Canis lupus hodophilax, connu sous le nom de loup du Japon (, , ou encore sous le nom de loup de Honshū, est une sous-espèce éteinteEndo H et al. (1997) Osteometrical and CT examination of the Japanese wolf skull. J Vet Med Sci 59: 531-538. de l’espèce canis lupus, autrefois endémique aux îles de Honshū, Shikoku et Kyūshū au Japon.
Craint et vénéré par les populations locales, l’introduction de maladies telles que la rage sur l’archipel, ainsi que de mauvaises politiques mises en place au cours de la restauration de Meiji ont entraîné sa persécution, puis son extermination totale au début du , avec celle du loup d’Hokkaidō (Canis lupus hattai). Si des observations bien documentées de canidés similaires ont été rapportées depuis lors et suggèrent une survivance de cette population de loups, des doutes persistent en raison de facteurs environnementaux et comportementaux....
Des restes découverts datant de la période Jōmon ainsi qu’un séquençage génétique indiquent que cette sous-espèce divergerait très nettement des populations actuelles de loups, notamment par ses dimensions plus petites que celle des autres sous-espèces. Plus proche du chien domestique (Canis lupus familiaris), il est supposé que tous deux partageraient une origine commune en Asie de l’Est.
Noms et étymologies Dénomination binomiale et vernaculaires
Le nom binomial de Canis lupus hodophylax, originellement désigné sous le nom de Canis hodopylax traduit en français sous l’ancienne dénomination vernaculaire de chien hodophile, provient du grec ancien hodos (ὁδός ; chemin) et phylax (φύλαξ ; gardien). Cette dénomination particulière fait référence à l’Okuri-inu, du folklore japonais représentant des loups protecteurs des voyageurs.. Le nom vernaculaire « Loup du Japon » correspond à la première dénomination utilisée par Temminck pour décrire l’animal. Le nom vulgaire « Loup de Honshū » lui est souvent attribué dans l’optique de la différencier du loup d’Hokkaidō.
Dénominations locales : ōkami et yamainu gauche|vignette|Illustration de lōkami (狼), à gauche, et du yamainu (犲), à droite, dans le kinmō-zui au . gauche|vignette|Illustration de l'ōkami et du yamainu par Kawahara Keiga.
Le terme Nihon ōkami (« loup du Japon ») est apparu à l’époque Meiji pour désigner l’animal. Dans les textes antérieurs à cette période, il disposait de nombreuses dénominations locales., où il était notamment associé à un grand chien avec plusieurs dénominations comme ōkami, oinu ou ōinu.
Avant la fin de la période Édo, l’espèce était considérée comme deux entités distinctes par la population. Certains individus, bruns et chétifs, étaient associés à une espèce de chiens sauvages malfaisants, confondus avec les chiens errants et les dholes illustrés dans les encyclopédies sino-japonaises, désignés sous le nom de yamainu (山犬, 山狗, 野犬, 犲 ; « chien des montagnes »), un terme qui désignait un chien qui ne vit pas auprès des hommes, en opposition à l’ieinu (家犬 ; chien de maison), sans toutefois désigner clairement de quelle espèce animale il s’agissait. D’autres, plus grands, au pelage d’un brun-gris pouvant aller jusqu’à un gris-blanc argenté, étaient associés à des divinités, vénérés sous le nom de ōkami, qui dérive de l’ancien japonais öpö-kamï (大神), pouvant signifier « grand esprit »., de par son association aux divinités des montagnes, notamment le Yama-no-kami dans la religion shintō, ou bien « grand chien », ou encore « grande morsure » (ōkami ou ōkame)..Dans la période contemporaine, la dénomination de ōkami désigne un animal dans le sens de « loup » tel qu’il est dans la conception occidentale. Yamainu est devenu un nom peu utilisé, les chiens errants étant désignés sous le terme de yaken (野犬) et les dholes empruntant la dénomination occidentale sous l’appellation de dōru (ドール). Pour autant, les chercheurs s’accordent à dire aujourd’hui que les termes yamainu et ōkami référeraient tous deux à l’espèce Canis lupus hodophilax, malgré les confusions entretenues par le terme yamainu.. Cette vision particulière de l’espèce pose de nombreux problèmes dans son identification et sa classification. De ce fait, tout reste d’un quelconque canidé sauvage retrouvé sur l’archipel japonais, plus particulièrement ceux étiquetés comme étant des yamainu, fait l’objet d’analyses ostéologiques et génétiques poussées, de sorte que l’on puisse savoir avec exactitude s’il s’agissait bien d’un loup, d’un chien errant ou bien d’un hybride des deux.
