Vítězslava (Vita) Kaprálová, née le à Brno et morte le à Montpellier, est une compositrice et cheffe d'orchestre tchécoslovaque.
Durant son apprentissage, elle a comme professeurs certains des plus grands compositeurs et chefs d'orchestre de son temps, mais c'est surtout sa relation avec Bohuslav Martinů et son séjour à Paris qui lui permettent de développer un langage musical propre entre impressionnisme, polytonalité et folklore tchèque. Ses œuvres sont reconnues pour être très inspirées, malgré la jeunesse à laquelle elle a pu les composer.
Malgré sa mort prématurée à l'âge de vingt-cinq ans, des suites de ce que l'on a diagnostiqué à l'époque comme une tuberculose miliaire, Vítězslava Kaprálová a créé un large corpus d'œuvres allant de la mélodie au concerto pour piano. Seul l'opéra est un genre dans lequel elle n'a pas eu le temps de s'investir. Des œuvres comme son Concerto pour piano, sa Sinfonietta militaire ou encore sa Sonate appassionata sont inscrites au répertoire de leur genre comme un aboutissement de la forme autant qu'une recherche de la mélodie et de l'harmonie dans le corpus de la compositrice.
Elle fait partie des artistes musicaux les plus reconnus dans son pays natal, la Tchéquie, et elle aurait pu être l'une des compositrices les plus prometteuses du .
Biographie Vie en Tchécoslovaquie Enfance et premières leçons vignette|Vítězslav Kaprál, Vítězslava Kaprálová et Bohuslav Martinů.|alt=Trois personnes sont assis face à un animal, l'homme à gauche est Vítězslav Kaprál, la femme au centre est la compositrice Vítězslava Kaprálová et l'homme à droite, qui caresse l'animal, est Bohuslav Martinů. La photo est en noir et blanc. Vítězslava Kaprálová naît le à Brno. Son père, Václav Kaprál, part quelques semaines après sa naissance pour l'Albanie, laissant sa fille vivre ses premiers mois avec sa mère, Viktorie Uhlířová, à .
Lorsque la guerre prend fin en 1918, son père rentre à Brno et retrouve sa famille. Cependant, alors que sa mère lui donne ses premières leçons de piano, son père rencontre Otylka Humlová, ce qui entraîne la séparation du couple parental. La jeune Vítězslava fait son entrée à l'école élémentaire le à Královo Pole. Bien qu'en avance sur ses camarades, elle apprécie les moments passés dans cette école, où elle juge déjà volontiers ses professeurs. Déjà à cette époque, elle fait ses premières tentatives de composition avec la petite pièce narrative Du domaine des fables (en tchèque : ), puis La Guerre (en tchèque : ), datées toutes deux d'. C'est dans un contexte complexe qu'elle compose ces deux petites pièces narratives, puisque ses parents se séparent en 1923, bien qu'ils décident de continuer à s'occuper ensemble de leur fille. Alors que son père va étudier à l'École normale de musique, la jeune Vítězslava Kaprálová fait son premier séjour au sanatorium de Starý Smokovec.
Ses essais suivant datent de 1925, alors que son père fait un deuxième séjour parisien. Elle compose dès le la piécette En pensées (en tchèque : ), petit andante de forme lied d'une quinzaine de mesures. Elle compose ensuite Le Port (en tchèque : ), elle aussi pièce narrative comme l'ont été Du domaine des fables et La Guerre deux ans auparavant. Il faut ensuite attendre cinq mois pour voir une nouvelle production musicale chez la jeune fille, avec sa cinquième miniature : Désir (en tchèque : ), qui ne comporte cependant aucune intention programmatique à l'inverse des précédentes piécettes. Le de cette même année, elle compose une nouvelle pièce pour piano, Après la bataille de la Montagne blanche (en tchèque : ), que la jeune compositrice envoie au premier président de la Tchécoslovaquie, Tomáš Masaryk. Elle en obtient une réponse favorable le de la part du secrétariat du président. Le , elle compose Avant un long voyage (en tchèque : ), qui est la première partition de la jeune compositrice à être éditée dans le recueil pour la jeunesse Hudební besídka, publié par Oldřich Pazdírek à Brno. Ensuite, elle fait un séjour au sanatorium de plusieurs mois. Elle intègre le deuxième cycle primaire avec un an de retard le . Avant la fin de cette année, elle compose une nouvelle pièce, Valse triste, dont le titre est en français et dont la dédicace est faite à Vladimír Helfert, collègue et ami de son père. En 1928, elle s'essaye à la direction de chœur lors d'une visite d'un inspecteur d'académie. Cette tentative est malheureusement mal reçue par l'inspecteur, mais cela ne décourage pas la jeune compositrice. Le de cette même année, elle termine une brève composition pour chœur d'enfants, Matičce, sur un texte tiré du Livre des vers de Jan Neruda.
