Le Parti démocrate populaire (PDP) est un parti politique français. Fondé en 1924 et disparu en 1944, il s'agit du premier parti démocrate-chrétien d'envergure en France.

Il incarne le catholicisme social et politique français. Il défend des positions démocrates-chrétiennes, et la réconciliation entre les nations européennes après 1918.

Il représente le tournant du catholicisme politique qui s'éloigne du conservatisme du , se rallie à la République. Le PDP s'inscrit dans un mouvement européen de naissance de la démocratie chrétienne et il est l'ancêtre du MRP, qui voit le jour après la Seconde Guerre mondiale.

Historique Filiations et réseaux Origines lointaines : filiation démocrate chrétienne Se qualifiant de « parti démocrate d’inspiration chrétienne », les fondateurs du PDP ont la vocation de rassembler les différentes composantes de la démocratie chrétienne (démocrates-chrétiens, catholiques sociaux et catholiques libéraux).

En ce sens, les démocrates populaires se situent dans la filiation directe de la démocratie chrétienne, constituée de divers courant, depuis sa naissance avec Félicité Robert de Lamennais en 1830 et la fondation de L’Avenir. Seconde démocratie chrétienne, le catholicisme social prend forme dans les années 1890 autour de l’Association catholique de la jeunesse française (ACJF) d’Albert de Mun (1886), de la Chronique sociale de Lyon (1892) ou du Sillon de Marc Sangnier (1894) qui aboutira à la Ligue de la jeune République (1912). Enfin, le catholicisme libéral et conservateur fut symbolisé par l’Action libérale populaire (1902-1919), défenseur des libertés de l’Église.

Fondation La création du PDP trouve ses prémices dans le contexte favorable de l’immédiat après guerre, celui de la réintégration des catholiques dans la Nation par l’ « Union sacrée » et de la participation au pouvoir de catholiques durant le Bloc national (1919-1924).

Ainsi, s’opère - à travers L’âme française lors des législatives de 1919 puis du Bureau d’action civique (BAC) fondé à l’automne 1923 – le rapprochement et la convergence entre les comités départementaux de la Seine et du Finistère des Républicains démocrates, les démocrates chrétiens et le catholicisme social (ACJF, CFTC, les Semaines sociales de France, etc.). C’est à partir de la constitution après les législatives de 1924 d’un groupe parlementaire des démocrates populaires, dit « groupe des quatorze » Il s’agit de Victor Balanant, Paul Simon, Jadé, Pierre Trémintin (Finistère), Le Douarec (Ille-et-Vilaine), Petitfils (Ardennes), Auguste Champetier de Ribes, Lamazou-belbeder (Pyrénées), Louis, Meyer (Moselle), Walter, Seltz, Brom et Bilger (Alsace)., qu’éclot le PDP.

Fondé par le congrès des 15 et sous la présidence de Georges Thibout et rassemblant 200 délégués, le PDP prône la volonté de réaliser « une tâche de rapprochement, de réconciliation autour de l'idée républicaine » par la définition d'une « nouvelle foi républicaine ». Les démocrates populaires prônent la concentration des républicains en s’opposant a ce que le fait religieux soit une ligne de partage entre la droite et la gauche. En ce sens, et contrairement à la Ligue de la jeune République, la stratégie du PDP l’oriente à un recrutement au sein du catholicisme social, le positionnant au centre-droit et en concurrence directe avec la Fédération républicaine dont le vivier principal en est issu et qui a vocation a les rassembler depuis qu’elle englobe l’Alliance libérale populaire (ALP) Jean Raymond-Laurent insiste beaucoup sur la tâche propre du PDP, celle « de pénétrer dans les milieux catholiques pour les libérer de l’emprise réactionnaire et conservatrice », en faisant un parallèle avec l’action de la Ligue de la jeune République qui « porte (c)e témoignage dans les milieux de gauche » (Le parti démocrate populaire, 1924-1944. La politique intérieure et extérieure de la France entre les deux guerres : 1919-1939, extrait p.46).. Ainsi, il n’est pas étonnant que les membres fondateurs du PDP et son noyau dirigeant soit issu de l’ACJF et dans une moindre mesure du Sillon Jean Raymond-Laurent insiste sur les « empreintes » du Sillon sur l’avenir du courant démocrate chrétien tant « individuelles » (« l’esprit » commun) que « collectives, puisque le Sillon fut aux sources mêmes, intellectuelles et morales du PDP » (Le parti démocrate populaire, 1924-1944. La politique intérieure et extérieure de la France entre les deux guerres : 1919-1939, extrait p. 30)..

