Le Shambhala (en sanskrit शम्भल « lieu du bonheur paisible »), Shambhalla, Shambala ou Shamballa, est un mythe hindo-bouddhiste qui a été intégré, à l'époque moderne, dans divers récits syncrétiques et/ou initiatiques dans lesquels d'autres croyances de l'humanité, et en particulier la théosophie, se sont expriméesA. Peters, Histoire Mondiale Syncronoptique, Éd. Académique de Suisse..
Dans la mythologie bouddhiste Shambhala (tibétain bde byung) est un pays mythique, dépositaire de l'enseignement du kalachakra qui fut transmis par le Bouddha à la demande de son roi Suchandra. Il est décrit dans le Tantra Kalachakra et ses commentaires. Selon le Dalai LamaDiscours lors de l'initiation kalachakra de 1985 à Bodh Gaya., c'est une terre pure qui, bien qu'étant terrestre, ne peut cependant pas être située sur une carte ; seuls y ont accès ceux qui ont acquis le karma convenable. Selon le tantra, le de Shambhala reviendra dans le mondeEn 2424 selon certains calculs Archives Berzin. pour en chasser les forces obscures et établir un âge d'or. Il existe une prière pour renaître à Shambhala, rédigée par le panchen-lamaPrière pour renaître à Shambhala (anglais)..
Description Dans le bouddhisme tibétain, sur les thangkas, le royaume de Shambhala est représenté de forme circulaire et encerclé de montagnes, avec sa capitale, Kalapa, au centre. Au sud de la capitale se trouve le parc du Bois de santal qui abrite le mandala de Kalachakra tridimensionnel construit en pierres précieuses par le roi Suchandra. À l’est et à l’ouest du parc se trouvent les lacs du Petit Manasa et du Lotus blancShambhala sur Kalachakra Network.. Des mystiques ayant « visité » Shambhala ou l’ayant vu en vision en ont laissé des descriptions. Parmi eux, Mipham Rinpoché, maître rimé du .
Tous les habitants sont éveillés grâce à l’enseignement du kalachakra préservé par les rois dont la liste est fournieListe des rois de Shambhala.. Les sept premiers sont nommés « rois du dharma », puis, à partir de Manjusrikirti (Manjusri Yashas), kalki (sk.) ou rigden (tib.), « maîtres de lignée » ou « dépositaires de la tradition »Le sens du sanscrit kalki est discuté. Titre donné aux avatars de Vishnou, il a pu être compris de diverses façons, « destructeur de l'ignorance » ou simplement « cheval blanc », monture de l'avatar.. Ils sont en général considérés comme des avatars de déités : le premier roi Suchandra est un avatar de Vajrapani, les kalkis sont avatars de Manjusri ou parfois d'Avalokiteshvara (Pundarika). Le kalki Raudrachakrin qui se manifestera dans le monde pour anéantir les ennemis du dharma serait un avatar de Sarvanivarana-Vishkambhin. Les interprétations orientales puis occidentales des ennemis mentionnés dans cette prophétie du tantra nommés MlecchasPeuples ne parlant pas le sanscrit ; ce terme désigna autrefois les Macédoniens. sont adeptes des huit prophètes « asuras » : Adam, Noé (sk. Anogha, certains proposent Enoch), Abraham, Moïse, Mani (sk. Shvetavastri, littéralement « vêtu de blanc »), Mahomet et le Mahdi. Leur figure s'inspire manifestement des adversaires musulmans des royaumes hindo-bouddhistes à l'époque de la diffusion du tantraArchives Berzin : Dérives occidentales du mythe de Shambhala.Archives Berzin : Les Mlecchas et leurs prophètes.. Toutefois cette interprétation est inexistante dans les textes du tantra. Dans les textes racines, les Mlecchas, sont au niveau externe les êtres qui sont mu par la jalousie, la haine, la cupidité, et au niveau interne, ces émotions néfastes qu'il faut éliminer pour progresser vers l'éveil. L’interprétation traditionnelle soutient qu’il s’agit d’une représentation de la lutte contre les forces du mal qui serait au bord de ravager le monde à tel point que le royaume de Shambhala pourrait en être affecté. Les forces de bontés, d'amour, de miséricorde, de sagesse de Shambhala déferleraient alors sur le monde, détruiraient les émotions néfastes des êtres et les libéreraient de leur conditions de souffrances. Un age d'or apparaitrait.
