La présidence de Bill Clinton débute le , date de l'investiture de Bill Clinton en tant que président des États-Unis, et prend fin le . Membre du Parti démocrate, Clinton entre en fonction après avoir remporté l'élection présidentielle de 1992 face au président sortant George H. W. Bush et au milliardaire Ross Perot. Quatre ans plus tard, Clinton défait à nouveau Perot et le candidat républicain Bob Dole, ce qui lui permet d'être élu pour un second mandat.

Dans le cadre de ces élections, Clinton se présente comme un Nouveau démocrate, et le positionnement centriste, ou « troisième voie », qu'il adopte se ressent dans les décisions politiques de son administration. Il est le premier président élu après la fin de la guerre froide et le premier baby boomer à accéder à la présidence. Il est également le premier président démocrate à effectuer deux mandats complets depuis Franklin D. Roosevelt. À la suite de l'élection présidentielle de 2000, le républicain George W. Bush lui succède à la Maison-Blanche.

Sous la présidence de Clinton, les États-Unis connaissent une période de forte prospérité économique. Dans les premiers mois de son mandat, Clinton signe l’Omnibus Budget Reconciliation Act of 1993 qui entraîne une hausse des impôts et est à l'origine des excédents budgétaires ultérieurs. Il obtient également la ratification de l'Accord de libre-échange nord-américain, un pacte commercial négocié par le président Bush entre les États-Unis, le Mexique et le Canada. Sur le front législatif, le plan d'assurance santé universelle, qui constitue sa réforme la plus ambitieuse, échoue cependant à obtenir l'approbation du Congrès, le président n'ayant pas réussi à mobiliser un soutien parlementaire suffisant à la loi.

En conséquence, le Parti démocrate est sévèrement sanctionné dans les urnes lors des élections de mi-mandat et les républicains prennent le contrôle des deux chambres du Congrès pour la première fois depuis les années 1950. La « révolution républicaine » de 1994 permet aux républicains du Congrès, sous l'impulsion du président de la Chambre des représentants Newt Gingrich, de proposer des mesures conservatrices. Si Clinton fait usage à plusieurs reprises de son droit de veto, il doit également ratifier certaines de ces lois comme le Personal Responsibility and Work Opportunity Act. Les désaccords avec les républicains du Congrès conduisent par deux fois à l'arrêt des activités gouvernementales dans le pays entre 1995 et 1996. Dans le domaine de la politique étrangère, le premier mandat de Clinton voit des interventions américaines en Somalie, en Haïti et dans les Balkans.

Son second mandat est marqué par les premiers excédents budgétaires fédéraux depuis les années 1960, mais cet événement est en partie éclipsé en 1998 par la mise en accusation du président à la suite d'un scandale sexuel impliquant Clinton et une jeune stagiaire de la Maison-Blanche, Monica Lewinsky. Bien que la Chambre des représentants vote en faveur de la destitution, Clinton est acquitté par le Sénat. En 1997, il signe la loi qui donne naissance au State Children's Health Insurance Program, un programme d'assurance-maladie qui concerne des millions d'enfants américains. En 1999 enfin, il ratifie la loi Gramm-Leach-Bliley qui fusionne les activités des banques de dépôts avec celles des banques d'investissement.

Sur la scène internationale, le président Clinton ordonne une intense campagne de bombardement dans les Balkans qui débouche sur la création d'un protectorat sous mandat des Nations unies au Kosovo. Clinton contribue grandement à étendre l'influence de l'OTAN dans les anciens pays du bloc de l'Est tout en continuant à entretenir de bonnes relations avec le président russe Boris Eltsine. Il renforce dans le même temps les partenariats économiques avec certains pays comme la Chine.

Bill Clinton termine son deuxième mandat avec une cote de popularité élevée, bien que son successeur désigné, le vice-président Al Gore, soit défait par Bush à l'élection présidentielle de 2000. Depuis la fin de sa présidence, les historiens et les politologues considèrent généralement Clinton comme un président supérieur à la moyenne.

Élection présidentielle de 1992

La popularité du président George H. W. Bush à la suite des succès enregistrés lors de la guerre du Golfe convainquit un certain nombre de leaders démocrates de ne pas se présenter à l'élection présidentielle de 1992. Des figures du parti comme Mario Cuomo ou Dick Gephardt étant hors course, les primaires démocrates mirent en concurrence des candidats relativement inconnus. Parmi eux figuraient l'ancien sénateur Paul Tsongas du Massachusetts, l'ancien gouverneur de la Californie Jerry Brown et le gouverneur de l'Arkansas Bill Clinton, en fonction depuis 1983. Clinton émergea rapidement comme le favori dans la course à l'investiture démocrate dès les premières primaires du mois de . Membre fondateur du Democratic Leadership Council, considéré comme centriste, Clinton parvint à surmonter l'opposition de démocrates plus libéraux comme Brown et décrocha la nomination du parti en .

vignette|Clinton battit le président George H. W. Bush à l'élection présidentielle de 1992.

De son côté, Bush triompha de la candidature conservatrice de Pat Buchanan à la convention républicaine et put de fait concourir à sa réélection. En plus de Bush et de Clinton, la campagne présidentielle fut marquée par la présence d'un troisième homme, Ross Perot, un milliardaire du Texas qui mena une campagne résolument populiste visant à attirer les électeurs désabusés par la politique des deux principaux partis. Perot manifesta également son opposition à l'accord de libre-échange nord-américain et se montra favorable à un équilibre du budget fédéral. Les sondages effectués au début du mois de placèrent Bush en tête, suivi de Perot puis de Clinton. Toutefois, Perot se retira temporairement de la course de juillet à septembre, ce qui endommagea sérieusement sa candidature. À la convention nationale démocrate de 1992, Clinton désigna comme colistier le sénateur Al Gore du Tennessee. Ce choix, entre autres motifs, permit d'unifier le parti derrière la candidature de Clinton. Alors qu'à la même époque la convention républicaine mettait l'accent sur les questions sociales, Clinton focalisa son discours de campagne sur les difficultés économiques engendrées par la récession du début des années 1990.