Répartition
Le loup du Japon habitait les îles de Kyūshū, Shikoku et Honshū., et était absent de celles d’Hokkaidō, où résidait l’autre sous-espèce Canis lupus hattai. Les restes d'un spécimen de loup vieux de découverts dans la région de la rivière Yana, sur la côte nord de la Sibérie arctique, ont révélé un haplotype d'ADN mitochondrial correspondant à celui du loup japonais. Cela indique qu'ils partageaient un ancêtre commun. et une répartition géographique plus étendue.
Caractéristiques physiques vignette|Illustration du Loup du Japon par Philippe de Siebold dans le volume 5 de « Fauna Japonica » (1838).
Le Canis hodophilax, décrit par Temminck en 1839, était plus petit que le loup gris commun (Canis lupus lupus), notamment au niveau de la taille des pattes. Son pelage était décrit comme court et lisse, mais dont la couleur différait peu de celle du loup d’Europe.. Dans l’iconographie japonaise, ancienne et contemporaine, le loup du Japon est souvent représenté avec un pelage brun.
La sous-espèce était plus petite que le loup d’Hokkaidō et les autres populations de loups gris du continent eurasien et nord-américain.. Il mesurait entre 56 et 58 cm au garrot.. À ce titre, il était décrit comme la plus petite sous-espèce de Canis lupus du monde. Cependant, des études ont montré qu’il pouvait atteindre une moyenne de dimensions supérieure à celle du loup d’Arabie (Canis lupus arabs), avec une longueur crânienne moyenne de 200,8 mm, contre une longueur estimée entre 193,1 mm et 235,9 mm pour des individus dont l’âge au moment de la mesure est incertain. Par ailleurs, la M1 (molaire) de la mandibule du loup japonais restait relativement grande par rapport aux autres espèces de canidés..
Dans la littérature japonaise de la période Édo, l’ōkami était décrit, notamment par l’herboriste Ono Ranzan dans son ouvrage Honzō kōmoku keimō (« Aperçu éducatif des études naturelles ») publié en 1803, comme un animal de grande taille, au pelage gris-brun, doté d’une longue queue cendrée avec une extrémité blanche, des pattes palmées et des yeux triangulaires. Le yamainu était, quant à lui, traité comme un animal plus petit, avec une fourrure jaune et des pattes non palmées..
Écologie Les observations de cet animal étaient rares, en raison de nombreux problèmes d’identifications, notamment des confusions avec des chiens errants à cause des termes yamainu et ōkami. De plus, l’espèce s’étant éteinte avant que des études scientifiques approfondies puissent être menées, de nombreuses zones d’ombre subsistent sur son écologie exacte. Les seules informations disponibles proviennent de quelques encyclopédies publiées durant la période Édo.
De nature crépusculaire, le loup du Japon se distinguait du loup d’Hokkaidō par sa tendance à ne pas former de grandes meutes. Il se déplaçait généralement en groupes de 2 à 3 individus, parfois jusqu’à 10. Il chassait principalement de grands ongulés comme les cerfs sika et les sangliers, mais il pouvait aussi s’attaquer à d’autres animaux tels que les macaques japonais, ou encore à de plus petits carnivores comme le renard roux du Japon (Vulpes vulpes japonica) et le chien viverrin du Japon (Nyctereutes viverrinus viverrinus).
