Pierre de Rigaud de Vaudreuil de Cavagnial, né le à Québec (Nouvelle-France) et mort le à Paris (France), quatrième fils de Philippe de Rigaud de Vaudreuil et de l'acadienne Louise-Élisabeth de Joybert de Soulanges et de Marson, est marquis de Vaudreuil, officier de la Marine, gouverneur de Trois-Rivières, gouverneur de Louisiane et le dernier gouverneur général de la Nouvelle-France. De tous les gouverneurs de la Nouvelle-France, Pierre de Rigaud de Vaudreuil est le seul né dans la colonieAuteur de l'article: W. J. Eccles RIIGAUD DE VAUDREUIL DE CAVAGNIAL, PIERRE DE, marquis de Vaudreuil. Dictionnaire biographique du Canada, vol. 4 Éditeur: Université Laval/University of Toronto Année de la publication: 1980. Date de consultation: 27 juin 2019. Il est passé à l’histoire comme le Grand Marquis en Louisiane et on lui impute souvent la responsabilité de la perte de la Nouvelle-France.
Biographie Fils du gouverneur général Le futur marquis naît dans une famille qui a du poids à la cour de Versailles. Originaire du Languedoc, la famille de Vaudreuil est dirigée par son père, Philippe de Rigaud de Vaudreuil. Ce dernier a commencé sa carrière au sein des légendaires mousquetaires du Roi, troupe d’élite et pépinière de cadres dans l’armée de l’Ancien Régime. Après un service remarqué, il est nommé à la tête des troupes de la Marine en Canada. En effet, les colonies étant sous la responsabilité du ministre de la Marine, les soldats qui protègent la Nouvelle-France le font donc sous la dénomination des Compagnies Franches de la Marine. Ces soldats sont issus en grande partie de la colonie et se sont acclimatés aux conditions de combat particulières de l’Amérique septentrionale où la mobilité et la surprise comptent plus que les savantes manœuvres alors prisées en Europe. Comme officier supérieur, il gagne rapidement l’estime de ses troupes, est promu gouverneur de Montréal puis devient le successeur du chevalier de Callière, gouverneur général de la Nouvelle-France, lorsque celui-ci décède en 1703. Il le reste jusqu’à sa mort en 1725. La popularité de son père en Nouvelle-France est un atout pour le jeune Pierre et pour ses frères. Dès sa sixième année, Pierre est nommé enseigne dans les compagnies franches de la Marine. À treize ans en 1711, une fois son éducation militaire bien entamée, il reçoit le grade de lieutenant avant d’être promu capitaine en 1713.
Apprentissage de la carrière des armes Entre des passages à la cour et l’apprentissage de ses intrigues, le jeune Vaudreuil se forme à l’administration coloniale en suivant son père et en accomplissant des missions pour lui. Le plus important rôle du gouverneur général de la Nouvelle-France est d’agir en tant qu’Onontio : le médiateur des Premières Nations. C’est pour s’initier à la diplomatie amérindienne qu’il participe notamment à la négociation avec les Iroquois afin d’obtenir la permission de reconstruire et d’agrandir le fort Niagara. En 1721, il accompagne un groupe d’officiers supérieurs dans une tournée d’inspection au grand lac Ontario. À partir du fort Frontenac, ils côtoient la rive nord du lac, examinant les sites possibles pour établir des forts. Au fort Niagara, ils conférèrent avec les chefs des nations Tsonnontouans et Onontagués. Cette expérience de l’éloquence et de la diplomatie autochtone prépare le jeune capitaine à ses futures responsabilités. Au retour, le groupe longe la rive sud du lac; ainsi le jeune Vaudreuil acquiert une connaissance de première main du cœur du système de défense du Canada.
