeûne chez les musulmans). Les montagnards ont pour allié un relief qu'ils connaissent par cœur. Les Kabyles sont battus après avoir causé des pertes à l'assaillant à Taqsebt, El Djemâa, Tiguert tehla, et plus particulièrement lors de la « journée de la poudre » à Icheriden où résistants s'étaient retranchés pour écrire une page héroïque de la résistance kabyle.
Le , la place de Souk Larbâa est livrée par les Ath Irathen à leurs vainqueurs. Ichariouène, village situé au voisinage de la place forte des Ath Irathen, paye le tribut de la dépossession et du séquestre à l'instar des autres villages de Kabylie. Il est annexé à la caserne du fort nouvellement bâti, et ses habitants, dont la famille du célèbre poète kabyle Si Mohand Ou Mhand, sont déplacés, éparpillés. Le plus gros noyau s'installe au-dessus de l'actuel Tizi Rached, transposant le nom de leur cité sur celui de Tachraïhit. En représailles, les propriétés de la famille du chef de la résistance des Ath Irathen, le cheikh Seddik Arab sont saisies. Dans ses mémoires, ce dernier dit du cheikh Seddik, qu'il est . En vérité, son aura, bien plus guerrière que religieuse, s'étend au-delà des frontières des Ath Irathen ; il prône la résistance contre tout envahisseur d'où qu'il vienne.
Le , jour anniversaire du débarquement français dans la baie de Sidi Ferredj en 1830, au milieu de milliers de soldats triomphants, dans une solennité des grands jours, les conquérants posent officiellement, sur un piton rocheux idéalement placé, la première pierre d'une forteresse conçue suivant le système Vauban par le général du génie militaire Chabaud-Latour. Le but est stratégique : asseoir la domination et le contrôle permanent du pays kabyle. Parallèlement, le général Chabaud-Latour entreprend le tracé et la construction par les sapeurs du génie d'une importante route de montagne, pittoresque, en lacets reliant Tizi-Ouzou à la Haute montagne.
Le , les travaux sont suspendus pour attaquer la position kabyle retranchée d'Icheriden et le 25 celle des At Yenni, accélérant la marche victorieuse des divisions commandées par les généraux Renault pour la première, Mac-Mahon pour la seconde et Joseph Vantini (dit « Yusuf ») pour la troisième.
Création de Fort-Napoléon (1858) En 1858, Fort-Napoléon (du nom de l'empereur Napoléon III) est née par décret impérial et, en 1873, sont créées deux communes : l'une mixte de Fort-National (à la chute du régime impérial et la proclamation de la République en , cette ville-garnison avait été rebaptisée) ceignant une bonne partie du territoire des At Akerma et celui des At Ousammeur ; l'autre, dite de plein exercice (PE), allant de Kouriet chez les At Sedka jusqu'à Ighallen et At Khellili (en partie chez les At Fraoussen).
Pour marquer leur victoire, les Français érigent un arc de triomphe encore visible de nos jours à l'entrée Nord de Larbâa Nath Irathen, il porte le millésime 1857, et deux monuments glorifiant la conquête : celui d'Icheriden inauguré par le gouverneur Jules Cambon en 1895, et celui de Tamazirt, en 1910, détruit par les maquisards à la fin de la guerre d'Algérie.
Révolte de Mokrani (1871) La fièvre de la contestation au nouvel ordre colonial brutal n'allait pas tarder à resurgir, à l'occasion de l'insurrection de 1871, à l'instigation du Bachagha Mokrani et de son allié le cheikh Aheddad. La révolte initialement localisée à la Basse-Kabylie, se propage à tout le pays kabyle, et diffuse même au-delà de ses frontières, bien qu'elle rencontra l'hostilité de l'émir Abdelkader rallié, écrit l'historien Charles-André Julien dans son Histoire de l'Algérie contemporaine (PUF, 1979). À nouveau les Ath Irathen en entier se dressent contre les colonisateurs et les relais administratifs acquis à leurs intérêts. Le Fort et sa garnison militaire, forte de , sont encerclés et menacés deux mois durant (du au ), sous l'impulsion du cheikh Mohand-ou-Ali Sahnoun de la confrérie Rahmaniya. Ils ne durent leur salut qu'à l'arrivée d'une forte colonne militaire composée de , conduite par les généraux Lallemand et Cérez., depuis Tizi-Ouzou.
La population a subi un lourd tribut à la suite de l'insurrection de 1871, avec des exécutions dont celle du père du célèbre barde kabyle, Si Mohand Ou Mhand, et des déportations vers la Nouvelle-Calédonie, la Guyane et la Syrie.
C'est sur le territoire de la confédération des Ath Irathen que vit le jour la première école communale de Kabylie, en 1874, à Tamazirt précisément. Grâce à la scolarisation précoce qu'elle connut - en dépit des premières réticences dues à la résistance culturelle -, la région fut une grande pourvoyeuse d'instituteurs et de lettrés ; des émancipateurs qui accélérèrent son évolution et sa modernisation, parmi lesquels furent issus les tout premiers berbérisants algériens: Boulifa et Lechani, originaires des Irjen, Abès du village d'Azouza. Tandis que le mouvement national s'implantait progressivement en parallèle.