Einar Örn Benediktsson, parfois simplement appelé Einar Örn, est un chanteur islandais, né le à Copenhague. Il a été à la tête, dans les années 1980, des groupes Purrkur Pillnikk (1981 - 1982), Kukl (1983 - 1985) et The Sugarcubes (Sykurmolarnir) (1986 - 1992). Il crée parallèlement le label islandais Smekkleysa (Bad Taste) après avoir travaillé pour le label Gramm.
Titulaire du grade de Bachelor of Arts en technique des médias du Polytechnic of Central London, il s’intéresse à la fois aux nouveaux moyens de communication et à la musique actuelle et organise des concerts et festivals en Islande. Il participe, entre autres, à l’élaboration de la bande-son du film 101 Reykjavík (2000) de Baltasar Kormákur, avec Damon Albarn, avant de fonder le groupe Ghostigital en 2003.
Biographie Naissance et famille Einar Örn Benediktsson est né le à Copenhague, Danemark de Valgerður (Vala) Einarsdóttir Kristjánsson, enseignante et chanteuse, Duisbourg - Reykjavik , et Benedikt Örn Árnason, acteur et réalisateur, né le . Vala Kristjánsson est la fille d’ Einar Kristjánsson, chanteur d’opéraDagblaðið Vísir (DV), 2 novembre 1987, page 42..
Le père de sa mère, Einar Kristjánsson (Reykjavik; - ) a suivi une carrière internationale de chanteur d’opéra (ténor) et de lieder. Après des études de chant lyrique à Dresde de 1931 à 1933, il est engagé successivement par les opéras allemands de Dresde (1933 - 1936), Stuttgart (1936 - 1938), Duisbourg (1938 - 1941) et Hambourg (1941 - 1946), ce qui ne l’empêche pas de se produire régulièrement publiquement à Reykjavík. Il signe ensuite un engagement au théâtre royal de Copenhague (Danemark) où il se produit de 1949 à 1962, par exemple dans La traviata (1953). Il revient enfin en Islande et s’installe définitivement à Reykjavík avec sa famille où il enseigne le chant lyrique au Tónlistarskólinn í Reykjavík. Très estimé pour ses qualités à la fois de chanteur d’opéra et de lieder, il fut notamment particulièrement apprécié pour ses interprétations des lieder de Franz SchubertTónlistarsaga Reykjavíkur með inngangi um sögu sönglífs í landinu frá því land byggðist, Baldur Andrésson.
Einar Örn a un frère, Árni Benediktsson (), qui, après avoir obtenu un diplôme d’ingénierie en agronomie, travaillera en différents endroits en Europe (Pays-Bas, France, ..) et exploitera une ferme en Islande avant de gérer les comptes du groupe The Sugarcubes entre 1988 et 1992, pour ensuite diriger une nouvelle exploitation agricole au nord de l’Islande. Il travaille actuellement en tant qu'agent pour des groupes islandaisMorgunblaðið, 14 décembre 2003, Árni Matthíasson, Hver er Einar ÖrnGuitare et claviers, Les Sugarcubes: La pop pervertie du chaud et froid, Dominique Guillerm, n°91, décembre 1988.
Enfance C’est donc peu après sa naissance qu’Einar se retrouve dans la partie ouest de Reykjavik où lui et son frère seront élevés dans un petit immeuble de Meistaravellir. Bien que n’ayant jamais suivi de cours de chant, sa mère est engagée, durant les années qui suivent, dans des productions musicales : elle tient le rôle d’Eliza dans My Fair Lady, elle joue dans l’interprétation islandaise d’Un violon sur le toit, … Quant à son père, acteur, il interprète de nombreux rôles, principalement pour le théâtre. C’est ainsi dans une ambiance plutôt artistique et bohème qu’Einar et son jeune frère grandissent, inséparables et assez libres. En dehors de l’école les deux enfants occupent souvent leur temps libre devant les scènes de théâtre, durant les répétitions, ou derrière, pendant ou après les représentations. Einar est un enfant sans problèmes, plutôt expansif, qui trouve très tôt chez les scouts l’occasion de satisfaire son besoin de mouvement et de communication. Son frère suit. Einar endosse en quelque sorte assez vite le rôle de tuteur.
