Le palais du Parlement de Bretagne, souvent appelé simplement le Parlement de Bretagne, est un bâtiment d'architecture classique construit au , situé à Rennes, en Ille-et-Vilaine, et qui fut le siège du Parlement de Bretagne de sa construction jusqu’à sa dissolution par la Révolution française en février 1790, en dehors de son « exil » à Vannes de 1675 à 1689.

L’édifice devient la cour d'appel de Rennes en 1804. Ce monument a été entièrement restauré après l’incendie du 5 février 1994 provoqué par des marins-pêcheurs. Dans des locaux adaptés aux exigences du , la cour d'appel de Rennes a pu reprendre l’activité qu’elle y déployait depuis près de deux siècles. L'ensemble des autres juridictions a rejoint la cité judiciaireSur la cité judiciaire de Rennes, voir Cité judiciaire sur wiki-rennes.fr (avec des photos de l'édifice). à l'architecture très contemporaine, inaugurée en 1983 dans le quartier de la Tour-d'Auvergne, ou d'autres bâtiments encore.

Situation et influence urbaine Le palais et Rennes aujourd’hui

Le palais du Parlement de Bretagne est situé dans le secteur sauvegardé de la ville de Rennes (Quartier Centre), au nord de la Vilaine.

La façade principale du palais, au sud, donne sur la place du Parlement-de-Bretagne. Il est encadré à l’est par la rue Hoche et au nord et à l’ouest par la rue Salomon-de-Brosse. Son adresse officielle est le 6, place du Parlement-de-Bretagne.

Le Parlement est un des symboles forts de la ville. Il est par exemple repris en 2012 dans le logo de l’office de tourisme de RennesPrésentation sur Twitter du nouveau logo de l’Office de Tourisme de Rennes, 17 avril 2012.

Historique de l’implantation et conséquences

La construction du bâtiment (1618) est postérieure à l’implantation du Parlement de Bretagne à Rennes (1585). Rennes est à cette époque toujours entouré de ses murs, laissant peu de possibilités pour construire un bâtiment important. Leur démantèlement progressif à partir de 1609 va accélérer les projets urbains, et le chantier du parlement sera alors le moteur de développement de la ville, dans et hors les murs. De nombreux hôtels particuliers seront construits par les parlementaires, amenant à Rennes l'art de la cour de France.

La construction du palais se fait sur le placis Saint-François, contre les remparts nord de la ville près de la petite porte Saint-François, entre la porte aux Foulons et la tour Le Bât1FI38, 1FI44, etc.. Le palais se démarque des autres constructions de la ville, car isolé : dès sa construction, il est possible d’en faire le tour.

Situé à l’emplacement du cimetière de l’hôpital Saint-Jacques, le placis Saint-François était de forme irrégulière et occupait le tiers nord de la place actuelle jusqu’à l’incendie municipal de 1720. Cet événement permet à Jacques Gabriel de proposer en 1726 la construction d'une place royale sur un format rectangulaire. Elle est qualifiée de « monumentale » du fait de l’espace dégagé par rapport au reste de la ville.

Hormis les noms de rue, l’implantation du palais et de sa place ne changeront pas. La place est renommée successivement place Louis-le-Grand, place de l’Égalité, place Impériale, place du Palais puis finalement place du Parlement.

À l’ouest et au nord, derrière le parlement, la rue de Paris est devenue la rue de Bordeaux en 1726. puis la rue Salomon-de-Brosse entre les deux-guerres. La rue Saint-François est devenue la rue Hoche après son percement en 1885.

Histoire

Un palais royal pour le Parlement de Bretagne Le besoin et le lieu L'histoire du palais du Parlement de Bretagne est intimement liée à celle du Parlement de Bretagne. Depuis l'Acte d'Union qui rattacha la Bretagne à la France en 1532, ce parlement régional se déplaçait entre Vannes, Rennes et Nantes. Ce n'est qu'en 1561 que les sessions du Parlement se fixèrent à Rennes..

