L'aéroport international Montréal-Mirabel est situé à Mirabel, dans la banlieue de Montréal, dans la province de Québec, au Canada. Issu d'un plan de développement aéroportuaire de la région de Montréal par le gouvernement fédéral canadien de la fin des années 1960, il a été victime de la crise pétrolière des années 1970 et de la concurrence de l'aéroport de Toronto.

Originellement destiné à devenir le principal aéroport de la région, considéré souvent aujourd'hui comme un éléphant blanc., il n'était plus en 2008 qu'au d'activité des aéroports canadiens, n'étant plus utilisé que pour le fret aérien et, plus récemment, par des écoles de pilotage et des compagnies aériennes régionales. Avant 2013, il était le seul aéroport canadien ne recevant pas de passagers faisant partie du réseau national des aéroports.. Ne servant plus au service passager, l'aérogare a cependant été démolie fin 2014 sans que cela affecte l'activité de l'aéroport.

Aujourd'hui, les installations de Bombardier aéronautique et Airbus (CRJ 700 et 900, Airbus A220) de même que plusieurs sociétés liées à la construction ou l'entretien d'avions (L3 Comm, Mecachrome, TurboMeca) et, depuis 2010, le Centre aéronautique de Mirabel de Pratt & Whitney Canada se trouvent sur le site même de l'aéroport international Montréal-Mirabel.

De plus, l'aéroport se trouve à proximité des installations de Bell Helicopter Textron, de CAE ainsi que celles de Safran Landing Systems (groupe Safran), fabricant de trains d'atterrissage. En 2013, trois nouvelles sociétés spécialisées dans l'aéronautique ont décidé de venir s'y implanter. Une d'entre elles, fabricant européen de fuselages d'aéronef, aura son usine d'assemblage à proximité des pistes.

Situation

Historique gauche|vignette|upright=1.4|alt=Diagramme des pistes et aérogares de l'aéroport|Aérogare et pistes construites en bleu et non construites en gris.

Développement À la fin des années 1960, l'augmentation du trafic aérien incite le gouvernement fédéral canadien à construire un nouvel aéroport pour délester l'aéroport de Dorval, en banlieue ouest de Montréal, qui devenait trop petit et surtout entouré de toutes parts dans une zone de plus en plus urbaine. On pense diviser le trafic aérien entre deux aéroports comme pour Orly et Charles-de-Gaulle en France. À l'époque, le gouvernement fédéral privilégiait d'abord le site de Vaudreuil-Dorion, plus précisément le parc industriel Joseph-Carrier, pour l'emplacement du nouvel aéroport. Toutefois, ce choix a été contesté par le gouvernement du Québec, qui s'y est opposé fermement, préférant plutôt un site situé au sud de Montréal, dans la région de Saint-Jean. Deux experts de l’Aéroport de Paris, consultés à cette occasion, ont même estimé qu'un second aéroport n'était pas nécessaire pour Montréal. Face à cette opposition, Ottawa a réorienté son choix vers le site des Basses-Laurentides (Sainte-Scholastique), mais le gouvernement provincial, sous l’Union nationale, a exprimé une certaine ambivalence. Bien que ce site ait été retenu, l'Union nationale favorisait Drummondville, plus proche de Québec et perçue comme une région francophone industrielle et relativement pauvre, ce qui en faisait un lieu prometteur pour le développement économique.. Par conséquent, le gouvernement provincial cherchait aussi à satisfaire les attentes de ses électeurs de Drummondville, qui réclamaient l’aéroport dans leur région.

Après de nombreux débats, c’est le que le gouvernement fédéral annonce avoir choisi le site dans les Basses-Laurentides, comprenant un ensemble de paroisses, villages et comtés, pour y construire le nouvel aéroport international. Ce territoire provient de la fusion, le , de huit municipalités : Saint-Augustin, Saint-Benoît, Saint-Hermas, Saint-Janvier-de-Blainville, Sainte-Scholastique, Saint-Canut, Sainte-Monique, et Saint-Janvier-de-la-Croix.. Ce regroupement forme alors la ville de Sainte-Scholastique. Ce territoire sera officiellement nommé Mirabel en . L'aéroport de Dorval conservera les vols à destination du Canada et des États-Unis. Le site retenu est en milieu agricole et en direction d'Ottawa, ce qui serait un avantage pour desservir cette ville..

