vignette| (1651) X - . Lame criblée de l'ethmoïde, dans la théorie catarrhale, un des lieux de passage supposés de l'écoulement () pituitaire antique vers le bas (). Un catarrhe est une Inflammation et hypersécrétion des muqueuses, particulièrement des voies respiratoires. Le mot est tombé en désuétude mais il a un riche passé, hérité de l'Antiquité.

Il désignait un flux descendant des humeurs depuis le cerveau, premièrement vers le nasopharynx, où il pouvait provoquer le « rhume de cerveau ». Cette théorie dite « catarrhale » est progressivement abandonnée après le de Conrad Victor Schneider de 1660-64.

On retrouve encore fréquemment le terme sous forme adjectivale dans l'expression « fièvre catarrhale », qui pouvait auparavant désigner la grippe, mais aujourd'hui désigne une maladie virale touchant principalement les ovins. Le « catarrhe des gourmes » est l'irritation des voies aériennes supérieures par les larves d’ankylostomes lors d'une ankylostomose.

Le mot catarrhe est à la fin du devenu à peu près synonyme d'inflammation de toute membrane muqueuse. Le CNTRL lui donne aujourd'hui la définition d'. Le mot « catarrhe » n’est plus aussi largement utilisé dans la pratique médicale, principalement parce que des mots plus précis sont disponibles pour chaque maladie particulière.

Étymologie

Catarrhe est un mot grec composé du préfixe qui marque une direction vers le bas, et de , « couler ». La racine du verbe est souvent présente dans les mots que la langue grecque associe à l'eau, aux courants, aux torrents et aux cours d'eau. Le mot « catarrhe » a une signification principalement physiologique mais aussi pathologique. Il a souvent servi à désigner la rhinorrhée occasionnée par un rhume ou le rhume lui-même. C'est un synonyme de , qui peut signifier un flux d'eau, et l'écoulement d'autres liquides, voire celui des humeurs, et du mot latin , les fluxions. Le terme («catarrhe»), peu courant à l'époque de Platon, se retrouve dans le Corpus hippocratique, et plus précisément dans les traités des Airs, des Eaux, des Lieux, des Épidémies et de la Maladie sacréeLe terme (« catarrhe»), se retrouve dans le Corpus hippocratique, dans les traités des Airs, des Eaux, des Lieux (III.4 et X.6), des Épidémies VII (XXXIX.1, LV1.3, LXVIII.1, LXIX.1, CVII.3) et des Maladies sacrées (6, 1, 3; 7, 1; 8, 2, 3; 9, 2; 10, 3; 11, 2; 13, 4). (dans ) . Une médecine étymologiste aurait existé du temps de Platon qui associe communément le verbe au rhume.

Les diverses sécrétions venant des yeux (larmes et conjonctivites), des oreilles, de la bouche et des narines (mucus) ont contribué à forger l’idée que le cerveau constituait l’origine de ces flux. D'après Hippocrate partaient du cerveau sept catarrhes qui avaient une signification physiologique et pouvaient déterminer la maladie dans les oreilles, les yeux, les narines, le larynx, le pharynx et par les veines, la moelle épinière et les hanches. Les catarrhes étaient déterminés généralement par le phlegme () ou pituite (du latin ), l'une des quatre humeurs, qui mis en mouvement dans la tète, coulait vers le bas en abondance.

Hippocrate considérait comme évident que l'on puisse évacuer à volonté l'une des quatre humeurs constitutives de la nature de l'homme. Cela se faisait par la purge, la saignée, la catharsis (d'étymologie distincte de catarrhe), la diurèse et d'autres façons.