Alors qu’Einar à 11 ans, ses parents divorcent. Les enfants sont à la garde de leur mère qui déménage pour s’installer non loin, rue Nýlendugata, plus près du centre et du port. Si Einar ne semble pas trop affecté par ce divorce, celui-ci aura tout de même des conséquences importantes pour son avenir puisque son père s’installe en Angleterre. Lors de leurs visites régulières à leur père les deux enfants/adolescents auront ainsi, durant la deuxième moitié des années 1970, l’occasion d’être des témoins privilégiés du mouvement punk, ce qui laissera une très forte marque sur l’esprit du jeune Einar. C’est également vers l’âge de 11 ans qu’Einar entre au Hagaskóli, établissement de ce qui représente l’équivalent de notre collège. Très vite Einar y noue des relations privilégiées avec deux autres écoliers qui resteront pendant les années qui suivront ses meilleurs amis, Bragi Ólafsson et Friðrik Erlingsson (dit « Frikki »). De nombreuses choses rapprochent les jeunes Einar et Friðrik : le père de ce dernier est également acteur, il habite Öldugata, et sa mère est musicienne et professeur de guitare. Friðrik en joue d’ailleurs déjà plutôt bien. Il est de plus très doué pour le dessin. Mais si, durant ces années de collège Friðrik et Bragi s’intéressent plutôt à la musique, au point de former un groupe de rock influencé par des formations comme Emerson, Lake & Palmer, Yes ou King Crimson, Einar, lui, ne participe pas au groupe, ne ressentant alors aucune attirance particulière pour la musique en général. Jusqu’au printemps 1977.
Adolescence Einar n’a pas encore 15 ans. Lors d’une de ses visites, son père lui ramène d’Angleterre le premier single du groupe Buzzcocks, Spiral Scratch. Pour la première fois un morceau, un style de musique, correspond parfaitement à son état d’esprit, son caractère. Durant l’été 1977, lorsqu’il partira chez son père, il n’aura de cesse de chercher de nouveaux disques issus de ce style émergeant que l’on appelle punk et de se renseigner sur les groupes qui en sont les représentants. Durant les quelques années qui suivent il dévore avec boulimie tout ce qu’il peut trouver sur les groupes punks, se procure toutes les semaines les magazines anglais Sounds, Melody Maker et New Musical Express (NME), tous les mois Zigzag, .. Il ne se contente d'ailleurs pas de suivre le mouvement punk dans son aspect musical, mais en adopte également le style vestimentaire en ajoutant par exemple les compléments indispensables (épingles à nourrice, ..) aux fripes démodées qu’il peut trouver à Reykjavík. En 2001, Gunnar Lárus Hjálmarsson, dira ainsi de lui, dans son histoire du rock en Islande, qu’il fut certainement le premier véritable punk de ReykjavíkGunnar Lárus Hjálmarsson. 2001. Eru ekki allir í stuði? Rokk á íslandi á síðustu öld. Forlagið. Reykjavík. .
Il est à noter qu’en ce mois de paraît une première interview, dans un article des pages culturelles du quotidien Morgunblaðið intitulé « je compose souvent des morceaux, mais les oublie complètement tout de suite après »Morgunblaðið : « Ég sem oft lög, en steingleymi þeim strax aftur », 25 septembre 1977, p.53-53., d’une fille de 11 ans au caractère bien trempé. Elle y relate la façon dont s’est déroulé, durant l'été, l’enregistrement d’un disque qui paraîtra quelques semaines plus tard. Il y a fort à parier qu’Einar, à ce moment-là, ne prête aucune attention à cet article, pas plus qu’au disque lui-même ou à l'interviewée dont il est question, une certaine Björk Guðmundsdóttir, qui deviendra pourtant, quelques petites années plus tard, l’une de ses plus fidèles amies.
En 1978, Einar entre au Menntaskólinn við Hamrahlíð(MH), lycée pré-universitaire de Reykjavik réputé, entre autres, pour le niveau de son enseignement en lettres et sur les activités artistiques. Il y obtiendra un diplôme en lettres modernes en 1981. Ses amis Friðrik Erlingsson et Bragi Ólafsson, quant à eux, s’orientent tout d’abord vers un cursus commercial en intégrant le Verzlunarskóli Íslands (VÍ). Mais Friðrik abandonne rapidement cette voie pour entrer au Myndlista-og Handíðaskólinn, école de peinture et d’arts manuels, et Bragi rejoindra le MH après avoir obtenu son diplôme commercial.
