La Legio XV Primigenia (litt : la légion initiale ou originelle – En fait, « Primigenia » fait référence à la déesse Fortuna primigenia, déesse favorite des empereurs Claude et Caligula) était une légionLe nombre (indiqué par un chiffre romain) porté par une légion peut porter à confusion. Sous la république, les légions étaient formées en hiver pour la campagne d’été et dissoutes à la fin de celle-ci ; leur numérotation correspondait à leur ordre de formation. Une même légion pouvait ainsi porter un numéro d’ordre différent d’une année à l’autre. Les nombres de I à IV étaient réservés aux légions commandées par les consuls. Sous l’empire, les empereurs numérotèrent à partir de « I » les légions qu’ils levèrent. Toutefois, cet usage souffrit de nombreuses exceptions. Ainsi Auguste lui-même hérita de légions portant déjà un numéro d’ordre qu’elles conservèrent. Vespasien donna aux légions qu’il créa des numéros d’ordre de légions déjà dissoutes. La première légion de Trajan porta le numéro XXX, car 29 légions étaient déjà en existence. Il pouvait donc arriver, à l’époque républicaine, qu’existent simultanément deux légions portant le même numéro d’ordre. C’est pourquoi s’y ajouta un cognomen ou qualificatif indiquant (1) ou bien l’origine des légionnaires (Italica = originaires d’Italie), (2) un peuple vaincu par cette légion (Parthica = victoire sur les Parthes), (3) le nom de l’empereur ou de sa gens (famille ancestrale), soit qu’elle ait été recrutée par cet empereur, soit comme marque de faveur (Galliena, Flavia), (3) une qualité particulière de cette légion (Pia fidelis = loyale et fidèle). Le qualificatif de « Gemina » désignait une légion reconstituée à partir de deux légions ou plus dont les effectifs avaient été réduits au combat. Dans les textes anciens, les chiffres « 4 » et « 9 » sont rendus par « IIII » et « VIIII » plutôt que par « IV » et « VIIII » (Adkins (1994) ). de l’armée romaine dont la brève existence de 39 à 70 apr. J.-C. se déroula dans la province romaine de Germanie.

Créée en même temps que la Legio XXII Primigenia en 39 apr. J.-C. par l’empereur Caligula, elle devait renforcer les autres légions en vue de la campagne qu’il entreprit le même automne au-delà du Rhin, après quoi elle fut stationnée à Mogontiacum où elle resta quatre ans. Par la suite, elle alla remplacer la Legio XXI Rapax à Castra Vetera dont elle partagea le camp avec la Legio V Alaudae. Vers la fin du règne de Néron, elle décida de rester fidèle à l’empereur et participa à la défaite de l’un des usurpateurs potentiels, Vindex. Après le suicide de Néron, la légion appuya le commandant en chef des forces de Germanie, Vitellius. Mais au cours de la guerre civile qui opposa Vitellius à Vespasien pendant l’Année des quatre empereurs, elle se trouva assiégée dans Castra Vetera par le commandant des forces bataves en révolte contre Rome, Julius Civilis. Après un long siège, les deux légions qui occupaient le camp durent se rendre. Civilis promit la vie sauve aux légionnaires qui quittèrent alors le camp, mais tombèrent quelques kilomètres plus loin dans une embuscade tendues par les Germains. Les légionnaires qui ne furent pas massacrés ou emmenés en esclavage retournèrent à leur camp mais périrent dans l’incendie qui suivit le sac par les Germains. Vainqueur de Vitellius, Vespasien décida de réorganiser complètement l’armée du Rhin en créant de nouvelles légions et en amalgamant ce qui restait de certaines autres. Toutefois, les deux légions annihilées ne furent pas reconstituées.

