Dans les mathématiques dans l'Égypte antique, les problèmes de géométrie, présents notamment dans le Papyrus Rhind, concernent l'évaluation de quantités numériques, en particulier le calcul de longueurs, d'aires et de volumes.

Mais, au regard des prouesses techniques et architecturales réalisées très tôt dans leur histoire, il apparait que la géométrie fut sans doute leur domaine de prédilection et cette science associée à l'architecture, fit la grande réputation des Égyptiens. C'est l'une des raisons pour lesquelles leur pays accueillit en pèlerinage les savants de la Grèce antique.

Les Égyptiens réussirent ainsi à calculer l'aire d'un disque en élevant au carré les 8/9 de son diamètre, ce qui revient à une approximation de pi égale à 3,1605. Ils pouvaient calculer les volumes de pyramides et de cylindres et l'aire d'une sphère. Certains problèmes figurant sur les papyrus mathématiques du Moyen Empire permettent de calculer des longueurs associées à des racines d'entiers variées.

Le triangle

vignette|Problèmes R49 à R55 du papyrus Rhind. vignette|figure du triangle représentée dans le problème R51 du papyrus Rhind.

Le calcul de l'aire de cette figure est étudié dans les problèmes R51 du papyrus Rhind, M4, M7 et M17 du papyrus de Moscou et datant tous du Moyen Empire. Le problème R51 constitue, dans l'histoire mondiale des mathématiques, le premier témoignage écrit traitant du calcul de l'aire d'un triangle.

Énoncé du problème R51 du papyrus RhindA. Buffum Chace, Rhind papyrus, pl. 73.

Le terme mryt signifie probablement hauteur ou côté, mais la formule utilisée pour le calcul de l'aire fait pencher l'interprétation en faveur de la première solutionM. Clagett, Ancient Egyptian Science, .. Le scribe prenait la moitié de la base du triangle et calculait l'aire du rectangle formé par ce côté et la hauteur, soit

équivalente à la formule générale utilisée de nos jours :

Le triangle 3-4-5

vignette|Triangle 3-4-5

Un triangle dont les côtés sont en proportion 3-4-5 est rectangle, l'angle droit étant défini par les côtés 3 et 4. Cette propriété se démontre par la réciproque du théorème de Pythagore, du fait que 3 + 4 = 5 (car 9 + 16 = 25). Un tel triangle est parfois appelé « triangle égyptien », en référence à Plutarque et à son traité Sur Isis et Osiris où il donne une interprétation ésotérique du triangle 3-4-5, le liant à Isis, Osiris et Horus.. Plutarque écrit à la fin du ou au début du suivant, et on ne peut rien en déduire à propos de l'Égypte antique..

Le triangle rectangle 3-4-5 est très anciennement connu : le triplet pythagoricien 3-4-5 est mentionné sur des tablettes babyloniennes, mais en ce qui concerne l'Égypte antique, les choses sont beaucoup moins claires. Quatre des sections du papyrus Rhind : R57, R58, R59a et R59b, ont pour objet des calculs relatifs à la pente d'une pyramideS. Couchoud, Math. Égyptiennes, ., et cette pente est de 4/3 (voir papyrus Rhind), c'est-à-dire que le triangle correspondant, dont les côtés sont la demi-base de la pyramide, sa hauteur, et la ligne de plus grande pente d'une face, est proportionnel au triangle 3-4-5. Cependant aucun de ces problèmes ne donne la mesure du troisième côté, ni même ne parle de triangle..

Il est possible que les architectes égyptiens, assistés de tendeurs de corde, aient tracé parfois leurs angles droits au moyen du triangle 3-4-5, mais il n'existe pas de traces écrites. La méthode ne pouvait pas fonctionner pour les édifices de grande dimension comme les pyramides, vu la précision de la méthode et ce que l'on sait des cordes utilisées à l'époque et de leur élasticité..

La pyramide de Khéphren a pu être construite en respectant le triangle directeur des quatre exemples du papyrus Rhind : la ligne de plus grande pente d'une face étant comme 5, la verticale du sommet à la base est comme 4 et la demi-base qui termine le triangle rectangle est comme 3, ce qui correspond à un angle théorique de de la ligne de plus grande pente avec l'horizontale. L'angle mesuré par Petrie (, voir pyramide de Khéphren) est très proche de cette valeur. Le carré de la base, de de côté, est exact à près, les côtés sont parallèles à près, les faces sont orientées avec les points cardinaux à près. La hauteur, évaluée à , correspond pour le tétraèdre à une pente de Numériquement : atan(2 × 143,87/215,16) = et atan(4/3) = ..

