Le Monument à Balzac (aussi intitulé Le Balzac de Rodin) est une statue de bronze dont le modèle a été réalisé par Auguste Rodin entre et , qui représente l'écrivain Honoré de Balzac. Il en existe quatre versions. L'une est visible depuis sur un terre-plein au milieu du boulevard Raspail à Paris, un peu en retrait au nord de la place Pablo-Picasso. La deuxième est dans le jardin du musée Rodin, à Paris. La troisième se trouve au Japon dans le musée en plein air de Hakone. La quatrième se trouve au musée de Sculpture en plein air de Middelheim à Anvers.

Selon Serge George :

La commande Le premier à lancer l'idée d'un monument à Balzac est Alexandre Dumas, immédiatement après la mort de Balzac. Le projet abandonné n'est relancé qu'en sur l'intervention d'Émile Zola, sollicité par Norbert Gœneutte et Champfleury. La Société des gens de lettres, dont Zola est président, commande un monument à Balzac au sculpteur Henri Chapu, qui n'aura pas le temps d'exécuter son œuvre : il meurt en . Le projet prévoyait une statue de trois mètres de hauteur, livrable en . Zola charge Rodin de reprendre le projet, qu'il accepte avec enthousiasme. Cependant, l'inauguration officielle du monument sur le terre-plein du boulevard Raspail le a lieu plus de cinquante ans après la commande passée à Rodin, et vingt ans après sa mort.

Recherches et études pour le Balzac Ce projet va obséder le sculpteur pendant des années. Rodin se livre à des études et à des recherches iconographiques sur tout ce qui concerne les représentations de Balzac. Il dispose de peu de documents concernant le sujet : le portrait d'Achille Devéria, un pastel de Gérard Séguin, un dessin à la sépia de Louis Boulanger, une lithographie d'Émile Lassalle, une médaille de bronze de David d'Angers, un portrait de Bertall. Au musée de Tours, il trouve le portrait au pastel de Joseph-Désiré Court. Le photographe Nadar lui confie un daguerréotype de Balzac pris par Bisson en . Rodin va à Bruxelles pour observer la main de Balzac moulée d'après nature. Et enfin, le sculpteur trouve des caricatures dont celle du Charivari qui représente Balzac dans sa tenue de travail habituelle : une robe de chambre blanche de dominicain. Il retrouve un ancien tailleur de Balzac qui vit encore et lui commande toutes sortes de vêtements pour fixer la taille, la silhouette et la forte corpulence du sujet. Rodin voudrait faire un Balzac vêtu d'une robe de moine semblable à sa robe de chambre. Il réalisera d'ailleurs un plâtre d'abord entreposé au musée de Meudon et actuellement conservé au musée Rodin : La Robe de chambre, de Photographie de Robert Descharnes dans ..

Il se lance également dans des études de nu de Balzac pour lequel il fera une trentaine d'essais, dont : un exemplaire conservé au musée d'Orsay et . ; un plâtre de , sans tête, bras croisés, mesurant Photographie de Robert Descharnes dans ., conservé au musée de Meudon ; un plâtre de , mesurant ; un bronze de , mesurant Photographie de Robert Descharnes dans ..

Ces études sont la cause du retard que prend le travail de Rodin qui devait être livré le .

Après une visite à l'atelier de l'artiste, la commission chargée de vérifier l'état des travaux ressort consternée. Le Comité des gens de lettres est choqué par l'aspect inachevé de ces études et par le retard de Rodin. Cependant, grâce à l'intervention de Zola, Rodin obtient deux ans supplémentaires pour son travail. Mais le mandat de Zola à la tête de la Société des gens de lettres se termine, et il prévient son successeur, le poète provençal Jean Aicard : C'est en effet le cas. Une nouvelle délégation du comité, après une visite à l'atelier de Rodin, déclare la statue . En , le même comité met le sculpteur en demeure de livrer la statue de Balzac. Ce qu'il fait finalement : il l'expose au Salon de la Société nationale des beaux-arts de ..

