La révolte des Panthay, connue en Chine sous le nom de Du Wenxiu Qiyi (), se déroule de 1856 à 1873. C'est un mouvement séparatiste du peuple Hui et d'autres Chinois musulmans, en lutte contre la dynastie Qing mandchoue et localisé au Nord de la province du Yunnan, au sud-ouest de la Chine.

Le nom de Panthay est un mot d'origine birmane, dont on dit qu'il est identique au mot Shan Pang hse. C'est le nom sous lequel les Birmans désignaient les Chinois musulmans qui arrivaient en Birmanie avec leurs caravanes, en provenance de la province chinoise du Yunnan. Ce nom n'était ni connu ni usité au Yunnan même.

Origines

Les discriminations dont sont victimes les Hui de la part de l'administration impériale, et ce dans l'ensemble de l'empire, sont à l'origine de leurs révoltes, qui surviennent au Yunnan et dans d'autres régions, comme le Gansu ou le Xinjiang. Bien que certaines sources suggèrent que la rébellion des Panthay découle uniquement d'un conflit entre des mineurs Han et Hui en 1853, les tensions entre Han et Hui existent, en réalité, depuis des décennies avant le début de la révolte. Par exemple, en , le massacre de Mianning fait presque en deux semaines, et en 1845, les Han et les officiels Qing massacrent des Hui durant trois jours. Les Hui et les Han sont considérés et classés par les Qing comme étant deux groupes ethniques différents, les Hui n'étant pas vus comme des Han ayant une religion spécifique.

Selon le volume 8 de l'Encyclopedia of Religion and Ethics, la révolte des Panthay est déclenchée par la haine ethnique et la lutte des classes, et considérer que tout est dû à l'Islam et à la religion est une idée erronée(Original from Harvard University).

En 1856, Shuxing'a, un fonctionnaire Qing d'origine mandchou, est chargé de réprimer la révolte qui a éclaté dans la capitale provinciale de Kunming. Pour ce faire, il se livre à un massacre de musulmans, ce qui, loin d’apaiser la situation, déclenche une insurrection multiethnique à l'échelle de la province. Dans la ville de Dali, située dans l'ouest de la province du Yunnan, un royaume indépendant est créé par Du Wenxiu (1823-1872), un homme né à Yongchang dans une famille chinoise Han et qui s'est converti à l'islam.

Si Shuxing'a a donné l'ordre de procéder à un tel massacre, c'est parce ce dernier a développé une haine profonde des musulmans, après un incident au cours duquel il avait été déshabillé et presque lynché par une foule de musulmans. Il a ordonné que plusieurs rebelles musulmans soient lentement découpés en morceaux, jusqu'au ce que mort s'ensuive. Tariq Ali relate cet incident, qui a réellement eu lieu, dans l'un de ses romans, en affirmant que les musulmans qui ont failli lyncher Shuxing'a n'étaient pas des Hui mais appartenaient à une autre ethnie; mais le fonctionnaire mandchou a néanmoins rendu tous les musulmans responsables de l'incident.

Idéologie des révoltés

La révolte n'est pas de nature religieuse, puisque les musulmans ont été rejoints par des Shan et des Kakhyen non musulmans, ainsi que d'autres tribus vivant dans les collines. Un officier britannique rapporte que les musulmans ne se sont pas rebellés pour des raisons religieuses, et que les Chinois sont tolérants envers les différentes religions et qu'il est peu probable qu'ils aient provoqué la révolte en interférant avec la pratique de l'islam. En outre, des troupes musulmanes loyalistes aident les Qing à écraser les rebelles musulmans.

La révolte de Du Wenxiu n'est pas contre les Han, mais contre les Qing et il cherche à détruire le gouvernement mandchou. Pendant la révolte, les Hui des provinces qui ne prennent pas part à la révolte, comme le Sichuan et le Zhejiang, servent de négociateurs entre les Hui rebelles et le gouvernement Qing. L'une des bannières de Du Wenxiu porte le slogan suivant : « Privez les Qing mandchous de leur mandat de gouverner » (革命滿淸), et il appelle ouvertement les Han à aider les Hui à renverser le régime mandchou et à les chasser de Chine. Les forces de Du dirigeaient plusieurs troupes non musulmanes, dont des Chinois Han, Li, Bai et Hani. Du Wenxiu appelle également à l'unité entre les Hui musulmans et les Han. Il aurait déclaré que « notre armée a trois tâches : chasser les Mandchous, s'unir aux Chinois et chasser les traîtres ».

