Pierre Michel Moisson-Desroches (1785-1865) est un ancien élève de l'École polytechnique, ingénieur-en-chef des mines.

Biographie

Pierre Michel Moisson-Desroches est né à Caen le de l'union de Marie Pierre Victor Moisson et Angélique LangloisActe de mariage du , Archives municipales de Saint-Étienne, déclaration de mariages 1823, cote 3 E 30, vue 7/54. L'acte de mariage est établi au nom de « Pierre Michel Moisson », qui signe « Moisson-Desroches ». Parmi les témoins figurent Beaunier et de Rozière. Toutefois, cette filiation est sujette à caution car fondée sur une reconnaissance de paternité comme en témoignent les inscriptions dans l'acte de mariage ; Moisson-Desroches serait né de l'union de Marie Desroches et d'Antoine Busnel (G. Vachez, Pierre Moisson-Desroches, le précurseur du chemin de fer français, Saint-Étienne, édition ARF, septembre 2014, )..

Élève de l’École Polytechnique (1804-1806)Il bénéficie de la prise en charge des frais de pension à l’École en raison de l’indigence de sa famille (G. Vachez, op. cit.). et de l’École des Mines de Paris (1807-1810), il commence sa carrière d'ingénieur des mines de dans les départements de Gènes, des Apennins, de Montenotte et du Taro. À la fin de l'Empire, il est affecté dans les départements du Gers, des hautes et basses Pyrénées et des Landes. Il rejoint en 1816 le département de la Loire, en résidence à Rive-de-Gier.

Son dossier administratifLe dossier administratif du parcours professionnel de Moisson-Desroches est conservé aux Archives nationales (AN) sous la cote F/14/2734/2 témoigne une personnalité portée davantage sur la réflexion, l’abstraction, que sur la réalité pratique des choses. Il écrit en 1813 : « un penchant irrésistible m’entraîne vers l’étude [les sciences, les arts et l’instruction publique c’est-à-dire l'enseignement], me rend tout à fait incapable de jamais bien administrer [ie exercer son métier d'ingénieur]. Mon plus grand tort, sans doute, est de ne pas vous [directeur général des mines] en avoir averti plus tôt. » Par le même courrier il sollicite une place d’adjoint au professeur d’exploitation à l’École des mines à Paris. Ainsi, pourra-t-il « se rendre utile au corps dont je suis membre et accorder tout à la fois mes goûts, mes devoirs et mes plus chères affections »Réponse du de Moisson-Desroches à un rappel à l’ordre du directeur général des mines sur ses silences durant six mois à des courriers qui lui ont été adressés par les préfet des Apennins et de Montenotte (AN F/14/2734/2).. Ce penchant pour la théorie l’a conduit à négliger l’aspect pratique de son travail jusqu’à s’investir dans des réflexions ésotériquesDans un courrier à Legrand chargé des ponts-et-chaussées et des mines, Beaunier écrit, tout en nuance : « M. Desroches, homme d'ailleurs fort estimable et instruit, a une imagination vive, et professe des doctrines qui lui sont propres, sur une multitude de sujets. Le désir qu'il a de trouver une occasion de les propager est fort naturel ; seulement je doute que ce soit à l’administration à la lui fournir. » (letttre du - AN F/14/2734/2)..

Ses changements d’affectation tiennent au peu de zèle qu’il manifeste pour assurer son service ou à des plaintes du préfet à son encontre« Je suis informé, Monsieur, que vous avez manifestez dans le dept des basses Pyrénées des opinions et des sentiments qui ne sont pas ceux d’un bon français. Je me borne à vous changer de résidence parce que j’attribue en partie à votre jeunesse les torts graves dont vous vous êtes rendu coupable et que j’espère que vous nous efforcerez de me les faire oublier en signalant dans toutes les occasions votre zèle et votre dévouement pour le service du Roi. Mais je dois vous prévenir que si vous excitez à l’avenir de pareilles plaintes, je me verrai forcé de prendre à votre égard des mesures beaucoup plus sévères. » (lettre du directeur général des mines, - AN F/14/2734/2). La lettre en réponse de Moisson-Desroches appelle un nouveau courrier du directeur : « Je ne relèverai pas les phrases très inconvenantes qu’elle renferme et qui annonce une ignorance absolue de vos devoirs et des bornes qu’ils imposent. » ( - ibidem).. Pour s’en expliquer, il invoque soit des raisons familiales (sa mère souffrante, ses obligations envers son épouse et ses enfants), soit des raisons relevant d’un complexe obsidional (complot, calomnies, injustice), soit encore l’insuffisance de sa rémunération (frais de déplacement).

À la suite de la création de l’École des mineurs de Saint-ÉtienneL’École est créée à l’initiative de Beaunier par ordonnance du sur le modèle que cet ingénieur avait observé en Allemagne, à Geislautern ; « C’est par des établissements semblables que plusieurs états d’Allemagne ont rendu leurs exploitations florissantes ; et Sa Majesté a pensé qu’une institution de ce genre aurait en France une heureuse influence sur le développement et le perfectionnement de cette branche de l’industrie nationale. » (Lettre du de Becquey aux préfets, in Ravinet, Codes des ponts et chaussées et des mines, Tome deuxième, Paris, Carilian-Gœury, 1829, ). « …depuis long-temps on avait senti en France la nécessité de créer, à l’instar de plusieurs états d’Allemagne, des établissements gratuits et particuliers pour l’instruction des jeunes gens qui se destinent à l’exploitation des mines. » (Lettre du de Becquey aux préfets, ibidem, ).Sur la création de l’École des mineurs de Saint-Étienne, voir L.-J. Gras, Histoire économique générale des mines de la Loire, Tome II, Saint-Etienne, Théolier, 1922, ., Moisson-Desroches y est nommé professeur le : « vous y enseignerez la connaissance des principales substances minérales et leur gisement, ainsi que l’art de les essayer et de les traiter ». Bien que satisfait de cette nomination, Moisson-Desroches demande, le , à permuter son cours avec celui de De Gallois sur l’exploitation des mines. Le directeur général des mines y consent par courrier du Échanges de courriers, AN F/14/2734/2. Par erreur, G. Vachez date la nomination de Moisson-Desroches du et cite la demande de Moisson-Desroches mais sans en donner la date (G. Vachez, op.cit., ).. Il a comme élèves Boussingault et Fourneyron.

