Après l'identification par les médecins allemands du lien entre le tabagisme et le cancer du poumon A. H. Roffo (1940) Krebserzugende Tabakwirkung , Monatsschrift für Krebsbekämpfung Vol. 8, issue 5Franz H. Müller; Schairer & Schöniger, se développa un mouvement antitabac sous le Troisième Reich T. Kue Young (2005), Population Health: Concepts and Methods, Oxford University Press, , qui déboucha sur la première campagne antitabac de l'époque contemporaine Margit Szollosi-Janze (2001), Science in the Third Reich, Berg Publishers, , .
Dès le début du , des mouvements luttant contre le tabagisme furent actifs dans un certain nombre de pays Richard Doll (juin 1998), « Uncovering the effects of smoking: historical perspective », Statistical Methods in Medical Research (2), , DOI:10.1191/096228098668199908, , http://smm.sagepub.com/cgi/content/abstract/7/2/87 , « Societies were formed to discourage smoking at the beginning of the century in several countries, but they had little success except in Germany where they were officially supported by the government after the Nazis seized power. Efforts outside of Germany were hampered by the backlash against NAZI Germany who's anti-Semitic ideology alienated other European countries as well as most of the rest of the world. » Gene Borio (1993-2003), Tobacco Timeline: The Twentieth Century 1900-1949--The Rise of the Cigarette, Tobacco.org : ils n'eurent qu'un succès limité, sauf en Allemagne, où la campagne fut soutenue par le gouvernement dès que les nazis arrivèrent au pouvoir. Cette campagne allemande fut le plus grand mouvement antitabac dans le monde durant les années 1930 et le début des années 1940 Robert N. Proctor, Pennsylvania State University (décembre 1996), « The anti-tobacco campaign of the Nazis: a little known aspect of public health in Germany, 1933-45 », British Medical Journal (7070), , , . Les dirigeants nazis condamnèrent le tabagisme William F. Bynum, Anne Hardy, Stephen Jacyna, Christopher Lawrence, E.M. Tansey (2006), The Western Medical Tradition, Cambridge University Press, , et nombre d'entre eux critiquèrent ouvertement la consommation de tabac. La recherche sur le tabagisme et ses effets sur la santé profitèrent de cette campagne sous le Troisième Reich Robert N. Proctor (1996), Nazi Medicine and Public Health Policy, Dimensions, Anti-Defamation League, l'école allemande devenant la plus productive dans ce domaine durant cette période George Norman Clark, Asa Briggs, A. M. Cooke (2005), A History of the Royal College of Physicians of London, Oxford University Press, , . Deux principaux facteurs motivèrent cette action : le dégoût personnel d'Adolf Hitler pour le tabac et l'eugénisme. Elle fut également associée à la fois à l'antisémitisme et au racisme George Davey Smith (décembre 2004), « Lifestyle, health, and health promotion in Nazi Germany », British Medical Journal (7480), , DOI:10.1136/bmj.329.7480.1424, , .
Plusieurs mesures furent prises afin de lutter contre le tabagisme : l'interdiction de fumer dans les tramways, les bus et métros, la promotion de l'éducation pour la santé Sander L. Gilman, Xun Zhou (2004), Smoke: A Global History of Smoking, Reaktion Books, , , la limitation des rations de cigarettes pour les soldats de la Wehrmacht, l'organisation de conférences médicales pour les soldats et l'augmentation des taxes sur le tabac. Les nazis imposèrent également des restrictions à la publicité pour le tabac et une réglementation sur le droit de fumer dans les espaces publics, tels les restaurants et cafés. Si le mouvement antitabac n'eut pas beaucoup d'effets dans les premières années du régime nazi sur la consommation de tabac (qui augmenta même entre 1933 et 1939), celle-ci diminua chez les militaires de 1939 à 1945 George Norman Clark, Asa Briggs, A. M. Cooke, op. cit., . Même à la fin du , le mouvement antitabac dans l'Allemagne d'après-guerre ne réussit jamais à atteindre l'influence de la campagne antitabac des nazis.
