Moritz Josef Schiff, né le à Francfort-sur-le-Main (Ville libre de Francfort) et mort le à Genève (Suisse) est un médecin et physiologiste allemand. Parmi de très nombreux travaux, menés successivement à Francfort, Berne, Florence puis Genève, il décrit la circulation entérohépatique. Il observe le premier et relate les effets du massage cardiaque chez l'animal et pratique la première transplantation de la thyroide chez le chien, ouvrant la voie à l'opothérapie.
Biographie
Né dans une famille de commerçants juifs, il commence ses études dans sa ville natale, à l'Institut Senckenberg, et les poursuit à Heidelberg, à Berlin et enfin à Göttingen où il est reçu docteur en médecine en 1844. À Heidelberg, Adolf KussmaulNova et Vetera - Professor Kussmaul's Reminiscence Br Med J. 1904 February 13; 1(2250): 375–380. est l'un de ses maîtres et les cours d'anatomie de Friedrich Tiedemann ont une grande influence sur lui, l'orientant vers la biologie. Il étudie la zoologie avec Lichtenberg et la morphologie avec Johannes Müller à Berlin puis avec Rudolf Wagner à Göttingen. Il séjourne également à Paris où il suit les enseignements de François Magendie (1783-1855) alors professeur au Collège de France, François Achille Longet (1811-1871) et Pierre Flourens (1794-1867) ; il étudie également la zoologie au musée du Jardin des Plantes.
De retour à Francfort, il est nommé directeur de la section ornithologique du Muséum Senckenberg. Il collabore avec Charles-Lucien Bonaparte pour la systématique des oiseaux d'Amérique du Sud dans son de 1854 ; en son honneur est créé le genre . En 1848, il sert dans les troupes révolutionnaires badoises devenu chirurgien une profession qui lui vaudra des années des plus tard — en plus de sa religion (information à vérifier)—, le refus à l'accession au poste de professeur (Privatdozent) de l'université de Francfort et la contrainte à l'exil comme Carl Vogt. On lui reprochera des positions « trop dangereuses pour la jeunesse ». Le fils de son maître Friedrich Tiedemann sera tué lors de ce soulèvement. Après un très bref exercice de la médecine générale à Francfort après 1845, il se dirige vers la recherche dans un petit laboratoire personnel pour commencer. Il se convertit au protestantisme pour épouser en secondes noces Elisabeth Schleuning de Darmstadt en 1860, après son premier mariage avec Claudia Gitta Trier (en 1853).
À Berne, il est professeur assistant d'anatomie comparée et de physiologie de 1854 à 1862, sous la direction de Gabriel Valentin (1810-1883)Rudolph G. :Gabriel-Gustav Valentin(1810-1883):Grand prix de l'Académie des sciences (1835)correspondant de l'Académie de médecine(1846),Communication présentée à la séance du 23 novembre 1985 de la Société française d'histoire de la médecine Texte intégral.. Il montre que les chiens ne survivent pas à l'ablation de la thyroïde et, plus tard, que l'injection d'extrait ou la transplantation de thyroïdes animales peut empêcher leur mort. C'est un des premiers pas vers l'opothérapie (cité par Georges Canguilhem). De 1862 à 1876, il est professeur de physiologie et de zoologie à l’ de Florence à l'invitation de Carlo Matteucci. Il aura là Alexandre A. Herzen comme assistant à partir de . Il est alors violemment critiqué par les ligues s'opposant à la vivisection et sera même poursuivi en justice Gli animali martiri, i loro protettori e la fisiologia : udienza pubblica del tribunale civile della ragione : rapporto stenografato / Alessandro Herzen ; introd. e cura di Giovanni Landucci, rééd. 1996, Florence, Giunti, 173 p. Contient : « Sopra il metodo seguito negli esperimenti sugli animali viventi nel Museo di storia naturale di Firenze / Maurizio Schiff ».. Il sera pourtant l'un des premiers à utiliser l'anesthésie (au chloroforme et à l'éther) dans l'expérimentation animale. Cette polémique, ainsi que le manque de moyensFait divers rapporté par la revue Cosmos du 16 juillet 1870. l'obligent à quitter Florence. À l'initiative de Carl Vogt, alors Recteur de l'université de Genève, il accepte la chaire de physiologieJ.J. Dreifuss L'arrivée de la physiologie expérimentale à l'Université de Genève (1876), 2008; 4:2288-91. après le refus de Charles-Édouard Brown-Séquard. Il y poursuit ses recherches et son enseignement pendant près de vingt années, de 1876 jusqu'à sa mort, à l'âge de 73 ans. C'est le neurologue Jean-Louis Prévost (1838-1927) qui prend alors sa succession à la chaire de physiologie de la faculté de médecine de Genève. Il est, à l'image de ses correspondants Jakob Moleschott ou Carl Vogt, l'un des tenants du matérialisme. Avec ces deux derniers et Alexandre A. Herzen, il tentera de « fonder une revue positiviste dont l'une des tâches serait la propagande anticléricale »Nicolas Ogarev : Lettres inédites à Alexandre Herzen fils, page 17.. Il défendra également les thèses de l'évolution émises par Charles Darwin avec lequel il correspondLettre à Charles Darwin du 8 mai 1876.
