La Planète des vampires () est film de science-fiction horrifique italo-ibérique coécrit et réalisé par Mario Bava, sorti en 1965. Il s’agit de l’adaptation de la nouvelle (1960) de Renato Pestriniero et du premier film de science-fiction qui, en Italie, a été interdit aux mineurs.

Le film se déroule dans un proche futur. Les vaisseaux spatiaux Argos et Galliot sont envoyés en mission d'exploration sur la mystérieuse planète Aura. Premier arrivé, le Galliot ne donne plus signe de vie. À l'atterrissage, les membres de l'équipage de l'Argos deviennent fous et commencent à se massacrer entre eux… soit, comme ils l'apprennent rapidement, exactement ce qui est arrivé au Galliot. Les explorateurs se rendent bientôt compte que la planète est habitée par des extraterrestres dénués de corps qui sont prêts à tout pour s'échapper de leur planète à l'agonie.

Doté d'un budget très resserré et mettant en vedette une galerie d'acteurs multinationaux dans des rôles assez austères, ce film de science-fiction dans l'espace n'a pas été très populaire à sa sortie, décourageant Mario Bava à réaliser d'autres films du même genre. Cependant, La Planète des vampires a eu une influence considérable sur les films de science-fiction ultérieurs, au premier rang desquels Alien, le huitième passager (1979) de Ridley Scott, tant au niveau des détails scénaristiques que de la conception des décors.

Synopsis Deux grands vaisseaux interplanétaires, en voyage d'exploration dans une partie inconnue de l'espace, reçoivent un signal de détresse d'Aura, une planète inconnue et inhabitée. Les deux vaisseaux, le Galliot et l'Argos, décident d'atterrir sur ce monde qui semble désolé et mort.

Pendant la descente vers la surface, les membres de l'équipage de l'Argos sont soudain possédés par une force inconnue qui pousse tous les hommes et femmes du vaisseau à s'entretuer. Seul le capitaine Markary a la volonté de résister et parvient à réveiller les autres membres de l'équipage de leur violent état hypnotique.

Après l'atterrissage de l'Argos, ne recevant plus de nouvelles du Galliot, l'équipage se pose à la surface de la planète à la recherche de son vaisseau jumeau. L'atmosphère qui les entoure est froide, sinistre, aseptisée. Lorsqu'ils arrivent enfin en vue du vaisseau jumeau, ils découvrent avec horreur que tous les membres de l'équipage sont morts, s'étant apparemment assassinés les uns les autres. Parmi eux se trouve Toby Markary, le jeune frère du capitaine.

Certains des corps des compagnons sont remontés et enterrés, tandis que d'autres restent enfermés à l'intérieur du Galliot. Le temps d'aller chercher les outils pour pénétrer dans le vaisseau, les corps disparaissent mystérieusement.

Certains membres de l'équipage de l'Argos disparaissent également et sont retrouvés morts. Alors que les cadavres gisent encore dans les couloirs du navire, Tiona, l'une des femmes de l'équipage, les voit à nouveau debout, marchant dans les couloirs. Les hommes sont paniqués et Markary leur ordonne de faire ce qu'ils peuvent pour échapper à Aura mais, malheureusement, les dégâts subis lors de l'atterrissage du vaisseau sont tels qu'ils ne peuvent pas décoller immédiatement. Pendant ce temps, les morts continuent.

En explorant la planète, Wes découvre les ruines d'un vaisseau spatial à quelques kilomètres de l'Argos. Markary, Sanya et Carter décident d'enquêter. A l'intérieur du vaisseau extraterrestre, ils découvrent les squelettes d'un immense équipage humanoïde, mort depuis longtemps. D'autres vaisseaux ont donc été trompés par le signal de détresse et ont manifestement trouvé la mort sur Aura. Lors de l'inspection à l'intérieur du vaisseau extraterrestre, le capitaine Markary et Sanya sont pris au piège pendant un moment, puis parviennent à s'échapper. De retour à l'extérieur, ils constatent que Carter a inexplicablement disparu.

