François-René, vicomte de ChateaubriandLes prénoms François René sont ceux donnés par son acte de baptême (Acte de baptême de Chateaubriand). D’autres, comme Abel François Villemain dans M. de Chateaubriand, sa vie, son œuvre… donnent François-Auguste comme prénoms. L’intéressé signale lui-même que c'est une erreur (Mémoires d'outre-tombe, ). Il ne signait ses ouvrages que par Chateaubriand ou M. le vicomte de Chateaubriand., né le à Saint-Malo et mort le à Paris, est un écrivain, mémorialiste et homme politique français. Il est considéré comme l'un des précurseurs et pionniers du romantisme français et l'un des grands noms de la littérature française.
Issu de la noblesse bretonne, membre le plus célèbre de sa famille originaire de Saint-Malo, Chateaubriand s'inscrit politiquement dans la mouvance royaliste. Plusieurs fois ambassadeur auprès de souverains divers, il est nommé, en 1822, sous la Restauration, ministre des Affaires étrangères et occupe cette fonction jusqu'en 1824. Sous le règne de , il compte parmi les ultraroyalistes. Les nombreuses responsabilités politiques et diplomatiques qui jalonnent sa carrière ainsi que son goût pour le voyage, en Amérique puis dans le bassin méditerranéen, structurent une vie marquée par l'exil et la nostalgie de la stabilité.
Ses premières publications majeures, lEssai sur les révolutions (1797). et le Génie du christianisme (1802), manifestent son engagement politique alors en faveur de la contre-révolution et en défense de la société d'Ancien Régime. Mais la question idéologique s'entremêle très rapidement à la promotion d'une esthétique originale qui remporte un grand succès populaire et littéraire : la description de la nature et l'analyse des sentiments du « Moi », qu'il met en œuvre dans les fictions Atala (1801) et René (1802). D'abord publiées comme illustrations des thèses du Génie puis rattachées au vaste cycle romanesque des Natchez (intégralement paru en 1826), elles sont un modèle pour la génération suivante des écrivains français. Sa propension au mystère, à l'amplitude, à l'emphase, à la grandeur mélancolique, sa tentative d'exprimer une souffrance indicible et sa soif d'exotisme, qu'il réaffirme dans le récit de son voyage en Méditerranée Itinéraire de Paris à Jérusalem (1811), lui ont valu d'être considéré a posteriori comme l'un des « préromantiques » les plus influents de sa génération. La sensibilité douloureuse de ce , illustré à travers le personnage de René, connaît une importante postérité dans le romantisme français : le « mal du siècle » de Musset ou le « spleen » de Baudelaire peuvent en être considérés, entre autres, comme de lointains avatars.
Mais l'œuvre monumentale de Chateaubriand réside dans les Mémoires d'outre-tombe, parus à titre posthume dès 1849, dont les premiers livres recréent son enfance et sa formation dans son milieu social de petite noblesse à Saint-Malo et à Combourg. Les livres suivants relèvent davantage du tableau historique des périodes dont il a été le témoin de 1789 à 1841. Ce texte, à la fois chef-d'œuvre autobiographique et témoignage historique de premier plan, manifeste une évolution de sa prose qui ne demeure pas moins influente sur la littérature française.
Biographie Jeunesse vignette|gauche|Chateaubriand naît dans l’hôtel de la Gicquelais de l'ancienne rue des Juifs de Saint-Malo.
Le vicomte François-René de Chateaubriand est issu d'une famille noble ruinée de la Guérande à Hénanbihen et de Saint-Malo où la famille du Rocher du Quengo s'est établie au début du . Famille qui a retrouvé sa dignité d'antan grâce à la réussite commerciale du père de Chateaubriand, le comte René-Auguste de Chateaubriand (chevalier, comte de Combourg, seigneur de Gaugres, le Plessis l'Épine, Boulet, Malestroit en Dol et autres lieux) né le au manoir des Touches à Guitté (Côtes-d'Armor).
René Auguste de Chateaubriand et Apolline Jeanne Suzanne de Bédée, fille du seigneur de La Bouëtardaye et comte de Bédée, épousée en 1753 à Bourseul, eurent six enfants dont Jean-Baptiste de Chateaubriand et François-René.
vignette|gauche|Acte de baptême de François-René de Chateaubriand, 5 septembre 1768. Parrainage et signature de son frère aîné Jean-Baptiste de Chateaubriand.
