Lîle des Embiez (leis Embiers en provençal selon la norme classique ou leis Embiés selon la norme mistralienne, signifiant « l'ensemble des deux »Lou tresor dóu Felibrige, édition CPM 1979, vol. 1 p. 864) est une île française située à un kilomètre de Six-Fours-les-Plages près de Toulon. Elle est formée par la réunion des îles de la Tour Fondue (en fait, « fendue ») à l'Ouest et Saint-Pierre ou de la Pinède à l'Est, reliées par des limons et des alluvions.

D'une superficie totale de 95 hectares environ, l'île des Embiez constitue l'élément principal de l'archipel des Embiez. Sur les alluvions reliant la Tour Fondue et Saint-Pierre ont été créés des marais salants dans lesquels, après la cessation de leur activité en 1937, a été creusé à partir de 1960 l'actuel port Saint-Pierre facilement accessible à partir du port du Brusc.

Histoire Antiquité Des fouilles archéologiques réalisées en 1976 sur la côte nord de la Tour Fondue de l'île des Embiez, ont montré une fréquentation de l'île dès le De la vaisselle grecque de Marseille et des vestiges d'une alimentation à base de poissons et de fruits de mer ont été trouvés. Il s'agit probablement d'un campement de pêcheurs ou d'une escale de navigateurs.

Des fouilles sous-marines entreprises en 1998 au large de la Tour Fondue ont montré l'existence de plusieurs épaves : une ou peut-être deux épaves massaliotes et une gréco-italique. Les restes des amphores massaliètes remontent aux , tandis que ceux du chargement gréco-italique remontent à la fin du ou au début du Dans ce dernier chargement ont été également trouvés les restes d'un squelette humain analysé par un laboratoire de Draguignan.

Il n'est pas impossible que l'archipel des Embiez corresponde à l'antique port grec d'Aemines cité, notamment, dans l'Itinéraire d'Antonin.

Moyen Âge Après les multiples invasions des pirates sarrasins du , les lieux deviennent plus sûrs ; les moines de l'abbaye Saint-Victor de Marseille exploitent alors des salins. La très faible profondeur de la mer entre les deux îles permettait de réaliser facilement les tables salantes par la construction de murets de pierres sèches. Dès 1068 les moines de Saint-Victor tiraient du sel de cette île.

Grégoire XI, dernier pape d'Avignon, ramène le siège de la papauté à Rome. Le la flottille pontificale quitte Avignon et remonte la Durance (la Durance n'est toujours pas navigable) et débarque à Orgon. De là, par voie de terre, la caravane gagne Marseille par Salon, Saint-Maximin et Auriol (curieux itinéraire qui suppose un passage par Aix-en-Provence et implique un large crochet dans le Var jusqu'à Saint-Maximim-la-Sainte-Baume avant de redescendre sur Auriol et Aubagne, et enfin rejoindre Marseille par l'Est). Le le pape quitte Saint-Victor et s'embarque pour Rome. Le mauvais temps oblige la flotte à relâcher dans la calanque de Port-Miou le . Après un nouveau départ, les bateaux sont obligés de se mettre à nouveau à l'abri : le lieu de cette nouvelle escale qui a lieu du 4 au varie suivant les auteurs. Il s'agirait pour certains de Sanary, qui s'appelait à l'époque Saint-Nazaire, pour d'autres ce serait l'île des Embiez qui était exploitée par les moines de Saint-Victor.

Seigneurie des Embiez

En 1593 le roi Henri IV fait des Embiez un fief confié à la famille Lombard de Six-Fours qui prend le titre de seigneur de Sainte-Cécile. Les nouveaux seigneurs doivent fortifier l'archipel des Embiez et entreprennent en 1602 la construction d'un château. En 1695, après la visite de Vauban, sera construite une batterie qui prendra le nom de Saint-Pierre.. Cette batterie peu entretenue sera remise en état en 1791 et on lui adjoindra une batterie secondaire, dite de « l'île des Ambiers ». Ce n'est que plus tard, en 1862, que l'on construira le fortin Saint-Pierre actuellement occupé par le musée et le laboratoire de biologie marine.