Pour Du Wenxiu, les Han ne sont pas les responsables des massacres de Hui, c'est le régime mandchou qui crée et entretient les tensions au régime mandchou, ces derniers étant des étrangers à la Chine qui aliènent les Chinois et les autres minorités. Il appelle également appelé à l'expulsion de tous les Mandchous de la Chine afin que le pays soit de nouveau dirigé par des Chinois.

Il engage une guerre totale contre la domination mandchoue, Du Wenxiu refusant de se rendre, contrairement à Ma Rulong, l'autre commandant musulman de la révolte. Cette différence de posture est peut-être liée aux différents courants de l'Islam pratiqués par les révoltés : les Sunnites Hanafistes de l'école , qui sont sous les ordres de Ma Rulong, font facilement défection au profit des Qing, tandis que les , une confrérie soufie appartenant à la tariqa Naqshbandiyya, ne se rendent pas. Certains des rebelles Jahriyya de la révolte des Panthay, comme Ma Shenglin, sont liés a Ma Hualong, le chef Jahriyya de la révolte des Dounganes, et restent en contact avec lui.

La révolte commence donc après le massacres de 3000 Hui perpétrés par les autorités mandchoues. Du utilise une rhétorique anti-Mandchoue dans sa rébellion contre les Qing, appelant les Han à se joindre aux Hui pour renverser les Qing mandchous, qui règnent sur la Chine depuis 200 ans. C'est après le déclenchement de la révolte que Du invite Ma Rulong, qui est alors un puissant chef musulman Hui, à se joindre à lui pour chasser les Qing mandchous et « récupérer la Chine », et fait de la ville de Dali sa capitale. La cité de Kunming est attaquée et saccagée à plusieurs reprises par les forces de Du Wenxiu. La révolte est écrasée en 1873. Actuellement, (2021) Du Wenxiu est considéré comme un héros par le gouvernement chinois.

Du Wenxiu porte des vêtements chinois et impose l'usage de la langue arabe au sein de son État, ainsi que l'interdiction de la consommation de la viande de porc. Par la suite, Ma Rulong interdit également la consommation de viande de porc dans les zones qui passent sous son contrôle après sa défection au profit des Qing.

Pour gérer son royaume, De Wenxiu emploie aussi bien des musulmans Hui que des Chinois Han dans son administration civile et militaire. En fait, un tiers des postes militaires du sultanat sont occupés par des Chinois Han, qui occupent également la majorité des postes civils. Au-delà des Han et des Hui, c'est l'animisme tribal, le confucianisme et l'islam qui sont tous légalisés et « honorés » par une « bureaucratie de style chinois » dans le sultanat de Du Wenxiu.

Si après avoir combattu aux côtés de Du Wenxiu, Ma Rulong fait défection au profit des Qing, il n'est pas le seul musulman à choisir de rester fidèle aux Mandchous. L'érudit musulman Ma Dexin, qui affirme que le néoconfucianisme est conciliable avec l'islam, approuve la défection de Ma Rulong et aide également d'autres musulmans à faire de même.

Slogans révolutionnaires de Du Wenxiu

Négociations Des pourparlers de paix sont menés par les Hui des provinces du Zhejiang et du Sichuan qui ont été invités par les Qing au Yunnan en 1858 et n'ont pas participé à la révolte.

Déroulement

La révolte commence par des soulèvements locaux qui finissent par se généraliser dans pratiquement toutes les régions de la province. Ce sont les rebelles du Yunnan occidental, sous la direction de Du Wenxiu, qui, en prenant le contrôle de Dali en 1856, deviennent le principal mouvement militaire et politique d'opposition au gouvernement Qing. Ils tournent leur fureur contre les mandarins locaux et finissent par défier le gouvernement central de Pékin.