Études au Conservatoire de Brno Vítězslava Kaprálová fait ses études au conservatoire de sa ville natale après qu'elle a terminé sa scolarité. Elle suit un cursus complet, avec études de piano dans la classe d'Anna Holubová, d'harmonie avec Max Kobližek et Jaroslav Kvapil, d'accompagnement avec Jaroslav Ušák, d'histoire de la musique avec Gracian Černušák, d'esthétique avec Ludvík Kundera, de direction de chœur avec Vilém Steinman, de direction d'orchestre avec Zdeněk Chalabala, d'instrumentation avec Osvald Chlubna et de composition avec Vilém Petrželka. Avec ce dernier, elle développe et canalise son imagination et organise sa pensée musicale. Il doit cependant corriger ses lacunes dans les enchaînements harmoniques classiques avant de la pousser vers un langage plus moderne. Du premier semestre de cours nous reste quelques feuillets conservés maintenant sous le titre de Premier travaux d'école. Ainsi, du , une monodie en sol dièse mineur qu'elle harmonise la semaine suivante, du , trois mélodies de chacune dix, sept et huit mesures, dont elle finit par inverser les deux premières le pour donner un et un . D'autres pages subsistent, mais elles sont brouillonnes et difficiles à relier entre elles. Elle se lie d'amitié avec Hanuš Weigl qui rapporte que . Elle est alors la première femme à étudier la composition et la direction d'orchestre au sein du Conservatoire de Brno. Elle compose à cette période les Cinq compositions pour piano qui préfigurent l'esthétique de ses futures grandes œuvres. Ces pièces, dans une esthétique postromantique ténébreuses, sont bien différentes des pièces narratives de son enfance.
En parallèle, elle découvre le petit hameau de Tři Studně, dont la population ne cesse de décroître entre 1869 et 1930. Elle réussit à convaincre ses parents d'y faire construire une petite maison de campagne, où elle passe les jours les plus heureux de son existence et se réfugie dans les moments de désarroi.
Au printemps 1932, elle compose deux œuvres pour violon et piano : Légende (en tchèque : ) et Burlesque (en tchèque : ) qui forment toutes deux l'. Après des tentatives avortées en 1930, elle achève ses premières mélodies à l'été 1932, Deux chansons (en tchèque : ) , alors qu'elle passe ses vacances à Smrdáky. À la même période, au conservatoire, elle rencontre Ota Vach, qui fait des études musicales en plus de ses études de droit. Il quitte cependant le Conservatoire de Brno lorsque Vítězslava entre en deuxième année. À cette même période, elle compose son cycle Les Étincelles sous la cendre, quatre mélodies sur des poèmes de Bohdan Jelínek qu'elle dédie (en tchèque : ), ce qui ne laisse guère de doutes quant à la teneur de leur relation.
En , elle commence la composition de la mélodie Janvier, sur un poème de Vítězslav Nezval. L'œuvre, pour soprano, piano, flûte, deux violons et violoncelle est atypique et laisse planer l'ombre du Quatuor à cordes et baryton de son père Václav Kaprál. En parallèle de ses cours au Conservatoire, elle fréquente assidûment l'opéra, ainsi que de nombreux concerts symphoniques et de musique de chambre. En juin de cette année-là, elle entame l'écriture de sa Sonate appassionata pour piano. C'est la première pièce où elle expérimente la forme sonate, et elle s'impose l'allegro de sonate dans le premier des deux mouvements de cette œuvre.
