Marie Magdalene Dietrich, dite Marlene Dietrich Prononciation en haut allemand (allemand standard) retranscrite selon la norme API (parfois francisé en « Marlène Dietrich » Prononciation en français de France retranscrite selon la norme API.), née le dans l'arrondissement de Schöneberg, à Berlin, et morte le à , est une actrice et chanteuse allemande naturalisée américaine.
Après s'être destinée à une carrière musicale dans un premier temps, elle se tourne vers le théâtre et le cinéma au début des années 1920. Lancée par le film L'Ange bleu de Josef von Sternberg, produit par l'Universum Film AG en 1930, elle est repérée par le studio américain Paramount et poursuit sa carrière à Hollywood. Sa collaboration artistique avec Josef von Sternberg produit sept films dont Morocco (1930), Shanghaï Express (1932) ou L'Impératrice rouge (1934), faisant de l'actrice l'incarnation parfaite de la femme fatale.
Par la suite, elle tourne avec les plus grands réalisateurs, dans divers genres de films. La comédie avec Ernst Lubitsch (Angel, 1937), René Clair (La Belle Ensorceleuse, 1941) ou Billy Wilder (La Scandaleuse de Berlin, 1948), le western avec George Marshall (Femme ou Démon, 1939) ou Fritz Lang (L'Ange des maudits, 1952), le film policier avec Alfred Hitchcock (Le Grand Alibi, 1950), Billy Wilder (Témoin à charge, 1957) ou Orson Welles (La Soif du mal, 1958).
Elle s'engage contre le nazisme dès les années 1930, et participe activement à la Seconde Guerre mondiale entre 1944 et 1945, rendant célèbre la chanson Lili Marleen, et obtenant en 1947 la médaille de la Liberté, plus haute distinction militaire américaine que peut recevoir un civil. Alors que ses rôles au cinéma se font moins nombreux, elle se tourne vers la radio puis vers le music-hall, faisant le tour du monde avec son tour de chant entre 1953 et 1975. Pour protéger son image, elle vit les quinze dernières années de sa vie recluse, dans son appartement du 12, avenue Montaigne à Paris, refusant de se faire photographier, tout en restant présente médiatiquement« Marlène Dietrich à propos de la chute du mur de Berlin », France Inter, 14 novembre 1989, sur le site de l'INA..
Marlene Dietrich marque aussi son époque par son style et son élégance au cours de ses apparitions publiques, s'habillant chez les grands couturiers français, notamment Hermès, Dior, Chanel ou BalenciagaMusée de la mode de la Ville de Paris (dir.), Marlene Dietrich : Création d'un mythe, éditions Paris-Musées, 2003, .. Surnommée ou , elle est classée en 1999 par l'American Film Institute à la neuvième place des actrices de légende.
Biographie Enfance Marie Magdalene Dietrich naît le à Schöneberg (aujourd'hui un quartier de Berlin), au numéro 65 de la Sedanstraße (aujourd'hui Leberstraße), dans le quartier de la Rote InselLitt. « l'Île rouge »., de Louis Erich Otto Dietrich (1868-1908), lieutenant de la police impériale prussienne, et de Wilhelmina Elisabeth Joséphine Felsing (1876-1945), riche héritière d'une famille d'horlogers. Le couple, qui s'est marié en , a déjà une première fille, Elisabeth, née en 1900.
Ils donnent à leurs deux jeunes filles une éducation très stricte, entièrement basée sur la discipline. Celles-ci prennent notamment des cours de maintien, des leçons de français et d'anglais. Alors que sa sœur aînée est une enfant obéissante, Marie Magdalene Dietrich est plus dissipée et s'envisage espionne ou artiste. C'est dans cette perspective qu'elle contracte ses deux premiers prénoms en « Marlene ». Elle perd son père le . Les biographies divergent sur les circonstances de sa mort : il est probablement emporté par la syphilis après être entré dans un sanatorium.
Sa mère se remarie en 1916 avec le meilleur ami de celui-ci, Eduard von Losch, capitaine de cavalerie, qui meurt sur le front de l'Est en lors de la Première Guerre mondiale, sans avoir eu le temps d'adopter officiellement ses deux belles-filles.
Formation et études vignette|upright=0.9|Maria Magdalena Dietrich à l'école, en 1918 (la deuxième au premier rang, en partant de la droite).