Il est le frère aîné du chimiste Hugo Schiff (1834-1915). Il est le père de : Mario Schiff (1868-1915) qui occupera la chaire de langues romanes à l'Istituto di Studi Superiori de Florence ; Robert Schiff (1854-1940), professeur de chimie à l'Université de Modène puis à l'Université de Pise ; Bettina, épouse de (1855-1921), professeur de physiologie à Strasbourg.
Travaux Les apports scientifiques de Schiff concernent de nombreux domaines de la physiologie humaine et animale. En physiologie du système nerveux : il étudie les fonctions du nerf vague, de la moelle épinièreTraité clinique des maladies de la moelle épinière (1879)par E. Leyden, traduit par les Drs Eugène Richard, Charles Viry, Baillière, Paris. Leçons sur la physiologie générale et comparée du système nerveux,(1870) par Alfred Vulpian, rédigées par Ernest Brémond, Paris, Baillière. et du cervelet, ainsi que l'innervation du cœur. Il donne la description de ce qui sera nommé plus tard réflexe croisé de Sherrington DECEREBRATE RIGIDITY, AND REFLEX COORDINATION OF MOVEMENTS par C. S. SHERRINGTON texte intégral ou phénomène de Schiff-SherringtonLe phénomène de Schiff-Sherrington : lorsque la moelle épinière est sectionnée transversalement dans la région thoracique moyenne ou un peu plus bas, l'étirement et les autres réflexes de posture de l'extrémité supérieure sont exacerbés; si la trans-section se situe dans la moelle sacrée, un effet similaire est observé au membre inférieur. Cet effet est considéré comme un phénomène de libération, c'est-à-dire, la libération d'une influence inhibitrice normalement exercée par les segments spinaux en dessous de la trans-sectionSchiff-Sherrington Phenomenon in an Autonomic Reflex G. H. Wang, American Journal of Physiology, November 30, 1958, , , . résumé. Il contribue à la description des voies de la sensibilité« Sur la transmission des impressions sensitives dans la moelle épinière » par M. Schiff, présentés le Prince Ch. Napoléon, Comptes rendus hebdomadaires de l'Académie des Sciences, 1854, , . de la moelle épinière en pratiquant des hémi-sections comme Brown-Séquard à la même époque. Son intérêt se porte également très tôt sur des phénomènes « spirites » avec un regard très critique, L'hypnose et le spiritisme : étude médico-critique, Paris, Perrin, 1907, . M. Rayer communique une observation et une expérience de le relative aux esprits frappeurs. .
En physiologie digestive : il consacre des recherches à la pepsine et montre que les nutriments sont clivés par les sucs digestifs ; il décrit le cycle entérohépatique de la bile auquel il laisse son nom (cycle biliaire de Schiff).
