La littérature postmoderne prend ses distances avec le moderniste (actif surtout en 1910-1930). Elle relève du « petit récit » chez Jean-François Lyotard, du « jeu » selon Jacques Derrida et du « simulacre » selon Jean Baudrillard.
Par exemple, au lieu de la quête moderniste de sens dans un monde chaotique, l'auteur post-moderne évite, souvent de manière ludique, la possibilité du sens. Le post-roman est souvent une parodie de cette quête. Cette méfiance à l'égard des mécanismes de totalisation s'étend même à l'auteur. Ainsi, les écrivains postmodernes privilégient souvent le hasard à la technique et emploient la métafiction pour saper le contrôle « univoque » de l'auteur (le contrôle d'une voix unique).
La distinction entre culture supérieure et inférieure est également attaquée par l'emploi du pastiche, de la combinaison de plusieurs éléments culturels, y compris de sujets et de genres qui n’étaient pas auparavant considérés comme propres à la littérature.
La liste des auteurs postmodernes varie souvent. Voici quelques noms d'auteurs souvent classés comme tels, la plupart d'entre eux appartenant à la génération née dans l'entre-deux-guerres : William S. Burroughs (1914-1997), William Gaddis (1922-1998), Kurt Vonnegut (1922-2007), Alexander Trocchi (1925-1984), John Barth (1930-2024), Donald Barthelme (1931-1989), E. L. Doctorow (1931-2015), Robert Coover (1932-2024), Jerzy Kosinski (1933-1991), Richard Brautigan (1935-1984), Don DeLillo (1936-), Thomas Pynchon (1937-), Ishmael Reed (1938-), Kathy Acker (1947-1997), Paul Auster (1947-2024), Giannina Braschi (1953-), Roberto Bolano (1953-2003), Jon Fosse (1959-), Douglas Coupland (1961-), Bret Easton Ellis (1964-), Christian Kracht (1966-), Amélie Nothomb (1966-)[ http://www.erudit.org/en/journals/etudfr/2004-v40-n1-n1/008479ar/ Érudit.org, Andrea Oberhuber, “Réécrire à l’ère du soupçon insidieux : Amélie Nothomb et le récit postmoderne”, Études françaises, Volume 40, Numéro 1, 2004, ], Ann Scott (1965-)Lewis, Barry. « Postmodernism and Literature. » The Routledge Companion to Postmodernism NY: Routledge, 2002, ., Dimitris Lyacos (1966-), Dave Eggers (1970-).
Contexte Influences principales Les écrivains postmodernistes mentionnent souvent les tout premiers romans et recueils de nouvelles comme source d’inspiration pour leurs expériences narratives et structurelles : Don Quichotte, Les Mille et Une Nuits, le Décaméron et Candide, parmi beaucoup d'autres.
En langue anglaise, le roman de Laurence Sterne, écrit en 1759, Vie et opinions de Tristram Shandy, gentilhomme, avec son lourd accent parodique, son expérimentation narrative, est souvent cité comme l’une des premières influences du postmodernisme. Il existe de nombreux exemples au d’attaques contre les concepts des Lumières, de parodies et d’ironie dans la littérature, y compris les satires de Lord Byron, notamment Don Juan ; le Sartor Resartus de Thomas Carlyle, les parodies paillardes d’Alfred Jarry, Ubu et son invention de la 'Pataphysique, les expériences ludiques de Lewis Carroll avec la signifiance, les travaux de Lautréamont (Isidore Ducasse), d’Arthur Rimbaud, d’Oscar Wilde.
Parmi les dramaturges en activité fin du , début du et dont la pensée et l’œuvre ont de l'influence sur l'esthétique de la postmodernité, on peut nommer le dramaturge suédois August Strindberg, l'auteur italien Luigi Pirandello, et le dramaturge et théoricien allemand Bertolt Brecht.
Dans les années 1910, les artistes associés au dadaïsme ont utilisé le hasard, la parodie, les facéties, et attaqué le rôle central de l'artiste. Tristan Tzara affirme dans Comment faire un poème dadaïste que pour créer un poème dadaïste, il suffit de mettre des mots au hasard dans un chapeau et de les sortir un par un.
Autre influence du dadaïsme sur la littérature postmoderne : le développement des collages, en particulier ceux utilisant des éléments de publicité ou d'illustrations de romans populaires (Max Ernst, par exemple).
Les artistes associés au surréalisme, qui s'est développé à partir du dadaïsme, ont poursuivi l'expérience du hasard et de la parodie tout en célébrant les voies de l'inconscient. André Breton, fondateur du surréalisme, pensait que l'automatisme et la description des rêves devaient jouer de plus grand rôles dans la création littéraire. Il a utilisé l'automatisme pour créer son récit Nadja et utilisé des photographies pour remplacer la description, comme pour parodier les romanciers descriptifs à l'excès qu'il a souvent critiqués. Les expériences sur la signifiance (La Trahison des images : Ceci n'est pas une pipe) du surréaliste René Magritte sont prises en exemple par Jacques Derrida et Michel Foucault. Foucault utilise également des exemples pris chez Jorge Luis Borges, qui a exercé une importante influence directe sur de nombreux auteurs de fiction postmoderniste. Il est parfois considéré comme postmoderniste lui-même bien qu'il ait commencé à écrire dans les années 1920. Dans le monde anglo-saxon, on ne s'est rendu compte de l'influence de ses expériences sur la métafiction et le réalisme magique qu'à la période postmoderne.