Il arrivait aussi qu’il s’approche des zones habitées, où il attaquait des animaux d’élevage tels que les chiens ou les chevaux. Ces attaques étaient particulièrement fréquentes dans la région de Morioka, où l’élevage de chevaux était répandu. Le loup du Japon construisait ses tanières dans des prairies d’herbe à éléphant (Miscanthus sinensis) à flanc de montagne, où il donnait naissance à environ trois petits. Selon la littérature japonaise, ses hurlements étaient si puissants qu’ils pouvaient faire trembler les cloisons en papier des maisons proches.
Le folklore populaire rapporte également que cet animal, d’un naturel très méfiant, avait l’habitude de suivre discrètement les humains qui empiétaient sur son territoire. Ce comportement a été identifié comme le phénomène de l’okuri-inu (送り犬 ; « chien suiveur »), dont le nom et l’interprétation variaient selon les régions du Japon.
Interactions avec l’homme Origines gauche|vignette|Pleine lune à Mushasi, Tsukioka Yoshitoshi, 1890. Comme le lièvre et le tanuki, le loup entretien une relation iconographique privilégiée avec l’astre lunaire, inspiré des croyances populaires chinoises.
Le loup du Japon entretien une certaine relation avec les hommes depuis une période très ancienne : Durant l’époque Jōmon, les dents de loups pouvaient être utilisées pour la confection de bijoux : Sur le site archéologique de Kanazuka, dans la préfecture de Chiba, un pendentif taillé dans une canine supérieure, datant du début de la période a été retrouvé.. Depuis le début de cette période, le chien était déjà domestiqué par les populations présentes sur l’archipel. Connus sous le nom de Jōmon-ken (縄文犬), ces chiens, utilisés comme chiens de chasse, mesuraient environ 45 cm de hauteur au garrot, rapetissant au fil du temps, jusqu’à atteindre une quarantaine de centimètres vers la fin de la période.
Au cours de la période Yayoi, une nouvelle population de chiens en provenance du continent, s’installa avec les populations immigrées au Japon, désigné sous le nom de Yayoi-ken (弥生犬). Toutefois, si ces deux populations différaient morphologiquement, elles étaient toutes deux issues des loups domestiqués en Asie. Aucune preuve morphologique ou génétique ne permet alors de penser que le loup du Japon aurait été domestiqué au sein de l’archipelYamazaki Kyomi, « Inu », dans *Jōmon jidai no kōkogaku 5 - Nariwai shokuryō seisan no gijutsu*, Dōseisha, 2007, p. 211..
Le loup comme un messager divin
De fortes croyances animistes autour du loup existaient dans les régions montagneuses du Japon. Dans la croyance shintō, le loup était considéré comme un messager des divinités (kami ) offrant, de la même manière que le renard, une protection contre les ravageurs des cultures, tels que les petits rongeurs ou les grands ongulés. Il s’agissait également d’un animal doté de grands pouvoirs spirituels capable d’éloigner les mauvais esprits, de lever des malédictions ou de purifier un lieu. Les montagnes du Japon, perçues comme des lieux dangereux et mortels, étaient fortement associées au loup, considéré comme leur protecteur et gardien. De nombreux villages de montagne, tels qu’Okamiiwa (« Roc du loup ») et Okamitaira (« Plateau du loup »), portent des noms en hommage à l’animal. Cela pourrait être dû au fait que ces endroits étaient propice à l’observation du loup dans la région et au respect dont les populations faisaient preuve à son égard. Rien que sur l’île de Honshū, il existerait une vingtaine de sanctuaires shintō qui lui sont dédiés. À l’échelle de l’archipel, le sanctuaire le plus célèbre se trouve à Mitsumine, dans la région de Chichibu, dans la préfecture de Saitama. Mais il existe également des sanctuaires plus petits, comme sur la péninsule de Kii, notamment le sanctuaire Tamaki et le sanctuaire Katakati dans le village de Totsukawa.