Le manque de ressources financières et les guerres de Religion retardèrent la construction du palais royal et les parlementaires siégèrent pendant au couvent des Cordeliers. Ce n'est que lorsque la paix revint, sous le régime d'Henri IV, que de nouveaux fonds furent acquis, des lettres patentes octroyées par le roi en 1609 permettant de lever un nouvel impôt. En 1578, la ville de Rennes est autorisée à lever des impôts en vue de la construction d'un bâtiment pour le parlement, notamment un impôt sur les pots de cidre.

Le choix d'un site pour l'édification du palais du Parlement fut difficile. Les membres du Parlement préféraient être installés intra-muros, tandis que la ville désirait qu'il soit en dehors des murs. Elle proposa comme terrains les jardins de Touriel, situé entre la porte aux Foulons et la porte Saint-Georges, ce qui correspond actuellement à la rue de la Visitation. Par lettres patentes, le roi Henri IV avait donné son accord, mais le Parlement ne céda pas. Le , une commission fut nommée et un an plus tard, le choix fut fait : le palais du Parlement sera construit à la place des jardins situés au sud du couvent Saint-François et des immeubles adjacents à ceux-ci.

Plans Les plans sont d'abord dessinés par l'architecte de la ville Germain Gaultier, associé à Thomas Poussin. Ils présentent un avant-projet en juin 1615, puis deux projets baptisés « grand dessein » et « petit dessein ». Le petit projet est retenu le . Il eut été prévu, d'après les reconstitutions faites en 1979, en façade, de deux pavillons à une seule hauteur d’ouvertures et toit en pointe, reliés par une aile à toiture séparée, avec une implantation générale parfaitement carrée, sans avant-corpsFrançois Loyer, Reconstitution de la façade principale du « petit dessein » de Germain Gaultier, septembre 1617, cité dans . Une commande est faite pour douze colonnes de granit de Cuguen en novembre, et les travaux de terrassement commencent.

Le , sept jours après l'arrivée de Salomon de Brosse à Rennes, le projet est rejeté par le Duc de Brissac et la commission de parlementaires et de membres de la Communauté de ville. Les plans sont revus par de Brosse, architecte royal ayant notamment travaillé sur le Palais du Luxembourg. Salomon de Brosse effectue des petits changements sur les travaux de Germain Gaultier : il reprend la façade du palais et les arcades de la cour mais les façades latérales restent identiques aux plans de Gaultier. Ses plans sont acceptés le , Gaultier devient alors conducteur des travaux. Le terrassement est achevé en septembre.

Chantier

Le , la première pierre est posée.

Germain Gaultier assure alors la direction du chantier. Il doit se rendre à Paris en 1619 et 1620 pour rencontrer l’architecte, revoir les devis et peaufiner les plans. Pour cela la ville lui octroie 200 livres. Les travaux progressent rapidement : le premier étage est atteint au début de 1624, hors de la façade principale, toujours manquanteRosalys Coope, Salomon de Brosse and the development of the classical style in the French architecture from 1565 to 1630, Londres, A. Zwemmer, 1972, , cité dans . Germain Gaultier décède alors, accidentellement, sur son chantier.

Jacques CorbineauL'hypothèse exprimée dans plusieurs ouvrages dont celui de J.-M Richard selon laquelle la construction est alors reprise par Étienne Corbineau, entrepreneur lavallois est erronée. La signature du devis de 1627 n'est pas celle d'Étienne Corbineau, et le nom de l'architecte lavallois ne figure dans aucun des documents. Jacques Salbert indique qu'il reste possible qu'Étienne Corbineau ait participé au chantier de Rennes, mais sous les ordres de Jacques Corbineau. Étienne Corbineau s'occupe alors jusqu'en 1626 de la construction du Monastère des Ursulines de Laval. est désigné comme son successeur en 1624Bourde de la Rogerie, Germain Gaultier, . par la commission des parlementairesIl écarte les architectes locaux Pierre et Jean Cordier, Olivier Vennier, Thomas Poussin et Antoine Agenyau.. Il est retenu à Rennes du On trouve plusieurs documents à ce sujet : le Devis du bâtiment du pallais dressé par Corbineau architecte nommé en 1624 pour en faire la conduite daté de 1624, mais non signé. Le devis des matériaux nécessaures au bâtiment du oallais daté du 5 septembre 1625 et signé J. Corbineau, le mémoire de ce qui reste à faire du 18 janvier 1627., date de sa désignation au début de l'année 1627, où par défaut de trésorerie le chantier est pratiquement abandonnéIL est possible comme l'indique Bourde de la Rogerie, que Jacques Corbineau soit aidé de Léonard Malherbe, et de Étienne et Pierre Corbineau dont on ne connait pas de travaux à cette période..

