Françoise-Augustine Sentuary, née à Saint-Denis de l'Île Bourbon le , et exécutée à Paris le , est une aristocrate française. Épouse de Jean-Jacques Duval d'Eprémesnil, elle tient un salon contre-révolutionnaire durant la Révolution française. Condamnée à mort dans l'Affaire des chemises rouges, elle est guillotinée.
Biographie
Jeunesse et premier mariage Née à l'Île Bourbon, mais élevée par sa tante à Bordeaux, la benjamine des trois sœurs Sentuary est, selon le comte d’Espinchal, . On connaît ses traits grâce à un pastel entré en 1912 dans la collection Cognacq-Jay, aujourd’hui dans le musée du même nom. Élisabeth Vigée Le Brun, qui la connait très bien, raconte avoir rencontré l’amiral John Paul Jones chez elle. On a donc cru un temps qu’elle était la mystérieuse « », la correspondante du célèbre Américain (il s’agirait en fait d’une certaine Aimée de Thélisson).
Quoi qu’il en soit, Françoise-Augustine Sentuary devient par son mariage en 1768 avec Jacques de Thilorier (1742-1783), conseiller au Parlement de Bordeaux de 1765 à 1778, et maître des requêtes le 28 août 1776. Elle a la réputation d'être une jeune femme très libre : chantée par les poètes créoles, elle est certainement, sous le nom d’« Eléonore », une des inspiratrices de l’Eléonore des poésies érotiques du chevalier Évariste de Parny.
Avec ses deux sœurs, , épouse d’un négociant de Bordeaux et maîtresse d’Antoine Bertin, et de Bonneuil, elle appartient au petit cercle des officiers-poètes dits de la Caserne, à Marly. Elles sont toutes trois également membres du groupe des berceuses du financier Nicolas Beaujon, une situation qui défraie la chronique provinciale car à Paris, sous Louis XVI, le libertinage est alors la règle et non l’exception.
Elle a d’ailleurs précédemment une liaison avec le ministre Clugny de Nuits, contrôleur général des finances, et on raconte qu’elle aide, par ce moyen, au financement de la charge de son mari. Cette histoire scabreuse, qui reparaît dans les chroniques du temps de la Révolution, alors qu’on dénonce le Livre rouge des pensions abusives, affecte vivement la jeune femme.
Second mariage En 1784, est veuve et mère de deux grandes filles dont l’une épouse, plus tard, le baron de Batz, son ami de longue date. Toujours aussi jolie ainsi que le révèle son portrait peint en 1778 par son autre amie Élisabeth Vigée Le Brun, elle a d’abord une liaison – selon Chamfort –, puis épouse, en 1786, Jean-Jacques Duval d'Eprémesnil qui l’entraîne dans sa carrière politique . Elle appartient comme lui aux cercles des initiés du mesmérisme, rencontre Cagliostro, entre dans la loge mixte dite égyptienne qu’il crée avec d’Eprémesnil, s’expose beaucoup car toutes les entreprises de son mari donnent lieu à scandale et controverse.
Lorsque ce dernier est exilé aux îles Sainte-Marguerite pour avoir bravé le pouvoir royal, adresse des lettres et suppliques en sa faveur, et, bien qu’enceinte de plusieurs mois, s’en va le rejoindre dans le Midi. Quand d’Eprémesnil est libéré en , elle partage louanges et acclamations sur le chemin du retour à Paris, notamment à Lyon, puis elle accouche d’un fils à Moulins.
À Paris, elle est peu après citée dans une affaire qui défraie la chronique judiciaire, l’affaire du comte de Kersalaun, gentilhomme breton qui s'oppose aux réformes de Loménie de Brienne, qu’elle défend avec beaucoup de véhémence. Une lettre de cachet la vise, mais ses amis – notamment le baron Jean-Pierre de Batz, l’homme lige du baron de Breteuil – interviennent en sa faveur.
Quelques mois avant la réunion des États généraux, Jean-Jacques Duval d'Eprémesnil, qui a une influence considérable au Parlement de Paris, est soumis aux pressions contraires des partisans du vote par ordre ou par tête. Le comte Ferrand, partisan de l’absolutisme monarchique, reproche à d’avoir fortement influencé son mari, au dernier moment, en faveur du vote par tête : .
Salon contre-révolutionnaire vignette|Madame Dépréménil s'échappant à regret des bras de M... D..., et se disposant à s'embarquer pour Scioto (1790). puis d’Eprémesnil demeure à Paris dans un petit hôtel particulier, doté d’un beau jardin, rue Bertin Poirée, paroisse Saint-Germain l’Auxerrois. Elle y tient un salon élégant où elle accueille essentiellement les artistes et particulièrement les musiciens. Grétry, Gossec, Daniel Steibelt, Hermann, Benedetto Ferrari, Antoinette Saint-Huberty, Marie de Grandmaison et beaucoup d’autres musiciens et chanteurs sont reçus chez elle ; on y donne à jouer la pièce Le Réveil d’Épiménide, inspirée de l’arrestation de son mari en 1788.
