Pierre Bockel, né le à Saint-Amarin et mort le à Strasbourg est un prêtre catholique du diocèse de Strasbourg, résistant, écrivain et journaliste français.

Ordonné prêtre le en la basilique Notre-Dame de Fourvière à Lyon, il est également Théologien et écrivain, aumônier de la Brigade Alsace-Lorraine auprès d’André Malraux, fondateur et directeur de la revue Bible et Terre sainte, ancêtre de la revue Le Monde de la Bible, aumônier des étudiants de Strasbourg de 1953 à 1968, archiprêtre de la Cathédrale de Strasbourg de 1967 à 1986, chanoine titulaire du Chapitre de la Cathédrale de Strasbourg, et Prélat d’honneur de Sa Sainteté.

Il est honoré par l’État d’Israël du titre de « Juste parmi les nations » en 1988.

Il est l’oncle de Jean-Marie Bockel, sénateur du Haut-Rhin et fondateur du mouvement La Gauche moderne. Il est ainsi le grand-oncle de Pierre-Emmanuel Bockel, mort pour la France le lors d'un accident d'hélicoptères pendant le déroulement de l’opération Barkhane au Mali.

Biographie

L’enfance et le début de l’aventure spirituelle Fils aîné de Louis Bockel, notaire à Thann et conseiller général, et de Valérie Rothenburger, Pierre Bockel fait ses études primaires au collège de la ville, puis étant un enfant « de nature difficile »L’Enfant du rire, , il est envoyé au collège marianiste de la Villa-Saint-Jean à Fribourg en Suisse.

Lors de vacances à Thann en 1929, il rencontre dans le train l’homme qui sera à l’origine de sa vocation, l’abbé Jean Flory« Chrétiens et Juifs sous Vichy, 1940-1944 : sauvetage et désobéissance civile », Limore Yagil, Éd. du Cerf, Paris 2005, et suiv. .« Rencontre avec Pierre Bockel », entretien télévisé, Radio-Canada, par le P. Marcel Brisebois, réal. Raymond Beaugrand-Champagne. Strasbourg, 1976..L’Abbé Jean Flory, archiprêtre de Montbéliard, est né à Lure en 1886 de parents thannois. Il exerça une influence profonde comme prêtre et comme éducateur sur la jeunesse locale durant la période de l’entre-deux guerres. Il est mort en 1949., un prêtre originaire de la ville :

Les études de Lettres en Sorbonne Pierre Bockel indique lui-même dans son autobiographie qu'il entama des études de lettres sans grande conviction : « Mon penchant naturel m’eût conduit vers le cirque. Le métier de clown m’eut ravi », mais ce n'était pas convenable ; il fallut choisir entre plusieurs centres d'intérêt, dont la médecine et la direction d'orchestre ; il choisit les lettres parce que , et cela ne lui déplaisait pasL'Enfant du rire, .. Il noue alors ses premières amitiés parisiennes, fait du théâtre avec le peintre Charles Sahuguet, et fréquente le poète Max Jacob et Charles Dullin. Après quelques mois de séjour en Autriche comme enseignant, il rompt ses dernières attaches affectives en afin de se préparer à l'entrée au séminaireL'Enfant du rire, .. Les années de séminaire Il commence sa formation ecclésiastique au Séminaire des Carmes à Paris où il passe un peu plus d'un an dans une atmosphère studieuse mais en regrettant que dans les études, . Il fait ensuite ses années de service militaire et est capturé le à Gérardmer. Dès le mois d', il décide d'organiser l'Alsace en un vaste réseau de résistance, avec le projet de préparer la reconquête des provinces d'Alsace et de Lorraine annexées par le Troisième Reich. À la suite de cette annexion de fait, Pierre Bockel est expulsé d’Alsace avec toute sa famille le : le père rejoint l'Algérie où il retrouve une étude de notaire tandis que Pierre Bockel rejoint le séminaire universitaire de Lyon, rue des Farges, où il poursuit ses études de théologie. Il est ordonné prêtre en la basilique de Fourvière de Lyon le . La devise qu’il a fait graver sur la patène de sa première messe est « Ut omnes unum sint ! Que tous soient un ! »