Marlene Dietrich fréquente l'école des filles Auguste-Viktoria de 1907 à 1917 puis est diplômée de l'école Victoria-Luise (actuel ). Elle cultive parallèlement ses dons pour la musique et le chant. En 1918, elle s'inscrit à l'École supérieure de musique Franz-Liszt de Weimar et prend des cours privés de violon avec le professeur suisse Robert Reitz, qui devient son premier amant. Elle envisage une carrière de violoniste de concert, mais doit abandonner l'usage intensif de cet instrument à la suite d'une blessure au poignet (ganglion douloureux ou inflammation du ligament de l'annulaire gauche selon les biographies). Elle jouera plus tard de la scie musicale quand elle attendait son tour pour jouer une scène. Son premier emploi est celui de violoniste dans un orchestre qui accompagne la projection de films muets dans un cinéma de Berlin.
Débuts vignette|upright=0.7|En compagnie de Ressel Orla vers 1923.
Marlene Dietrich prend ses premiers cours de théâtre auprès de Max Reinhardt en 1921. En 1922, elle joue ses premiers petits rôles au théâtre, notamment au Großes Schauspielhaus, et joue dans des revues, comme celle du théâtre Komoedie dans le Kurfürstendamm de Berlin, aux côtés de la vedette française Margo Lion. Elle obtient aussi des rôles mineurs au cinéma. Son premier rôle crédité est Lucy dans Tragédie de l'amour de Joe May. Elle se marie le avec le régisseur Rudolf Sieber et donne naissance à sa fille Maria Elisabeth, le . Elle n'aura pas d'autres enfants, vivra peu avec son mari, et ne se remariera jamais (bien qu'un mariage, extrait d'une lettre de Dietrich à Gabin, le 13 août 1945, dans laquelle elle parle aussi de son divorce d'avec Rudi Sieber : Cité dans . avec Jean Gabin semble avoir été, plus tard, sérieusement envisagé)..
Marlene Dietrich enregistre à la fin des années 1920 ses premières chansons, et les chante dans la revue Es liegt in der Luft (« C'est dans l'air », 1928) où elle se fait remarquer par le metteur en scène Josef von Sternberg.
Josef von Sternberg et L'Ange bleu vignette|upright=0.9|L'Ange bleu (1930). En 1929, Marlene Dietrich tourne son premier rôle important dans L'Énigme sous la direction de Curtis Bernhardt. Mais c'est L'Ange bleu tourné par Josef von Sternberg l'année suivante, et notamment la chanson « Ich bin von Kopf bis Fuß auf Liebe eingestellt » (« Je suis faite pour l'amour de la tête aux pieds »), qui lui apportent la gloire.
Tourné dans les studios de l'UFA à Babelsberg, ce film, qui réunit Emil Jannings (immense vedette à l'époque) dans le rôle du professeur Rath, et Dietrich dans celui de Lola-Lola, est le premier film parlant du cinéma allemand. Von Sternberg, qui entrevoit le potentiel de la jeune actrice, la recommande, avant même la sortie, au studio américain Paramount Pictures pour lequel il vient de tourner et dont le bureau berlinois cherche une actrice pour concurrencer Greta Garbo lancée par la Metro-Goldwyn-Mayer. La Paramount lui offre un cachet de par semaine.
Le soir de la première, le au Gloria Palast, en long manteau de fourrure blanche, une gerbe de roses dans les bras, Marlene Dietrich arbore sur sa robe un bouquet de violettes épinglé au niveau du pubis. À , elle prend le train à la gare de Lehrter vers le port de Bremerhaven, d'où elle embarque pour New York. D'une actrice encore inconnue hors d'Allemagne, Sternberg va façonner un mythe.
Naissance d'un mythe vignette|upright=0.8|Avec Gary Cooper dans Morocco (1930). Dès son arrivée, Marlene Dietrich interprète à nouveau une chanteuse de cabaret dans Morocco aux côtés de Gary Cooper. Premier des six longs métrages que tourneront ensemble Sternberg et Dietrich aux États-Unis, le film vaut à Marlene Dietrich une nomination à l'Oscar de la meilleure actrice en 1931 et lui confère une notoriété internationale. L'écrivain allemand Franz Hessel publie la même année la première biographie de l'actrice, Marlene: Ein Porträt, dans lequel il tente de brosser le portrait de la femme derrière la vedette. L'usage dans le titre de l'ouvrage du seul prénom de l'actrice donne une idée de sa célébrité déjà à ce moment-là ; la fascination pour Dietrich ne fait que commencer.