Antécédents
Un sentiment antitabac existe en Allemagne depuis le début des années 1900. Les critiques s'organisent au sein du (« Association des opposants allemands au tabac pour la protection des non-fumeurs »). Fondée en 1904, cette organisation ne connaît qu'une courte existence. À sa suite, la (« Fédération des opposants allemands au tabac ») est créée en 1910 à Trutnov, en Bohème. D'autres organisations similaires voient le jour en 1912 dans les villes de Hanovre et de Dresde ; en 1920, la (« Fédération des opposants allemands au tabac en Tchécoslovaquie ») nait à Prague, après la séparation de la Tchécoslovaquie de l'Autriche à l'issue de la Première Guerre mondiale. La (« Fédération des opposants allemands au tabac en Autriche allemande ») est créée à Graz en 1920 .
Ces groupes publient des journaux préconisant la lutte contre le tabagisme. Le premier journal allemand du genre est (« L'opposant au tabac »), publié par la entre 1912 et 1932. Le Deutsche Tabakgegner (« L'opposant allemand au tabac »), second journal sur le sujet, est, quant à lui, publié à Dresde de 1919 à 1935. Les organisations anti-tabac sont également impliquées dans la lutte contre la consommation d'alcool.
Motivations Attitude d'Hitler face au tabagisme vignette|Hitler encouragea ses proches associés à arrêter de fumer.
Gros fumeur durant sa jeunesse, consommant de vingt à quarante cigarettes par jour, Adolf Hitler réussit à s'arrêter en considérant que fumer constitue une importante perte d'argent. Après avoir arrêté, il considère le tabagisme comme « décadent » et comme le résultat de « la colère de l'homme rouge contre l'homme blanc, vengeant son don d'alcool fort ». Il se lamente que « tant d'excellents hommes ont été perdus par un empoisonnement au tabac ». Hitler est souvent considéré comme le premier chef d’État à prôner la lutte anti-tabac. Mécontent qu'Eva Braun et Martin Bormann soient tous deux fumeurs, il est également préoccupé par Hermann Göring qui fume continuellement dans les lieux publics et il se montre particulièrement ennuyé lorsqu'une statue représentant Göring fumant un cigare est commandée.
Hitler désapprouve la liberté de fumer des militaires ; durant la Seconde Guerre mondiale, il déclare le : « c'était une erreur, imputable au commandement de l'armée à l'époque, au début de la guerre ». Il annonce également qu'il est « incorrect de dire qu'un soldat ne pouvait vivre sans fumer » et promet la fin de la consommation de tabac dans l'armée après la fin de la guerre. Hitler encourage personnellement ses amis proches à ne pas fumer et récompense ceux qui arrêtent. Cependant, son dégoût personnel pour le tabac n'est qu'une des nombreuses raisons à l'origine des campagnes anti-tabac sous le régime nazi.