Cette réussite financière est fondée sur le commerce avec les colonies Mémoires d'outre-tombe. où il fut corsaire en temps de guerre, pêcheur de morue et négrier en temps de paixJean-Claude Berchet, Château, 10 et briand mémorialiste, Librairie Droz, 2000, .. Le jeune François-René doit d'abord vivre éloigné de ses parents, chez sa grand-mère maternelle, de Bédée, à Plancoët, où il est placé en nourrice. de Bédée l'amène souvent chez son oncle, au manoir de Monchoix. Son père, réussissant dans les affaires, peut acheter en 1761 le château de Combourg en Bretagne, où la famille Chateaubriand s'installe en 1777. François-René y passe une enfance qu'il décrira comme souvent morose auprès d'un père taciturne et d'une mère superstitieuse et maladive, mais gaie et cultivée.
Il fait successivement ses études aux collèges de Dol-de-Bretagne (1777 à 1781), de Rennes (1782) et de Dinan (1783).
Jeune officier Après de longues hésitations à propos de sa carrière, il obtient en 1786 un brevet de sous-lieutenant au régiment de Navarre à , sous les ordres de son frère Jean-Baptiste (lequel le présentera à la Cour pour laquelle il ressent ), puis est fait capitaine à . Il vient à Paris en 1788, où il se lie avec Jean-François de La Harpe, et Louis de Fontanes qui sera son ami le plus cher et avec d'autres écrivains de l'époque. Nourri de Corneille et marqué par Rousseau, Chateaubriand fait ses débuts littéraires en écrivant des vers pour l’Almanach des Muses.
En , il participe aux États de Bretagne et, en de la même année, il assiste à la prise de la Bastille avec ses sœurs Julie et Lucile.
Chevalier de Malte de l'ordre de Saint-Jean de Jérusalem C'est Chateaubriand lui-même qui évoque dans Les Mémoires d'outre-tombe à plusieurs reprises son admission dans l'ordre de Saint-Jean de Jérusalem. Pour devenir chevalier de Malte, il se serait même fait tonsurer. Il explique comment son frère aurait présenté pour lui-même une demande d'admission à l'Ordre auprès du prieur d'Aquitaine Louis-Joseph des Escotais et comment il aurait justifié de ses quartiers de noblesse. La demande serait acceptée lors du chapitre prieural des , et . Chateaubriand note dans ses Mémoires d'outre-tombe que, le , l'Assemblée nationale avait aboli les titres de noblesse : Mémoires d'outre-tombe, Livre premier, , chapitre 1, ..
Les principaux spécialistes de généalogies ou de nobiliaires du donnent Chateaubriand comme chevalier de Malte : Courcelles (1824)Jean-Baptiste-Pierre Jullien de Courcelles, Histoire généalogique et héraldique des Pairs de France, t. IV, Artus Bertrand, Paris, 1824, ., Vitton de Saint-Allais (1846)Nicolas Vitton de Saint-Allais, L'Ordre de Malte, ses Grands Maîtres et ses Chevaliers, Delaunay, 1839., Potier de Courcy (1890)Pol Potier de Courcy, Nobiliaire et armorial de Bretagne, t. III, 1890, réédition 1970, ., Guillotin de Courson (1902)Abbé Guillotin de Courson, Les Templiers et les Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem dit chevaliers de Malte en Bretagne, L. Durance, Nantes, 1902, XLVIII., Kerviler (1895)Pierre Kerviler, Essai d'une bibliographie de Chateaubriand et sa famille, Vannes, 1896, . à l’exception de Révérend (1902)Albert Révérend, Titres, anoblissements et pairies de la Restauration, t.II, Honoré Champion, Paris, 1902. ou La Roque (1891)Louis de La Roque, Catalogue des Chevaliers de Malte, Alp. Desaide, Paris, 1891, XXIV.. C'est le « Mémorial ». Ce Mémorial des actes authentiquesMémoires d'outre-tombe, t.XII, Supplément à mes Mémoires, Pernaud, Paris, 1850, . est le dossier sur lequel se base l'Ordre pour admettre ou refuser un prétendant. Chateaubriand est de Bretagne qui dépend du grand prieuré d'Aquitaine qui relève de la langue de FranceGérard Jullien de Pommerol et Hugues Lépolard, « Chateaubriand et l'Ordre de Malte » in Cahier de la Société de l'histoire et du patrimoine de l'ordre de Malte, , 2006, .. Dans cette langue il fallait pouvoir justifier de huit quartiers (quatre du côté paternel et quatre du côté maternel) ainsi que de minimum de preuves de noblesse. Chateaubriand remonte jusqu'au qui aurait participé en 1066 à la bataille d'Hastings. C'est ce Mémorial qu'aurait donc envoyé son frère au prieur des Escotais, et ce document aurait été accepté comme « bon et valable ».