Les travaux sont ensuite interrompus par des problèmes de trésorerie, et une épidémie de peste en 1627 ; ils ne reprennent qu'en 1640 sous la direction de Tugal Caris, maître d'œuvre lavallois, puis par Pierre Corbineaules travaux effectuée au Palais du Parlement de Bretagne sont jugés non conformes aux plans, et aux dévis établis par Salomon de Brosse en 1618, et sont abattus en 1647 par ordre du Parlement de Bretagne. Caris est dépossédé de sa charge au profit de Pierre Corbineau.. Le chantier est à nouveau perturbé lors de la fronde parlementaire entre 1648 et 1649 et ce n'est qu'en 1654, que les travaux de gros œuvre sont achevés. Le , la cour et les parlementaires s'y installent. ; le doyen des présidents du Parlement, Claude de Marbeuf, prend possession de l'édifice le , mais la réalisation des décorations intérieures est pleinement achevée en 1709.

Transformations successives du au

En 1720, après le grand incendie de Rennes, le cœur de la ville est reconstruit et le parlement, un des seuls bâtiments à ne pas avoir été détruit par l'incendie, notamment grâce à la mise en place de coupe-feux, se voit attribuer une place royale où trône une statue équestre de Louis XIV, œuvre d'Antoine Coysevox. Le grand escalier qui menait aux étages nobles (le rez-de-chaussée était réservé aux communs et servait entre autres de prison) fut détruit à cette époque car, selon Jacques V Gabriel, l'architecte chargé de la reconstruction de la ville, « le palais doit s'incliner devant la statue de Louis XIV comme les parlementaires devant le roi ». La statue équestre fut détruite durant la Révolution.

Le monument, dans la ville du , offrait certainement un aspect bien différent de ce que l'on voit aujourd'hui. Voici ce qu'écrivait un témoin au début du règne de Louis XVI : Le palais de Juſtice, que les Rennois placent au rang des curioſités de leur ville, eſt d'une ordonnance froide & qui n'a aucun caractère ; il eſt mal couronné. Le (ſoi-diſant) grand Eſcalier eſt petit & mal placéCes phrases reflètent simplement les variations du goût. En 1775, le bâtiment n'était plus "à la mode". La notion de monument historique était alors parfaitement inconnue.. La Cour de l'intérieur eſt d'un ſombre & d'une mal-propreté dégoûtante : elle eſt occupée par des Tonneliers & des Marchands de vin, qui y vendent en détail : rien n'eſt moins noble aſſurément.

Quelques-unes des Salles ſont d'une belle proportion, boiſées & décorées avec goût : De ce nombre eſt le Parquet civil, & la première Chambre des Enquêtes. Les Plafonds de ces Salles ſont traités en Peinture : celui de la Chambre Criminelle a beaucoup de mérite. On remarquera dans les Salles que nous venons de noter, des Cheminées de marbre enrichies de Bas-reliefs, d'une touche fort eſtimable.

D'autres, vingt ans plus tôt, jugeaient le bâtiment d'un autre œil : Le Parlement passe pour l'édifice le plus régulier d'Europe. Sa magnificence intérieure répond à la dignité des lieux vignette|Mention de la cour d'appel sur la porte méridionale.