Le refuge du Goûter, aussi appelé refuge de l'Aiguille-du-Goûter, est un refuge de montagne dans le département français de la Haute-Savoie. Il se situe dans le massif du Mont-Blanc, à d'altitude, sur l'aiguille du Goûter, ce qui en fait l'un des plus hauts refuges gardés d'Europe de l'Ouest. Il est accessible en cinq heures de marche environ depuis le Nid d'Aigle à Saint-Gervais-les-Bains et permet aux alpinistes d'accéder au sommet du mont Blanc par la voie normale en cinq heures supplémentaires.
La présence d'un abri sur l'aiguille du Goûter remonte à 1854 mais le premier refuge à proprement parler est construit quatre à cinq ans plus tard. Il est reconstruit en 1936 puis agrandi en 1960. Parallèlement, un autre bâtiment est édifié à côté en 1906, puis reconstruit en 1990 en tant qu'annexe. Finalement, un nouveau refuge de est conçu à partir de 2010 et entre en service trois ans plus tard. Il bénéficie de nombreuses innovations en matières architecturale et environnementale. Il est de forme ovoïde, se distingue par son revêtement en acier inoxydable et dispose de quatre niveaux. Une réservation est obligatoire pour y séjourner la nuit.
Localisation thumb|left|alt=Vue aérienne annotée du mont Blanc et ses sommets voisins avec la localisation de l'ancien refuge sur une arête.|Vue aérienne du mont Blanc et des sommets voisins avec la localisation de l'ancien refuge ().
Le refuge du Goûter est situé dans le Sud-Est de la France, dans la région Auvergne-Rhône-Alpes et le département de la Haute-Savoie. Il se trouve sur le territoire de la commune de Saint-Gervais-les-Bains et domine le glacier de Bionnassay, sur le versant oriental du val Montjoie, dans le massif du Mont-Blanc. Il s'élève à d'altitude sur l'arête neigeuse de l'aiguille du Goûter () qui sépare le val Montjoie du bassin principal de la vallée de l'Arve, où se trouvent les communes des Houches et de Chamonix-Mont-Blanc. Annecy est à à l'ouest et Lyon à près de . La frontière avec l'Italie passe à au sud environ, à proximité du dôme du Goûter (), tandis que le sommet du mont Blanc () est à moins de au sud-est.
Les fondations du refuge reposent sur un socle de gneiss, présent entre trois et quatre mètres de profondeurBernard Germain, Le nouveau refuge du Goûter.. Autour du refuge, les vents peuvent souffler à Refuge du Goûter (CAF), site de Saint-Gervais-les-Bains. et la température dépasse rarement .
Histoire Dès 1784, de retour d'une ascension au-delà du col du DômeFrançois Labande, Guide Vallot : la chaîne du Mont-Blanc (sélection de voies), t. 1 : « À l'ouest du col du Géant », Éditions Arthaud, 1987, ., entre le dôme du Goûter et la Grande Bosse, les chasseurs Jean-Marie Coutet et François Guidet indiquent « qu'on pourrait faire une guérite sur l'aiguille du Goûter qui est en ardoises plates »Jacques Meynieu, « Le refuge de l'aiguille du Goûter », La montagne et alpinisme (revue du Club alpin français et du Groupe de haute montagne), , , .. Mais il faut attendre 1854 pour que le docteur Charles Loiseau fasse construire à son intention un abri en pierre sur l'aiguilleLe refuge du Goûter, départ pour le mont Blanc, Le Journal de Saône-et-Loire, 8 juillet 2013., surnommé la « cabane à l'Oiseau »Anthony Granger, Refuge du Goûter : de la cabane en bois à “l’œuf métallique” high tech, Le Dauphiné libéré, 29 juillet 2012., dans lequel il passe la nuit du . Il remonte le lendemain jusqu'au col du Dôme puis rejoint en traversée la voie de Chamonix par l'« ancien passage », avant d'atteindre les rochers Rouges, soixante mètres sous le sommet du mont Blanc qu'il ne peut cependant gravir, arrêté par le mauvais tempsHenri Baud, Bataille pour le Mont-Blanc, M. Bon, 1961, ..
thumb|left|alt=Photo ancienne d'une petite cabane de bois située derrière un groupe de huit personnes chaudement couvertes, avec des rochers au premier plan.|Vue du premier refuge du Goûter construit en 1858-1859 et restauré en 1882 (photo prise vers 1900).