On ignore quel était son emblème. Son cognomen, « Primagenia » est le même que celui de la légion, créée en même temps qu’elle, mais est absent des inscriptions et très rarement utilisé dans les sources par des auteurs tels que Tacite ou Plutarque de ChéronéeLendering (2002)"Legio XV Primigenia" para 2.. On peut s’interroger sur le choix des numéros d’ordre si les deux légions furent créées au même moment. Une explication plausible serait que la XV Primigenia devait appuyer la Legio XIIII Gemina en Germanie supérieure alors que la XXII Primigenia devait appuyer la XXI Rapax à Xanten en Germanie inférieureLendering (2002) « Legio XXII Primigenia » para 1..

Histoire de la légion

Sous l’empereur Caligula

thumb|right| Carte des peuples germaniques au après J.-C.

La Legio XV Primigenia, de même que la Legio XXII Primigenia, furent créées en 39 apr. J.-C. par l’empereur Caligula (r. 37-41) en vue de sa campagne en Germanie. Les deux légions franchirent les Alpes à l’automne 39 en direction du Rhin. Avec la Legio IIII Macedonica, elles devaient y renforcer les Legio XIIII Gemina et XVI Gallica Carroll (2006) .. Les premiers affrontements eurent lieu contre les Chattes, peuple germanique ayant participé à l'insurrection menée par Arminius, laquelle s’était soldée par la perte des légions romaines de Varus lors de la bataille de Teutoburg en 9 apr. J.-C.Beck (2010) vol. 20, .. En 40, Caligula descendit le Rhin, faisant fortifier plusieurs camps sur son passage comme Pretorium Agrippinae (aujourd’hui Valkenburg aux Pays-Bas), Flevum (probablement aujourd’hui Velsen aux Pays-Bas) et Fectio (aujourd’hui Vechten aux Pays-Bas)Lendering « Legio XXII Primigenia » para 2.. C’est arrivé à Lugdunum (aujourd’hui Katwijk aux Pays-Bas), que se situe l’épisode rapporté par Suétone, pendant lequel l’empereur mit ses troupes en position le long de la mer et leur fit ramasser des coquillages dont ils emplirent leurs casques et leurs poches avant de faire ériger une tour en souvenir de sa victoire rappelant le phare d’AlexandrieSuétone, « Caligula", Vie des Douze Césars, 46.. Si, selon les sources, les campagnes sur la rive droite du Rhin ne furent guère importantes, les fouilles archéologiques montrent que les combats furent violents et que nombre de légionnaires perdirent la vie au cours des affrontementsWaltzer (1994) . Après le retour de l’empereur à Rome, les combats devaient se poursuivre sur le Rhin. Le gouverneur de Germanie inférieure, Aulus Gabinius Secundus parvint à vaincre les Chattes et à reprendre les aigles des légions tombées aux mains des ennemis lors de la défaite de TeutoburgLendering (2002) « Legio XXII Primigenia » para 4..

La Legio XV fut alors stationnée à Mogontiacum (aujourd’hui Mayence en Allemagne) où elle devait rester quatre ans. Une unité de cavalerie de la légion fut quant à elle stationnée, au moins temporairement, à Borbetomagus (aujourd’hui Worms en Allemagne)(Lendering (2002) "Legio XV Primigenia", para 4).

Sous l’empereur Claude

thumb|left|Emplacement du camp de Vetera sur le limes du Rhin inférieur.

Après que Caligula eut été renversé par les cohortes prétoriennes, l’empereur Claude (r. 41-54), en 43, envoya Aulus Plautius à la tête de quatre légions (Legio II Augusta, IX Hispana, XIIII Gemina et la XX Valeria Victrix) dans la province de Bretagne (actuelle Grande-Bretagne), prenant prétexte de l'appel à l'aide d'un allié local en difficultéDion Cassius, Histoire romaine, 60, 19-20.. Ceci entraina un réaménagement des troupes de Germanie. La Legio XV Primagenia alla alors remplacer la Legio XXI Rapax à Vetera (aussi appelé Castra Vetera, aujourd’hui Xanten dans la province de Rhénanie-Palatinat en Allemagne) qui partageait le camp avec la Legio V AlaudaeLepelley (2001) .. On sait que, dans le camp reconstruit, la V Alaudae occupait la moitié est du camp et la XV Primigenia la moitié ouestLendering (2002) « Legio XV Primigenia » para 6). Ce camp abritait également un régiment de cavalerie dont l’un des tribun, Pline l’Ancien, devait être l’auteur de l’encyclopédie « Histoire naturelle ».