À l'été 1934, la construction de la maison de campagne de Tři Studně est achevée. En , le père de la compositrice engage Theodor Schaefer comme professeur de théorie et de composition dans son école de musique. Il se lie d'amitié avec Vítězslava Kaprálová et l'aidera notamment à réaliser quelques partitions d'orchestre. Plus tôt dans l'année, en avril, alors qu'elle est en pleine composition de son travail de fin d'études, son Concerto pour piano, elle fait la rencontre de Rudolf Firkušný après que ce dernier a joué le Concerto pour piano de Bohuslav Martinů. Il n'est pas dit cependant qu'elle n'ait pas assisté à la création au Théâtre de Brno de l'opéra le . En parallèle, elle met fin à sa relation avec Ota Vach, mais cela ne les empêche pas de rester proches et de correspondre. Le Concerto pour piano est créé, partiellement, le par Ludvík Kundera sous la direction de la compositrice elle-même. Elle reçoit à cette occasion une lettre de Vladimír Helfert. L'exécution est d'un grand succès et est perçue positivement notamment par le critique Gracian Černušák. Ce concerto reçoit même un écho positif dans la Prager Tablatt, journal germanophone de la capitale, qui regrette cependant que tout le concerto n'ait pas été joué. Finalement, Vítězslava Kaprálová sort diplômée du Conservatoire le . Le prix František Neumann de la meilleure composition étudiante lui a été décerné pour son concerto pour piano. Pendant ses vacances à Tři Studně, elle esquisse le début de son Quatuor à cordes. Elle commence aussi l'orchestration de quatre de ses Cinq compositions pour piano pour ensemble à géométrie variable sous le titre de Suite en miniature, qui sera créée par Theodor Schaefer le à Brno. Elle compose le Deux bouquets de fleurs, deux miniatures pour piano jamais publiée mais renvoyant à la musique populaire tchèque.
Séjour à Prague Le , elle quitte Brno pour Prague où elle commence ses études au Conservatoire de la capitale. Elle emménage alors dans une chambre de la rue Cukrovarnická, dans le sixième district de Prague. Elle est d'abord déstabilisée par l'enseignement qu'elle suit au Conservatoire, notamment par l'intransigeance de Vítězslav Novák. Le premier exercice donné par Novák est une passacaille sur un thème simple de l'invention du maître. Malgré plusieurs essais, son professeur lui demande de refaire son travail, et ce n'est qu'au troisième cours, le , qu'il trouve satisfaction. Il s'agit ainsi de la Passacaille Grotesque (en tchèque : ). Cette plaisanterie musicale est tout de même envoyée au concours de composition qu'organise le journal Tempo et remporte le premier prix. Ainsi, l'œuvre rapporte à la compositrice, la publication de l'œuvre dans le de la revue accompagnée d'une photographie de l'autrice de l'œuvre. Elle écrit ensuite, en décembre de cette année là, deux autres pièces pour piano qui, jointes à la Passacaille grotesque, retravaillée pour l'occasion, forment les Trois morceaux pour clavier, . Elle passe ensuite les vacances de l'hiver 1935 à Tři Studně. Elle s'explique de la difficulté des cours avec Vítězslav Novák dans sa correspondance avec Hanuš Weigl, lui racontant l'histoire de la Passacaille grotesque.
Le , elle achève complètement son Quatuor à cordes, qu'elle soumet pour critique à Vítězslav Novák. Le quatuor remporte les suffrages de la presse, et notamment d'Otakar Šourek qui écrit pour Venkov un article dityrambique à son sujet. Elle prépare alors son brevet d'État d'aptitude pédagogique pour le piano et compose une Chansonnette, miniature pour piano seul à l'aspect orientalisant. Elle commence aussi les esquisses de sa Sinfonietta militaire dès le , avant de partir pour le sanatorium de Jince. Elle explique alors les intention de l'œuvre dans une note : .