Calcul d'une pente

Les problèmes R56, R57, R58 et R59 du papyrus Rhind détaillent la méthode de calcul de la pente d'une pyramide. Cette pente est désignée en ancien égyptien par le terme seqed. Elle est le résultat de la demi-base divisée par la hauteur.

Énoncé du problème R56 du papyrus RhindA. Buffum Chace, Rhind Papyrus, pl. 78

vignette|redresse=1.2|Représentation d'une pyramide. Calcul de la pente b/h

1 7 1/2 3 1/2 1/5 1 1/3 1/15 1/50 1/10 1/25

Cette solution représente pour le mathématicien moderne le produit par sept de la cotangente de l'angle formé par la demi-base et l'apothème de la pyramide (l'angle formé par b et a sur la figure ci-contre). Les Égyptiens l'exprimèrent en coudées, puis finalement en palmes (une coudée valant sept palmes). Le seqed ne représentait donc pas à proprement parler une pente, mais plutôt la mesure du côté horizontal du triangle proportionnel dont la hauteur vaut une coudée, côté exprimé ensuite en palmes. Par conséquent, la formule suivante permettait d'obtenir le seqed de la pyramide : .

Le seqed correspond également à la différence de longueur des côtés inférieur et supérieur d'une pierre qui épouse la pente de la pyramide. Il permettait donc d'en déterminer la coupe.

Le trapèze ou triangle tronqué

L'aire d'un trapèze est parfaitement calculée dans le problème R52 du papyrus RhindA. Buffum Chace, Rhind Papyrus, pl. 74 :

1 1000 1/2 500✔ 1 2000 2 4000✔ 4 8000   10000 (100 setjat)

Méthode équivalente à l'application de la formule .

Le rectangle

Le papyrus de Moscou présente un problème illustrant la parfaite connaissance du calcul de l'aire d'un rectangle :

Énoncé du problème M6 du papyrus de MoscouM. Clagett, Ancient Egyptian Science, .

Explication

Ce problème consiste à déterminer la longueur d'un rectangle, le rapport largeur/longueur et l'aire étant fixés.

Problème posé par le scribe Transcription du problème en langage algébrique moderne Un rectangle de 12 setjat. Soit un rectangle dont l'aire est de 12 Setjat (que l'on désigne par B). B = 12. d'une largeur de 1/2 1/4 sa longueur. Le rapport de la largeur sur la longueur de ce rectangle est de 1/2 + 1/4. soit L cette longueur. la largeur vaut l=L*(1/2+1/4) Calcule 1/2 1/4 pour avoir 1. Choisis une largeur de 1 et calcule la longueur en faisant l'inverse de 1/2 + 1/4. Le résultat est 1 1/3. Le résultat est 1 + 1/3, rapport de la longueur sur la largeur. Prends les 12 setjat fois 1 1/3 Calcule B*(1+1/3) soit L*[L*(1/2+1/4)]*(1+1/3)=L² ce qui revient à transformer le rectangle en carré de côté L. Le résultat est 16. L² = 16. Calcule sa racine carrée. Calcule L. Le résultat est 4 pour sa longueur. L = 4. La longueur du rectangle de 12 setjat est donc 4. 1/2 1/4 de ceci est 3 pour la largeur. La largeur du rectangle de 12 setjat vaut 4 * (1/2+1/4), soit l=3.

Le cercle et l'ellipse

Le calcul de l'aire d'un disque représente sans doute l'un des progrès les plus significatifs effectué en mathématiques par les anciens égyptiens. Il est également l'un des exercices qui a fait couler le plus d'encre, le nombre pi et la quadrature du cercle semblant intimement liés au problème. Le calcul de l'aire est ainsi traité dans les problèmes R41, R42, R43, R48 et R50 du papyrus Rhind et enfin le problème M10 du papyrus de Moscou.

Énoncé du problème R50 du papyrus RhindA. Buffum Chace, Rhind Papyrus, pl. 72

1 9✔ 1/9 1

1 8 2 16 4 32✔ 8 64

La formule appliquée par la scribe est donc clairement : , d étant le diamètre du disque. L'énoncé évoque un champ rond de neuf khet, étant sous-entendu que neuf khet est le diamètre.