Avec l’extension de l’empire et la création d’un limesÀ l’origine, le mot limes (pl : limites) désignait une route empruntée par les légions aux confins de l’empire et des territoires barbares. Ces routes suivaient généralement des accidents géographiques (fleuves en Europe comme le Danube et le Rhin), déserts en Afrique et en Égypte. Il désigna progressivement la série de tours de garde érigées à intervalle plus ou moins réguliers le long de ces routes et permettant de contrôler l’accès au territoire impérial. Sous Hadrien, on construisit de véritables murs le long de cette frontière en Rhétie, en Germanie supérieure en Numidie; le plus célèbre demeura celui de Bretagne. Finalement, avec la création d’une armée affectée spécifiquement à la garde des frontières (limitanei), il en viendra à désigner la frontière elle-même., il devint nécessaire de loger des troupes de façon permanente sur la frontière. Le traditionnel camp de marche, en bois avec remblais de terre, fut remplacé par un camp de pierre dont la disposition reprenait celui des camps de marcheAdkins (1994) .. Xanten fut ainsi parmi les premiers à être « modernisé »Runde (2003) .Piso (2005) .. En 47, Claude nomma Cnaeus Domitius Corbulo commandant des armées de la Germanie inférieure; son camp était basé à Ara Ubiorum qui obtint en 50 le statut de colonie romaine et prit le nom de Colonia Claudia Ara Agrippinensium (aujourd’hui Cologne en Allemagne). À ce titre, Corbulo était responsable des légions V Alaudae et XV Primigenia stationnées à Xanten et dont le camp devait servir de base arrière pour les campagnes en Germanie et de base pour la flotte qui contrôlait le Rhin. La mission était importante pour l’extension de l’empire qui se heurtait aux manifestations violentes des tribus germaniques entre le Rhin et le WaalDion Cassius, Histoire romaine, XL, 30.. Afin de renforcer le limes le général ordonna la construction d'un canal entre les rivières du Rhin et de la Meuse, allant de Matilo (aujourd’hui Leyde aux Pays-Bas) à la capitale des Cananefates (aujourd’hui Voorburg aux Pays-Bas). Particulièrement utile à cette époque où les transferts de troupes du Rhin vers la province romaine de Bretagne étaient fréquents, le « Fossa Corbulonis » ou canal de Corbulon permettait de transporter le matériel de guerre et les matériaux nécessaires à l'érection des forts qui s’échelonneront le long du limes germanicus au premier siècleLendering (2002)"Legio XV Primigenia, para 7..

Pendant l’Année des quatre empereurs et le règne de Vespasien

thumb|left|La Gaule romaine et les peuples germains à l’est du Rhin vers 70 apr. J.-C.

Vers la fin du règne de Néron (r. 54-68), les complots et les alliances se multiplièrent au sein de la hiérarchie militaire pour mettre fin au régime. Au printemps 68, deux généraux se révoltèrent : Gaius Iulius Vindex, légat (gouverneur) de la province de Gaule lyonnaise et Servius Sulpicius Galba, légat d’Hispanie tarraconaise. L’armée de Germanie inférieure (Legio I Germanica, V Alaudae, XV Primigenia et XVI Gallica) décida de rester fidèle à l’empereur légitime et, marchant vers le sud, défit Vindex qui se suicida Plutarque, « Galba » Vie des hommes illustres, 4.. Les légionnaires s’attendaient à être récompensés pour leur loyauté. Ils devaient être déçus, car Néron se suicida en juin 68 et Galba (r. juin 68-janv 69) avec la Legio VII marcha sur Rome où il fut reconnu empereur par le SénatZosso (2009) « Galba » ..