est le neuvième album du groupe américain de rock The Byrds. Il est sorti en 1970 sur le label Columbia Records.

Il s'agit d'un album double dont le premier disque provient de deux concerts donnés à New York au début de l'année et le second se compose de nouveaux morceaux enregistrés en studio. Sa sortie marque la première parution officielle d'un des Byrds. C'est aussi le premier album du groupe avec Skip Battin, qui remplace le bassiste John York à la fin de 1969.

Le disque en studio se compose en majeure partie de nouvelles chansons, dont plusieurs proviennent d'un projet d'adaptation en comédie musicale de Peer Gynt écrit et composé par Roger McGuinn, chanteur et guitariste des Byrds, avec le producteur de théâtre .

, dont le titre est le fruit d'un quiproquo entre la maison de disque et les musiciens, est bien accueilli par la presse spécialisée à sa sortie et réalise de bonnes ventes, d'autant que son prix est celui d'un album simple. Il est généralement considéré comme le meilleur album de la période tardive des Byrds.

Histoire

Contexte

vignette|Les Byrds en 1970. De gauche à droite : Roger McGuinn, Skip Battin, Clarence White et Gene Parsons.|alt=Photo en noir et blanc de quatre jeunes hommes dans un aéroport. Tous ont les cheveux longs, deux sont barbus et un moustachu

En , le bassiste John York est renvoyé des Byrds. Pour le remplacer, le batteur Gene Parsons et le guitariste Clarence White suggèrent au leader du groupe, le chanteur et guitariste Roger McGuinn, de faire appel à Skip Battin. Âgé de , Battin est nettement plus vieux que les autres membres du groupe. Il a connu un certain succès avec au sein du duo de pop , dont les singles et se sont classés dans le Top 20 des ventes aux États-Unis entre 1959 et 1961. Après leur séparation, Battin s'installe à Los Angeles où il travaille comme musicien de studio. Il fait la connaissance de Gene Parsons durant cette période et reprend contact avec Clarence White, qu'il avait rencontré quelques années plus tôt. Son arrivée donne naissance à la version la plus stable des Byrds : le quatuor McGuinn-White-Parsons-Battin ne connaît plus de changement jusqu'au renvoi de Parsons, en .

Roger McGuinn consacre la majeure partie de l'année 1969 à concevoir une adaptation en comédie musicale country rock de la pièce Peer Gynt du dramaturge norvégien Henrik Ibsen avec l'aide de , un ancien psychologue devenu producteur à Broadway. Cette comédie musicale, intitulée Gene Tryp (anagramme de Peer Gynt), doit reprendre la trame générale de la pièce d'Ibsen en la transposant dans le Sud-Ouest des États-Unis au milieu du . Elle doit servir de point de départ à un projet encore plus grandiose pour McGuinn, qui souhaite produire un film de science-fiction intitulé Ecology 70 avec les musiciens Gram Parsons (ex-membre des Byrds) et Michelle Phillips (des Mamas & the Papas) dans les rôles principaux. En fin de compte, ni le film, ni la comédie musicale ne voient jamais le jour et les chansons écrites par McGuinn avec Levy sont utilisées sur les albums des Byrds et .

Enregistrement

Ayant donné de nombreux concerts tout au long de 1969 et au début de 1970, les Byrds estiment le moment venu de publier un album , mais ils ont aussi accumulé suffisamment de nouvelles chansons pour vouloir produire un nouvel album studio. Pour résoudre ce dilemme, le producteur Terry Melcher suggère au groupe de sortir un album double, avec un disque capté sur scène et un disque enregistré en studio, pour le même prix qu'un album simple.

Deux concerts donnés à New York sont enregistrés pour fournir le matériau de base du disque : celui donné au Colden Center Auditorium du Queens College le et celui donné le lendemain au Felt Forum. Des morceaux tirés des deux concerts sont assemblés pour donner l'impression d'une performance unique.

Les séances d'enregistrement du disque studio, produites par Terry Melcher, prennent place du au aux studios Columbia de Hollywood, en Californie. C'est le quatrième album des Byrds que produit Melcher, après leurs deux 33 tours de 1965 ( et ) et leur précédent disque, , sorti fin 1969. Contrairement à ce dernier, qui comprenait beaucoup de reprises et de chansons traditionnelles, n'inclut quasiment que des morceaux écrits et composés par les quatre membres du groupe.

Parution et accueil

est publié le aux États-Unis et le de la même année au Royaume-Uni par Columbia Records. Afin d'en écouler davantage d'exemplaires, il est vendu au prix d'un album simple. Il reste pendant vingt-et-une semaines dans le classement du magazine , avec un pic à la . Au Royaume-Uni, il se classe des ventes. L'unique single qui en est extrait, , sort le aux États-Unis, où il ne dépasse pas la du classement . En revanche, il réalise une belle performance au Royaume-Uni, où il est édité le et se classe . C'est la première fois que les Byrds se classent dans le Top 20 britannique depuis 1965. La chanson reste populaire tout au long des années 1970 sur les stations de radio FM américaines..

Dans l'ensemble, la critique réserve un accueil très favorable à et l'album réalise de très bonnes ventes, avec dans le monde entier. Ce succès prolonge le renouveau entamé avec le précédent album des Byrds, . Les fans du groupe considèrent comme un retour en force, une opinion partagée par une grande partie de la presse spécialisée. Dans le magazine , Bud Scoppa le compare aux premiers albums des Byrds et le considère comme l'un des meilleurs disques de l'année 1970. Dans , Ben Edmonds y voit une véritable renaissance pour le groupe, qui préserve le lien avec son passé tout en continuant à évoluer musicalement. Bruce Harris écrit dans que est le meilleur album des Byrds depuis . La presse britannique se montre tout aussi enthousiaste, avec des recensions élogieuses par Roy Carr dans et Richard Williams dans . La critique n'est pas pour autant unanime, Lester Bangs et Robert Christgau se montrant notamment beaucoup moins séduits que leurs confrères.

