thumb|right|Représentation moderne de l’emblème de la Legio XV Apollinaris

La Legio XV Apollinaris (litt: Légion XV dédiée à César) fut une légionLe nombre (indiqué par un chiffre romain) porté par une légion peut porter à confusion. Sous la république, les légions étaient formées en hiver pour la campagne d’été et dissoutes à la fin de celle-ci; leur numérotation correspondait à leur ordre de formation. Une même légion pouvait ainsi porter un numéro d’ordre différent d’une année à l’autre. Les nombres de I à IV étaient réservés aux légions commandées par les consuls. Sous l’empire, les empereurs numérotèrent à partir de « I » les légions qu’ils levèrent. Toutefois, cet usage souffrit de nombreuses exceptions. Ainsi Auguste lui-même hérita de légions portant déjà un numéro d’ordre qu’elles conservèrent. Vespasien donna aux légions qu’il créa des numéros d’ordre de légions déjà dissoutes. La première légion de Trajan porta le numéro XXX, car 29 légions étaient déjà en existence. Il pouvait donc arriver, à l’époque républicaine, qu’existent simultanément deux légions portant le même numéro d’ordre. C’est pourquoi s’y ajouta un cognomen ou qualificatif indiquant (1) ou bien l’origine des légionnaires (Italica = originaires d’Italie), (2) un peuple vaincu par cette légion (Parthica = victoire sur les Parthes), (3) le nom de l’empereur ou de sa gens (famille ancestrale), soit qu’elle ait été recrutée par cet empereur, soit comme marque de faveur (Galliena, Flavia), (3) une qualité particulière de cette légion (Pia fidelis = loyale et fidèle). Le qualificatif de « Gemina » désignait une légion reconstituée à partir de deux légions ou plus dont les effectifs avaient été réduits au combat. Dans les textes anciens, les chiffres « 4 » et « 9 » sont rendus par « IIII » et « VIIII » plutôt que par « IV » et « VIIII » (Adkins (1994) ). de l’armée romaine recrutée en 53 av. J.-C par Jules César en Gaule cisalpine. Faisant partie des forces de César lorsque celui-ci franchit le Rubicon, elle fut envoyée en Afrique où elle fut détruite en 49/48 avec deux autres légions sous les ordres d’un lieutenant de César, le général CurioMeier (1982) ..

La légion devait être reconstituée (ou une autre légion portant le même numéro d’ordre devait être créée) sous le successeur de César, Octave (le futur empereur Auguste), pour lutter contre Pompée qui, réfugié en Sicile, menaçait l’approvisionnement en blé de la capitale. Après la bataille d’Actium (31 av. J.-C.), la légion fut envoyée en Illyrie où elle demeura près de quarante ans. À la suite du désastre de la forêt de Teutoburg en 9 apr. J.-C. la légion fut transférée à Carnuntum jusqu’à ce qu’en 62 ou 63, elle soit envoyée en Orient pour surveiller la région après les campagnes du général Corbulo contre les Parthes.

Sous le futur empereur Titus, elle joua un rôle important dans la conquête de la Judée et la prise de Jotapata et de Jérusalem avant de retourner à Carnuntum. Par la suite, elle prit part aux guerres des empereurs Domitien et Trajan contre les Daces, puis aux campagnes de ce dernier contre les Parthes. Elle devait rester en Orient, basée à Satala dans le nord-est de la Cappadoce, pour protéger la frontière entre les deux empires. Elle prit part à presque toutes les guerres livrées par Rome contre les Parthes d’abord, puis contre leurs successeurs, les Sassanides. Nous avons peu d’information sur les faits et gestes de la légion après la capture de l’empereur Valérien par sauf qu’elle devait encore se trouver à Satala au début du .

Son emblème ne nous est pas parvenu. Toutefois, selon LenderingLendering (2002) para 21., celui-ci devait être soit le dieu Apollon, soit le griffon, animal qui lui était consacré. Selon Dando-Collins, le fait que la palme, symbole de victoire, apparaisse sur plusieurs pièces de monnaie à partir du porterait à croire que ce symbole se serait substitué ou aurait été ajouté au premier Dando-Collins (2010) ..