Rôle des hommes et de la presse Dès 1924, l’organisation du parti est calqué sur le modèle de la SFIO, accordant une importance tant à la centralisation de l’équipe dirigeante (Conseil national, commission exécutive, etc.) qu’au rôle dévolu aux fédérations départementales où les militants se regroupent en sections. Le rôle primordial au sein du PDP revient au secrétaire général, poste qu’occupera de 1924 à 1940 Jean Raymond-Laurent.

Cependant, ce modèle organisationnel demeure plus théorique que pratique, les changements statutaires de 1932 et 1936 avalisant ce constat puisque le congrès national cesse d’être le centre de décision et que s’opère une perte d’influence des fédérations par rapport aux élus nationaux et au noyau dirigeant. En effet, les démocrates populaires peinent tant à s’implanter au-delà de ses bastions originels (région parisienne, l’ouest, l’Alsace-Lorraine et la région lyonnaise) qu’à devenir un parti de masse, l’effectif de ses militants variant de en 1924 à en 1937, avec un pic autour des en 1934. Le faible poids politique du PDP démontre la particularité du cas français par rapport aux autres pays européens, celle de la marginalisation de la démocratie chrétienne dans la vie politique nationale. Outre l'originalité d’une République laïque, l’une des causes est le pluralisme politique et intellectuel des catholiques qui fait que les expériences sur le terrain politique (Le Sillon, l’ALP, la Ligue de la jeune République, le PDP, etc.) seront modestes face à l’importance du catholicisme social et de son rayonnement sur la sphère socialeVoir : « L’impossible parti catholique français », p. 83-89 et « Divisions des démocrates chrétiens français », p.118-122, dans Jean-Marie Mayeur, Des partis catholiques à la démocratie chrétienne : , 1980..

Il existe une originalité des démocrates populaires au sein des droites de l’entre-deux-guerres notamment sur le plan du militantisme et de la propagande appliquant « la politique de la présence » dans la cité théorisée par Jean Raymond-Laurent. Il en va de même dans l’importance particulière que le PDP accorde à la presse et qui s’exprime par la fondation dès 1924 de l’Association des journalistes démocrates que préside Louis Alfred PagèsAncien rédacteur en chef du Télégramme de Toulouse, passé à L'Ouest-Éclair, conçue comme une volonté d’extension de son influence au-delà de sa sphère directe. Les démocrates populaires tenteront ainsi d’établir un réseau de presse régional concurrent de celui de la droite conservatrice et réactionnaire entretenant des liens avec la Fédération républicaine. Le cas du Nouveau Journal créé en à Lyon symbolise l’échec de ce plan d’ensemble puisque le titre est racheté par Le Nouvelliste en 1932Le Nouveau Journal était dirigé par Emile Rodet (PDP) et soutenu par la Chronique sociale de Marius Gonin. Faute de financement et de vente suffisants ( contre pour Le Nouvelliste), il est racheté par son concurrent. Il en est de même dans les tentatives du PDP de contrôler d'autres quotidiens liés à La Presse régionale comme Le Courrier du Pas-de-Calais ou l’Echo de la Loire.. Seul le cas de L’Ouest-Éclair dirigé par Emmanuel Desgrées du Loû puis Paul Simon tranche par rapport à la situation générale.