Le scandale en pleine affaire Dreyfus

Jean Aicard propose à la Société des gens de lettres d'intervenir personnellement en écrivant à Rodin. L'artiste répond : Et en même temps, il décide de déposer à la Caisse des dépôts la somme de dix mille francs déjà perçus. Le scandale est retentissant. Jean Aicard, le nouveau président de la Société des gens de lettres donne sa démission alors que des cabales s'organisent et que des campagnes de presse sont lancées pour ou contre Rodin.

La question du Balzac de Rodin dépasse vite le cadre des milieux artistiques et littéraires. Des hommes comme Clemenceau, Zola, Monet, Mallarmé, Gustave Geffroy et d'autres prennent le parti de Rodin dans ce que l'on appelle maintenant « l'affaire Rodin ». Tandis que Félicien Champsaur écrit dans Gil Blas : Alfred Duquet, vice-président du Comité, qui a, dès le début, pris la tête du combat contre Rodin, publie un document faisant .

Le collectionneur français et l'avocat belge Edmond Picard proposent d'acheter l'œuvre. Les amis et les admirateurs de Rodin ouvrent une souscription. Cézanne fait partie des souscripteurs pour montrer qu'il n'y a pas que des dreyfusards parmi les amis de Rodin. En effet, la polémique sur le monument à Balzac de Rodin a éclaté un mois avant la condamnation de Dreyfus. Elle est qualifiée par Serge Gérard de . Et comme Rodin est un ami de Zola, auteur du célèbre J'accuse…!, certains esprits s'échauffent non plus sur l'œuvre d'art, mais sur une portée politique qu'ils y voient : il n'y aurait que des dreyfusards parmi les souscripteurs. Et inversement, Clemenceau se retire de la liste des souscripteurs parce que Rodin a fait maladroitement remarquer qu'il craignait qu'il n'y eût que des dreyfusards parmi ses soutiens financiers.

Rodin refuse de se laisser enfermer dans des querelles politiques. Il rembourse les sommes perçues et se retire à Meudon. La statue de Balzac est alors commandée à Alexandre Falguière, ami proche de Rodin, qui, lorsque le Balzac de Rodin sera de nouveau présenté au salon de , lancera un défi aux mauvais esprits : il exécute un buste de Rodin cependant que Rodin fait un buste de Falguière, pour bien montrer que la querelle autour du Balzac de Rodin n'a pas entamé leur amitié. Alexandre Falguière avait déjà pris la défense de Rodin à Bruxelles lorsque celui-ci avait été accusé injustement de au sujet de L'Âge d'airain.

Le rôle de Bourdelle dans la statue de Balzac Voici le témoignage de Marie Dormoy, qui a rencontré Antoine Bourdelle et qui, dans le Mercure de France du , écrit ceci. :

Le fantôme de Balzac vignette|Auguste Rodin par Alexandre Falguière à gauche, et Falguière par Rodin à droite, glyptothèque Ny Carlsberg (Copenhague). Lors de l'inauguration du monument de Balzac réalisé par Alexandre Falguière, en , Falguière était déjà mort. Rodin assistait toutefois à la cérémonie, et tous les regards se tournaient vers lui. Il était . Dans le discours du président de la Société des gens de lettres, son nom fut évoqué ainsi :

Les modèles en plâtre de Balzac ont paru à de très rares occasions, et dès l'ouverture du musée Rodin à l'hôtel Biron, la statue y a été exposée. Mais il a fallu attendre pour qu'elle soit coulée en bronze et, grâce aux démarches de Judith Cladel, fille de Léon Cladel, le Comité de la société des gens de lettres a placé la statue de Balzac là où elle devait être inaugurée. Le poète Rainer Maria Rilke, qui a vécu à la villa des Brillants, retrace l'histoire du fantôme de Balzac :

Rodin, lui-même, malgré les doutes et les souffrances, a toujours su ce qu'il faisait. Il a confié à des amis :

Notes et références

Voir aussi

Bibliographie

Sources sur Rodin

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Sources centrées sur le monument . . . .

Autres sources

Articles connexes Auguste Rodin Honoré de Balzac Monument à Balzac (Falguière), place Georges-Guillaumin

Liens externes

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