Expropriation En 1969, le gouvernement fédéral libéral de Pierre Elliott Trudeau entame le processus d'expropriation de acres () de terrains pour la construction de l’aéroport de Mirabel, couvrant une superficie dix fois plus grande que celle finalement occupée par l'aéroport et ses infrastructures. Ce projet ambitieux, s’il avait été réalisé dans son intégralité, aurait fait de Mirabel le plus grand aéroport au monde. Près de personnes, incluant un grand nombre d’agriculteurs et de résidents de plusieurs municipalités avoisinantes, sont expropriées, semant un mécontentement généralisé parmi la majorité des riverains..

L’application de la Loi sur l’expropriation fut marquée par des pratiques contestables et brutales. Les expropriés ont subi des menaces, du chantage, de la désinformation, et ont été confrontés à des incendies, des explosions provoquées, du harcèlement, des ordres d’éviction, et des poursuites judiciaires. Un grand nombre d’agriculteurs, souvent peu scolarisés et perçus comme conservateurs et naïfs, ont été confrontés à une forme de violence psychologique dès l’arrivée des évaluateurs. Ces derniers, munis de l’autorité légale, exerçaient une pression intense et usaient de chantage pour forcer les ventes, laissant aux propriétaires peu d'alternatives et provoquant un profond sentiment d’impuissance. Ces experts, représentant le gouvernement fédéral, se présentaient dans les foyers des propriétaires, cravate et mallette en main, pour faire signer des évaluations de leurs terres, parfois transmises depuis plusieurs générations.

Les propriétaires étaient souvent incités à signer rapidement, sous prétexte d’éviter des « ennuis », et étaient avertis que leur refus de coopérer pourrait entraîner une baisse de l’offre ou un recours à la Cour fédérale. Seulement 17 % des agriculteurs expropriés ont pu parcourir leurs terres avec l’évaluateur, comme cela devrait normalement se faire, et les expropriations ont été réalisées sans méthode uniforme, menant ainsi à des abus. Par ailleurs, les compensations offertes ne reflétaient pas la valeur réelle des terres, qui avaient considérablement augmenté dans la région environnante en raison de la demande croissante. En 1973, les expropriés recevaient finalement une lettre officielle du gouvernement les avisant de leur expropriation, et en 1975, la majorité des propriétaires n’avaient toujours pas reçu d’évaluation détaillée de leur bien. Cette démarche a provoqué un sentiment d’impuissance et de frustration chez les propriétaires, accentué par des documents incompréhensibles, des plans aux limites variables et des procédures administratives difficiles à suivre.

Construction La construction de l'aéroport de Mirabel débute en , dans un projet d'envergure nécessitant la collaboration de 55 bureaux d’ingénieurs, d’architectes et d’experts-conseils pour la préparation des plans et devis. Environ 170 contrats de construction sont octroyés au cours des cinq années nécessaires à la réalisation de la première phase..

Les premiers travaux consistent en le déboisement et le déblaiement de acres, avec un aménagement initial du site lancé le . En , le contrat pour la construction des pistes et des voies d’accès est attribué. Deux pistes de de longueur et de largeur sont construites en béton non armé, afin d’éviter les interférences des barres d’armature avec les signaux de la tour de contrôle. Chaque dalle des pistes comprend :

de béton non armé; de pierres stabilisées avec du ciment; de pierres concassées; 8 à de sable.

Au total, chaque piste atteint une épaisseur de 4 à , assurant une durabilité maximale.