À la mort de son père, il prend en charge les affaires de sa famille en Amérique. Le successeur de son père, le marquis de Beauharnais, ne semble pas apprécier un nom qui lui fait de l’ombre. Empli de préjugés, il ne manque pas une occasion de favoriser la nomination de Français de la métropole dans tous les emplois de la colonie, à l’exclusion des Canadiens. Il faudra que le ministre Maurepas lui-même le rappelle à l’ordre et protège la carrière de Vaudreuil contre les politiques de Beauharnais. Vaudreuil combattra aussi dans la guerre contre la nation des Renards, en 1730; particulièrement dur, ce conflit est pour lui l’occasion de s’accoutumer en personne aux principes de la «petite guerre» et il en tire une confiance envers cette façon de combattre.
Exercice de l’autorité: gouverneur de Trois-Rivières En 1733, le poste de gouverneur des Trois-Rivières devient libre à la suite du transfert du précédent titulaire, Berthelot de Beaucours, à Montréal. Il accomplit son devoir à la satisfaction des autorités de Versailles, c’est-à-dire en n’ayant aucun problème à signaler au ministre de la Marine son protecteur. Il passe son mandat à se créer une clientèle, c’est-à-dire à l’époque un cercle de gens lui étant redevables de leur avancement ou de faveurs. En communication directe avec Versailles, il peut se faire un nom propre et une réputation solide. Il se préoccupe également de développement économique, notamment en donnant une nouvelle impulsion au développement des forges du Saint-Maurice, qui devient la plus grande entreprise industrielle de Nouvelle-France alors qu’elle était menacée de faillite quelques années auparavant. Au décès de sa mère, il reçoit un congé pour rentrer en France à l’été 1741. Bien vu à la cour, il reçoit du ministre Maurepas une promotion au rôle de gouverneur de la Louisiane le . Il accepte avec pour objectif de gagner en faveur et d’être un jour nommé gouverneur général de la Nouvelle-France.
Mariage d’amour thumb|200px|Madame Pierre de Rigaud de Vaudreuil - Jeanne-Charlotte de Fleury Deschambault.C’est à cette époque qu’il rencontrera Jeanne-Charlotte de Fleury Deschambault. Elle est la fille de Jacques-Alexis de Fleury Deschambault, bailli, procureur puis juge royal à Montréal, et de Marguerite de Chavigny de Berchereau, ainsi que sœur de Joseph de Fleury de La Gorgendière. Jeanne-Charlotte de Fleury Deschambault était veuve de François Le Verrier de Rousson, mort en 1732. Il est alors fréquent, chez les nobles de Nouvelle-France, d’épouser des veuves riches afin de se créer un patrimoine commun capable de financer le train de vie attendu de la noblesse française. Or, la veuve Verrier de Rousson était dans une situation financière précaire. Il semble que ce soit une réelle affection réciproque, rare à l’époque, qui soit à l’origine de ce mariage hors-norme, Vaudreuil était de 15 ans le cadet de sa nouvelle épouse. Leur correspondance existe toujours et montre un couple aimant, Vaudreuil démontrant une affection constante à son épouse pendant les 17 ans de leur union. Mariée à 63 ans, Jeanne ne donnera pas de descendance au marquis.
Le Grand Marquis en Louisiane Le marquis de Vaudreuil est nommé, par Maurepas, gouverneur de la Louisiane le . Il succède à Jean-Baptiste Le Moyne de Bienville mais il n'arrive à La Nouvelle-Orléans que le . Cette année-là, le marquis de Vaudreuil épouse Jeanne-Charlotte de Fleury Deschambault.
Pierre de Rigaud de Vaudreuil se montre un administrateur entreprenant, ordonne des défrichements et renforce significativement les défenses de la Louisiane. La situation n'est guère favorable : la colonie est faiblement peuplée, les habitants étant principalement répartis entre La Nouvelle-Orléans, Bâton-Rouge, Saint-Louis du Missouri, des fermes dispersées le long du Mississippi jusqu'au Pays des Illinois, plusieurs forts et des postes de traite de fourrures . De plus, par sa situation au centre du continent, elle est entourée par d'autres puissances coloniales et diverses nations amérindiennes; les communications entre Québec ou la France sont lentes, le ravitaillement de la colonie est difficile. Pour protéger la colonie, il obtient l'envoi de soldats en 1750. Il sait que, pour garantir la paix intérieure à la colonie, il faut rattacher les Premières Nations à la cause française et les détacher des Anglais; il tentera par divers moyens de limiter l'influence anglaise à l'intérieur du continent grâce aux autochtones.