La tradition ultérieure de l'époque hellénistique et romaine a repris cette théorie et du temps de Rome a substitué des mots latins quelquefois dérivés du grec. La forme la plus simple de catarrhe est le rhume : Cicéron utilise le mot ; ainsi que Celsus« », Une autre affection, bien que peu différente, est le gravedo. Il obstrue les narines, rend la voix rauque et provoque une toux sèche. (De Medicina L. IV. II. N. 4.); pour les rhumes courants, il utilise le mot ( L.I. 5.). Le mot Κόρυζα apparaît chez Caelius Aurelianus (. Lib. II. Cap. 17) : .On retrouve dans les synonymes (Alex. Trall.). (Cel. Aurel.), . Les exemples latin du Thesaurus Linguae Latinae montrent que le mot ne sert pas seulement à exprimer l'idée d'écoulement d'humeur sortant du nez, mais encore le rhume de poitrine.

Isidore de Séville (560-636) dans les de 625, Liber IV, De Medicina :

Même après la résurgence de la science en Occident, les écrivains médicaux du , pour la plupart adeptes de Galien, s’en sont tenus aux définitions d’Hippocrate et de Galien. Le mot est resté dans la langue littéraire de France. Il ne paraît pas avoir été très populaire dans les dialectes ; cependant il est cité par Frédéric Mistral, « catarri » désignant outre le catarrhe, une maladie des agneaux qui se manifeste par des convulsions épileptiques. En ancien français à côté de la forme savante , une forme mi savante a aussi pris la valeur d'apoplexie

L'expression de « rhume de cerveau » sous laquelle était et est encore quelquefois appelée la forme la plus commune du rhume (ou coryza), et même l'expression « rhume », rappelle l'erreur des auteurs anciens qui croyaient que les liquides épanchés dans ces conditions provenaient des enveloppes du cerveau.

Le mot « » en anglais provient du moyen français ou du latin tardif du . L'Oxford English Dictionary évoque une traduction par de Pierre de La Primaudaye (1594).

Histoire

En 1610, l'étiologie des catarrhes et leurs pathogenèse sont estimés de cette manière, par François de Fougerolles, dans son : Le catarrhe se développe à partir d'une accumulation de mucosités brutes dans la tête résultant d'une altération d'une ou plusieurs facultés naturelles (excréments), généralement la digestion ou l'excrétion. Le froid extérieur notamment, mais aussi la chaleur excessive, empêchent le cerveau, au départ froid et humide (ceci renvoie aux quatre qualités élémentaires), d'assimiler adéquatement les humeurs qui y affluent. De plus, le catarrhe se développe à partir des vapeurs qui s'élèvent des humeurs chaudes des organes viscéraux et se condensent dans le cerveau (affirmation d'Aristote). Depuis le cerveau, les mucosités s'écoulent par des ouvertures (il s'agit des ouvertures supposées entre l'encéphale et le nasopharynx et que l'on s'emploie toujours à cette époque à chercher, cette théorie est infirmée par Conrad Victor Schneider dès 1655), d'où le nom de (dont l'étymologie indique qu'il s'agit d'un écoulement vers le bas), d'abord dans le nez et la bouche. Par la gorge, il atteint ensuite le tube digestif, dont la chaleur peut parfois provoquer une nouvelle évaporation du liquide en direction du cerveau, les poumons et l'aorte. De par son mode de propagation, le catarrhe est à l'origine de nombreux troubles pulmonaires et respiratoires ainsi que de problèmes digestifs, et il est indirectement responsable de maladies systémiques comme les tremblements, la paralysie, la fièvre, l'atonie, l'atrophie, la cachexie et l'arthrite. Les mucosités peuvent également obstruer les ouvertures des ventricules dans le cerveau lui-même et devenir ainsi une cause essentielle d'apoplexie, d'épilepsie et de catalepsie. De même Jérôme Accoramboni au regardait un grand nombre de maladies dans toutes les parties du corps comme des catarrhes, dans la mesure où il les fait naître par le drainage du cerveau. Il en tire non seulement diverses maladies de l'estomac, mais aussi des douleurs, des abcès et des excoriations dans les intestins et diverses douleurs articulaires ; et Accoramboni finalement de penser qu'il serait difficile de trouver dans le corps humain un membre qui ne puisse souffrir d'écoulements de cathares depuis le cerveau.

