Robert Julien Billard de Veaux, dit Alexandre, né le à Ambrières-les-Vallées, décédé le à Paris , était un chef chouan, figure controversée de la Chouannerie. Chef royaliste, mémorialiste et polémiste, il est surtout connu pour ses Mémoires, qui offrent un témoignage partiel et partial sur les insurrections de l’Ouest de la France à la fin du et au début du .
Biographie Origine Alexandre Billard de Veaux naît en à Ambrières, dans le département de la Mayenne.. Noble mais pauvre., il termine ses études au collège de Mayenne et se destine à devenir un fabricant de toiles. Il est révolté par les vexations infligées à se famille au début de la Révolution française. Il choisit alors de soutenir l’insurrection royaliste et abandonne ses études.
La famille Billard est originaire d'Ambrières, où les Billard étaient seigneurs de la Rousselais, des Veaux, et des Loges, et comptaient parmi les familles bourgeoises de cette paroisse, alliée aux Briand.
Débuts dans la contre-révolution Dès 1792, il s’engage dans le mouvement contre-révolutionnaire qui secoue l’Ouest de la France, en réaction à la Révolution française. Doté d’un tempérament passionné, il a un goût prononcé pour l’aventure, un esprit romanesque et, surtout, un engagement total en faveur de la monarchie En , il délivre son frère (qui est prêtre), et d'autres prêtres réfractaires de la prison de Laval. 300px|thumb|Emblème des chouans La chouannerie trouve sa source dans le soulèvement le jour de la Levée en masse. Le ., Billard de Veaux, avec quelques jeunes dont les Frères Fortin vont se rendre à Mayenne, lors du tirage au sort des conscrits, en réaction au Décret de la Convention du 24 février 1793 visant à lever 300 000 hommesMémoires de Billard de Veaux., à mobiliser ces hommes et à forcer le retrait des officiers publics.. Ils renouvelèrent leurs activités le à Saint-Fraimbault. Enhardi par ce premier succès, Billard de Veaux s'avança, le , sur Mayenne, avec une troupe plus nombreuse, qui se disperse à la vue des gendarmes.
Le tribunal de Mayenne les inculpa et les jugea par contumace pour plusieurs raisons : avoir empêché le tirage au sort la veille à Mayenne, avoir giflé un fonctionnaire public qui haranguait en faveur de la République, et le , avoir fait sauter tous les officiers municipaux de Saint-Fraimbault-de-Prières en leur sautant dessus après avoir saisi et déchiré l’écharpe du maire, acte considéré comme une lèse-majesté.
Virée de Galerne Il fait ses premières armes pendant la virée de Galerne, où il rejoint l'armée catholique et royale. Il entre dans la division d'Henri de La Rochejaquelein. upright=1.4|thumb|La bataille du Mans, peinture de Jean Sorieul, 1852.Musée de la Reine Bérengère, Le Mans. Il quitte les Vendéens après la bataille du Mans et retourne dans son pays où il prend le commandement d'une petite bande dans le nord de la Mayenne et mène de petites actions. Il s'engage, avec quelques complices, dans des escapades consistant à couper les arbres de la liberté et à jouer de mauvais tours aux intrus ainsi qu'aux révolutionnaires. Il harcèle les révolutionnaires et impulse l'insurrection sur les confins de la Normandie. Sa devise combattante est : Je défends à qui que ce soit de passer devant moi, mais le premier qui recule, je le tue !. À la fin de 1794, sa troupe avait pris une importance considérable, ayant désarmé tous les villages alentours ainsi que les villes d'Ambrières et de Villaines-la-Juhel. Insurrection de 1795-1796 200px|thumb|Pierre Dezoteux de Cormatin Lors des conférences de la Prévalaye, réunissant tous les chefs de la Chouannerie, Billard fut convoqué par Pierre Dezoteux de Cormatin. C’est à cette occasion qu’il fit la connaissance de Louis de Frotté, qui lui confie son intention de diriger l’insurrection en Normandie. En , il se rangea aux côtés de Frotté avec sa compagnie, occupant le poste de commandant en secondEt non pas en premier, comme il s'en vante... de la division d'Ambrières-les-Vallées. thumb|left|200px|Louis de Frotté Envoyé en mission par Louis de Frotté auprès du comité royaliste du Morbihan, il est arrêté à son retour, près de Fougères, puis transféré à Laval, où il fut condamné une seconde fois à la peine de mort. Les Demoiselles Bodinier réussirent à obtenir sa grâce du président du tribunal criminel, M. Moulin de la Blanchère, à condition qu’il s’engage dans un régiment de cavalerie. Peu après avoir rejoint le corps, il réussit à s’échapper avec vingt-sept dragons et un trompette, qui vinrent renforcer l’armée de Frotté ().