Postérité

Les critiques rétrospectives, à l'image de celle de Bruce Eder pour le site AllMusic, considèrent généralement comme le meilleur album de la période tardive des Byrds.

En 2000, une édition remasterisée est publiée sous le titre . Elle se compose de 2 CD, le premier reprenant l'intégralité de l'album double original et le deuxième présentant quatorze titres bonus, six enregistrés en studio et huit provenant des deux concerts new-yorkais de février-.

Caractéristiques artistiques

Paroles et musique

Le disque en concert

vignette|Le Colden Center Auditorium du Queens College où se produisent les Byrds le .|alt=Photo en noir et blanc d'un grand bâtiment

Les chansons , , et proviennent du concert du au Queens College, tandis que , et proviennent du concert du au Felt Forum. D'autres morceaux issus de ces deux concerts ont été publiés par la suite. En 1990, le coffret inclut et deux inédits du concert du Queens College : et une reprise de de Lowell George. Le coffret de 2006 en inclut deux autres : et . En 2000, la réédition augmentée propose six chansons tirées du concert au Felt Forum : , , , , et .

Le disque en concert s'ouvre avec , une chanson inédite issue du projet abandonné Gene Tryp de Roger McGuinn et Jacques Levy. Ses paroles racontent les aventures du héros pendant la guerre de Sécession, durant laquelle il fait de la contrebande d'armes et d'alcool aussi bien pour les confédérés que pour l'Union. Elle est suivie d'une reprise de de Bob Dylan. Les Byrds sont réputés pour avoir fréquemment repris Dylan au cours de leur carrière, mais cette reprise est la dernière qu'ils publient jusqu'à leur séparation en 1973. Le reste de la première face se compose de morceaux déjà connus. Ce mélange de morceaux inédits et de singles à succès issus du passé du groupe permet de tisser un lien entre le quatuor McGuinn-White-Parsons-Battin et la formation originale des Byrds. Par la suite, McGuinn explique que c'est une idée du producteur Terry Melcher. De son côté, il aurait voulu que le disque studio vienne avant le disque , ce que Melcher refuse catégoriquement.

La deuxième face du disque en concert est entièrement occupée par une version de de seize minutes de long. La majeure partie du morceau est consacrée à un bœuf instrumental fondé sur un duel de guitare entre McGuinn et White et le jeu complexe de Battin à la basse et Parsons à la batterie. Au bout d'une douzaine de minutes, le groupe interprète le premier couplet de la chanson à proprement parler avant de conclure sur l'instrumental .

Le disque en studio

Premier morceau du disque studio et unique single extrait de l'album, est une composition de Roger McGuinn et Jacques Levy issue du projet abandonné Gene Tryp. Dans le contexte de la comédie musicale, elle devait illustrer une scène où le protagoniste dompte un cheval sauvage. Deux autres morceaux issus de Gene Tryp sont inclus sur : , sur laquelle apparaît sans être crédité l'ex-Byrds Gram Parsons aux chœurs, et . Écrite pour illustrer le tour du monde du héros de Gene Tryp, cette dernière chanson aborde une grande variété de thèmes dans ses paroles, de la réincarnation aux rencontres amoureuses en passant par la célébrité..

McGuinn est également crédité comme coauteur de , un morceau aux accents écologiques composé par Battin avec Kim Fowley dont il restructure complètement la mélodie. Il assure également le chant et ajoute une partie de synthétiseur Moog qui contribue à lui donner une atmosphère psychédélique.. Battin et Fowley écrivent une deuxième chanson pour , , elle aussi interprétée par McGuinn, qui dépeint de manière sardonique le sort des hippies dans la société américaine.

Le disque studio comprend encore une composition de Parsons et Battin, , méditation tranquille sur la réincarnation, une reprise de de Lowell George et chantée par Clarence White, et une version enjouée de la chanson traditionnelle . Il s'achève sur , un morceau engagé de Skip Battin sur la guerre du Viêt Nam. D'une durée de sept minutes et quarante secondes, c'est la plus longue chanson enregistrée en studio par les Byrds. À la fin du morceau, Battin entonne le mantra bouddhiste Namu myōhō renge kyō. Comme les précédents albums des Byrds, s'achève ainsi sur une note inattendue.

Six chansons supplémentaires ont été enregistrées pendant les séances aux studios Columbia de Hollywood sans être retenues sur l'album. Parmi elles, la reprise de est la seule à être encore inédite. , de McGuinn et Levy, apparaît sur le disque suivant des Byrds, Byrdmaniax ; la reprise de est incluse dans le coffret de 1990 ; et la réédition de 2000 inclut une autre chanson de Lowell George, , couplée à l'hymne religieux , ainsi que la version studio de . Enfin, deux extraits d'un long bœuf improvisé pendant les séances ont vu le jour, sous les noms de (dans le coffret The Byrds) et (sur ).

Pochette et titre

La pochette de l'album est conçue par Eve Babitz à partir de photos prises par Nancy Chester. Elle montre les quatre membres du groupe sur les marches d'un escalier à l'observatoire Griffith de Los Angeles. La photo est retouchée en remplaçant l'arrière-plan original par un paysage désertique. La pochette arrière est un reflet de la pochette avant, de sorte que la vue d'ensemble évoque les travaux de M. C. Escher. La pochette intérieure présente des portraits en noir et blanc des quatre Byrds avec des notes d'accompagnement rédigées par Jim Bickhart et Derek Taylor.