En 1858-1859 est édifié le premier refuge de l'aiguille du Goûter. Le transport des matériaux pour la construction de cette cabane située à d'altitude nécessite environ quatre-vingts ascensions de porteurs. Bien qu'équipé d'un poêle à bois, ce refuge exigu, d'une capacité de quatre ou cinq personnes, s'avère peu confortable, les planches des murs insuffisamment jointes laissant entrer le froid et la neige. Une épaisse couche de glace recouvre généralement le plancher et des stalactites pendent au plafond. La cabane est restaurée en 1882 et perdure jusqu'en 1936.
La première ascension du mont Blanc par l'aiguille du Goûter et l'arête des Bosses, itinéraire devenu par la suite la voie normale, est réussie le par Leslie Stephen et Francis Fox Tuckett avec les guides Melchior Anderegg, Johann Joseph Bennen et Peter Perren.
thumb|alt=Photo ancienne d'un refuge entouré de trois silhouettes et une montagne enneigée en arrière-plan.|Vue du refuge de sept places de 1906 avec, en arrière-plan, l'aiguille de Bionnassay (photo prise en décembre 1925).
La fréquentation croissante de la cabane conduit à la construction, à proximité immédiate et sur les plans de l'architecte Jaillet, d'un nouveau refuge. Amoudruz de Chamonix en achève la réalisation en . Ce nouvel édifice reste de taille très réduite, avec sur au sol et une hauteur de , et ne peut accueillir que sept personnes mais, mieux construit, il est nettement plus confortable.
En 1936, à l'emplacement de la cabane de 1858, Georges Orset fait construire un refuge privé d'une capacité de trente places. En 1942, le Club alpin français (CAF) en fait l'acquisition et le réaménage. Cependant, la fréquentation du refuge augmentant, il s'avère rapidement trop petit.
thumb|left|alt=Deux refuges à la limite d'une arête neigeuse et de la paroi rocheuse.|Vue du refuge de 1960, à l'arrière avec le toit gris, et de l'annexe de 1990, à l'avant.
Dans le cadre d'un plan quinquennal lancé en 1957 pour la reconstruction des refuges français du massif du Mont-Blanc, il est décidé l'agrandissement du refuge de 1936 pour porter sa capacité à soixante-seize places. Ces travaux sont financés par les communes, le département de la Haute-Savoie, l'État et le CAF. Le refuge est conçu par l'architecte Lederlin et préfabriqué en usine ; le chantier dure trois saisons, entre début juillet et mi-septembre, et fait massivement appel à l'hélicoptère pour l'acheminement des matériaux de construction. Terminé en 1960, le refuge est inauguré en par Maurice Herzog, haut-commissaire à la Jeunesse et aux Sports« L'inauguration du refuge de l'aiguille du Goûter », La montagne et alpinisme (revue du Club alpin français et du Groupe de haute montagne), , , ..
En 1989, le refuge de 1906 est démonté. À sa place, en 1990, une annexe de quarante placesAntoine Chandellier, Fallait-il reconstruire le refuge du Goûter ?, Le Dauphiné libéré, 12 septembre 2012. est bâtie pour augmenter la capacité d'accueil. Toutefois, en raison de la surfréquentation du refuge et de l'attractivité du mont Blanc, les normes de sécurité et d'hygiène sont de nouveau dépassées.