L’engagement dans la Résistance Conjointement à ses études de séminariste, Pierre Bockel commence son activité dans la Résistance. La Septième colonne d’Alsace (Réseau Martial) La Septième colonne d'Alsace (Réseau Martial), fondé par Paul Dungler, membre de l’Action française, deviendra le « Réseau Martial »Paul Dungler, industriel du textile établi à Thann, entreprit alors de constituer un réseau à partir de ses relations d’Action française. Le septembre, il fonde la “ colonne d’Alsace”, ou réseau Martial. Animé d’une foi profonde, très patriote, attaché à sa terre alsacienne, c’est un homme résolu qui possède le sens de l’organisation et son franc-parler. Il est persuadé dès l’été 1940 de la défaite future de l’Allemagne et entend préparer dans l’ombre des combattants qui résisteront à l’emprise de l’occupant. Le réseau Martial fonctionnera selon un cloisonnement rigoureux, avec des gens absolument sûrs. Il ne se livrera pas à aux actions violentes. Il organisera en profondeur la résistance, assurant la protection des prisonniers évadés et des jeunes Alsaciens qui fuient la conscription dans l’armée allemande. in Pierre Pujo, Des hommes d’Action française dans la Résistance alsacienne. L’Action française 2000 - 19 juin 2003.. Paul Dungler a établi son poste de commandement alternativement . Le réseau compte parmi ses membres, entre autres, Bernard Metz, qui est l'agent de liaison, et Marcel Kibler, bientôt amené à prendre la succession de Paul Dungler appelé à Alger. « Pierrot » Bockel est responsable avec Bernard Metz du « Réseau Martial » de la Zone Sud à Clermont-Ferrand où s’était repliée l’Université de StrasbourgMarcel Kibler, alias Commandant Marceau, raconte la Résistance alsacienne. Éd. Jérôme Do Bentziger, 2008. .« Bulletin des anciens de la Brigade Alsace-Lorraine ». C'est le réseau Martial qui organisa l'évasion du général Giraud en 1942L’Enfant du rire, ..

Les Cahiers du Témoignage chrétien, 1941-1943

Pierre Bockel fait partie du réseau qui, autour du jésuite Pierre Chaillet, rédige et diffuse clandestinement depuis 1941 les « Cahiers du Témoignage chrétien.», publication clandestine dont la devise est : « Vérité et justice quoi qu'il en coûte ! ». L’influence de ces cahiers dépasse de beaucoup les milieux chrétiens, et certains jeunes, ayant cheminé loin de l’esprit du gouvernement de Vichy, y puisèrent le courage de passer à la Résistance en constituant en 1943 les « Groupes mobiles d’Alsace » dans le Périgord et à Toulouse.

En , à Toulouse, entouré d’une petite équipe, Pierre Bockel rédige en une semaine le volume XX-XXIII des « Cahiers du Témoignage chrétien » : « Alsace et Lorraine, terres françaises », qui paraîtra en octobre.

Le sommaire est le suivant : I. L’Alsace-Lorraine dans le cadre des conventions d’Armistice. II. Or, qu’en ont-ils fait ? III. Trois ans sous la botte. IV. Et Vichy ? V. Mais les Alsaciens et les Lorrains résistent au mépris des souffrances et des répressions les plus cruelles. VI. Ce que sont et ce que veulent demeurer l’Alsace et la Lorraine.

Ce Cahier est le seul qui déborde largement le cadre religieux. Il n’hésite pas à dénoncer le silence et l’hypocrisie de Vichy et à les condamner. Bourré de documents et de témoignages vérifiés, ce dossier de 64 pages est un cas unique. Il reçut une couverture cartonnée et fut imprimé à , soit le double du tirage habituel et immédiatement diffusé dans la France entière. 800 exemplaires furent acheminés par péniche vers l’Alsace-Lorraine« La Résistance spirituelle, 1941-1944 », op. cit. ..

