est un quotidien de la capitale des États-Unis, Washington. Le centre de gravité était plutôt de centre gauche avant la mort de sa propriétaire Katharine Graham. Depuis, sous la direction de son fils, Donald E. Graham, le journal se rapproche du centre droit mais la ligne éditoriale reste centriste.

Le s'est taillé une réputation d'indépendance et de recherche intransigeante de la vérité depuis la publication des rapports secrets du Pentagone sur la guerre du Viêt Nam en 1971 ou les révélations sur le scandale du Watergate (1972-1974). Il s'est ainsi fait le soutien de la protection des sources d'information des journalistes. Pour autant, cela ne doit pas occulter d'autres aspects moins reluisants du quotidien : édulcoration d'une enquête de Robert Parry sur le financement de la guérilla d'extrême droite au Nicaragua (1987)Norman Solomon, « The real story behind Katharine Graham and "The Post" », The Huffington Post, 20 décembre 2017. , soutien appuyé au déclenchement de la guerre d'Irak (2003) ou encore tentative avortée de monnayer des « dîners politiques » avec ses journalistes et des personnalités influentes (2009)..

Le est sorti de l'anonymat dans les années 1930 grâce à la ligne éditoriale — toujours suivie — et la politique commerciale agressive mises en place par son directeur Eugene Meyer, futur président de la Banque mondiale. Premier quotidien à paraître sept jours sur sept (en 1880) et à charger un médiateur de veiller à l'indépendance du journal (dès 1970), le Post a toujours su évoluer pour devenir l'un des journaux mondiaux les plus influents. En 1999, la couleur y fait son apparition.

À partir de 2013, il est la propriété du milliardaire Jeff Bezos, fondateur et président-directeur général d'Amazon. En , le journal annonce un plan de licenciement qui pourrait toucher un tiers de ses effectifs..

Histoire

vignette|Premier siège du Washington Post, . vignette|« Eagle a atterri » : édition du Washington Post parue le , au lendemain des premiers pas sur la Lune des astronautes d’. Le est fondé en 1877 par Stilson Hutchins, journaliste favorable au Parti démocrate américain. Le premier numéro qui paraît le . et les suivants comprennent quatre pages et coûtent trois cents. En 1889, Hutchins vend le quotidien à Frank Hatton et Beriah Wilkins, lesquels créent The Washington Post Company, aujourd’hui propriétaire de Newsweek, de chaînes de télévision, de réseaux câblés et, jusqu'en 2003, de la moitié du capital de l’International Herald Tribune, publié à Paris. John R. McLean, patron du Cincinnati Enquirer, rachète la publication en 1905 : il l’agrémente de dessins humoristiques en couleurs et lui donne une orientation « sensationnaliste », mettant l’accent sur les faits divers et les scandales. Son fils, Edward McLean, lui succède en 1916, mais la révélation du Teapot Dome, présenté comme un scandale alors qu’il n’en est rien, et portant sur la concession de champs de pétrole nationaux à des exploitants privés, le conduit devant les tribunaux et détruit la réputation de son journal, dont les ventes et les recettes publicitaires s’effondrent, causant ainsi sa faillite.

En 1933, un banquier d’affaires, Eugene Meyer, rachète le Post au cours d’une vente aux enchères. S’il n’a pas d’expérience de journaliste, il ne manque pas, en revanche, d’idées sur la façon de gérer un organe de presse. Sous sa direction en effet, le tirage triple en dix ans. En 1946, lorsque Meyer est nommé premier président de la Banque mondiale, il passe la main à Philip Graham, son gendre, avant de lui céder, ainsi qu’à sa fille, Katharine Meyer Graham, la propriété du journal, en 1948.

Philip Graham crée des bureaux à l’étranger. En 1954, il fait l’acquisition du Washington Times Herald et prend aussi une participation dans le capital du Los Angeles Times, afin de fonder une agence de presse destinée à vendre les mêmes articles à ces journaux. Par ailleurs, le groupe diversifie ses prises d’intérêts, notamment avec l’achat de stations de radio et de chaînes de télévision. En 1961, il acquiert Newsweek, et en 1967, le Post et le New York Times lancent conjointement l’International Herald Tribune.

Dans les années 1970 et 1980, le groupe vend ses dernières stations de radio et acquiert de nouvelles chaînes de télévision. Il investit dans la télévision câblée en achetant Legi-Slate, un service en ligne qui fournit des informations générales et juridiques. Il devient également propriétaire de Kaplan Educational Centers, une école qui assure, entre autres, un soutien scolaire et donne des conseils en matière de recherche d’emploi.

vignette|Siège du Washington Post . En 1993, le groupe crée Digital Ink Company, destinée à gérer le développement des services d’information électronique du Post, accessibles essentiellement sur Internet. Les de pages vues mensuellement en témoignent, ce site d'information est l'un des plus complets dans son secteur. Mise en ligne du journal du jour, suivi de l'actualité, dossiers thématiques… Le site, créé en 1996, attire de nombreux internautes de l'étranger. Seules les archives de plus d'une semaine sont payantes.

Depuis 1999, le journal n'est plus imprimé à Washington, au siège du journal, mais dans la banlieue de la capitale fédérale..

En , Jeff Bezos, fondateur d'Amazon achète le Washington Post (alors propriété du groupe Graham Holdings) pour un montant de de dollars américains.. En novembre de la même année, Graham Holdings vend le siège historique du journal, qui était resté sa propriété. Le bâtiment, situé sur la , près de la Maison-Blanche, est acheté par le groupe immobilier Carr Properties pour de dollars ; celui-ci compte le détruire pour construire à la place un hôtel ou un immeuble mi-résidentiel, mi-commercial. Malgré son histoire, l'ancien siège du quotidien n'est en effet pas classé « site historique ». Les journalistes devraient commencer à quitter les lieux lorsqu'un nouveau site sera trouvé, à Washington. La diffusion est alors de en semaine et de le dimanche..