Cette formule est équivalente à celle-ci : . La formule moderne du calcul de l'aire d'un disque étant ou , la plupart des auteurs attribuent aux anciens Égyptiens l'approximation de la valeur à 256/81 soit 3,1605, valeur remarquable pour l'époqueS. Couchoud, Math. Égyptiennes, .. Cependant, le problème R50 exposé ci-dessus ne prouve pas que les Égyptiens aient eu conscience de l'existence de cette constante. La seule certitude est qu'ils pouvaient calculer l'aire d'un disque à partir de son diamètre, et d'en donner une valeur approchée avec une grande précision en l'assimilant à un carré. La méthode employée pourrait bien trouver une explication dans une esquisse géométrique du problème R48 du papyrus RhindS. Couchoud, Math. Égyptiennes, ..

Opérations du problème R48 du papyrus Rhind

vignette|redresse=2|Problème R48 du papyrus Rhind (en écriture hiératique à gauche, transcrit en écriture hiéroglyphique à droite)

1 8 setjat 2 16 setjat 4 32 setjat ✔ 8 64 setjat

et

✔ 1 9 setjat 2 18 setjat 4 36 setjat✔ 8 72 setjat   81

Le problème ne contient aucun énoncé, ce qui rend son interprétation délicate. Néanmoins, son intérêt réside dans l'esquisse accompagnant les opérations mathématiques décrites ci-dessus. Celle-ci représente un cercle maladroitement dessiné (ou bien une figure octogonale) inscrit dans un carré. À l'évidence, les calculs sont relatifs à l'aire du disque de diamètre neuf, comparable à celui du problème R50.

La première hypothèse concernant ce dessin est que le scribe considère le disque dont il cherche l'aire comme équivalent à un octogone. Ce dernier est ainsi inscrit dans un carré dont les côtés sont égaux au diamètre du disque. L'octogone ayant une aire de 9² - 2 * 3² = 63, la surface du disque est alors approximée à 64K. Vogel, Vorgriechische Mathematik, ..

La deuxième hypothèse, avancée par Michel Guillemot, reproduit plus fidèlement le dessin et considère que la surface du disque est équivalente à un octogone irrégulier dont l'aire est exactement de 9² - (3² + 2*4) = 64 (voir figure ci-dessous). Cet auteur est allé plus loin en émettant l'hypothèse que le scribe pouvait reconstituer un carré de côté 8 en décomposant cet octogone, ce qui revient à avancer que l'idée de quadrature du cercle était déjà présente à leur espritM. Guillemot, À propos…, .. Cette dernière hypothèse a toutefois le mérite de donner une explication satisfaisante à la formule utilisée au problème R50, qui revient à avancer l'égalité entre l'aire d'un disque et l'aire d'un carré dont les côtés sont égaux au 8/ du diamètre du disque.

Cette recherche géométrique pourrait trouver un équivalent dans une autre esquisse, découverte sur un mur du temple de Louxor par Ludwig Borchardt. Il s'agit d'une ellipse construite à l'aide d'un rectangle, les aires des deux figures n'étant différentes que de 1 %L. Borchardt, Altägyptische Werkzeichnung, pl. .

vignette|gauche|redresse=2|Problème R48 du calcul de l'aire d'un disque. À droite, interprétation classique du problème; à gauche, interprétation de Michel Guillemot vignette|redresse=2|Ellipse représentée sur un mur du temple de Louxor (dessin de Ludwig Borchardt).

La demi-sphère

vignette|centre|redresse=2.5|Problème M10 tiré du papyrus de Moscou (à gauche, problème en hiératique ; au centre, transcription du problème en écriture hiéroglyphique ; à droite, inversion des signes et translittération)

L'énoncé M10 du papyrus de Moscou fut étudié maintes fois mais les auteurs ne s'accordent toujours pas sur l'interprétation du problème. Les tenants de l'étude de la surface d'un demi-cercle s'opposent à ceux de l'étude d'une demi-sphère. Il semble bien, au vu de l'énoncé et en dépit des nombreuses questions que cela engendre, que cette dernière proposition soit la plus acceptable.

Énoncé du problème M10 du papyrus de Moscou