Comparaison avec la littérature moderniste Les littératures moderne et postmoderne constituent une rupture avec le réalisme du , où une histoire est racontée à partir d'un objectif ou d'un point de vue omniscient. Dans le développement des personnages, les deux explorent le subjectivisme, partant de la réalité extérieure pour examiner les états intérieurs de la conscience, dans de nombreux cas, en s'appuyant sur des exemples modernistes dans les styles courant de conscience de Virginia Woolf, de William Faulkner et de James Joyce ou dans des poèmes exploratoires comme La Terre vaine de T. S. Eliot. En outre, les deux explorent la fragmentation dans la construction de la narration et des personnages. La Terre vaine est souvent cité comme un moyen de distinguer littérature moderne et post-moderne. Le poème est fragmentaire et emploie le pastiche comme beaucoup d'œuvres de littérature postmoderne, mais le narrateur dit, « ces fragments que j'ai étayés contre mes ruines ». La littérature moderniste voit la fragmentation et l'extrême subjectivité comme une crise existentielle, ou un conflit freudien interne, un problème qui doit être résolu, et l'artiste est souvent celui qui doit le résoudre.
Les post-modernes, cependant, démontrent souvent que ce chaos est insurmontable, l'artiste est impuissant, et le seul recours contre la « ruine » est de jouer dans ce chaos. L'ironie est présente dans de nombreuses œuvres modernistes (Finnegans Wake de Joyce ou Orlando de Virginia Woolf, par exemple) qui peuvent sembler très similaires à des œuvres postmodernes, mais avec le postmodernisme, l'ironie devient centrale et la réussite effective de l'ordre et du sens devient peu probable.
Passage à la postmodernité Comme pour certaines autres périodes stylistiques, il n'y a pas de dates définies pour l'avènement puis le déclin du postmodernisme.
Le préfixe « post », toutefois, n'implique pas nécessairement une nouvelle ère. Il indiquerait plutôt une réaction contre la modernité dans le sillage de la Seconde Guerre mondiale (avec son manque de respect pour les droits de l'homme, alors confirmés par la Convention de Genève, à travers les bombardements atomiques d'Hiroshima et de Nagasaki, l'Holocauste, le bombardement de Dresde, les bombardements incendiaires de Tokyo, l'Internement des Japonais-Américains). Il pourrait également impliquer une réaction à des événements d'après-guerre : le début de la guerre froide, le mouvement des droits civiques aux États-Unis, le post-colonialisme (littérature post-coloniale), et l'avènement de l'ordinateur personnel (fiction Cyberpunk et Hypertext fiction)Postmodern American Fiction: An Anthology, Chapter 6: Technoculture, Cyberpunk and the Dilemmas of Postmodern Narrative: The Example of William GibsonHypertext fiction: The latest in postmodern literary theory. L'année 1941, qui voit le décès du romancier irlandais James Joyce et de la romancière anglaise Virginia Woolf, est parfois utilisée comme date approximative pour le début du postmodernisme .
Le début de la littérature postmoderne pourrait être marqué par des publications ou des événements littéraires. Par exemple la première représentation d'En attendant Godot en 1953, la première publication de Howl en 1956 ou du Festin nu, en 1959, ou des faits marquants dans la théorie critique : la conférence de Jacques Derrida « La Structure, le signe et le jeu dans le discours des sciences humaines » en 1966 ou « The dismemberment of Orpheus: toward a postmodern literature » d'Ihab Hassan en 1971.
explique ainsi sa thèse sur le passage du modernisme au postmodernisme : tandis que les œuvres postmodernes se sont développées à partir du modernisme, le modernisme est caractérisé par une dominante épistémologique, alors que les œuvres postmodernes sont principalement concernées par des questions ontologiquesMcHale, Brian (1987) Postmodernist Fiction. London: Routledge, .
Développement d'après-guerre et figures de transition Bien que la littérature postmoderne ne se réfère pas à tout écrit apparu dans la période postmoderne, divers développements de la littérature d'après-guerre (tels que le Théâtre de l'absurde, la Beat Generation, le Réalisme magique, etc.) montrent d'importantes similitudes. Ces évolutions sont parfois cataloguées collectivement « postmodernes » ; plus couramment, quelques figures-clés (Samuel Beckett, William S. Burroughs, Jorge Luis Borges, Julio Cortázar et Gabriel García Márquez) sont considérées comme des contributeurs importants de l'esthétique postmoderne.
Les œuvres d'Alfred Jarry, des Surréalistes, d'Antonin Artaud, de Luigi Pirandello, ont influencé celles des dramaturges du Théâtre de l'absurde. Ce terme, « théâtre de l'absurde », a été inventé par Martin Esslin pour décrire une tendance du théâtre dans les années 1950. Il l'a relié au concept de l'absurde chez Albert Camus. Les pièces du Théâtre de l'absurde sont parallèles à la fiction post-moderne à bien des égards. Par exemple, La Cantatrice chauve d'Eugène Ionesco est essentiellement une série de clichés pris à partir d'une méthode d'apprentissage de l'anglais.