Von Sternberg et sa muse vont en effet asseoir définitivement au cours de leur collaboration le personnage de femme fataleArchétype incarné dès les débuts du cinéma par des vedettes comme Theda Bara. sur lequel Dietrich a construit sa renommée à partir de L'Ange bleu et qu'elle va s'atteler à entretenir tout au long de sa vie, tout en jouant sur une certaine ambiguïté sexuelle (elle apparaît régulièrement en habits masculins et exerce son charme autant sur les hommes que sur les femmesDans Morocco, son personnage embrasse ainsi sur la bouche une spectatrice à la fin du numéro qu'elle interprète en smoking et haut-de-forme.).
vignette|upright=0.7|Marlene Dietrich en costume masculin, tenue interdite par le préfet de police de Paris, Jean Chiappe, en 1933. Le couple enchaîne ainsi avec Agent X 27 (1931), Shanghaï Express (1932), véritable succès du box-office jusqu'au Japon qui récompense l'actrice d'un kimono de cérémonie ; puis viennent Blonde Vénus en 1932 et L'Impératrice rouge en 1934, délire baroque qui sert davantage la gloire de Marlene Dietrich que celle de Catherine de Russie qu'elle interprète, et qui, malgré un échec financier deviendra avec le temps un chef-d'œuvre reconnu.
Même en dehors de l'écran, Marlene Dietrich subjugue les foules :
La fille de l'actrice, Maria Riva, raconte une soirée avec sa mère à l'Opéra Garnier en 1933, et notamment l'entracte :
Cette fructueuse — mais houleusePrésente lors du tournage de L'Impératrice rouge en 1934, Maria Riva raconte : Maria Riva a également retrouvé des notes que Sternberg envoyait à Dietrich sur le tournage de La Femme et le Pantin en 1935, dont celle-ci : . — collaboration s'achève en 1935 par La Femme et le Pantin d'après le roman homonyme de Pierre Louÿs, film préféré de l'actrice. ..
Après sa séparation artistique d'avec Sternberg, Marlene Dietrich ne continuera pas moins à incarner les femmes fatales, notamment dans La Maison des sept péchés (1940), La Belle Ensorceleuse et L'Entraîneuse fatale (1941), La Scandaleuse de Berlin en 1948, Le Grand Alibi (1950) ou encore Témoin à charge (1957)On peut constater que le titre même de certains de ces films est sans équivoque..
L'après-Sternberg vignette|upright=0.9|Avec James Stewart dans une des scènes de bagarre qui fit la réputation de Femme ou Démon (1939). Alors que ses films avec Sternberg sont reconnus aujourd'hui comme des chefs-d'œuvre du patrimoine cinématographique, ceux que Dietrich tourne en 1936 et 1937 marquent moins les espritsÉric Rémy estime ainsi, dans le livret du CD Marlene Dietrich, la Blonde Vénus (1928-1948), que « le meilleur de sa carrière lui tourne déjà le dos ».. L'actrice peine en effet à trouver ses marques sans son pygmalion. Le tournage de I Loved a Soldier, est ainsi interrompu au bout d'un mois à la suite d'un désaccord entre Dietrich et la production, alors qu'il a déjà coûté près de dollars. Désir de Frank Borzage (sorti en 1936, mais tourné avant I Loved a Soldier en 1935) et Le Jardin d'Allah de Richard Boleslawski, un des tout premiers films en couleurs, ne font pas recette.
La Paramount laisse Dietrich partir pour l'Europe en 1937 tourner Le Chevalier sans armure de Jacques Feyder aux studios de Denham près de Londres. Elle rentre ensuite à Hollywood pour jouer dans Ange sous la direction d'Ernst Lubitsch (qui avait assisté Borzage sur Désir). Le nouvel échec de ces films la fait taxer dans la presse de « poison du box-office » (« Box Office Poison ») par l'association des propriétaires de salles de cinéma (Independent Theater Owners of America), comme Greta Garbo, Joan Crawford, Katharine Hepburn ou Bette Davis Cité .. Ce à quoi l'actrice répond : .