Histoire de la légion

Sous la république

Une Legio XV fut levée par Jules César en 53 av. J.-C. en Gaule cisalpine et formée en Gaule par Titus Labienus. Ses premières campagnes furent conduites au cours de la guerre des Gaules contre les Iapydes, peuplade de Norique qui avaient envahi certaines régions de Gaule cisalpine comme Aquilée et Tergeste (aujourd’hui Trieste). En 50, Le Sénat décida que Pompée et César devaient envoyer chacun une légion préparer la guerre contre les ParthesŠašel Kos (1995) ). Pompée choisit la légion, qu’il avait prêtée à César et ce dernier choisit la Aulus Hirtius, Commentaires sur la guerre des Gaules, VIII, 54, 55., cette dernière étant transférée par le Sénat d’Aquilée à Capoue. Lorsque, l’année suivante, César franchit le Rubicon, rivière marquant la frontière entre l’Italie et la Gaule cisalpine, la légion se rangea à ses côtés. Par la suite, César l’utilisa dans sa campagne d’Afrique où elle fut annihilée avec deux autres légions sous les ordres du général CurloLendering (2002) para 1..

Une nouvelle légion XV devait être recrutée par Octave, héritier de Jules César assassiné en 44 av. J.-C. pour lutter contre le fils du Grand Pompée, Sextus Pompée, qui, réfugié en Sicile, menaçait l’approvisionnement en blé de Rome. Marcus Vipsanius Agrippa, lieutenant d’Octave, devait remporter la victoire décisive sur Sextus Pompée lors de la bataille de Nauloque en l'an 36 av. J.-C.Le Bohec (2017) ..

Ce fut l’époque où les légions commençaient à recevoir un cognomen; Octave attribua à la celui d’Apollinaris, vraisemblablement parce que c’était le dieu qu’il révérait le plusLendering (2002) para 2..

Après la défaite de Pompée, la légion fut probablement envoyée en Illyrie où Octave conduisit une campagne de 35 à 33 av. J.-C. contre les Iapydes (aussi connus comme Giapides ou Japydes), Carnis et Taurisques. Après la bataille d’Actium en 31 av. J.-C. qui devait voir la victoire finale d’Octave sur Marc Antoine, ses vétérans furent établis à Ateste (aujourd’hui Este dans le nord de l’Italie).

Sous les Julio-Claudiens

En janvier 27 av. J.-C., Octave annonça au Sénat qu’il se démettait de toutes ses charges pour redevenir simple citoyen; le Sénat refusa cette démission et, le 16 janvier, lui octroya le titre d’Auguste. On convint en même temps d’un partage du monde romain : le Sénat gouvernerait les provinces les plus riches, alors en paix et par conséquent sans garnison militaire importante, alors qu’Auguste gouvernerait les provinces menacées, c’est-à-dire où se trouvaient les légions; il conservait ainsi le contrôle de l’armée.

thumb|right|Les campagnes de Lucius Domitius Ahenobarbus (3 à 1 av. J.-C.) et de Tibère (4 à 6) en Germanie.

Il est possible qu’Octave devenu Auguste ait utilisé la Legio XV Apollinaris dans la province d’Hispanie tarraconaise de 27 à 19 av. J.-C. au cours de la guerre cantabre, à la suite de quoi la légion retourna en Illyrie (probablement à Siscia (Sisak en Croatie) ou Emona (Ljubljana en Slovénie), endroit où on la retrouve en 6 apr. J.-C. Cette année-là, Tibère prit la tête de huit légions ( de Pannonie, et Legio XV Apollinaris d’Illyrie, de Rhétie, , et de Germanie supérieure plus une légion dont le nom n’est pas connu) pour attaquer Marobod, le roi des Marcomans, par le sud, alors que les légions , , XVII, XVIII et XIX Augusta devaient attaquer en suivant l’Elbe. Au total, il s’agissait de la moitié des forces dont disposaient Rome et aurait été l’une des plus imposantes campagnes jamais menée par l’armée romaineLe Bohec (2017) .. Elle ne devait cependant pas se réaliser, une grande révolte illyrienne obligeant Tibère à signer à la hâte un traité avec Marobod pour se concentrer sur la Pannonie où la Legio XV Apollinaris le suivit Lendering (2002) para 5..

thumb|left|Le limes danubien et les campements romains établis le long du fleuve.