Les membres de l'équipage du Galliot se réveillent et sortent de leur tombe. Deux d'entre eux, Kier et Sallis, s'introduisent dans l'Argos afin de voler le dispositif qui permet à l'astronef d'éviter les collisions avec les météores dans l'espace, sans lequel les deux vaisseaux ne peuvent entreprendre de longs voyages spatiaux. Kier parvient à s'échapper, tandis que Sallis est arrêté par Markary qui, en ouvrant son uniforme, constate que le corps est en décomposition. Sallis apprend alors que les corps sont manipulés par les Aurans, les premiers habitants de la planète, qui ont besoin des corps humains pour reprendre vie. Sallis explique qu'il n'est pas nécessaire de tuer le corps hôte, il suffit d'affaiblir sa volonté, et propose également que les deux espèces vivent en symbiose, en accueillant les Aurans sur la planète d'origine des deux vaisseaux. Markary, cependant, refuse avec indignation une telle offre.

Avec tout l'équipage du Galliot sous leur contrôle, ces êtres parasites ont l'intention d'abandonner leur monde à l'agonie. Markary est déterminé à les arrêter et à abandonner la planète. Avec les survivants, il prend donc d'assaut le vaisseau, récupère le précieux dispositif anti-météores et place des charges explosives pour faire sauter le Galliot. Les pertes sont très lourdes et seuls les derniers survivants, Wes, Sanya et le capitaine Markary, parviennent à décoller, laissant la planète derrière eux.

Alors qu'ils sont maintenant dans l'espace, Wes découvre que ses deux derniers compagnons ont eux-mêmes été infectés. Dans une dernière tentative désespérée pour les arrêter, il décide de saboter Argos elle-même, et se fait électrocuter par l'explosion du dispositif anti-météores. Le capitaine Markary et Sanya, les deux derniers membres de l'équipage, ou plutôt les deux Aurans qui ont pris le contrôle, incapables d'effectuer un long voyage dans l'espace, décident de descendre sur la planète la plus proche, bien que petite et arriérée : la Terre.

Fiche technique Titre original : Titre espagnol : Titre français : La Planète des vampires Réalisation : Mario Bava, assisté de Lamberto Bava et Serena Canevari Scénario : Mario Bava, Alberto Bevilacqua, , Antonio Román et Rafael J. Salvia, d'après la nouvelle de Renato Pestriniero Décors : Giorgio Giovannini Costumes : Gabriele Mayer Photographie : Antonio Perez Olea, Antonio Rinaldi et Mario Bava (Non crédité) Montage : Romana Fortini et Antonio Gimeno Musique : Production : Fulvio Lucisano, Salvatore Billitteri, Mario Silvestri, Alberto Alvarez de Cienfuegos, Antonio Román Sociétés de production : Italian International Film (Rome), Castilla Cooperativa Cinematografica (Madrid) Pays d'origine : / Langue originale : italien Format : 1,85:1 - Technicolor Genre : science-fiction horrifique Durée : 88 minutes Dates de sortie : Italie : Espagne : France : (télévision) Interdit aux moins de 12 ans

Distribution Barry Sullivan : le capitaine Mark Markary Norma Bengell : Sanya Ángel Aranda : Wes Evi Marandi : Tiona : Bert : Keir Stelio Candelli : Brad : Toby Markary Mario Morales : Eldon Ivan Rassimov : Carter Massimo Righi : le captaine Sallis Fernando Villeña : Karan

Production vignette|Fulvio Lucisano (ici en 2011), le producteur principal du film. Mario Bava avait réalisé le premier film de science-fiction italien sérieux avec Le danger vient de l'espace (1958), mais avec un box-office de , cette première œuvre était trop terre-à-terre et trop documentaire pour enthousiasmer le public ou pour établir avec succès un nouveau genre cinématographique italien. Son second film de science-fiction horrifique Caltiki, le monstre immortel (1959), n'avait rassemblé que .. L'année suivante, Antonio Margheriti a inauguré plusieurs films de SF à petit budget avec Le Vainqueur de l'espace (1960), qui n'a fait qu'environ . Pourtant, Margheriti ne se laissera pas décourager et il réitérera son incursion dans le genre avec La Planète des hommes perdus (1961), puis avec une tétralogie de quatre films de science-fiction intitulée « Gamma Un » qui sortiront entre 1966 et 1968.