Politiques eugénistes
Les politiques eugénistes nazies constituent également un important facteur à l'origine des campagnes antitabac. Les femmes fumeuses sont considérées comme plus sujettes à un vieillissement prématuré et à une perte d'attractivité physique, et par là même inaptes à servir de femmes et mères dans les familles allemandes. Werner Huttig de l'Office des politiques raciales du parti nazi (Rassenpolitisches Amt) affirme que le lait maternel des fumeuses contient de la nicotine, un fait maintenant établi par la recherche Anders Dahlström, Christina Ebersjö, Bo Lundell (aout 2008), « Nicotine in breast milk influences heart rate variability in the infant », Acta Pædiatrica (8), , DOI:10.1111/j.1651-2227.2008.00785.x, . M Pellegrini, E Marchei, S Rossi, F Vagnarelli, A Durgbanshi, O García-Algar, O Vall, S Pichini (2007), « Liquid chromatography/electrospray ionization tandem mass spectrometry assay for determination of nicotine and metabolites, caffeine and arecoline in breast milk », Rapid Communications in Mass Spectrometry (16), , DOI:10.1002/rcm.3137, Julie A. Mennella, Lauren M. Yourshaw, and Lindsay K. Morgan (septembre 2007), « Breastfeeding and Smoking: Short-term Effects on Infant Feeding and Sleep », Pediatrics (3), , DOI:10.1542/peds.2007-0488, Kenneth F. Ilett, Thomas W. Hale, Madhu Page-Sharp, Judith H. Kristensen, Rolland Kohan, L.Peter Hackett (décembre 2003), « Use of nicotine patches in breast-feeding mothers: transfer of nicotine and cotinine into human milk », Clin. Pharmacol. Ther. (6), , DOI:10.1016/j.clpt.2003.08.003, . Martin Staemmler, médecin réputé du Troisième Reich, juge que la consommation de tabac chez la femme enceinte entraîne un taux plus important d'enfants mort-nés et de fausses couches. Cette opinion est partagée par Agnes Bluhm, hygiéniste raciale réputée, dans son livre publié en 1936. Les dirigeants nazis s'emparent de cette problématique, souhaitant eux aussi favoriser la fécondité des femmes allemandes. Un article publié dans un journal de gynécologie en 1943 affirme que les femmes fumant trois cigarettes ou plus par jour sont plus susceptibles de rester sans enfant comparativement aux non fumeuses.
Recherches
Lorsque les nazis arrivent au pouvoir, en , l'Allemagne est à la pointe des recherches et des études sur les effets du tabac sur la santé publique. Le lien entre le cancer du poumon et le tabac est établi, pour la première fois, en Allemagne dans les années 1930 contrairement à la croyance largement répandue qui attribue aux scientifiques américains et britanniques la paternité de cette découverte dans les années 1950. Le terme de « tabagisme passif » () est également créé en Allemagne à la même époque. Le régime nazi finance des études épidémiologiques sur les effets délétères de la consommation de tabac et de nombreuses recherches révèlent les effets désastreux du tabagisme sur la santé. Hitler accorde personnellement un soutien financier au (« Institut pour la recherche sur les dangers du tabac ») de l'université d'Iéna, principal institut anti-tabac d'Allemagne, fondé en 1941 et dirigé par Karl Astel.
Franz H. Müller en 1939 et E. Schairer en 1943 sont les premiers à utiliser des méthodes épidémiologiques dites de « cas-témoin » pour étudier le cancer du poumon chez les fumeurs. En 1939, Müller publie un rapport dans un journal sur le cancer, réputé en Allemagne, qui affirme que la prévalence du cancer du poumon était plus élevée chez les fumeurs. Müller, décrit comme « le père oublié de l'épidémiologie expérimentale », est un membre de la Nationalsozialistisches Kraftfahrkorps (NSKK) et du parti nazi. La publication de Müller de 1939 est la première étude épidémiologique contrôlée au monde qui établit le lien entre le tabac et le cancer du poumon. Outre le fait de mentionner l'incidence croissante du cancer du poumon et de nombreuses causes sous-jacentes, comme les poussières, les gaz d'échappement des véhicules, la tuberculose, les rayons X et les polluants des usines, le document de Müller souligne que « l'importance de la fumée de tabac a été poussée de plus en plus au premier plan ».
Les médecins du Troisième Reich sont conscients que la consommation de tabac est impliquée dans plusieurs complications cardiovasculaires. L'absorption de nicotine est parfois considérée comme responsable de l'augmentation des cas d'infarctus du myocarde dans le pays. Dans les dernières années de la Seconde Guerre mondiale, les chercheurs considèrent la nicotine comme un facteur provoquant les infarctus du myocarde subis par un nombre significatif de militaires sur le front de l'Est. Un pathologiste de l'armée examine trente-trois jeunes soldats décédés d'un infarctus du myocarde sur le front et publie dans un rapport, en 1944, que tous sont des « fumeurs enthousiastes ». Il cite l'opinion du pathologiste Franz Buchner qui déclare que les cigarettes sont « un poison coronarien du premier ordre ».
Mesures