Le jour du scrutin, Clinton obtint du vote populaire et une large majorité au collège électoral. Derrière lui, Bush récolta des voix et Perot , ce qui constituait le score le plus élevé réalisé par un candidat tiers ou indépendant à une élection présidentielle depuis 1912. Clinton remporta la plupart des États du nord-est des États-Unis ainsi que plusieurs États du Midwest, de l'Ouest et du Sud. Lors des élections législatives qui se déroulèrent à la même période, les démocrates conservèrent leur majorité dans les deux chambres du Congrès.

Investiture

vignette|Prestation de serment de Bill Clinton le 20 janvier 1993.

Le , Bill Clinton prêta serment en tant que président des États-Unis, sous l'autorité du juge en chef William Rehnquist. Il était, à 46 ans, le plus jeune président élu depuis John F. Kennedy.. Son discours d'investiture fut l'occasion pour lui d'escamoter le mandat ambigu qu'il avait reçu des électeurs et son manque d'expérience politique à l'échelle nationale. Pour la rédaction de son texte, il s'inspira en grande partie de la Bible protestante, qu'il avait étudié tout au long de sa vie, de son passage à l'université catholique de Georgetown et des discours inauguraux de Ronald Reagan, Richard Nixon, John F. Kennedy, Jimmy Carter et Woodrow Wilson.. Il insista notamment sur la capacité des États-Unis à affronter les nouveaux enjeux constitués par la fin de la guerre froide et la mondialisation :

Composition du gouvernement

Le vice-président Al Gore et la Première dame Hillary Clinton apparurent très vite comme les deux personnalités les plus influentes de l'administration Clinton, le président sollicitant leur avis sur de nombreux sujets. Mack McLarty, un ami de longue date de Clinton qui avait fait carrière dans les affaires et avait été président du comité démocrate de l'Arkansas, devint le premier chef de cabinet de Clinton. Ce dernier convainquit le sénateur Lloyd Bentsen du Texas, qui s'était présenté comme candidat à la vice-présidence sur le ticket démocrate en 1988, d'occuper le poste de secrétaire au Trésor. Au début du premier mandat de Clinton, Bentsen, le directeur du Bureau de la gestion et du budget Leon Panetta, le secrétaire au Travail Robert Reich et le coordinateur politique Robert Rubin furent les principaux conseillers économiques du président.

Pour le poste de procureur général, Clinton souhaitait que ce dernier fût occupé pour la première fois par une femme et il jeta son dévolu sur Zoë Baird, une avocate peu connue. Le scandale connu sous le nom de « Nannygate » révéla toutefois, en , qu'elle embauchait une immigrante illégale péruvienne en couple pour travailler dans sa maison. Baird retira sa nomination et Clinton désigna Kimba Wood qui dut rapidement décliner elle aussi en raison de problèmes similaires. À la suite de cet événement, plus d'un millier de postes à pourvoir à la présidence furent soumis à un examen plus minutieux des pratiques d'embauche à l'aide ménagère, ce qui eut pour conséquence de ralentir fortement les nominations à de nouveaux postes administratifs.. Janet Reno, une magistrate de l'État de Floride, fut finalement désignée en tant que procureur général quelques semaines plus tard et confirmée en . Après les difficultés de ces premières nominations et de celle de Lani Guinier à un poste haut placé du département de la Justice, Clinton recruta David Gergen, un fonctionnaire des précédentes administrations républicaines, en qualité de conseiller du président. De tous les ministres de Clinton, seuls quatre (Janet Reno, Bruce Babbitt, Richard Riley et Donna Shalala) restèrent en fonction pendant toute la durée de sa présidence.

Lors de ce premier mandat, l'équipe de conseillers à la politique étrangère du président fut dirigée par le conseiller à la sécurité nationale Anthony Lake et par le secrétaire d'État Warren Christopher, qui avaient tous les deux servis dans la précédente administration Carter. Le secrétaire à la Défense, Les Aspin, démissionna peu après la bataille de Mogadiscio et fut remplacé par William Perry. Bentsen et McLarty démissionnèrent à leur tour en 1994 et furent remplacés respectivement par Rubin et Panetta. Clinton ayant été réélu pour un second mandat, Panetta quitta ses fonctions et fut remplacé par l'ex-chef de cabinet adjoint Erskine Bowles. Madeleine Albright devint la première femme secrétaire d'État et Sandy Berger succéda à Lake comme conseiller à la sécurité nationale tandis que l'ancien sénateur républicain William Cohen fut nommé secrétaire à la Défense. Selon le journaliste John Harris, la proximité de Berger avec le président fit de lui le principal responsable de la politique étrangère du second mandat de Clinton, ainsi que le conseiller à la sécurité nationale le plus influent depuis Henry Kissinger. John Podesta servit en tant que chef de cabinet à partir de 1998 alors que Lawrence Summers remplaça Rubin au secrétariat du Trésor en 1999.

vignette|redresse=1.5|Le cabinet sous la présidence Clinton en 1993, réuni dans la Cabinet Room à la Maison-Blanche.