Le désastre de Teutobourg en 9 apr. J.-C. qui vit la perte des , et légions ainsi que celle de trois ailes de cavalerie et de six cohortes de troupes auxiliaires, obligea à une réorganisation en profondeur des troupes en Germanie supérieure et en PannonieLe Bohec (2017) .. La Legio XV Apollinaris fut alors envoyée soit à Emona (aussi appelée Colonia Julia, aujourd’hui Ljubljana)Lepelley (2001) , soit à Vindobona (aujourd’hui Vienne)Lendering (2002) para 6., la première hypothèse demeurant la plus vraisemblableKos (1995) ..

Lorsqu’Auguste mourut à l’été 14 apr. J.-C., la légion avait déjà été transférée à Carnuntum (aujourd’hui Petronell-Carnuntum en Autriche). Après le décès de l’empereur les trois légions de Pannonie (la Legio VIIII Hispana, la Legio XV Apollinaris et la ) se révoltèrent, exigeant de meilleures conditions de service ; Julius Caesar Drusus les rencontra à Emona en septembre et parvint sans trop de difficultés à négocier un compromis Tacite, Annales, I, 25-28..

À Carnuntum, la principale tâche de la légion fut de surveiller les Marcomans établis de part et d’autre du DanubeMócsy (1974) .. Ce qui n’était d’abord qu’un campement militaire, devint rapidement une bourgade grâce à la population civile qui s’établit aux alentours (canabae legionis); l’empereur Claude devait y fonder la Colonia Claudia Savaria (aujourd’hui Szombathely en Hongrie) pour y établir les vétérans de la légionMócsy (1974) ..

Il est possible qu’un détachement de la légion ait servi au début du à Lauriacum (aujourd’hui Enn en Autriche), mais ceci repose uniquement sur des briques portant la marque de la légion trouvées à Stopfenreuth et à CannabiacaPetrovitsch (2006) ..

thumb|right|Carte des mouvements de troupes durant les deux premières années de la guerre arméno-parthe de 58-63 ap. J.-C. montrant l'offensive romaine en Arménie.

De 58 à 64, sous l’empereur Néron (r. 54-68) Cnaeus Domitius Corbulo conduisit une grande campagne contre les Parthes. Même si les véritables combats furent le fait des légions , , , et , la Legio XV Apollinaris fut envoyée en Syrie, en 62 ou 63 probablement pour surveiller la province d’Arménie nouvellement conquise. Elle fut alors remplacée à Carnuntum par la Legio X GeminaLendering (2002) para 7.Tacite, Annales, 15, 25, 3..

Par la suite, la légion devait être stationnée pour une courte période à Alexandrie sous les ordres du futur empereur Titus (r. 79-81) alors légat en Judée. Sous son commandement, la légion prit part à la répression de la révolte juive en Galilée et en Judée ayant débuté en 66. Arrivée à Ptolémaïs, elle devait participer à la prise de Jotapata pendant l’été 67 par Vespasien après un siège de 47 jours. C’est dans cette ville que fut capturé le leader juif et futur historien romain Flavius Joseph qui nous laissa une description de la tactique et des armes de guerre de l’armée romaineFlavius Joseph, Guerre des Juifs, III,7.. Elle participa également à la prise des villes de Iapha, Gischala, Tiberias et Gamala. Avec la Legio V Macedonica, elle combattit sur le front occidental, pendant que la Legio X Fretensis faisait de même dans la vallée du JourdainLendering (2002) para 8..

Pendant l’Année des quatre empereurs et sous les Flaviens

La fin du règne de Néron fut marquée par la révolte de plusieurs généraux, lesquels, après le suicide de l’empereur, le 9 juin 68, tentèrent de s’emparer du pouvoir. De juin 68 à décembre 69, quatre empereurs se succédèrent sur le trône : Servius Sulpicius Galba, gouverneur de l’Hispanie tarraconaise (juin 68-jan 69), Marcus Salvius Othon, gouverneur de Lusitanie (jan 69 – avril 69), Aulus Vitellius, commandant des légions de Germanie inférieure (avril – déc. 69) et Titus Flavius Vespasien (déc. 69-juin 79), proclamé par les légions d’Orient et fondateur de la dynastie des Flaviens.