Ainsi, dès 2004, la Fédération des Clubs alpins français (ex-CAF) lance une réflexion sur un nouveau type de structure. Deux ans plus tard, les architectes Christophe de Laage, Paul Parizet et Michelle Avanzini ébauchent une première série de plans ; la mise en œuvre reste toutefois à l'arrêt pour des raisons budgétaires et techniques. De nouveaux concepteurs menés par les Suisses Thomas Büchi, pour la charpente, et Hervé Dessimoz, pour l'architecture et l'ingénierie, arrivent en renfort sur le projet pour trouver des solutions répondant aux contraintes du site. La construction du nouveau refuge du Goûter commence le , de nouveau avec l'appui d'un hélicoptère. Mi-octobre de la même année, les fondations et la plateforme sont terminées. De , les murs et les planchers sont montés niveau par niveau ; la charpente, la couverture en acier inoxydable et les panneaux solaires sont posés ; les équipements sanitaires et électriques sont installés. L' est consacré à l'aménagement intérieur, en particulier à l'agencement des menuiseries. Pendant la durée des travaux, les équipes dorment au refuge de 1960, situé à au nord-ouest. L'ouverture a lieu le , avec une capacité de volontairement réduite, au lieu des 140 initialement prévues, afin de maîtriser la fréquentation de la voie normale du mont Blanc. et pour des raisons financièresHistorique : l'État renonce à la démolition de l'ancien refuge du Goûter sur la voir normale d'ascension.. Il est inauguré le par la ministre de l'Écologie, du Développement durable et de l'Énergie, Ségolène RoyalPour le démontage de l'ancien refuge du Goûter !, Mountain Wilderness, 25 juin 2015.. L'annexe est finalement conservée, avec une capacité ramenée à vingt places ; elle est reconvertie en refuge d'hiver et en abri de secours en cas d'incendie. Le démontage du refuge de 1960 est prévu. Il est cependant remis en cause par l'État, à l'occasion du lancement des travaux de démolition de la soufflerie militaire du Mont-Lachat, le . Entre juin et juillet 2026, l'ancien refuge du Goûter est finalement démonté et héliporté vers Saint-Gervais-les-Bains pour être reconstruit là-bas à partir de septembre 2026.
Caractéristiques et informations thumb|left|alt=Refuge ovoïde et métallique à la base d'une arête neigeuse.|Vue aérienne du nouveau refuge, avec l'aiguille du Goûter en arrière-plan.
Le refuge du Goûter est parfois présenté comme le plus haut refuge d'Europe de l'Ouest.. Il est toutefois moins élevé que la cabane Reine-Marguerite, refuge gardé du Club alpin italien, à d'altitude sur la pointe Gnifetti au mont Rose, et plus haut bâtiment d'Europe Capanna Margherita, Club alpin italien - section de Varallo Sesia.. En France, il est également plus bas que le refuge Vallot, un abri de secours situé à d'altitude, entre le dôme du Goûter et la Grande Bosse, qui n'a pas pour vocation d'accueillir du publicLes refuges du massif du Mont-Blanc - Abri-refuge Vallot - 4362m.. D'autres refuges non gardés des Alpes sont plus élevés que celui du Goûter : le bivouac Felice Giordano à d'altitude sur le Balmenhorn au mont Rose, en Italie Capanna Bivacco Felice Giordano, Club alpin italien - section de Varallo Sesia., le refuge Solvay à d'altitude sur le versant suisse du Cervin Solvay-Huette Wallis Schweiz., le bivouac Città di Gallarate à d'altitude sur le Jägerhorn au mont Rose Bivacco Città di Gallarate allo Jagerhorn (3960 m), Club alpin italien - section de Gallarate., le Mischabeljochbiwak à d'altitude dans le massif des Mischabels, ou encore le bivouac Eccles à d'altitude sur le versant valdôtain du massif du Mont-BlancBivouac Eccles, camptocamp.org.. En outre, sur l'Elbrouz, point culminant de l'Europe situé sur le versant russe du Caucase, se trouve le refuge Diesel, à d'altitude Mount Elbrus - Normal Route..
thumb|alt=Vue en contre-plongée d'un refuge ovoïde et métallique.|Vue du refuge depuis l'arête neigeuse avec le fondoir à neige à l'arrière du bâtiment.