Il est nommé ingénieur ordinaire des mines de 1ère classe en 1819. Il épouse en janvier 1823 à Saint-Étienne Joséphine Élisabeth Fortunée LatilJoséphine Élisabeth Fortunée Latil est « la fille d'un brave capitaine en retraite de ce nom, un des plus anciens chevaliers de la légion d'honneur(1). Les richesses ne m'ont point séduit, puisque la dot de cette jeune personne n'est que de dix mille francs, y compris le trousseau ; mais elle joint à des agrémens (sic) extérieurs des qualités morales qui la font chérir de tous ceux qui la connaissent; son instruction, achevée à Paris, est assortie à la mienne : elle sort des maisons royales des jeunes orphelines de la Légion d'honneur, où elle a constamment occupé les premières places et laissé un souvenir flatteur... » (Lettre de Moisson-Desroches au directeur général, , et réponse favorable du directeur général le - AN F/14/2734/2). (1) Dossier de la Légion d'honneur de François Latil (1765-1849). Voir généalogie in G. Vachez, op. cit., ..

Malgré la satisfaction que lui apporte son emploi de professeur à l’École des mineurs de Saint-Étienne (1817-1826), il doit quitter la ville sur fond d'intrigue pour rejoindre les départements du Lot et de l’Aveyron en qualité de faisant fonction d’ingénieur-en-chef à RodezLettres des 6 janvier et (AN F/14/2734/2). Sur la polémique à laquelle est associée Moisson-Desroches, voir L.-J. Gras, Histoire des premiers chemins de fer français..., Saint-Étienne, Théolier, 1924, . Tout en reconnaissant que les motifs de son éloignement de Saint-Étienne sont étrangers à son service, Becquey lui écrit : « …l’événement déplorable qui fut la suite des plus inconvenantes discussions dans lesquelles vous n’avez que trop figuré, ne me permettait plus de vous laisser dans cette ville et j’ai dû dans l’intérêt de l’ordre comme de la discipline vous appelez à une autre résidence. » ( - AN F/14/2734/2). « …j’ai du prendre connaissance des circonstances qui ont amené le déplorable événement dont la ville de St Etienne a été témoin (biffé dans le texte) [illisible] qu’après de mûres réflexions que je me suis déterminé à vous placer dans une autre résidence » ( - ibidem).. La supplique de son épouse pour qu’il soit nommé ingénieur-en-chef à Saint-Étienne au plus près de sa famille et remplace Beaunier sur le départ de l’École des mineurs reste vaine. Elle témoigne surtout de l’absence d’appui, de recommandation, efficace dont Moisson-Desroches pourrait se prévaloirLettre de Fortunée Moisson-Desroches, St-Étienne, (AN F/14/2734/2). Bérard écrit en marge du courrier : « ...je ne pourrai pas lui donner la résidence qu’il demande. je pourrai seulement le mettre à la réserve pendant quelque temps pour qu’il puisse s'occuper de ses travaux scientifiques avec plus de loisirs »..

Il est promu ingénieur-en-chef en 1832 avec résidence à St-Étienne, mais affecté dans la réserve avec traitement entier le laissant ainsi libre de vaquer à ses propres occupationsLe placement dans la réserve en résidence à St-Étienne « …vous donnera le loisir de continuer les travaux scientifiques dont vous vous occupez. plus tard [illisible] je vous donnerai une destination. » (Division du personnel, - AN F/14/2734/2). C’est pendant cette mise à l’écart que Legrand accède à la tête des ponts-et-chaussées et des mines sous les auspices du ministre du Commerce et des Travaux publics d’Argout (juin 1832), puis nommé directeur général par Thiers (1834), et dirige les travaux pour la réalisation d’un système de chemin de fer à travers le pays, annoncé au Moniteur universel du , qu’il confie à des ingénieurs des ponts-et-chaussées nommés en juillet 1833 suite au vote d’un crédit d’études de (loi du ). Les ingénieurs des mines auront largement leur part du « gâteau ferroviaire » au sein des compagnies, mais Moisson-Desroches n’y sera pas convié (G. Ribeil, La révolution ferroviaire. La formation des compagnies de chemin de fer en France (1823-1870), Paris, Belin, 1993).. Nommé ingénieur-en-chef de 1ère classe en 1842, il ne revient dans la section active qu’en juillet 1843 mais dans un emploi administratif, « chargé de coordonner pour les publications annuelles les documents transmis à l'administration relativement aux appareils à vapeur »Annales des ponts et chaussées. Mémoires et documents relatifs à l'art des constructions et au service de l'ingénieur. Lois, ordonnances et autres actes concernant l'administration des ponts et chaussées, Paris, Carilian-Gœury et V. Dalmont, 1845 .. Ainsi, Moisson-Desroches est placardisé pendant dix ans, occupé à des tâches administratives routinières. alt=Tombe rénovée|vignette|upright