Le mythe de Shambhala, tout comme le kalachakra, s'interprète selon trois niveaux : « externe » « interne » et « autre ». Le premier voit le royaume comme une contrée accessible seulement à ceux qui ont acquis le karma nécessaire ; l’interprétation interne situe Shambhala dans le corps et l’esprit du pratiquant ; la dernière interprétation le place dans un mandala qui guide la méditation.
Shambhala et le kalachakra
À la demande du roi Suchandra qui désirait atteindre l’éveil sans abandonner ses fonctions royales et guerrières de kshatriya, le Bouddha aurait enseigné sous la forme de la déité Kalachakra le premier Tantra Kalachakra à Dhanyakataka (ti. Palden Drepung). Cela se serait passé près de l’actuelle Amaravati, au même moment où, dédoublé, il donnait le célèbre sermon du mont des Vautours à Rajagriha. Shambhala devint alors un royaume dont tous les habitants étaient éveillés. Plusieurs centaines d’années après, le roi Manjushrikirti (ti.Rigden Tagpa) aurait rédigé le tantra actuel Sri Kalachakra ou Laghutantra (ti. bsDusrgyud), un abrégé de l’enseignement d’origine, et son fils Pundarika (ti. Padma Dkarpo) serait l’auteur du commentaire Vimalaprabha. Le , Durjaya (927?-1027?) (ti. Gyalka) Das, Sarat Chandra, Contributions on the Religion and History of Tibet, première publication, 1882, in Journal of the Asiatic Society of Bengal, Vol. LI. Réimpression : Manjushri Publishing House, Delhi. 1970, pp. 81-82. aurait transmis le Laghutantra en 966 au sage indien Chilupa ou Kalachakrapada (ti. Jamyang Dorje), lui apparaissant sous la forme de Manjusri. Kalachakrapada l’aurait transmis à Nadapada (Naropa), qui l’aurait transmis à Atisha. Il existe en fait différentes lignées de transmission du kalachakra au Tibet, où il est connu de toutes les traditions. Il est particulièrement important chez les gelug et les kagyu.
Dans la mythologie bön Le thème du royaume parfait dissimulé dans l’Himalaya existe aussi dans le bön : il s’agit en l’occurrence du berceau de cette religion. Il prend le nom d’ Dean Martin, 'Ol-mo-lung-ring, the Original Holy Place, in Sacred Spaces and Powerful Places In Tibetan Culture: A Collection of Essays, 1999, Toni Huber, pp. 125-153. Library of Tibetan Works and Archives, Dharamsala, H.P., India.. Les textes de la mythologie bön appellent la capitale de l'ancien royaume de Zhang Zhung tout simplement Shambhala.
Dans l'hindouisme Shambhala n'a qu'un rôle très secondaire dans la littérature religieuse et est parfois relié au culte du seigneur rishi Sanat Kumara ou seigneur de la flamme, premier de quatre enfants du Créateur Brahma. Sanat Kumara apparaît dans la Chandogya Upanishad (Devanagri: छान्दोग्य उपनिषद्) ou aussi dans le jaïnisme et a fait l'objet de nombreux commentaires modernes d'inspiration théosophique ou New Age. On y relate notamment l'utilisation par les dieux de vimanas (sanscrit : विमान) ou chariots volants.
Dans la théosophie, le New Age et les croyances modernes occidentales La fondatrice de la Société théosophique, Helena Blavatsky, évoque Shambhala dans son livre La Doctrine secrète. À la suite de la chute de la Lémurie, certains survivants se seraient installés en Atlantide et d'autres à Shambhala située quelque part dans l'actuel désert de Gobi. En faisant référence au Kalki Purana (sanskrit: कल्कि पुराण Kalki purāṇa), elle évoque aussi l'idée que Shambhala sera le lieu de la première apparition sur Terre du nouveau messie. Le thème fut repris par divers courants spirituels d’inspiration orientale. Shambhala occupe aussi une place importante dans l’Agni Yoga promu par le mystique Nicolas Roerich et sa femme Helena. Nicolas Roerich Kenneth Archer, Roerich East & West, Parkstone Press 1999, . et le Soviétique Yakov Blumkin dirigèrent respectivement en 1926 et 1928 des expéditions à la recherche de Shambhala Karl Ernest Meyer, Brysac, , 2006, , ..