Dès le , il prit part au combat de Saint-Jean-des-Bois, où il fit preuve d’un courage exceptionnelLe lendemain, on lui remit un ruban blanc brodé par les dames de Lassay, avec ces mots : Pro Deo, pro Rege. Frotté lui dit alors : « Prends-le, mais, la prochaine fois, prends soin de toi ». . Avec sa compagnie, il traversa aussitôt la Mayenne, engageant une série de combats : à Ambrières, contre un détachement de la garnison locale ; à Courberie, où il s’empara d’un convoi escorté par une colonne républicaine de Lassay. D'une activité incessante, bravant tous les dangers, il participe à tous les coups de main dans son territoire d'Ambrières, et à Mayenne et Ernée.
En , il est envoyé par Louis de Frotté en Bretagne, auprès de Aimé Picquet du Boisguy et il accomplit sa mission avec succès. Lors de son retour, il prend part au combat du Teilleul le , où il reçoit un coup de fusil à bout portant, enflammant son uniforme. thumb|Joseph de Puisaye, généralissime des chouans de Bretagne de 1794 à 1796 Lors du raid organisé par Frotté contre la ville de Mayenne dans la nuit du , Billard, à la tête d’une trentaine d’hommes, réussit à désarmer le poste de la porte d’Ernée. Il pénétre jusqu’à la place des Halles et est l’un des derniers à se retirer, après avoir été blessé à la jambe. Le , il accompagne le général à Ambrières, où il prend part à tous les combats qui suivirent : Lassay, Niort, Champéon, l’Auberge-Neuve, Ricordeau et le Pas. Le , les Chouans y remportent une victoire sur une colonne républicaine venue d’Ambrières pour effectuer des réquisitions. La défaite de l’armée de Puisaye et les bruits de pacification qui circulaient partout incitèrent Louis de Frotté à envoyer Billard à Laval pour rencontrer Claude-Augustin de Tercier et d’autres chefs. Ces derniers lui confirmèrent que la soumission du pays était générale. 1797-1799 Le général Louis de Frotté n'avait pas attendu son retour pour dissoudre ses troupes et se réfugier dans les bois du bocage normand. Pendant deux ans, Billard fut ainsi forcé de se déplacer aux limites de la Mayenne et de la Normandie, exerçant différentes activités et se confrontant quotidiennement à de nouveaux périls. Plusieurs fois blessé, toujours traqué, il pratique tous les métiers pour vivre. Il reste proscrit jusqu'en 1799, caché au château de Fontenai, chez madame de Marescat, date de la reprise des hostilités. Blessures, soumission Il devança la reprise des combats en 1799, réunissant une petite troupe qu'il joignit à celle de Jean-Marie Mérille, dit Beauregard. Le , ils surprennent l’administration forestière de Domfront dans la Forêt d'Andaine, lui dérobant toutes ses armes. Peu de temps après, ils désarmèrent facilement les colonnes mobiles de Fougerolles, Saint-Denis-de-Gastines et Landivy. Après l’échec des Chouans au village de la Chesnaie (Cigné) le , ils lancèrent une attaque à Montsecret (Orne), où Billard fut grièvement blessé. C'est une action prématurée. Cette initiative, jugée irréfléchie, compromettra la stratégie des royalistes et lui vaudra les reproches de ses supérieurs, notamment du général Louis de Frotté. Transporté mourant au village de la Sellerie, dans la commune de Cerisy-Belle-Étoile, il y arrive le . Là, il reçoit la visite de son jeune frère, qui lui fit part de toutes les persécutions subies par sa familleSa mère, son frère aîné et Marguerite, sa sœur, meurent en prison à Laval. M. Billard père, accompagné de ses deux fils, Louis et Joseph, sont transférés de Laval à La Rochelle pour être pris en otage sur les îles d’Oléron. Joseph, tombé malade à Angers, y resta jusqu’en 1801. À Thouars, Louis réussit à s’évader et à rejoindre la cachette de son frère, sous la conduite d’un garde nommé La Planche. Le lendemain matin, ils sont surpris par une colonne républicaine venue de Candé. Le jeune homme est conduit au cimetière de Cerisy-Belle-Étoile, et exécuté., faussement accusée d’être complice du meurtre du poste de la garde nationale d’Ambrières, le .