Ce salon devint, à partir de 1789 et jusqu’en 1791, un des salons politiques les plus en vue, car il réunit l’opposition parlementaire la plus radicale, la plus frondeuse, celle qui s’était formée autour de l’abbé Jean-Sifrein Maury, de Jacques Antoine Marie de Cazalès et de d’Eprémesnil. Tous les « coups tordus » mis en œuvre par ce célèbre trio, et d’autres députés déterminés à pratiquer l’obstruction systématique des travaux parlementaires pour aboutir à une constitution, sont conçus rue Bertin-Poirée. Là encore, sont mises au point des tentatives d’évasion de la famille royale et également la journée dite des chevaliers du poignard. Le salon de est fréquenté par le comte d’Antraigues avant son départ en Suisse, par le marquis de Beauharnais, également par le baron Malouët et par le comte de Montlosier qui en parlent dans leurs souvenirs.
Les allées et venues nocturnes éveillent les soupçons et des dénonciations sont reçues par les divers comités de surveillance. Bientôt, est moquée dans les journaux de Antoine-Joseph Gorsas ou de Camille Desmoulins, et on plaisante sur sa liaison ancienne avec Clugny de Nuits. Un groupe d’émeutiers veut aller brûler la maison du député honni. Un particulier les arrête et leur dit :
. La dernière dénonciation enregistrée fait état d’une réception rue Neuve-Sainte-Catherine, début , donnée par sa sœur Michelle de Bonneuil, et au cours de laquelle elles se seraient réjouies et auraient dansé, entre autres avec Charles-Nicolas Osselin, membre du Comité de sûreté générale, et Michel de Laumur, ancien gouverneur de Pondichéry, gendre du banquier Monneron, l’un des bailleurs de fonds du mouvement hébertiste. Au cœur de l’été 1793, elle décide de se retirer en Normandie. Son mari, suivi du baron de Batz, la rejoignent peu avant que soit votée la loi des suspects ().
Michelle de Bonneuil est arrêtée peu après, et envoyée à la prison Sainte-Pélagie, et d’Eprémesnil et Batz sont recherchés au Havre et dans sa région. D'Eprémesnil se cache d'abord dans son château du village de Rouelles, à la sortie du Havre, puis il s’enfonce dans la campagne profonde dans son autre château situé dans le hameau de Maréfosse, près de Saint-Romain-de-Colbosc. . Lorsqu'il est enfin arrêté, elle décide de le suivre à Paris, sans y être obligée, mais, une fois arrivée à son comité de section, où elle doit faire viser son passeport, elle est arrêtée à son tour et incarcérée avec sa fille cadette à la prison des Anglaises.
Affaire des chemises rouges
Le 26 prairial an II, la Convention, par l’organe de Bertrand Barère de Vieuzac, décide de faire juger « la famille d’Eprémesnil » avec les complices du
Incarcérée donc à la prison des Anglaises, où son mari la rejoint avant d’être appelé au Tribunal révolutionnaire et condamné, elle est détenue avec sa fille de son premier mariage avec Thilorie, ainsi que sa sœur, , qui les a rejointes depuis Sainte-Pélagie. Deux mois s'écoulent lorsque le , un appel de nom est lancé. Jeanne de Sainte-Amaranthe, Émilie de Sartines, sa fille et son fils Louis de seize ans et demi sont appelés d’abord, puis le banquier Théodore Jauge, Marie de Grandmaison, ancienne cantatrice des Italiens sous le nom de « Mlle Burette la cadette », et enfin . La fille de cette dernière, Désirée Thilorier et sa sœur Michelle de Bonneuil qui s’attendent au pire, ne sont pas nommées. Les détenus rassemblés sont envoyés à Sainte-Pélagie, où le Comité de sûreté générale . On rassemble dans la même prison, voire la même cellule, tous ceux qui ont à répondre d’une même accusation de participation active à ce complot, et de complicité avérée entre les uns et les autres. .
Au Tribunal révolutionnaire, comparait avec une cinquantaine d’accusés, . Elle reconnait sur les gradins Griois, sœur du peintre Vincent, et quelques hommes qu’elle a fréquentés autrefois dans les salons aristocratiques. Les accusés sont tous condamnés à mort au bout de vingt minutes d’un procès expéditif au cours duquel on se borne à énumérer leurs noms et à leur demander de répondre à une seule question, par oui ou par non. Convaincus d’avoir participé à un grand complot, d’être peu ou prou complices de Cécile Renault et de Henri Admirat, les principaux accusés de cette énorme « fournée » , ils sont , ce jour-là, cinquante-quatre à être condamnés à la décapitation dans la journée.
L’exécution a lieu place du Trône renversé, à la barrière de Vincennes. Il est prévu au dernier moment que les condamnés seront couverts du sarrau de toile rouge traditionnellement destiné aux parricides. Entre les apprêts – le temps que l’on met à trouver de la toile et vêtir les malheureux qui protestent, leur lier les bras dans le dos, le remplissage des sept charrettes – et le temps qu'ils mettent pour traverser tout le Marais et le faubourg Saint-Antoine sous la chaleur, il s’écoule plus de trois heures. Cette exécution, , est une horreur.
Notes et références Notes
Références
Publications Françoise-Augustine Sentuary, , Lettre de au principal ministre pour se disculper d’avoir tenu des propos séditieux, Paris (1788)
Bibliographie
Liens externes
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