En , lors des Jeux olympiques d’été à Rio de Janeiro, le journal s'illustre en utilisant notamment le robot Heliograf pour couvrir l'événement et partager automatiquement les résultats de la compétition sur les réseaux sociaux..

Pour l'élection présidentielle américaine de 2016, le Washington Post appelle à voter pour Hillary ClintonHillary Clinton for president..

En , revenant sur les erreurs d'analyse de leurs rédactions durant l'élection présidentielle américaine de 2016, le Washington Post et le New York Times font leur , reconnaissant n'avoir pas été capables de prendre le pouls du pays..

En , le journal dévoile le slogan . qui va figurer sur son site web.

Pour l'élection présidentielle américaine de 2020, le Washington Post appelle à voter pour Joe BidenJoe Biden for president..

Pour l'élection présidentielle américaine de 2024, le Washington Post n'apporte son soutien ni à Donald Trump ni à Kamala Harris.. C'est la première fois depuis 1988 que le journal n'apporte son soutien à aucun candidat (s'il donne une consigne de vote, le Washington Post a toujours appelé à voter pour le candidat démocrate) David Folkenflik, 'Washington Post' won't endorse in White House race for first time since 1980s, npr.org, 25 octobre 2024.. Un article écrit par deux journalistes du quotidien affirme que les membres de la rédaction avaient rédigé un projet de soutien à Kamala Harris plutôt qu'à Donald Trump et que la décision de ne pas publier cet article avait été prise par le propriétaire du Washington Post Jeff Bezos.. Néanmoins, l’éditeur du journal, Will Lewis, publie peu après une déclaration niant que Bezos ait joué un rôle dans l’annulation du projet de soutien. Par la suite, Jeff Bezos défend la décision du journal dans une tribune estimant que les consignes de vote émanant des médias « créent une perception de parti pris, de non-indépendance »..

En , Jeff Bezos interdit la publication d'un dessin de la caricaturiste Ann Telnaes, prix Pulitzer du dessin de presse, qui démissionne.. Ce dessin représentait Jeff Bezos et d'autres milliardaires, agenouillés devant une statue de Donald Trump.. Quatre cent membres de la rédaction envoient alors un courrier à Jeff Bezos pour indiquer leur inquiétude sur l'intégrité du journal..

En , Jeff Bezos écrit une note aux équipes du journal, par laquelle il indique que la rubrique Opinions sera limitée à . et que les opinions contraires ne seraient plus publiées.. Cette note provoque la démission de David Shipley, responsable des pages Opinions, et le responsable des pages économiques Jeff Stein dénonce un ..

En , le Washington Post annonce un plan social portant sur plus de (sur un effectif total de 800), soit plus de 30 % de ses effectifs, dans le cadre d'un plan d'économies.. Sont notamment affectées la couverture locale, internationale et sportive du titre. Le directeur du journal est également remplacé..

Investigation Le début des années 1970 voit le quotidien dévoiler deux affaires considérées comme les plus emblématiques du journalisme d'investigation, notamment dans son illustration par les films d'Hollywood.

En 1971, sa rédaction publie des extraits des Pentagon Papers, qui dévoilent les mensonges dont le gouvernement américain s’est rendu responsable durant la guerre du Viêt Nam.

En 1972, deux journalistes du Post, Bob Woodward et Carl Bernstein, révèlent le scandale du Watergate. Ce scandale conduit le président Richard Nixon à la démission et entraîne la condamnation de plusieurs de ses collaborateurs. L’article qui a déclenché ce scandale vaudra l’attribution du prix Pulitzer au journal et la célébrité à ses auteurs.

Critiques Les journalistes Serge Halimi et Pierre Rimbert portent un regard critique sur l'attitude d'une partie de la presse américaine, qui se livrerait à une « surenchère » anti-iranienne, et relèvent la « dissymétrie du traitement médiatique occidental, selon que le pays qui enfreint le droit international est une (gentille) démocratie libérale ou un (méchant) pays autoritaire ».

Dans une analyse comparée de la couverture médiatique de la destruction par les Soviétiques du vol 007 Korean Air Lines et de la destruction par les Américains du vol 655 Iran Air, les journalistes relèvent que les qualificatifs les plus courants dans les articles du Washington Post sont, dans un cas, « brutal », « barbare », « délibéré », « criminel » et, dans l’autre, « par erreur », « tragique », « fatal », « compréhensible », « justifié »..

En 2020, le journal est aussi critiqué par certains journaux de la presse française pour avoir, à plusieurs reprises, moqué la politique française de manière jugée peu rigoureuse, notamment lorsqu’il s’étonnait que la France « rende les masques obligatoires mais interdise la burqa » (pendant la crise du coronavirus).. L'essayiste Barbara Lefebvre pose la question : « Comment peut-on sincèrement comparer un masque à vertu sanitaire dans le cadre de la régulation d’une épidémie et « un masque» à vertu religieuse visant à dissimuler de façon quasi complète le corps et le visage de la femme ? »..

En , le magazine Reason accuse le Washington Post d'avoir effacé une mauvaise blague sur les détenus, embarrassante pour Kamala Harris, dans un article biographique de 2019. Selon Reason, à une époque où les publications anciennes sont de plus en plus perçues comme jouant pour une « équipe » politique ou pour l'autre, ce type de décision éditoriale ne fera rien pour corriger cette perception. Après la critique de Reason, le Washington Post a mis à jour son site Web pour restaurer la version originale The Washington Post Tried To Memory-Hole Kamala Harris' Bad Joke About Inmates Begging for Food and Water, reason.com, 22 janvier 2021..

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