Blessé, il ne peut reprendre son commandement pendant la seconde guerre de Vendée. Sa famille est décimée, pendant qu'il échappe à toute recherche, et finalement se soumet aux autorités républicaines le . Il effectue sa soumission devant le capitaine Romet, commandant de la place de La Ferté-Macé, pendant que ses camarades tenaient encore la campagne.
Exil Via le Portugal et la Hollande, il se réfugie en Angleterre, malgré une amnistie. En Angleterre, il se lie d’amitié avec Destouches, un autre émigré royaliste. Il y vit dans la précarité, malgré ses blessures et son passé militaire. Il tente de se faire reconnaître comme victime de la Révolution française et cherche des soutiens pour sa cause.
En Angleterre, il épouse une créole Marie-Françoise Billandaud des Grisottières, avec laquelle il a un fils : Robert-Julien-RichardNé le 20 mai 1818 à Londres, capitaine du bataillon des sapeurs-pompiers de Paris et chevalier de la légion d'honneur.
Retour en France et Premier Empire Il passe en Amérique, et revenu en France, il critique vivement le Premier Empire. Billard de Veaux rentre en France vers 1813. Il tente de soulever un petit groupe de réfractaires, mais ses activités sont entachées de soupçons de collaboration avec la police. Activités sous la Restauration Sous la Seconde Restauration, Billard est élevé au rang de chevalier de l'Ordre de Saint-Louis et reçoit une pension annuelle de 2 000 francs. N’étant pas satisfait de ces récompenses, qu’il considérait comme insuffisantes par rapport à ses exploits, il demande en vain à servir dans l’armée, puis se rapproche des milieux ultras et des conspirateurs royalistes. La Seconde Restauration se montre réellement ingrate envers lui, et excite son opposition. En 1819, il est jugé par les assises de la Mayenne pour embauchage illégal de troupes. Il est poursuivi pour un pseudo complot, une conspiration plus ou moins sérieuse, tendant à détrôner Louis XVIII pour lui substituer le comte d'Artois.
Ses réclamations, sa fureur, s'expriment tout au long des Mémoires ou Bréviaire du VendéenIl s'agit d'un livre passionné, fourmillant de renseignements et de scènes vivantes, de coups de main et de virées nocturnes qui donnent une idée précise de la guérilla, du compagnonnage et du tempérament lié à la chouannerie. Billard de Vaux, outre son immense courage, et sa ténacité n'est pas inféodé, quelle que soit la cause et les intérêts qu'il sert. (1832, 1838-1840).
Bien que reconnu coupable d’avoir tenté de lever des troupes sans autorisation, il est acquitté le sur la question de l’intentionLe préfet de la Mayenne rend compte au ministre, par lettre du 4 mai 1819, des poursuites faites contre le vieux Chouan, prévenu de machinations contre la sûreté de l'Etat au mois d'août 1818 à La Bazouge-des-Alleux et à Soulgé-le-Bruant (Bulletin de la Commission Historique et Archéologique de la Mayenne, t. XX, p. 501)., grâce à une défense vigoureuse et à l’exhibition de ses blessures de guerre. Fin de vie et postérité