Cependant, les démocrates populaires réussissent à faire du Petit démocrate, fondé en 1919 par les républicains démocrates de la Seine, l’organe officiel du parti dès 1926 dont la diffusion (autour de ) dépasse largement celle de La Nation (Fédération républicaine) ou de L’Alliance démocratique. De plus, les idées du PDP sont influentes dans la presse des élites catholique des années trente par le biais de Politique créé par Charles Flory en 1927, des Cahiers de la nouvelle journée de Paul Archambault et surtout par le quotidien l’Aube fondé par Francisque Gay en Françoise Mayeur, L’Aube. Étude d’un journal d’opinion, 1932-1940, Paris, Armand Colin, 236p, 1966..

Évolution durant l’entre-deux-guerres 1924-1932 : affirmation Face au Cartel des gauches, le PDP se range dans l’opposition parlementaire mais se tient largement à l’écart de la Fédération nationale catholique (FNC) fondée par le général Édouard de Castelnau qui réactive la défense religieuse face aux lois anticléricales d’Édouard Herriot. Le PDP apportera un appui timoré aux ministères de Raymond Poincaré, séduite par la stabilisation de la situation économique mais hostile à l’absence et au recul de la législation sociale. Par delà, les démocrates populaires développent le thème du « parti central » ou de « Cartel des centres », expliquant leur soutien au ministère André Tardieu ( – ) qui le met en œuvre selon eux. Aspirant à la conjonction des républicains, la position du PDP est cependant critiquée tant par l’Alliance démocratique que par la Fédération républicaine retenant la doctrine de Robert Cornilleau affirmant la possibilité de coopération entre son parti et la SFIO sur des objectifs précisRobert Cornilleau, Pourquoi pas ? Une politique réaliste, Paris, Éditions Valois, 190p, 1929..

Malgré sa position, le PDP a peu de poids dans les différentes coalitions gouvernementales entre 1926 et 1932 qui privilégient les viviers du Parti radical-socialiste et les réseaux de l’Alliance démocratique. Seul Auguste Champetier de Ribes participe aux différents gouvernements entre 1929 à 1932Auguste Champetier de Ribes sera sous-secrétaire d’État aux finances (1928-1930) et ministre des pensions (1930) dans le ministère André Tardieu ; ministre des anciens combattants et pensionnés (1938-1939) dans le ministère Édouard Daladier ; sous-secrétaire d’État (1939-1940) dans le ministère Paul Reynaud..

Pourtant, le PDP acquiert une visibilité croissante tant sur le terrain local que par l’augmentation de ses élus à toutes les échelles (locale, départementale et nationale). Ainsi, il se heurte à la Fédération républicaine sur le terrain du catholicisme social (ACJF, Semaines sociales, etc.) et plus fondamentalement à sa doctrine (conservatisme social, nationalisme, défense religieuse, opposition à la SDN, etc.). Les élections cantonales et législatives de 1928 en sont le révélateur puisque la plupart des élus du PDP (19 députés et 35 conseillers généraux ou d’arrondissement) le sont face à la droite. Très vite, la Fédération républicaine s’oppose avec virulence aux démocrates populaires par les voix d’Henry de Kérillis qui les accusent d’avoir divisé les « nationaux » ou par Victor Perret, président de la fédération du Rhône, qui incrimine la stratégie du « centre catholique », source de confusion selon lui entre action politique et action religieuse. Seul Georges Pernot préconise une collaboration entre son parti et le PDP. Plus largement, le PDP prend place à la fin des années vingt dans la recomposition des droites républicaine et parlementaire face à l’émergence de nouvelles droites radicales et est un symbole de la division profonde qui les affectent.

1932-1940 : déclin La droitisation du PDP est sensible lors de l’affaire Stavisky et lors des événements du 6 février 1934 où le parti épouse l’argumentation des droites. Bien que séduit par le thème du « Tiers parti » élaboré par le radical Émile Roche, directeur de La République, en 1934, les démocrates populaires se scindent pour la première fois en tendances opposées à partir de 1936 sous l’effet de l’évolution de la vie politique qui met à mal un positionnement centriste cohérent.