Le gouvernement impérial est handicapé par une profusion de problèmes et de révoltes dans diverses zones du si vaste empire des Qing comme la révolte des Taiping. À cette époque, la Chine souffre encore des chocs causés par la première série de traités inégaux, comme le traité de Nankin. Ces circonstances favorisent la montée en puissance des musulmans du Yunnan.

Montée en puissance et création du sultanat

À partir de 1855, les Hui du Yunnan se soulèvent, leur cible principale étant les mandarins, vus comme des tyrans locaux abusant de leur pouvoir pour s'enrichir. Ce sentiment est exacerbé par la politique de recrutement des mandarins, qui exclut les Hui de ces postes de pouvoir, et des émeutes anti-Hui organisées par ces derniers et visant les Panthay les plus riches, qui se concluent par la destruction de mosquées(Anderson, 1876, 233). Cette révolte n'est pas de nature religieuse, puisque les musulmans sont rapidement rejoints par des Shan et des Kachin non musulmans et d'autres tribus vivant dans les collines du Yunnan. Un officier britannique présent dans la région déclare que les musulmans ne se sont pas rebellés pour des raisons religieuses et que les Chinois sont tolérants envers les différentes religions et qu'il est peu probable qu'ils aient provoqué la révolte en interférant avec la pratique de l'islam. En outre, des troupes musulmanes loyalistes aident les Qing à écraser les musulmans rebelles.

La révolte commence comme un soulèvement local. Elle est initiée par des ouvriers Hui qui travaillent aux mines d'argent du village de Lin'an fu (, dont le centre administratif est aujourd'hui le xian de Jianshui), au Yunnan, qui se soulèvent contre les Chinois. Le gouverneur chinois du Yunnan envoie un appel urgent au gouvernement central de Pékin, qui réagit peu ou mal, car de nombreuses révoltes éclatent dans tout l'empire à la même époque.

Ils repoussent les attaques désordonnées des troupes impériales. Ils s'emparent des villes importante les unes après les autres. Les villes et villages chinois qui résistent sont pillés, et la portion masculine de la population est massacrée. Ceux qui se rendent sont épargnés. Les rebelles s'emparent avec succès de la ville de Dali, l'ancienne capitale du royaume du même nom, en 1857. Avec la prise de Dali, les musulmans contrôlent, de facto, le Yunnan. Ils se déclarent indépendants de la Chine, et constituent une nation séparée, sous le nom de Pingnan Guo ou Ping-nan Kuo (). Leur chef, Sulayman ibn `Abd ar-Rahman (1823-1872), connu sous le nom de Du Wenxiu (initialement Yang Xiu (杨秀)http://www.shijiemingren.com/doc-view-27181.html , retrieved 31 Mar 2017) (???? - 1873) ), s'autoproclame Qa´id Jami al-Muslimin (« chef de la communauté des musulmans ») et fait de Dali sa capitale. On le connait en Occident sous le nom de Sultan Sulayman. Il règne de 1856 au , mais son sultanat n'est effectif qu'entre 1860 et 1868. C'est ainsi qu'un sultanat, calqué sur ceux du Moyen-Orient, apparaît au Yunnan. Des gouvernorats Panthay sont également créés dans quelques villes importantes, comme Momein (Tengyueh), qui se trouvent à proximité de la ville frontalière birmane de Bhamo.

Dès sa prise de pouvoir, Du Wenxiu proclame que « les Taiping deviendront nos alliés, nous nous aiderons mutuellement et nous détruirons nos ennemis par nos efforts combinés », indiquant ainsi son intention de coopérer avec la rébellion chrétienne hétérodoxe des Taiping qui cherche à renverser la dynastie Qing.

Le sultanat atteint l'apogée de sa puissance entre 1860 et 1868. Les Panthays ont alors pris ou détruit quarante villes et cent villages(Anderson, 1876, 343). Au cours de cette période, le sultan Suleiman, en route pour la Mecque en tant que pèlerin, se rend à Rangoon, probablement en empruntant la route de Kengtung, et de là à Calcutta où il a l'occasion de voir la puissance des Britanniques en Inde(Anderson, 1876, 242). En 1867, il occupe la moitié du Yunnan et envoie une armée de pour tenter de prendre la ville de Kunming, en vain.

Déclin et écrasement de la révolte