Alors que Schneider en 1655 s'applique à anéantir la théorie catarrhale, il explique dans son cinquième tome du de 1662, sept catarrhes (yeux, oreilles, nez, poumon, estomac, moelle épinière et sang) ; cette nomenclature, avant tout de nature physiologique, a accompagné l'histoire de la médecine occidentale sur deux mille ans.

Mais cette théorie catarrhale ne pouvait disparaître instantanément, après le de Schneider, elle se raccroche un moment à la lymphe, en remplacement du phlegme : Olof Rudbeck (1630-1702) et Thomas Bartholin (1616-1680) avaient identifié le système lymphatique en 1653. Le terme « catarrhe » prend par la suite un tournant pathologique et adopte le sens général d'« inflammation », toutes les maladies caractérisées par leur suffixe en « -ite », à commencer par les bronchite, entérite et conjonctivite. Le rhume prend le nom de « coryza ». Le mot « catarrhe » n’est plus aussi largement utilisé dans la pratique médicale, principalement parce que des mots plus précis sont disponibles pour chaque maladie particulière.

Avant le , le thème des catarrhes constitue une bibliographie importante de plusieurs centaines d'ouvrages.

Chez Hippocrate

Hippocrate (seconde moitié du , première moitié du ) compte le cerveau parmi les glandes, ou du moins l'assimile-t-il à ces organes, c'est ce qui apparait dans le Livre Sur les glandes () : le cerveau pompe le liquide dans toutes les parties du corps, et le renvoie à toutes les parties ; c'est le va-et-vient du phlegme (φλέγμα, ou pituite), important aussi pour la conservation de la santé. Si cette prétendue fonction ne s'exécute pas régulièrement, il naît deux sortes d'affections, les unes sur le cerveau, les autres sur le reste du corps. Dans le même sens, le cerveau, dans le livre Des Chairs (), est la métropole du froid et du visqueux. Du cerveau partent sept catarrhes qui causent de graves maladies:

Dans les Aphorismes () d'Hippocrate, portant sur les divers aspects de l’art médical, il existe des remarques sur les relations entre le climat et la santé (Aph. III, 1) ; les quatre saisons habituelles sont identifiées par les Grecs à cette époque, que l'on retrouve de manière quasi identique chez Hérodote :

« Si le vent est du nord, il y a des toux, des maux de gorge » (Aph. III, 5) . La toux est désignée par , et les maux de gorge par , qui va donner en latin « pharynx », Hippocrate a coutume de nommer la partie elle-même pour désigner l'état de souffrance de celte partie; les écoulements de mucus sont désignés par ; les catarrhes avec toux (), on peut supposer les pneumonies, emportent les vieillards. « En automne, les maladies sont très aiguës et en général très meurtrières. Mais le printemps est très salubre et la mortalité n'y est pas considérable. » (Aph. III, 9) ; « si l'hiver est sec et boréal et le printemps pluvieux et austral, il surviendra nécessairement en été des fièvres aiguës, des ophtalmies et des dysenteries, surtout chez les femmes et chez les hommes dont la constitution est humide. » ; « Mais si l'hiver est austral, pluvieux et doux […], il survient des ophtalmies sèches et des dysenteries ; chez les vieillards, des catarrhes qui les enlèvent promptement.» (Aph. III, 12) ; « si l'été est sec et boréal et l'automne pluvieux et austral, en hiver il survient des céphalalgies, des toux, des enrouements, des coryzas, et chez quelques-uns des phtisies. » (Aph. III, 13) . Le rhume est désigné par qui a donné en latin « » et en français « coryza », un des noms scientifiques du rhume, jusqu'à la fin du .

Les nombres quatre et sept ont des significations centrales chez Hippocrate. Dans le traité des Semaines, il y a division de l’année en sept saisons, de même qu’il y a sept âges de la vie ; mais dans les Aphorismes il y a quatre saisons et quatre âges de la vie. Chalcidius consacre un assez long paragraphe aux propriétés du nombre sept.

La médecine d'Hippocrate et plus tard de Galien, qui la popularise, permettait de prévenir les maladies liées au catarrhe, par des régimes particuliers ou des purgatifs.

Chez Aristote