Mais cela n'est que le début de la démarche et non sa finalité. C'est ce même document que présentaient les parents d'un nouveau-né qui voulaient faire admettre de minorité leur enfant cadet dans l'Ordre, puisque l'ancienneté commençait avec l'acceptation de ce mémorial. Admis dans l'Ordre mais pas pour autant chevalier. Pour cela le grand prieuré nommait des commissaires enquêteurs qui menaient des enquêtes locales, littérales (sur pièces), testimoniales, publiques (bonnes mœurs) et secrètes. Ces huit commissaires (quatre publics, quatre secrets) rédigeaient un Procès-verbal des Preuves qui devait être positif. Il fallait alors que le postulant ou sa famille payât le passage en fait des droits de réception pour l'Ordre et de défraiement pour les commissaires. Ensuite, le futur chevalier devait faire une année de noviciat à Malte avec service à la Sacra Infermeria ou auprès d'un notable de l'Ordre. Pour accéder aux dignités et devenir chevalier de Malte, il fallait en plus au novice faire quatre ans de caravanes, service en mer de six mois à la belle saison de navigation. Cela fait donc cinq années en résidence à Malte (consécutives ou non), au bout desquelles le novice pouvait prononcer ses vœux pour entrer en religion, dans La Religion. Souvent, après cette formation à la mer, beaucoup de jeunes novices renonçaient à une vie monacale pour faire carrière dans la marine de leur royaume et plus simplement faire un mariage de qualité. Pour ceux qui prononçaient les vœux, qui « prenaient l'habit », ils devenaient frères en religion et chevaliers dans l'Ordre. Avec l'ancienneté, les chevaliers pouvaient espérer obtenir la charge d'une commanderie, devenir ainsi commandeur, première étape d'une vie de seigneur local avec les bénéfices de la commanderie, une fois reversées à l'Ordre les responsions et assuré l'améliorissement de la commanderie et de ses maisons.
Chateaubriand ne fera jamais profession, ne séjournera jamais à Malte et ne pourra donc pas prononcer ses vœux. Il ne sera donc pas chevalier de Malte de l'ordre de Saint-Jean de Jérusalem, il n'aura donc jamais l'« espoir des bénéfices » escomptés dans ses Mémoires d'outre-tombe.
Le voyage en Amérique du Nord À l'époque de la Révolution française, en 1791, François-René s'éloigne de France et embarque pour le Nouveau Monde (Baltimore), avec le Gustave Lanson, « Histoire de la littérature française », dans La Littérature pendant la Révolution et l'Empire, , Hachette, 1951, .. C’est Chrétien Guillaume de Lamoignon de Malesherbes qui l'encourage à partirMémoires d’outre-tombe, François-René de Chateaubriand édition de 1989, ..
Dans Voyage en Amérique, publié en 1826, Chateaubriand raconte être arrivé à Philadelphie le , être passé à New York, Boston et Lexington. Il relate une rencontre avec George Washington à Philadelphie, qui lui aurait dit . Il remonte l'Hudson en bateau jusqu'à Albany, où il embauche un guide et continue jusqu'aux chutes du Niagara, à la rencontre du « bon sauvage » et de la solitude des forêts d'Amérique du NordVoyage en Amérique, François-René de Chateaubriand 1826.. À Niagara, il raconte s'être brisé un bras à cause d'une brusquerie de sa monture, et avoir passé un mois au sein d'une tribu indienne. Le récit de voyage proprement dit s'interrompt, Chateaubriand consacrant plusieurs dizaines de pages à des considérations d'ordre zoologique, politique, et économique des Indiens et de l'Amérique en général.