Exploitation du sel et de la soude Après diverses successions le domaine de l'île des Embiez échoit à Michel de Sabran, baron de Baudinard et seigneur de Montblanc. Il appartient à la maison de Sabran, illustre famille de Provence d'extraction chevaleresque, à laquelle appartient le couple mystique Elzéar de Sabran et Delphine de Sabran. La production de sel est irrégulière et souvent interrompue. À la Révolution, l'île est déclarée bien national. thumb|300px|left|Salins des Embiez. La production de sel se maintient, mais est relancée au début du . En effet vers les années 1820/1830 le développement des besoins en soude entraîné par la fabrication du savon à Marseille est tel que la « soude verte » fabriquée à partir des plantes (Salicorne, Salsola) ne suffit plus. Les savonniers de Marseille s'intéressent alors à la soude artificielle produite par le procédé Leblanc.. En 1827, les propriétaires des Embiez, un certain Cagniard, de Marseille, désire utiliser ce nouveau procédé pour fabriquer de la soude à partir du sel produit dans l'île. Il obtient l'autorisation par ordonnance du du roi Charles X. Le procédé consiste à décomposer le sel marin par de l'acide sulfurique, ce qui produit du sulfate de soude avec dégagement d'acide chlorhydrique qui doit être soigneusement récupéré. Le sulfate de soude est ensuite traité par du charbon et de la craie pour obtenir le carbonate de soude. La fabrique fonctionne correctement pendant les trois premières années, puis, après un changement de propriétaire, la récupération du gaz chlorhydrique devient très défectueuse d'où de nombreuses plaintes dues aux dégâts sur la végétation environnante (figuiers, oliviers, vignes ...) sans parler des graves répercussions sur la santé des populations. L'usine de fabrication de soude est fermée définitivement par arrêté préfectoral du .

La production de sel se poursuit. À partir de 1872 la famille de Greling, propriétaire de l'île reprend l'exploitation des salins. En 1920, Ferdinand de Greling vend le domaine à la Société des Salins et pêcheries d'Hyères, dont le gérant est Pierre Gérard auquel succède son frère Émile. Les tables salantes sont au nombre de dix-neuf et s'étendent sur de longueur et de largeur pour une superficie de trois hectares et demi. La récolte annuelle est d'environ en 1927, mais face à la concurrence des sites d'Aigues-Mortes ou des salins de Giraud, l'entretien et la gestion de ce petit site s'avèrent coûteux. La production baisse régulièrement pour atteindre en 1934 et en 1937, dernière année de production.

vignette|Les Embiez avec son port de 750 anneaux, ses commerces, ses hébergements, ses restaurant et sa nature. L’île, dépourvue de sources permanentes, a longtemps été un pâturage salé accessible à gué depuis la presqu’île du Gaou. En 1938, un marin amateur de plongée, Philippe Tailliez, y rencontre un chasseur sous-marin de Sanary déjà réputé, Frédéric Dumas, et, un peu plus tard, y revient avec Jacques-Yves Cousteau. Le trio Tailliez-Cousteau-Dumas (que Tailliez surnommera en 1975, lors d’un anniversaire aux Embiez, « les Trois Mousquemers ») marquera l’histoire de la plongée.

Pendant la Seconde Guerre mondiale, se trouvant en congé d’armistice et disposant donc de temps, ils réalisèrent en 1942, avec des moyens de fortune et en apnée, aux Embiez et à la balise proche des Magnons, le premier film sous-marin français : Par dix-huit mètres de fond. On ne pouvait, pendant la guerre, plonger qu’avec l’autorisation de l’occupant et les deux marins allemands chargés de surveiller le trio pendant le tournage campaient sur une plage face à la balise des Magnons : la « plage des Allemands ». Ce film sera suivi l’année d’après par Épaves, cette fois avec le scaphandre autonome « Cousteau-Gagnan » inventé pour l’occasion, et avec les fonds de l'entreprise de renflouage marseillaise Marcellin. Pendant les dix années qui suivent la guerre, l’île n'est plus qu’un pâturage à chèvres.