On retrouve trace du mythe de Shambhala et de Sanat Kumara également dans les œuvres d'Alice Bailey (fondatrice en 1922 de ) de l'ancien testament connu sous le nom de Melchisédech ou parfois encore à Élie (hébreu : ēliyahū, « Mon Dieu est Ya » ; syriaque : īlyā ; arabe : ilyās). La figure de Melchisédech (hébreu : מַלְכִּי־צֶדֶק) apparaît aussi dans le Livre d'Urantia et la doctrine de l'Église de Jésus-Christ des saints des derniers jours. Selon le , la figure du seigneur Sanat Kumara accompagnée de de la planète Vénus serait venue sur notre terre à son heure la plus sombre pour maintenir la lumière de Dieu. Sanat Kumara est le premier dirigeant de Shambhala.
Selon , et envoyèrent des explorateurs dans ce but au Tibet en 1930, 1934-35 et 1938-39 , 2003..
Dans certains mythes occidentaux modernes, Shambhala est un monde souterrain jouant un rôle tantôt positif, tantôt négatif, parfois couplé avec Agartha, un autre monde souterrain qui est son opposé. Dans la nouvelle théorie de la Terre creuse proposée à la fin des années 1950 par , président de la société théosophique brésilienne, Shambhala est la capitale du monde intra-terrestre nommé Agartha d'où proviennent les ovnis. Déjà les occultistes nazis avaient vu une possible connexion entre Shambhala et ThuléArchives Berzin : Shambhala et les nazis.. Ces associations ont donné lieu à des interprétations anti-bolchéviques ou anti-abrahamiques du combat du roi de Shambhala contre le mal évoqué dans le Tantra Kalachakra.
Dans le judaïsme Dans le judaïsme apparaît la figure d'Élie (hébreu : ēliyahū, « Mon Dieu est Ya » ). Enlevé par un char céleste, il est vivant éternellementA. Peters, Histoire Mondiale Syncronoptique, Édition Académique de Suisse.. Ce récit sur l'enlèvement d'Élie dans un chariot de feu a inspiré la construction de certains scénarios eschatologiques sur son retour miraculeux sur Terre. D'après le Livre de Malachie, Élie reviendra avant le jugement dernier : . À l'image du messie, la tradition juive attend donc le retour d'Élie.
Le rapt d'Élie inspire (voir ci-dessus) certains tenants de l'ufologie New Age, par contre aucune mention n'est faite dans les textes bibliques d'un royaume comme Shambhala.
La figure d'Élie sera reprise dans la tradition musulmane et rattachée à Al-Khidr (Sanat Kumara) et donc au mythe de Shambhala.
Dans la religion musulmane Ce même Sanat Kumara qui apparaît dans l'hindouisme et qui est vénéré par les théosophes comme premier dirigeant de Shambalha est Al-Khidr, Al-Khiḍr ou Khezr (arabe : الخضر, perse : خضر, turc : Hızır, « Le Vert »Al-Khidr (« l'Homme vert ») a été ainsi nommé parce qu'il s’était assis une fois sur une terre blanche et stérile, qui par la suite devint verte à cause de la végétation luxuriante ». Hatith rapporté par Al-Boukhari.), personnage important de l'alévisme et du soufisme. Hamza Youssouf pense qu'il peut correspondre à Bouddha Buddha in the Qu'ran, Hamza Yusuf.. Il serait un descendant de Noé, de la cinquième génération. Il est l'un des 124 000 prophètes, et l'un des quatre prophètes éternels de l'Islam. Al-Khidr a atteint la source de la vie et bu l'eau de l'immortalité. Son nom signifie « le verdoyant ». Le vert est la couleur de l'Islam ; cette couleur est aussi associée à l'imâmisme duodécimain, puisque le Imâm, occulté, est supposé s'être retiré sur l'Île verte (assimilée à Shambhala), au centre de la mer Blanche. Chez Ibn 'Arabî, Al-Khidr est assimilé à la figure d'Élie (arabe : ilyās) et à un Gabriel personnel, dont le rôle est de guider chacun vers sa propre théophanie. René Guénon, également connu sous le nom d’Abd al-Wâhid Yahyâ, s'intéresse à l'Agartha durant sa quête mystique.
Dans la littérature chrétienne Le missionnaire catholique portugais Estêvão Cacella qui vécut 1585–1630) écrit avoir entendu parler d'un "Xembala" .
Les mystiques chrétiens rhénans de l'Île Verte de Strasbourg comme Rulman Merswin parlaient d'un « Pays-Haut » mais rien ne permet de dire qu'il s'agisse de Shamballa.
Dans la littérature occidentale