Selon son biographie américain Tim Lucas, la première tentative de Mario Bava dans le monde du western, Arizona Bill (1964), l'a rendu impatient de retourner vers son genre de prédilection : le fantastique. L'un des livres qui est passé entre les mains de Bava pendant qu'il tournait son western était Interplanet , une anthologie de nouvelles de science-fiction. L'une de ces nouvelles, à l'ambiance particulièrement atmosphérique et impressionniste, était de Renato Pestriniero, originellement publié en dans le magazine Oltre il cielo. Bava contacte alors Pestriniero pour acquérir les droits de la nouvelle, avant même de contacter un producteur. Pestriniero lui vend les droits pour . Dans les premiers mois de 1964, Bava montre au producteur Fulvio Lucisano d'Italian International Film et propose d'en faire un film intitulé Il mondo dell'ombra. Lucisano avait récemment établi un partenariat avec une société de production madrilène, Castilla Cooperativa Cinematográfica, propriété du réalisateur Antonio Román qui s'en servait pour produire ses propres films comme El sol en el espejo (1963) ou Intrigue diabolique (1964) dans lesquels figurent son épouse Yvonne Bastién. En parallèle de son partenariat avec Castilla Cooperativa Cinematográfica, Fulvio Lucisano cherchait à conclure un arrangement semblable avec une société américaine ; pour ce faire, il contacte Samuel Z. Arkoff et James H. Nicholson d'American International Pictures. American International Pictures avait connu un grand succès commercial au début des années 1960 en distribuant aux États-Unis Le Masque du démon (1960) et Les Trois Visages de la peur (1963) de Bava, ainsi que des dizaines de films italiens de moindre importance, dont plusieurs péplums. Arkoff et Nicholson ne sont donc que trop heureux de la proposition de Lucisano de s'associer avec Italian International Films.

Lucisano envoie d'abord une copie de l'histoire de Pestriniero à Antonio Román de Castilla Cooperativa Cinematográfica, qui élabore un scénario approximatif avec l'aide de Rafael J. Salvia, scénariste (et réalisateur occasionnel) avec une filmographie nourrie depuis 1951, dont le drame Le Judas d'Esparraguera (1952) d'Ignacio F. Iquino, la comédie familiale à succès Une famille explosive (1962) de Fernando Palacios ou le western Torrejón City (1962) de León Klimovsky. American International Pictures fournit également les services d'un scénariste, Ib Melchior (dont les films précédents incluent les séries B La Planète rouge, Reptilicus le monstre des mers ou Robinson Crusoé sur Mars) mais uniquement pour traduire et retravailler les dialogues dans la version anglophone calibrée pour le public américain.

Attribution des rôles vignette|gauche|L'actrice Evi Marandi en 1970. La distribution des rôles est réellement multinationale : l'acteur espagnol Ángel Aranda avait déjà joué dans des coproductions italiennes telles que Le Colosse de Rhodes (1961) ou Les Derniers Jours de Pompéi (1959). La Brésilienne Norma Bengell avait déjà joué aux côtés d'Alberto Sordi dans Mafioso (1962) d'Alberto Lattuada, mais elle était surtout connue pour son rôle dans La Parole donnée d'Anselmo Duarte, Palme d'or au festival de Cannes 1962. Elle se souvient de Mario Bava comme d'un « homme gentil et très drôle », mais elle a aussi donné une anecdote pénible du tournage : « Il avait trois ou quatre bassets qui étaient sur le plateau tous les jours. Ils nous détestaient [les acteurs] et pissaient tout le temps dans nos bottes de travail ! ». L'actrice Evi Marandi était une actrice grecque naturalisée italienne qui avait étudié à l'Actors Studio de New York. Outre de nombreux petits rôles de figuration, elle avait joué dans le western Trois Dollars de plomb de Pino Mercanti l'année précédente.