Aumônier de la Brigade Alsace-Lorraine, 1944-1945

Pierre Bockel prend le maquis en et, au sein d'un commando opérant aux confins du Gers et de la Haute-Garonne, il participe à des sabotages de chemins de fer, attaques de convois militaires et embuscades diversesL'Enfant du rire, .. La Résistance existe aussi parmi les Alsaciens réfugiés dans la zone sud : ils forment les « Groupes mobiles d’Alsace »Jean-Pierre Spenlé, « Une page de la Résistance en Alsace : les Groupes Mobiles d'Alsace ».., qui seront en butte aux coups de filet des Allemands et des auxiliaires de Vichy. Ces maquisards Alsaciens de la zone sud élaborent le projet de créer une « Brigade Alsace-Lorraine ». dont l’action ne s’arrêtera qu’avec la libération totale du territoire français. C'est le colonel Noettinger qui accepte dans un premier temps de prendre le commandement de cette brigade. Mais il s'efface bientôt pour laisser ce rôle à , selon ses propres parolesL'Enfant du rire, .. Ce projet va en effet trouver un homme providentiel qui lui donne corps et organisation : le « colonel Berger », alias André MalrauxPour la période 1940-45, voir l'article André Malraux de Pierre Laborie in Dictionnaire historique de la Résistance , Robert Laffont, 2006., qui en prend le commandement en en s'adjoignant le lieutenant-colonel Pierre-Elie Jacquot. De l’aveu même de Malraux, celui-ci s’est retrouvé à la tête de la Brigade de manière fortuite, cherchant surtout à écrire un livre sur la Libération de l’Alsace vue de l’intérieurMarcel Kibler, op. cit.. Les volontaires, combattants indisciplinés, mal équipés, font souffler un esprit d'Espagne sur cette brigade qui s'intègre dans la du général de Lattre de Tassigny. Pendant cinq mois, de à , la « Brigade indépendante Alsace-Lorraine » participe aux violents combats d’Alsace et s’illustre lors de la prise de Dannemarie, de la défense de Strasbourg lors de la contre-offensive de Von Rundstedt et de la charge sur Colmar. André Bord, l’abbé Bockel qui sera l’aumônier de la Brigade, Antoine Diener Ancel, Jean Claus, et Bernard Metz en font partieFernand L'Huillier, La Libération de l’Alsace, /48. Coll. « La Libération de la France », Hachette Littérature, Paris 1975. - ..

La rencontre et l’amitié d’André Malraux Pierre Bockel et André Malraux se rencontrèrent en , alors que prenait forme la brigade Alsace-Lorraine dont l’abbé Bockel allait devenir l’aumônier catholique et André Malraux le commandant. Pierre Bockel date le début de sa grande amitié avec Malraux de leur rencontre au P.C. du général de Lattre de Tassigny, à Besançon : L'Enfant du rire, .. De cette période naîtra entre ces deux hommes une amitié qui ne s'éteindra plus. Après la guerre, les deux hommes se revirent souvent et parfois dans des circonstances tragiques : ainsi, en , après la mort accidentelle des deux fils d’André Malraux, Pierre-Gauthier et Vincent, pour lesquels le père Bockel célébra une messeL'Enfant du rire, ..

Mais au-delà de l'amitié, ce sont les valeurs spirituelles communes que les deux hommes partageaient, qui les ont unis plus profondément encore que l'expérience de la Résistance. En 1973, André Malraux écrivit une préface particulièrement substantielle pour le récit autobiographique que le Père Bockel composa sous le titre L’Enfant du rire (Grasset, 1973). André Malraux y écrit notamment : Œuvres complètes t. VI d’André Malraux, Bibliothèque de la Pléiade, .. Dans ce récit, le Père Bockel, consacrant un chapitre à André Malraux l'agnostique, analyse la proximité de cet écrivain avec le christianisme ; dans une lettre du , Malraux écrivait au Père Bockel : il est essentiel que . En se soumettant à cette part éternelle, à « ce qui en lui le dépasse », l'homme est conduit à vivre la fraternité jusqu'à sa suprême limite, jusqu'à la mort. De même, le chrétien peut, au nom de sa foi, accepter de donner sa vie. André Malraux et le Père Bockel eurent ainsi, en maintes occasions, de fructueux échanges sur cette transcendance qui fait l'homme plus grand que lui-même. De cet écrivain qui se disait agnostique tout en ne cessant de frôler la foi, le Père Bockel dit avoir beaucoup reçu : .

Un « Juste parmi les Nations » vignette|Mention de Pierre Bockel sur le Mur des justes à Paris.

Jeune séminariste Pierre Bockel s’engage avec d’autres camarades alsaciens au sein du « Réseau Martial » dans la Résistance. Il va prendre une part active au sauvetage de plusieurs juifs, qu’ils fussent de sa connaissance ou anonymes.