Carrière musicale Premières implications Dès 1977-1978, cette passion pour la musique punk devient, chez Einar, une incitation supplémentaire à l’action et la communication. Il ne lui vient pourtant pas alors à l’esprit de mettre son énergie dans une formation rock/punk comme nombre de jeunes gens de ces années là : il ne sait jouer d’aucun instrument et ne peut encore envisager de chanter. En 1978, selon Jónatan Garðarsson, personnalité de la télé islandaise et fondateur du label Spor, Einar propose déjà ses services lors d’un concert islandais des StranglersBjörk: Wow and Flutter, Mark Pytlik, ECW Press, mai 2003 . Plus tard, début 1980, il aidera le groupe Fræbbblarnir à sortir son premier album False Death grâce à certaines de ses connaissances à Sheffield et s’arrangera pour faire venir la formation The Clash en Islande le de cette même année. Mais il cherche également à faire partager sa passion à travers la radio, en particulier en entrant en contact avec les animateurs de l’une des émissions musicales de l’unique station radio de Reykjavík en 1977, Áfangar, laquelle devait jouer un rôle essentiel quelques années plus tard dans la formation du groupe Kukl, elle-même entrainant celle du groupe The Sugarcubes.
Au début des années 1970 deux jeunes camarades du lycée Menntaskólinn við Tjörnina (actuellement Menntaskólinn við Sund (MS)), à Reykjavik, aspirent à faire partager leurs goûts musicaux par le plus grand nombre. Ils ont l’idée d’envoyer un projet d’émission musicale à l’unique station radiophonique, émise par la radio publique islandaise Ríkisútvarpið (RÚV). Leur projet est étudié et accueilli favorablement, de sorte qu’ils sont invités à présenter une première série d’émissions en . Mais c’est au tout début de l’année 1975 que les deux compères, Ásmundur Jónsson et Guðni Rúnar Agnarsson, alors âgés respectivement de 20 et 19 ans, lancent leur programme musical sous un format hebdomadaire (le vendredi soir). Par rapport aux autres programmes musicaux à tendance pop de la chaîne (Lög unga fólksins, Popphornið et Tíu á toppnum), Áfangar se distingue par une programmation à la fois plus pointue et plus éclectique (le rock ou le folk y côtoie le jazz, la soul ou certaines pièces classiques), même si les deux animateurs ne cachent pas leur penchant pour la musique folk de la Westcoast américaineMorgunblaðið, 23 mars 1975, p.14, “Slagsíðan kynnir stjórnendur poppþátta útvarpsins”.
Einar Örn entre ainsi en contact avec les deux DJ en 1977 et se lie rapidement d’amitié avec Ásmundur. Entre 1977 et 1979 il alimentera l’émission des singles de punk-rock issus de groupes anglais ou américains qu’il ramènera lui-même d’Angleterre. La programmation de l’émission sera alors plutôt tournée vers ce genre musical. Il est à noter que, d'autre part, Ásmundur Jónsson et Guðni Rúnar Agnarsson entrent en 1977 dans le label Fálkinn, rue Laugavegur, qui sortira en cette fin 77 le disque de Björk Guðmundsdóttir, Björk, dont il a été question plus haut. Fálkinn fait partie d'un groupe industriel aux activités multiples qui produit et fabrique des disques à partir de 1930. Actuellement le groupe ne fabrique des disques que pour le compte d'autres label, y compris étrangers, et ne les produit plus.
Première expérience en tant qu'agent Début 1980, sous l’impulsion de deux frères guitaristes, Daniel et Mike Pollock et du chanteur Bubbi Morthens, se forme, à Reykjavik, un nouveau groupe punk qui allait marquer les esprits malgré sa courte existence - le groupe se séparant en - en bénéficiant de nombreuses couvertures médiatiques, en particulier à la suite de leur concert du Félagsheimili Kópavogs, le , à l'occasion duquel le quotidien þjóðviljinn leur consacre une page entière. Le bassiste Rúnar Erlingsson et le batteur Magnús Stefánsson étaient venus compléter la formation du nom de Utangarðsmenn.