En 1958, l’entrepreneur Paul Ricard achète l’île, et l’aménage dans les décennies qui suivent. Aujourd’hui l’île compte plusieurs hôtels et appartements disponibles à la location ainsi que de nombreux restaurants. Son port compte 750 anneaux et peut accueillir 150 bateaux en escale par jour.

Milieu naturel Géologie

L'île des Embiez est essentiellement constituée par des terrains métamorphiques et des alluvions. La majeure partie de ces terrains sont des phyllades de la série inférieure de Six-Fours ; une faible partie de quartzites constitue une bande de terrain allant du château à la tour de la pointe de Cougoussa où se trouve le point culminant de l’île, le Baou de Cougoussa (+ 64.1 m). Entre les îles Saint-Pierre et de la Tour Fondue, les deux anciennes îles constituant celle des Embiez, se trouvent des alluvions récentes et des limons rubéfiés interglaciaires Riss-Würm dans lesquels ont été réalisés les anciens marais salants et le port de plaisance. Au sud de l’île, en arrière de la crique située entre la pointe de Cougoussa et celle du Grand Gaou, se trouve une petite zone d’alluvions de la moyenne terrasse de la glaciation du Riss.

Climat Le climat est typiquement méditerranéen avec des étés chauds et secs et des hivers doux. Les températures moyennes sont de 28 à en juillet-août et de 11 à 14° en hiver. La pluviométrie moyenne est de 300 à par an.

Végétation La végétation est typique du milieu méditerranéen avec des plantes halophiles, xérophiles et héliophiles qui s'adaptent respectivement aux milieux salés, à la sécheresse et à l’ensoleillement prononcé. On peut distinguer les zones suivantes :

Île de la Tour Fondue vignette|L'île des Embiez, avec sa pinède côté Canoubié.

Cette zone nord-est de l'île des Embiez est celle où l'on rencontre une formation arbustive composée essentiellement de pins d'Alep (Pinus halepensis), une des essences les plus typiques du milieu méditerranéen. Il est reconnaissable à son écorce lisse et gris argenté, puis crevassée, épaisse, rouge-brun assez foncé et riche en tanin qui servait, avant l'utilisation du nylon, à teindre les filets de pêche en fil de coton ou chanvre pour éviter leur pourrissement. Il y a également le chêne vert (Quercus ilex), mais sous forme arbustive, qui constituait la forêt climacique, c'est-à-dire la forêt qui existerait sans la pression humaine. Un autre arbuste fréquent est le chêne kermès (Quercus coccifera) qui tire son nom d'une espèce de cochenilles (Kermes vermilio) dont les femelles se fixent sur les rameaux : elles étaient autrefois récoltées pour fabriquer une teinture écarlate.

Les autres espèces arbustives rencontrées sont : le ciste à feuille de sauge (Cistus salviifolius), le filaire à feuille étroite (Phillyrea angustifolia), le pistachier lentisque (Pistacia lentiscus), l'oléastre (Olea europea), le romarin (Rosmarinus officinalis), le fragon petit houx (Ruscus aculeatus) et le genévrier de Phénicie (Juniperus phoenicea).

La strate herbacée est composée essentiellement des plantes suivantes : Brachypode rameux (Brachypodium retusum) ou Baouque en provençal, Hélianthème à goutte (Tuberaria guttata), Trèfle des prés (Trifolium pratense), Trèfle rampant (Trifolium repens), Silène de France (Silene gallica), Oseille commune (Rumex acetosa), Scille d'automne (Scilla autumnalis) ou Jacinthe étoilée, l'Orchis à longues bractées (Loroglossum longibracteatum ou Barlia robertiana)

Façade ouest et sud