Les travaux des fondations du terminal commencent en . Le terminal, conçu dans une optique de simplicité et d'efficacité, mesure de profondeur sur de largeur pour minimiser les déplacements des passagers. Le design permet aux voyageurs de parcourir l'ensemble du processus en quelques minutes, avec une distance maximale de à parcourir. Il est conçu pour accueillir jusqu'à passagers par heure.

Bien que le projet initial prévoyait plusieurs phases d'expansion, incluant un total de six terminaux passagers, l'aéroport ne dépassera jamais la première phase et conservera une seule et unique aérogare.

Inauguration L'inauguration officielle a lieu le en présence de nombreux dignitaires dont Pierre Elliott Trudeau, Jean Drapeau et Robert Bourassa. Construit en un temps record de 5 ans au coût de de dollars, il est prêt à temps pour les Jeux olympiques d'été de 1976 à Montréal. Un Boeing 747-200 d'Air Canada est le premier avion à se poser sur la piste pour l'inauguration. Le lendemain, le Concorde franco-britannique de présérie F-WTSA 02 est la vedette de l'ouverture, avec André Turcat aux commandes..

Déclin vignette|gauche|Tour de contrôle de YMX. Le premier choc pétrolier porte un dur coup au transport aérien et Mirabel en subit les conséquences. Le fait de séparer d'une part les vols intérieurs (y compris ceux vers les États-Unis) et d'autre part les vols internationaux, respectivement à Dorval et à Mirabel, rend cet aéroport peu attrayant pour les voyageurs devant transiter entre les deux aéroports pour un même déplacement. De plus, la diminution graduelle du poids industriel et économique de Montréal au profit de la ville de Toronto ainsi que l'octroi de vols internationaux à cette dernière par le gouvernement fédéral assombrissent encore plus les perspectives de Mirabel. L'augmentation du nombre de vols ne se concrétise donc pas. On prévoyait de recevoir de passagers en 2000 et passer à terme d'une aérogare et 2 pistes à six aérogares et 6 pistes.

D'autre part, le gouvernement provincial , n'a pas construit les infrastructures routières et ferroviaires vers Mirabel ainsi qu'entre Dorval et Mirabel. Il ne termine pas l'autoroute 13 devant relier directement les deux aérogares. Cette dernière s'arrête sur l'autoroute 640, une autoroute de ceinture de la rive nord de Montréal, obligeant un détour par l'autoroute 15. Le gouvernement provincial n'a pas construit non plus l'autoroute 50 vers Ottawa (finalement construite des années plus tard). Il a également abandonné, faute de financement fédéral, la liaison ferroviaire rapide appelée Transport rapide régional aéroportuaire Montréal-Mirabel (TRRAMM). Le tout a créé des problèmes de desserte, et l'aéroport de Mirabel a progressivement périclité. Dès 1981, le gouvernement fédéral a lancé un programme de rétrocession d'une grande partie des terrains.

En juillet 1992, le gouvernement canadien a changé le mandat de Transports Canada, qui confie la gestion des aéroports à des organismes locaux. À Montréal, c'est Aéroports de Montréal (ADM) qui est chargé de la gestion, de l'exploitation et du développement des installations dans le cadre d'un bail foncier de 60 ans portant sur les aéroports de Dorval – devenu depuis Pierre-Elliott-Trudeau (YUL) – et de Mirabel.

En 1997, ADM annonce le transfert des vols de passagers vers Pierre-Elliott-Trudeau (YUL).

Dernier vol passager Le dernier vol passager a eu lieu le ; c'était le vol TS-710 d'Air Transat à destination de Paris.. Les compagnies aériennes internationales avaient transféré petit à petit leurs vols passagers vers Toronto et Pierre-Elliott-Trudeau YUL. L'aéroport de Mirabel est aujourd'hui consacré exclusivement au transport de marchandises. L'Aéroport international Montréal-Trudeau est à nouveau le seul aéroport international de passagers de Montréal, grâce à des aménagements supplémentaires.

Changement de vocation vignette|gauche|Aérogare inutilisée après 2004 et démolie fin 2014.