Il développe le commerce des produits coloniaux avec les possessions espagnoles proches (Cuba, Mexique) et encourage, en vue de l'exportation, la production et l'exploitation des peaux, du tabac, du riz, de l'indigo. Il est remplacé par Louis Billouart de Kerlerec en 1753. Son gouvernement sera si apprécié par les Louisianais qu'il est encore aujourd'hui surnommé le Grand Marquis.
Conflits et années de guerre Durant ses dix années comme gouverneur de la Louisiane, de 1743 à 1753, de nombreux conflits finissent par des « chevelures levées », terme poétique pour parler des scalps. L'historien Guy Frégault en relate plusieurs dans Le Grand Marquis - Pierre de Rigaud de Vaudreuil et la Louisiane. «... des sauvages, en , ont attaqué plusieurs pirogues françaises à l'embouchure de la rivière des Chérakis [riv. Tennessee] : ils y ont fait des prisonniers et laissé seize cadavres «étendus sur la place, tous la chevelure levée»». Au printemps de 1746, un conflit oppose Vaudreuil au Soulier Rouge, le chef d'une faction chacta favorable aux Britanniques. Le Soulier Rouge appelle les autres nations pour faire la paix entre elles et se rallier aux Anglais. Une délégation des Chicachas répond à l'appel du Soulier Rouge, mais ceux-ci rencontrent sur leur route des Chactas que Soulier Rouge n'a pas réussi à convaincre. «Ils attaquent sournoisement les quatre émissaires, en massacrent trois et expédient les chevelures à La Nouvelle-Orléans». Vaudreuil offre une récompense pour la tête de Soulier Rouge, pour venger la mort des trois Français que Soulier Rouge avait ordonné de tuer. On lui remet la tête du Soulier Rouge, mais il en manquait deux pour faire le compte. Le commandant de Mobile fait «savoir aux Chactas qu'il oubliera le passé du moment qu'il recevra deux testes d'anglois. Rendant compte de toute l'affaire à Maurepas, il explique : «J'exigeay de [la tribu] les deux testes qui doivent nous revenir, elle offrit en leur place deux chevelures angloises. Je les acceptay d'autant plus volontiers que je n'avois que ce moyen pour faire deguerpir Les anglois qui sont venus S'Etablir dans cette Nation»». En 1746, des traitants Anglais qui accompagnaient le Soulier Rouge au moment où celui-ci fut assassiné s'installent dans un village, et lèvent trois partis de guerre. «Le deuxième se répand le long de la rivière de la Mobile, saccage des plantations et, le , à quinze lieues de la ville, s'abat comme un vol d'oiseaux de proie sur un groupe de colons. Six ou sept personnes se font tuer. Geste significatif, les révoltés expédient les chevelures aux autorités de la Caroline qui, en retour, leur envoient d'énormes présents et leur donnent l'assurance d'une entière protection.» En octobre 1747, l'embargo que Vaudreuil avait décrété sur les Chactas est en vigueur, et ils ne reçoivent plus de «présents». Après s'être arrêté à Tombecbé, une petite bande de Chactas dresse une embuscade sur la route. Ils tombent sur dix traitants anglais qui retournent en Caroline, avec un convoi de 60 chevaux chargés de fourrures . Les Chactas «se jettent sur l'homme qui marche devant la colonne, mettent ses compagnons en fuite, et reviennent à Tombecbé avec quarante chevaux et un riche butin. La contre-offensive commence. Dès qu'il apprend le raid meurtrier de la Mobile, Vaudreuil envoie à ses alliés de l'Est un message énergique : il ne les convoquera point pour les présents que l’agression ne soit vengée. Un détachement se forme. Il fond sur le village de l'Ouest où le raid s'est préparé, en brûle la moitié, laisse plusieurs adversaires sur le terrain, mais emporte, pour l'offrir au marquis, la chevelure du chef du parti levé par les Anglais.»