En physiologie circulatoire et cardiaque: il étudie le contrôle de l'activité cardiaqueThe history of the discovery of the vegetative (autonomic) nervous system. E. H. Ackerknecht, Med Hist. 1974 January; 18(1): 1–8. et vasculaire par le système nerveux autonome; il est le premier, en 1850, à montrer qu'il existe une période réfractaire à l'excitabilité du muscle cardiaqueKastor A.J. Arrythmias, 1994, SaundersThe History of the Refractory Period A Neglected Contribution of Felice Fontana, Hebbel E. Hoff, Yale J Biol Med. 1942 July; 14(6):635–72. et surtout à donner une observation de massage cardiaque à thorax ouvert chez l'animalF. Vallejo-Manzur, J. Varon, R. Fromm Jr, P. Baskett, Moritz Schiff and the history of open-chest cardiac massage, Resuscitation. 2002, Apr. 53(1):3-5Cardiac Arrest and Resuscitation, B. B. Milstein, Ann. R Coll Surg Engl. 1956 August; 19(2): 69–87., ouvrant la voie aux premières manœuvres de réanimation cardiaque en médecine.
Enfin il étudie les effets de divers anesthésiants (chloroforme, éther...) et de plusieurs substances toxiques (strychnine, curare, cocaïne, fève de Calabar) à l'instar de Claude Bernard.
Durant son séjour à Berne, il nourrit le projet projet de faire paraître un traité complet de physiologie, dont seul le premier volume, consacré à la physiologie des muscles et des nerfs, sera finalement publié, entre 1858 et 1859.
Moritz Schiff peut être considéré, par ses prolifiques contributions, par l'ampleur et la variété des sujets abordés dans ses recherches, comme l'archétype du grand savant du ; il est l'un des pionniers de la méthode expérimentale en physiologie. D'esprit indépendant et original, il sera un auteur très cité sans pour autant atteindre l'éclat des Emil du Bois-Reymond, Hermann von Helmholtz ou Brown-Séquard, ses contemporains. Il paie aujourd'hui cette liberté par un relatif oubli.Polyglotte, il publie ses articles indifféremment en allemand, en français ou en italien dans de prestigieuses revues. Infatigable chercheur jusqu'à ses dernières années selon plusieurs témoignages, il multiplie et répète ses expériences, parfois à plusieurs années de distance. Ses très nombreuses publications scientifiques (près de deux cents), embrassant un large champ de la physiologie (science qui s'individualise au ), sont rassemblées en quatre volumes entre 1894 et 1898 (dernier volume posthume).
Sans fonder d'école, il eut pour élèves, disciples ou assistants : Alexandre A. Herzen (fils), Waldemar HaffkineJoël Hanhart: Haffkine, une esquisse : biographie intellectuelle et analytique de Waldemar Mordekhaï Haffkine, [Thèse de médecine, V. Barras directeur] (2 vol.), 2013, Université de Lausanne., Nathan Loewenthal, Hilel Joffé (1864-1936), Angelo Mosso, Giulio Ceradini.
Galerie
Titres, prix & distinctions Docteur en médecine, université de Göttingen, 1844. Membre de la Société médicale allemande de Paris, 1845. Prix Montyon de l'Académie des sciences, 1854. Prix de l’Académie des sciences de Copenhague , 1859. Rédacteur de la revue , 1862, Berne. de Berne. Membre de l'Académie allemande des sciences Leopoldina, 1892. Prix Pourat de l'Académie des sciences, pour les travaux sur la greffe de thyroïde, 1892. Correspondant étranger de l'Académie nationale de médecine de Paris, séance du , p. 364. Officier de l’ordre des Saints-Maurice-et-Lazare. Commandeur de l’ordre de la Couronne d’Italie. Diplôme d’honneur de l’université de Bologne. Membre correspondant de l’Académie des Lyncéens (Rome). Membre de la Société italienne d'anthropologie. Membre étranger de l’Académie des sciences de Saint-Pétersbourg. Prix (Turin). du Royal College of Physicians (Londres), 1893.
Œuvres et publications
Ueber die Anwendung des Polarisationsapparates in der pathologischen Anatomie der Nervencentren und über die Atelectasis medullae spinales : eine Antwort an Herrn Prof. Westphal, 1880, Berlin, Schumacher. 11 p. (Extrait de : "Archiv für Psychiatrie", Bd. XI, Heft 1) Untersuchungen zur Physiologie des Nervensystems mit Berücksichtigung der Pathologie, 1855, Frankfurt a. M.: Literarische Anstalt. Untersuchungen über die Zuckerbildung in der Leber, und den Einfluss des Nervensystems auf die Erzeugung der Diabetes, 1859, Würzburg: Verlag der Stahel'schen Buch -und Kunsthandlung.